Azzura

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Shaëra Calendel - Garde du corps

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◈ Missives : 104

◈ Âge du Personnage : 114 ans
◈ Alignement : Chaotique Bon
◈ Race : Ordhaleron
◈ Ethnie : Horcyd
◈ Origine : Neya, camp militaire de la Légion rouge
◈ Localisation sur Rëa : Radjyn
◈ Fiche personnage : Shaëra Calendel

Âme Damnée
Shaëra Calendel

◈ Sam 13 Fév 2016 - 10:46

◈ Prénom :  Shaëra
  ◈ Nom : Calendel
  ◈ Sexe : Femme
  ◈ Âge : 114 ans
  ◈ Date de naissance : 1er Dermedrek d’Auldera, an 1013 de l’Ère de la Paix
  ◈ Race : Ordhaleron
  ◈ Ethnie : Horcyd
  ◈ Origine : Neya, camp militaire de la Légion rouge
  ◈ Alignement : Chaotique Bon
  ◈ Métier : Garde du corps
 

 

 
Magie

 

  Aucun
 


 
Compétences, forces & faiblesses

 

♦ Forces

  Analyse de la situation : Foncer dans le tas n’étant pas toujours la meilleure solution, Shaëra a dû développer son sens de l’analyse. Voir en un instant les issues possibles et limiter au maximum les surprises. Bien évidemment, cette aptitude n’est pas infaillible.

  Agilité : Lorsque la force brute vous fait défaut, il faut savoir user d’autres dons naturels. C’est là qu’être relativement svelte peut s’avérer utile. Shaëra a développé au maximum ce talent pour compenser ses lacunes physiques.

  Instinct de survie : Vivre en terre inconnue et hostile peut vous pousser dans vos derniers retranchements. Ne restent alors que l’adaptation forcée ou la mort.


♦ Faiblesses

  Force physique : Fidèle au corps de sa naissance, la demoiselle est restée relativement frêle. Elle serait incapable de gagner un bras de fer sans recourir à un peu de ruse et évite systématiquement tout combat reposant sur la force brute. Un coup à pleine puissance contre son corps causerait énormément de dégâts.

  Colère : Bien que Shaëra tente au maximum d’étouffer ce sentiment, elle ne peut entièrement renier celle qui l’a portée des années durant, la colère. Celle-ci survient généralement lorsque les barrières de ce qu’elle juge juste sont franchies. Dans ce cas, elle oublie le côté civilisé de sa nature pour redevenir un fauve destructeur.

  Franchise : Pourquoi tourner autour du pot et ainsi s’engager dans les méandres pompeux de ce qu’il serait incorrect de dire ? Certes, tout être n’est pas disposé à recevoir en pleine figure une bonne dose de vérité dépourvue de son emballage sucré mais chaque discussion avec Shaëra est ainsi. Les nombreuses années auprès de machines de guerre n’ont effectivement pas su développer son sens de l’échange cordial accompagné de minauderie.

 


 
Physique

 


Je suis une poupée d’or et de cendre. Une créature façonnée avec fantaisie et malice. L’incarnat n’est pas ma couleur, seul le doré fait légion sur ma peau. J’emprunte le regard froid des statues, incapable d’exprimer autre chose que le vide absolu.
Mon corps est frêle, meurtri par la caresse de l’acier qui m’a effleurée bien trop tôt. Chaque cicatrice se fait alors arabesque, optant pour une teinte plus claire dans cet univers de sable. Je suis à l’image d’un tableau imparfait, structurée sans aucune conviction. Quelques flammes rouges sur mon front, des traits rageurs le long de mon nez, le pinceau qui m’a offert ses formes ne désirait rien de plus qu’une esquisse.

Quant aux mains chargées de la réalisation, je sens le peu d’intérêt porté à leur ouvrage. Mes cornes, torsades incompréhensibles ne sachant s’il faut s’élever ou plier, sculptées sans grandes certitudes. L’ornementation est étrange, dépourvue de sens, simple détail fragilisant l’ensemble. Le visage, épargné dans sa forme se trouve affublé de grandes feuilles dorées servant alors d’oreille. Énième fantaisie, un anneau arrimé à l’une d’elles.

Le reste de mon corps semble pourtant harmonie. Mes hanches se font rêveuses tandis que ma poitrine s’obstine à évoquer mille plaisirs. Le reste est unité et aurait pu être passion sans cette nature maudite. Une erreur d’attribution sans aucune utilité entre les doigts d’une Ordhaleron.

Un dernier geste, le don d’une tisseuse apportant à ce corps défait une parure dorée. De longs fils de soie pour crinière, une enveloppe fluide et mouvante d’une douceur improbable.

Créature de 5 pieds, 2 pouces
Yeux dépourvus de pupilles, teinte or nacré
Couleur de peau, or cuivré
Carrure fine, presque frêle



 


 
Caractère

 


Fut un temps, j’étais furie. Dépourvue de compassion et uniquement porteuse de mort, je vivais en sursis. J’étais une arme, une machine, tout juste douée à suivre les ordres. La gamme des sentiments animant mon corps était minuscule, variant de la colère à la jubilation malsaine. Pourquoi s’embarrasser de tendresse ou pire encore d’amour ?

Mais étrangement, j’appris qu’il pouvait en être autrement. Le premier sentiment à s’être frayé un chemin jusqu’à mon cœur fut la brèche qui emmena un torrent d’émotions alors redoutées. La compassion accompagnée d’un profond dégoût de soi. Mon estime personnelle s’effondra à cette époque de même que mes certitudes. Consciente de ma nature absolument immonde, je tentai de noyer cet excès de remords dans les bras de la mer qui refusa ce sacrifice. Salutaire en un sens, j’eus droit à une seconde chance qui cette fois fit de moi un animal sauvage. Perdue en des terres dont j’ignorai tout, je devins un esprit isolé.

La solitude fut maitresse des lieux pendant de nombreuses années et en regardant cet état avec du recul, il ne me déplut pas. Ce ne fut pas la crainte qui me força à fuir tout être vivant, je n’aspirai simplement qu’au calme et à la paix, loin des batailles que ma simple présence aurait déchainées. Ou peut-être le besoin de me retrouver était-il plus fort que tout autre souhait.

La découverte fut longue et l’apprivoisement incertain, tant et si bien qu’il me fallut quelques années pour comprendre que j’aimais la solitude, mais pas au point d’en faire mon unique chemin. Nouveau voyage, nouvelles idées, une terre d’accueil et surtout une rencontre.

Finalement, ce fut Vitélius qui insuffla un peu de bon dans ce corps devenu lointain. Les sentiments étaient là, étouffés par des souvenirs difficiles à soutenir mais ne demandant qu’à éclore. La compassion, en tête, amena à elle les premières graines de la confiance et de l’affection. La curiosité trouva son terreau dans les voyages tandis qu’un liseron musical vint prendre place sur le lys des arts. Quant aux réflexes de mes diverses vies, ils demeurèrent et se firent engrais. La méfiance au premier regard, l’impossibilité à accorder ma confiance, tout ceci grandit et s’affina. Je devins un fauve civilisé davantage capable du meilleur que du pire.

Mon jardin intérieur se fit plus grand et plus diversifié. Certes quelques parcelles restèrent vides ou emplies de mauvaises herbes mais le temps faisait son œuvre. Demeurèrent les hellébores de la colère avec les chiendents de l’impatience. Les fleurs de la solitude ne manquaient pas non plus de se manifester de temps à autre, m’isolant de mes semblables malgré mes joies évidentes à les retrouver.

Jusqu’au jour où un vent de liberté se leva et vint déposer de nouveaux grains de pollen. L’ensemble parut alors bien petit et incapable de s’affiner sans un départ imminent pour de nouvelles terres. Une aspiration aux voyages et aux nouvelles rencontres à laquelle je ne pus que répondre.


 


 
Inventaire

 

  Une épée un souvenir : Un pommeau en fer souillé de traces rouges indélébiles, une lame ébréchée par endroits mais toujours aussi coupante. Cette arme est particulièrement légère pour être maniée avec facilité. Pas de fourreau, elle est portée à même la hanche et retenue par une lanière de cuir noir.

  Une vièle, un cadeau : Lié à une passion récente pour les arts musicaux, cet instrument ne quitte pas les appartements de la jeune femme. Cinq cordes, de forme ovale avec quelques motifs en forme d’étoiles gravées dans le manche. Le bois employé pour sa création est de l’ébène.

  Tenue courante, simplicité : La légèreté et la souplesse sont les maitres mots. Pas de métal, ni d’entrave, simplement une robe courte en lin avec pour seule fantaisie une ceinture en cuir.
 


 
Histoire

 

Chapitre I : De Rouge et d’Acier

« Je sens ton cœur battre contre ma peau. Le mouvement fébrile de tes doigts dans l’enfer de l’obscurité. Ton souffle est ma réalité, la seule accroche qui me relie à ce monde. Je suis, nous sommes, unité intemporelle à l’état d’embryon. Il n’y a ici ni haut, ni bas, seulement le chant des battements de ta vie. Tu es seule présente depuis toujours et resteras unique soutien de mes pas. Mais quel est ce bruit ? Et pourquoi ai-je l’impression que l’espace essaie de nous avaler ! Attends, non, ne pars pas ! Mes repères, mon aimée, non ! Et quel est ce goût amer dans ma bouche ? Je suffoque… attends-moi je t’en prie ! »

À cet instant, je crus que mes pupilles brûlaient tandis que mes poumons éclataient. J’eus beau crier, vociférer, la lumière du jour brisait ma vision, m’empêchant de te retrouver. L’angoisse, l’absence et toujours ce sirop infecte contre ma langue ! Où est-elle, rendez-la-moi !

« Nous sommes navrés Katïnkha, une seule de tes filles est en vie… Il semblerait que la première, en sortant, ait transpercé de ses cornes le corps de sa sœur. C’est d’ailleurs un véritable miracle qu’elle ne t’ait pas emportée toi aussi dans la tombe ! »

L’incompréhension, le vide et l’enfer. Dès ma naissance, je n’étais plus rien.

« Peu importe ! C’est un signe du destin, et quel signe ! Elle sera parfaite dans les rangs de la Légion ! J’imagine déjà le sourire de son père lorsqu’il apprendra la nouvelle. »

Folie… il ne pouvait y avoir que folie pour qu’une mère prononce de tels mots. Ce n’était qu’un cauchemar qui hantait ma réalité, rien de plus ! M’époumonant avec rage, j’invectivai cette vision, qu’elle se dissipe. Cette réalité n’existait pas, c’était inconcevable !

« Oui mon enfant, hurle à t’en déchirer le cœur. Montre à ces terres que Shaëra Calendel est née ! Fais raisonner ton envie de vivre ! »

Ce fut ainsi que je vis le jour, au détriment de ma moitié. Nous étions au troisième jour d’Auldera, an 1013 de l’Ère de la Paix. Je n’étais alors qu’une créature dorée dotée d’immenses cornes, bien trop grandes pour un corps si chétif. Mes mains, mes cheveux, mes yeux, tous tentaient de s’approprier, par leur couleur, les rayons du soleil. Seule ombre au tableau, ce rouge qui courait sur mon visage. Le sang de ma jumelle…

Je goutai au prix du sacrifice dès mon plus jeune âge. Un signe du destin pour mes parents, des Ordhaleron endoctrinés prêts à donner leur vie pour celle de l’empereur. Un père avide de batailles, une mère aveuglée par les puissants. Et moi ? Un simple instrument destiné à assouvir leurs rêves les plus fous.

Ce fut pourquoi, quelques heures après ma naissance, je rejoignis les rangs de la Légion rouge. Elle fut mon foyer, m’élevant dans son sein d’acier, m’abreuvant chaque jour de sang et de colère. Les cajoleries ne vinrent jamais, seuls les poings et les armes pouvaient se vanter d’effleurer notre peau.

Cette époque fut finalement celle de l’annihilation de toute forme de volonté. Suivre les ordres, respecter les ordres, exécuter chaque demande sans souffler mot. Nous étions nombreux, une foule de jeunes créatures jetées dans les bras de l’armée. Nous étions fiers, heureux de servir une noble cause, la nôtre !

Chaque année passée était la source d’une véritable jubilation. J’apprenais à servir les terres de Neya telle une arme fidèle œuvrant pour son peuple. Je n’étais pas plus douée que la moyenne, laissant ainsi de côté le souhait de mes parents qui consistait à me voir intégrer les hauts rangs de la Légion. Néanmoins, lorsque le rituel de l’âge adulte arriva à grands pas, je me sentis prête. Vingt-cinq années s’étaient écoulées, renforçant ma détermination et emportant avec elles les derniers flots de la jeunesse. Ce ne fut pas le petit être chétif de mes premières heures qui entra dans l’arène, mais bien un jeune fauve avide de faire ses preuves.

Réussir cette épreuve signifiait beaucoup de choses, dont la possibilité de briller parmi les Grands. Il fallait donc compenser cette absence évidente de force brute par une ruse et une agilité sans failles. Nous étions une vingtaine, jetant des regards méfiants à nos frères qui étaient aujourd’hui nos adversaires. Le sable sous nos pieds formait des volutes entre les doigts du vent. Un amoncellement de nuages obscurcissait le ciel, soutenu par le vacarme assourdissant du tonnerre. Les éléments naturels se faisaient destructeurs, tout autant que nos âmes.

Un magistrat prit alors place dans les tribunes, annonçant d’un signe de la main que l’affrontement pouvait commencer. L’empereur Arcila Rheff n’était pas des nôtres, menant ses hommes sur les champs de victoire. À cette heure, nombre d’ennemis devaient succomber sous sa main, arrachant à ces êtres infâmes toute source de vie. Mon père était également absent, servant fièrement notre meneur en combattant sous ses ordres.

Ne réfléchissant pas davantage, je me mus à l’image d’une panthère. Il fallait jouer de rapidité pour atteindre le râtelier d’armes placé au centre de l’arène. Certains se bousculèrent, d’autres tentèrent de s’imposer par la force, aussi dus-je recourir à une bonne dose d’agilité pour atteindre facilement l’objet de convoitise. Pas une masse d’arme, encore moins une immense lance. Ma main se posa sur un bâton serti d’une lame d’acier, léger et maniable à souhait. Mais à peine mes doigts avaient-ils effleuré le bois rugueux qu’une dague vint déchirer ma chair. Simple estafilade qui teinta de rouge ma tunique, je reculai d’un bond pour faire face à mon adversaire.

Une tête de reptile surmontant un corps difforme, le tout recouvert de plaques de métal. Certes, les Ordhaleron n’étaient pas reconnus pour leur beauté, mais l’être en face de moi était particulièrement immonde.

« Alors, alors, peau dorée, tu veux jouer avec moi ? »

Un rictus malsain orna le visage de celui que je reconnus comme étant Malendeph. Un être fourbe au possible, grand adorateur des sévices physiques.

« D’abord, je vais déchirer ta jolie petite tunique et ensuite, je m’occuperai de ce corps ! Je suis certain d’être le premier, mais ne t’inquiète pas, je prendrai soin de toi. »

Je sentis la colère courir sur ma peau à l’image d’un vent violent. Répondre eut été une perte de temps, aussi engageai-je aussitôt le combat. Il était rapide, usant sans relâche de son poignard pour flirter avec ma peau. Au sourire sur ses lèvres, il s’amusait beaucoup. Son ricanement parvint même jusqu’à mes oreilles malgré les torrents d’eau qui à présent se déversaient sur nos têtes. Il jouait avec moi comme un chat jouerait de sa proie. Il me fatiguait, me poussait à la faute pour mieux me dévorer ensuite. Pas une fois je n’avais pu l’atteindre, pareille à une enfant essayant de saisir le poisson d’une rivière avec les mains. Or je ne pouvais attendre plus longtemps ma condamnation prochaine tant mes muscles hurlaient grâce.

Changeant radicalement de tactique, je pris une attitude soumise et ne fis plus un mouvement. Statue dorée au milieu du champ de bataille, j’attendais. Le poignard de Malendeph se fit plus sournois encore, m’aiguillonnant jusqu’aux parcelles les plus intimes de mon corps mais je tins bon. Les flots du ciel étaient assez puissants pour masquer la fatigue et surtout la haine de mes traits. Tenir, encore un peu…

Malendeph s’impatientait, sentant sa joie s’éroder. Une proie docile était d’un ennui ! Il tenta de me faire réagir, approchant son arme de mes yeux ou m’effleurant de ses doigts visqueux. Il n’obtient cependant aucune satisfaction et en vint à succomber à la colère. Il me gifla, et saisit mes cheveux pour me mettre à genoux après quoi il approcha son oreille de mes lèvres. Une excitation extrême l’agitait tant il espérant m’entendre murmurer des supplications. Mais celles-ci non plus ne vinrent pas, pour son plus grand malheur.

Il s’approcha alors bien plus encore de mon visage. Je pouvais sentir son haleine putride et un profond dégoût m’envahit lorsque sa langue passa sur ma joue.

« Tu es à moi ! »

Ce fut alors qu’il commit l’erreur que j’attendais. Il me saisit de ses deux mains, bien décidé à me posséder avant de me tuer. Doucement, j’approchai mes doigts de l’arme qu’il avait posée bien en évidence à côté de lui. Sortant alors de cette fausse torpeur, je saisis son cou et y plantai la lame jusqu’à la garde. L’écume rouge ne mit que quelques secondes à apparaitre, synonyme d’une mort prochaine. Néanmoins son cœur battait toujours et j’en profitai pour lui glisser quelques mots.

« Prévisible petit prédateur… Il suffit que votre jouet soit défaillant pour qu’immédiatement votre garde tombe… Tu aurais pu gagner en me laissant courir après toi, pourquoi diable a-t-il fallu que tu succombes ? »

Un gargouillis pour toute réponse et le regard du monstre s’éteignit. Sans plus de cérémonie, j’abandonnai son corps et me tournai vers mes autres adversaires. J’aperçus au travers du rideau de pluie des corps emmêlés, des danses mortelles sur le point de s’achever et je ne pus résister à leur appel. Cette inactivité forcée avait eu raison de ma patience, aussi laissai-je mon être parler la langue de la mort.

La valse dura une heure, peut-être moins, apportant son lot de cadavres et de sang. Malgré mes blessures je résistai, avide de victoires. Lorsque tout fut fini, la vie parcourait encore mes veines. Je n’appartenais pas au champ de cadavres, je pouvais enfin prétendre aux rangs de l’élite ! Mais alors que l’euphorie s’emparait de nous, survivants de l’épreuve, une terrible nouvelle vint tout balayer.

Des murmures envahissaient l’arène tandis que les premiers hurlements se faisaient entendre. L’empereur… L’empereur était mort ! C’était impossible, comment avait-il pu succomber ? Lui, l’indestructible, le pilier des Ordhaleron !

Et pourtant l’inconcevable avait bien eu lieu, emportant avec lui les derniers remparts de stabilité de la nation. La période qui suivit fut un enchevêtrement de haine et de dislocation. Peu nombreux étaient ceux acceptant immédiatement de suivre le nouveau maitre, Zeran Rheff. Fort heureusement, ma famille se plia à sa puissance et évita ainsi la vague destructrice qui emporta nombre d’entre nous. La délation devint monnaie courante pour être bien vu auprès du nouvel empereur qui décida de nous dompter comme une masse grouillante d’insectes. La terreur hanta de nombreuses lunes nos rues tandis que les entrainements militaires tournaient au suicide. Nous étions à l’image d’une barre de métal pliée par la force brute.

Ce châtiment dura plusieurs années, nous plongeant dans un état de révolte extrême. Mais alors que le peuple se faisait tonnerre, la colère de Zeran Rheff s’adoucit. Le changement ne fut pas radical mais quelque chose de plus doux prenait place sur les terres de Neya. Nous avions de nouveau une place chez nous.

Par ailleurs, il y avait un point positif qu’il ne fallait oublier. La Légion rouge était peut-être devenue un véritable enfer durant cette période, mais au moins elle avait su faire de nous des armes. Ceux incapables de s’améliorer étaient morts, ne laissant que les meilleurs ! Je n’étais alors pas peu fière de ce qu’elle avait fait de moi. J’étais devenue un membre actif de la cavalerie moyenne, ne me ménageant que rarement et brandissant dignement nos couleurs. Ma vie n’importait pas car nous étions unité, le bras armé de l’empereur. Néanmoins, nous aspirions à encore plus de grandeur, et ce fut Zeran Rheff lui-même qui nous offrit cet honneur.



Chapitre II : Égarement Aquatique

Nos armées étaient prêtes, nous n’étions qu’un seul Ordhaleron fondant sur les plages ennemies. Kaerdum tomberait ce soir, répondant ainsi à notre unique souhait. Les lames pleuvaient sur toute source de vie tandis que les sabots des chevaux piétinaient ceux qui osaient se mettre en travers de notre route ! Jamais l’euphorie n’avait été telle ! Jamais je n’avais senti l’adrénaline secouer chaque cellule de mon être ! Nous étions le fléau des vivants portés par notre unique divinité, l’empereur !

Mais une fois encore la félicité ne vint pas, le destin ayant décidé qu’il en serait autrement. Les Vreën avaient utilisé les dernières années pour former une alliance qui fut pour nous pareille à un rempart. L’échec fut amer et les pertes lourdes, tant et si bien que la retraite fut notre unique échappatoire. Malgré le peu d’intérêt que nous nous portions les uns les autres, deux de mes camarades saisirent mes épaules et me forcèrent à reculer. Devant la masse ennemie, je n’avais songé un instant à fuir. J’avais même quitté mon cheval, bien décidée à répondre par le fer. Mon épée valsait tout en réclamant le prix du sang. Ils allaient mourir ! Mais cette folie mensongère éclata lorsque les morts autour de moi ne furent plus que nos frères.

La douleur, la rage, la colère, tous pareils à un torrent dévastateur dans ma poitrine grondaient. Nous avions failli, une fois encore ! Du haut de mes soixante années, je vivais ce jour en injustice suprême. Une fois encore, nos entrainements militaires s’intensifièrent face à cet échec mais je subissais cette difficulté avec délice. Chaque adversaire devenait Vreën, tout obstacle prenait leur visage et c’était avec joie que je les détruisais. Les quelques missions menées sur d’autres terres furent à l’image de notre rancœur, sanglantes. Nous étions un peuple bafoué en mal de justice. Et ce sentiment ne nous quitta pas jusqu’à l’an 84 de l’Ère des Rois. Cette année qui fut à l’origine de ma chute…

Une mission de grande envergure se préparait et nous n’étions pas insensibles à son souffle. Galvanisés, nous ne demandions qu’à partir pour cette conquête qui cette fois serait menée à bien. En effet, Kaerdum nous appelait et nous étions prêts. Avec une facilité presque déconcertante, nous atteignîmes de nouveau les terres d’Ordanie. Si ce rivage n’évoquait rien pour certains, il était pour moi synonyme d’un acte de profonde lâcheté. Il était plus que temps d’effacer cette image de mon esprit.

Nous envahîmes donc le royaume, massacrant, pillant, montrant à tous qui étaient les véritables dieux de ce monde ! Mais étrangement, alors que cette victoire facile aurait dû me satisfaire, un sentiment de mal être m’envahit. Ce n’était pas sur l’armée ennemie que nos glaives s’abattaient mais bien sur des hommes ne connaissant pas les chants militaires. Leur résistance était médiocre et le massacre se fit plus aisément encore. Les trésors s’amassaient tandis que mes frères savouraient leur méfait sur les corps de ces inconnues. Les pleurs d’enfants martelaient mes oreilles comme une litanie funeste. Le cœur au bord des lèvres, je sentis les premiers fragments du doute envahir mon esprit. Nous étions… des monstres.

De retour sur Neya, cette victoire que j’aurai dû savourer me fit défaut. Mes nuits furent hantées de visages et de regards qui se faisaient juges. L’innocence, nous avions osé souiller l’innocence… Au fur et à mesure des jours, ces pensées prirent vie et ne me quittèrent plus. Les entrainements devenaient supplices, et l’armure qui avait été ma seule protection jusqu’à présent me répugnait. Son contact était pareil à de l’acide contre ma peau. Ce changement ne passa pas inaperçu après des miens qui jugèrent qu’il serait bientôt temps de faire quelque chose de moi. Une arme n’avait pas le droit de douter, encore moins de refuser de se battre. Les privant alors de l’occasion de m’occire, je fuis la nuit suivante dans un embarcadère de fortune que je confiai à la mer des Shalkes.

Je n’avais pour seul bagage que quelques arels ainsi que mon épée. Mon armure était restée sur terre, de même que mes objets personnels. Là où j’allais, ils n’étaient d’aucune utilité. Mais d’ailleurs, quelle destination ? Une terre d’accueil où changer de vie, une tentative d’absolution pour mes actes ? À cet instant je ne croyais pas que pareil endroit pouvait exister. J’étais née dans les tourments et avais, toutes ces années durant, raisonné uniquement par la violence. Pour les êtres comme moi, le futur ne devait pas exister.

Aussi, seule sur ce vaisseau de bois, j’attendais mon heure. Que la mer fasse ce que j’avais fui et m’engloutisse à tout jamais. Dans un sursaut de vie, j’avais privé mes frères du droit de me tuer, mais à présent pourquoi résister ? L’étendue salée serait mon tombeau, m’emportant dans ses dérives et son chaos.

Le ciel répondit à cette demande, aussi noir que l’encre, entraînant dans sa tempête les derniers frémissements de la mer. Le déchainement fut soudain, à l’image d’une armée se ruant sur l’ennemi. Loin des côtes, je n’avais plus aucun repère dans cette immensité incertaine. Chaque vague se fit alors vengeresse, tentant à chaque assaut de m’entraîner vers le fond. Résister ? Non, je m’offrais à cette douce fin en écartant les bras. J’embrassais ce funeste destin, enfin consciente du monstre qui m’habitait.

Les éléments se firent destructeurs, véritables rouleaux broyant tout sur leur passage. Mon embarcation tenta de retarder l’inévitable, ployant mais ne rompant pas. Mais finalement, l’univers aquatique eut raison d’elle et dans un craquement sec la disloqua de toute part. Mon corps devint alors poupée, ballotté en tous sens, devenant tour à tour noyée et sauvée. J’eus le sentiment que mes poumons et mes oreilles allaient éclater sous la pression tandis que mes yeux fuyaient cette absence de logique. Le monde se faisait eau, plus mortel encore en ces lieux qu’à tout autre endroit. Un dernier soupir de conscience et enfin, le néant.



Chapitre III : Renaissance et Envol

Je sentis plus que je ne vis le sable brulant contre ma joue et les rayons du soleil. Tous mes muscles étaient comme dissous et se fut au prix d’un immense effort que je parvins à ouvrir les yeux. Le paysage ne m’était pas familier mais je doutais d’avoir péri en mer. La douleur était là et mes poumons s’emparaient de l’air avec difficulté. Doucement, je demandai à mes mains de me relever pour mieux découvrir ses terres. Le premier essai fut un échec, m’obligeant un nouveau contact peu appréciable avec le sol. Le second fut plus prudent et me permit de gagner une posture assise. Les cheveux en bataille, ma tunique déchirée à de nombreux endroits, je devais être plus effrayante que jamais mais fort heureusement il ne semblait pas y avoir âme qui vive. Laissant à mon esprit le temps de revenir parmi les vivants, je scrutai l’horizon, m’imprégnant de ses lieux. Le désert devait être la principale toile de ses terres avec quelques oasis pour touches de couleur.

D’un geste las, je passai une main tremblante sur mes yeux et poussai un soupir. Je ne comprenais pas pourquoi la nature, si puissante et dévastatrice, m’avait épargnée. Était-ce là une seconde chance, vraiment ? Je tournai la tête vers la gauche pour regarder celle qui m’avait ordonné de vivre. Aussi douce qu’un rêve, elle caressait les terres du bout de ses doigts bleus. Son calme et sa sérénité durent m’inspirer car j’acceptai de bouger et me mis debout. J’eus l’impression que mon cerveau allait une nouvelle fois faillir mais celui-ci tint bon et me permit même de percevoir l’éclat d’un objet sur la rive.
Je m’approchai, aussi stable qu’un nouveau-né et pus reconnaitre mon épée. Elle aussi rescapée des eaux, elle attendait paisiblement la main qui accepterait de la portée. Faisant fi de mon dégoût, je la saisis et l’approchai de mon visage. Une promesse prit alors forme dans mon esprit, à l’image de cette nouvelle vie qui m’était accordée. Cette lame ne serait plus porteuse d’injustice et de souffrance. Elle se ferait alliée des plus faibles mais surtout, elle serait mémoire. Pareille à un souvenir me rappelant chaque jour que la limite entre le bien et le mal est à peine plus épaisse qu’un fil de soie.

Pendant les deux années qui suivirent, je conservai cet idéal dans un coin de ma tête mais n’eus jamais l’occasion de lui donner une forme tangible. Je me fis mirage, insaisissable, inexistante, évitant tout contact avec le monde. J’étais une Ordhaleron et je demeurai consciente que ce simple mot suffisait à engendrer haine et colère. Je vivais donc à contre-courant, profitant des oasis lorsque ceux-ci étaient abandonnés, chassant la nuit à la faveur de la lune. Je me fis ombre dans ce que j’appris à être les sables du désert des Mohars. Quelques écarts de conduite furent cependant nécessaires à mon salut, m’obligeant ainsi à apprivoiser les ficelles du vol.

Le temps filait et les éléments me sculptaient à nouveau. Mon esprit se fit plus vif, mes sens devenant alors mon unique protection contre le monde extérieur. Je devins plus féline encore, abandonnant les derniers remparts de force pour gagner davantage de rapidité et de souplesse. Ma peau, elle, semblait se nourrir des rayons du soleil, devenant chaque jour plus étincelante. Je souffris finalement peu de la chaleur de ses terres, vivant essentiellement la nuit et trouvant refuge dans quelques grottes le jour. Un certain rythme de vie prenait place, faisant de moi un animal sauvage. Néanmoins, les années passant, je commençai à ressentir un manque. L’absence d’un autre se faisait entêtante, surtout lorsque j’entendais passer au loin des caravanes. Jamais je n’avais eu à souffrir de solitude et son empreinte s’apposait doucement sur mon être.

Vivre ainsi n’était peut-être pas vivre… Un souvenir vint alors chatouiller ma mémoire, ou plutôt un nom. Sunaï… Un lieu de paix pour tout Ordhaleron, un endroit où je pourrai enfin construire quelque chose. L’idée se fit volonté et quelques jours plus tard mes pieds effleuraient le bois d’un navire partant pour Satvar. Un dernier larcin de forte valeur avait été nécessaire pour cette traversée et je devais à tout instant masquer mon corps mais je ne pouvais retenir le sourire sur mes lèvres. Un sentiment de renouveau emplissait mon âme et la transportait. Fort heureusement, il n’y eut aucun accident notable durant la traversée, mis à part l’emprunt d’un des canots lorsque que la belle Sunaï fut en vue. Le chef d’expédition refusant de passer par cette île, il m’avait fallu agir et user de talents un rien déplorables. Néanmoins, lorsque mes mains touchèrent la terre promise, je sentis mes doutes et mes regrets s’estomper. Il était à présent temps de me faire une vraie place dans ce monde.

L’espoir d’un changement soudain était tel que pas un instant je ne crus en un possible échec. Pourtant, lorsque mes pas me conduisirent auprès d’Ordhaleron, je compris que les choses ne seraient pas aussi simples que souhaitées. Le regard posé sur ceux qui devaient être mes frères ne m’apporta qu’un profond dégoût. En regardant ces êtres, je ne pus m’empêcher de revoir les champs de bataille que j’avais cru fuir. Ma mémoire se fit violente et m’imposa ce passé si lourd que je tentais d’oublier.  Ces personnes n’étaient pourtant pas les monstres qui avaient combattu à mes côtés, l’analogie était terriblement injuste ! Mais elle demeurait et incapable de m’en défaire, je pris une nouvelle fois la fuite.

Une course éperdue à travers les rues d’un village dont j’ignorai le nom qui finalement m’amena à rencontrer celui qui me sauva la vie. Notre premier contact fut brutal car emportée dans mon élan je ne vis que trop tard l’Ordhaleron croisant la route à cet instant. L’impact fut tel qu’il nous projeta tous deux à terre, stoppant net ma folle échappée. Mais alors que je m’apprêtai à bondir pour repartir de plus belle, un regard se posa sur moi. Mélange de surprise et de bienveillance face à une peur farouche, la rencontre fut belle et l’invitation séduisante. Mes muscles hurlaient de partir tandis que mon cerveau cessa tout fonctionnement, refusant de donner de vraies directives. Après quelques gestes dépourvus d’agilité, l’Ordhaleron me fit face et me tendit sa main, me signalant par la même occasion que j’étais toujours assise par terre.

« Bonjour, vous ne vous êtes pas fait mal au moins ? »

Incapable d’une parole, avide de fuite, je ne parvenais pas à accepter cette main pourtant toujours tendue devant mes yeux.

« N’ayez crainte ma jeune amie, malgré mon embonpoint, je ne vous mangerai pas ! Et puis, il me semble lire dans votre regard que vous ne seriez pas contre un peu d’aide, n’est-ce pas ? »

Une simple phrase pleine de sincérité et de gentillesse qui fut finalement le début de tout. J’acceptai et ce faisant je m’engageais pour un voyage de quatre ans où il me fut permis de vivre. Vitélius, éminent professeur d’architecture et d’archéologie, m’apprit durant ces années ce que signifiait vivre.

De simple esprit de bataille torturé par son passé je devenais enfin un être à part entière. Le trajet fut long et à l’image d’une vieille horloge cassée, Vitélius prit le temps de me reconstruire. Bien sûr, cette réparation fut difficile mais j’en savourai chaque étape.

D’abord simple observatrice durant ses cours, je devins peu à peu compagne de voyage. Bras armé destiné à le défendre mais aussi élève du monde entier. Ce fut à cette période que je découvris à quel point j’étais avide de savoir. Chaque découverte devenait l’objet de mille questions, chaque rencontre se fit porteuse de nouvelles cultures. Prendre le temps d’apprendre et de comprendre, cette époque fut un véritable délice.

Et bien plus encore, au-delà du développement mental, je sentis une transformation apparaitre dans mon âme. Ceux que j’avais nommé frères durant des années n’étaient rien face à ces jeunes gens qui m’avaient acceptée auprès d’eux. La sérénité, la confiance, la sincérité… Je pouvais enfin associer des images à ces mots.

À présent, qu’ajouter de plus ? Pas de fin catastrophique ou un évènement mettant en péril ce havre de paix. Si le temps fila à une vitesse folle, il m’offrit tout ce qu’une jeune Ordhaleron en exil pouvait souhaiter, un foyer et une seconde chance. Finalement, ne restait qu’un avenir florissant accompagné du désir fou d’arpenter le monde et surtout, l’envie de vivre de belles aventures.

 


 
Ambitions & Desseins

 

Voyager, rencontrer, découvrir le monde ! Une foule d’aventures tend les bras à la jeune femme et ce ne sont pas quelques soucis d’ordre technique qui sauront l’arrêter. Les Ordhaleron ne sont pas très appréciés ? Soyez certains que ce n’est pas cet euphémisme qui empêchera Shaëra de prendre la mer pour changer d’air. De plus, pourquoi croire que chaque âme serait dépourvue de bon sens et incapable de quelques ouvertures d’esprit à son égard ? Le monde n’est après tout ni tout blanc, ni tout noir.
 



 
Divers

 

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  + Merci. Merci pour l'accueil, les conseils, la patience et les encouragements. Merci également d'offrir un univers si riche, plein de possibilités. Finalement, de faire vivre ainsi l'imaginaire. ^^ (Et merci mon petit Sephy, pour ton acharnement ♥)
 


 
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◈ Missives : 2155

◈ Âge du Personnage : 82 ans
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◈ Origine : Al'Akhab - Siltamyr
◈ Magie : Aucune
◈ Fiche personnage : Calim

Conteur
Calim Al'Azran

◈ Mar 16 Fév 2016 - 6:14

D'un côté on a la joueuse qui chouigne au fondateur par MP qu'à chaque relecture de fiche elle trouve des formulations qui lui conviennent pas, de l'autre on a le staff avec la bouche qui tombe. Non mais, ça va, voilà hein.

Du coup ben, fait rare, une validation directe, sans passage aux modifications. Tu as une superbe plume Shaëra, et ton histoire est vraiment bien. On passe d'un véritable pion de la Légion à quelqu'un qui se pose des questions.

C'est superbement mené.
T'en fais pas, Vitélius arrivera quand j'aurai le temps... *tousse*

Félicitations à toi, créature d'or. Et bienvenue sur Azzura.

PS : go parchemin des Héros pour le journal de bord, et partie taverne pour les demandes de rp ! Wink