Azzura

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Anolis Trego - Poète et Érudit

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◈ Missives : 12

◈ Âge du Personnage : 43 ans
◈ Alignement : Neutre
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Vreën
◈ Origine : Royaume de Lyria, Ordanie
◈ Localisation sur Rëa : Fraîchement arrivé à Altar - Lyria
◈ Magie : Magie psychique dont il n'a pas conscience. Il pense devenir fou.
◈ Fiche personnage : Anolis Trego

Héros
Anolis Trego

◈ Dim 7 Fév 2016 - 2:08



◈ Prénom : Anolis
◈ Nom : Trego
◈ Sexe : Homme
◈ Âge : 43 ans
◈ Date de naissance : Le 18e jour de la lune de Siralon, an 47 de l'Ère des Rois
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Vreën
◈ Origine : Ordanie / Royaume de Lyria
◈ Alignement : Neutre

◈ Métier : Poète/Érudit



Magie

Magie Psychique : Illusion.

Les rêves étranges que fait Anolis depuis presque un an ont laissé place à d'étranges manifestations. Il a récemment commencé à percevoir des sons et des visions qui n'ont aucun sens. Comment pourrait-il entendre la voix et les rires de personnes disparues ? Comment expliquer ces mouvements dans l'ombre ? Si l'érudit n'en a pas encore pleinement pris conscience, il a désormais accès au don de magie psychique et ses propres souvenirs se jouent de lui, déformés en d'horribles hallucinations par le sentiment de culpabilité qui le ronge depuis toutes ces années et par ce pouvoir dont il ignore l'existence.


Compétences, forces & faiblesses



> Arts de la noblesse & de la bourgeoisie :
(Métiers engagés dans cet art : Écrivain, Notaire)
- Lecture & écriture : Maître
= Dès son plus jeune âge à son métier de notaire, puis sa passion d'artiste, les mots n'ont plus de secrets et les belles phrases finissent par couler comme de l'eau.
- Mathématique (comptabilité): Avancé
= Faire tourner un cabinet notarial nécessite quelques notions dans la gestion de l'argent.
- Étiquette (Lyria) : Avancé
= Il faut savoir plaire, notamment lorsque l'on verse dans l'art délicat et versatile qu'est la poésie et que l'on vit principalement du mécénat.
- Politique (Lyria) : Intermédiaire
= Une connaissance essentielle pour survivre dans les hautes sphères de la noblesse. Cependant, savoir ne veut pas dire participer.
- Héraldique (Ordanie) : Expert
= Étendre sa connaissance au delà des frontières d'un seul pays peut s'avérer vital quand on doit retrouver un héritier lointain lors d'une délicate histoire de succession.
- Héraldique (Lyria) : Maître
= Connaître les titres, les alliances, les héritiers proches ou loitains parmi les familles de la noblesse lyrienne est primordial lorsque l'on reprend l'affaire familiale.
- Représentation (Poésie) : Maître
= Les rimes, les métaphores, la possibilité de transporter le lecteur dans l'imaginaire. De nombreuses années à faire rêver l'ont portées à la maîtrise total de cet art délicat et parfois satirique.

> Arts des Sages :
(Compétences exceptionnelles obtenues par l'histoire du personnage.)
- Médecine (Anatomique) : Maître
= Grâce à 15 années d'études illégales et théoriques enrichies par des autopsies ainsi que de nombreux ouvrages de sciences.
- Médecine (Générale) : Intermédiaire
= Un savoir glané au cours de ses longues années d'études, malheureusement confiné à la théorie par le manque évident de pratique sur corps vivants et situations stressantes.
- Herboristerie : Expert
= Obtenue grâce à ses contacts avec les Érudits et pour compulser d'autres théories quant à la maladie de sa défunte fille.

> Compétences libres
- Religion (Vreën) : Intermédiaire
= Jadis, l'office hebdomadaire et les prières à Alvar étaient traditionnelles, sans parler d'une éducation principalement prodiguée par les hierophantes de son village.
- Histoire (Ordanie) : Expert
= Principalement tourné sur la géopolitique globale du continent.

Points forts

Un savoir encyclopédique : Au cours des années qui ont suivi la disparition de sa famille, Trego s'est plongé dans une quête de savoir. Ayant entretenu divers rapports avec la noblesse lors de sa carrière d'écrivain, sa connaissance de l'histoire politique d'Ordanie s'était vue enrichie. De plus son travail de notaire lui avait également octroyé quelques notions de droit. Après la mort de sa fille, Trego s'est réfugié dans la science, sa volonté de découvrir la vérité derrière le fléau qui s'était abattu sur sa famille le persuadant de tout quitter pour se concentrer sur la compréhension des choses. Ainsi l'érudit se forma à l'étude de l'anatomie par divers moyens plus ou moins condamnables et chercha à remplacer sa foi en Alvar jadis ardente par des certitudes plus solides en étudiant les mécanismes physiques du monde.

Des connaissances médicales : Après quinze années passées à étudier clandestinement des cadavres, à disséquer des animaux et à mettre à profit ses lectures et ses contacts chez les Érudits, Anolis acquit un certain entendement du fonctionnement des mécanismes anatomiques et peut s'avérer être un médecin de secours plutôt satisfaisant.

Un esprit vif : À force d'expérimenter et d'étudier, Trego a adopté un style de réflexion basé sur l'analyse concise des éléments observés. Il applique ainsi le même mode de pensée hors de ses études ce qui peut s'avérer être un bon point lorsqu'une prise de décision rapide est de mise tout autant qu'un défaut lorsqu'il s'agit de l'appliquer à ses échanges sociaux, une analyse trop rapide pouvant induire en erreur bien rapidement...

Une certaine notoriété : L'éloquence du jeune Anolis Trego lui a bien servi. Très jeune, ses textes lui ont attiré l'attention de quelques nobles de Lyria, qui ont à leur tour fait découvrir le jeune auteur à leur entourage. Si les pamphlets, histoires et poèmes de Trego sont surtout connus dans le Royaume de Lyria, il est possible d'entendre ses vers chantés par les bardes à travers toute l'Ordanie.

Points faibles

Tout le monde ne peut aimer l'art... : Au fil des années, la notoriété de Trego à la cour l'a mis en confiance. Peut-être trop d'ailleurs. Si l'érudit a entretenu tout au long de sa vie des correspondances amicales avec certains mondains de différentes cours, cela ne l'a pas rendu agréable à tous pour autant. L'ego est une chose aisément froissable et si certains de ses textes lui ont valu des amis, Trego n'est pas non plus en manque d'ennemis en Ordanie.

Un esprit brisé : Trego a tout perdu en une poignée de jours. Personne ne ressort indemne d'un traumatisme semblable à celui-ci et Anolis ne fait pas exception. La perte de sa femme et de sa fille l'a totalement transformé et il considère désormais les autres individus et la vie en général d'un point de vue plus cynique et sombre ce qui peut donc le faire paraître désagréable au premier abord. De plus, le seul souvenir de sa fille ou de sa femme l'amène aux larmes qu'il refoulera avec plus ou moins de difficultés selon les situations.

Les apparitions : Pour le moment, Trego ne contrôle aucunement son pouvoir et n'a même pas conscience de son existence. Son esprit scientifique refusant de croire à toutes ces rumeurs sur le retour de la magie, il s'explique ses visions d'une toute autre façon : de la même manière que son épouse il sombrerait peu à peu dans la folie. Ses visions le prennent sans prévenir et à intervalles plus qu'irrégulières, obscurcissant son jugement et sa lucidité quant à la réalité qui l'entoure. Il n'y a qu'en apprenant à maîtriser la magie en lui qu'il pourra échapper à cette démence latente... Au prix de toutes les convictions scientifiques qu'il entretient pour le moment.


Physique


Les choses avaient bien changé avec les années pour Anolis. Le beau jeune homme ayant toujours un sourire à offrir avait vieilli en un homme plus sombre et au visage plus bourru. Ses cheveux châtains se teintent peu à peu de gris et la barbe qu'il arbore désormais révèle également une certaine coloration poivre et sel. Si Trego n'est pas exceptionnellement grand du haut de ses cinq pieds et quatre pouces ( 1,73 m ), il y a quelque chose d'imposant en lui. Peut-être sont-ce ses yeux surplombés par un front esquissant ses premières rides, dont le regard brun et les cernes creusées trahissent le poids des quinze dernières années et la fatigue de cet homme ? Ou peut-être s'agit-il sa voix, puissante mais calme, agréable à entendre mais conjurant tout de même une aura de sérieux à toute conversation ?
Malgré une certaine aisance financière, Anolis n'a jamais cédé à la tentation d'une nourriture plus luxueuse, au contraire il se mit à manger très peu suite au drame qui frappa sa famille, en témoignent son absence d'embonpoint et ses joues légèrement creusées.
Ces quinze dernières années, l'érudit n'est jamais sorti de chez lui que dans le cadre de ses recherches et n'a jamais porté d'autres atours que sa chemise blanche, son chandail noir et sa veste en cuir. Il porte toujours sa bague au doigt, dernier vestige de sa vie d'autrefois qu'il conserve comme le plus précieux des trésors, cet objet seul étant capable de lui faire perdre son air sévère au profit d'un sourire triste et de quelques larmes dissimulées.


Caractère


Une bonne quinzaine d'années plus tôt on pouvait encore penser du talentueux Anolis Trego qu'il était de bonne compagnie, désormais l'érudit ne fait plus rien pour cacher son mépris pour les codes mondains et ne cherche plus à jouer au parfait gentilhomme pour parvenir à ses fins.

Il fut pourtant une époque où Trego pensait autrement et voyait la vie sous un meilleur jour.
Dans la première partie de sa vie, c'est à dire jusqu'à ses vingt-huit ans, Trego était toujours souriant et plein de joie. Son plus grand désir était d'enchanter les lecteurs de ses poèmes et de ses fictions légères et plaisantes. La sympathie qu'il inspirait lui valait d'avoir quelques amis et les correspondances qu'il commençait à entretenir avec certains gens de cour lui promettaient un avenir radieux duquel il se réjouissait.

Aujourd'hui, Trego n'attend plus rien de la vie. L'hécatombe ayant frappé sa famille l'ayant sentimentalement et psychiquement réduit plus bas que terre, ce fut pour lui comme si tout espoir d'un avenir meilleur s'en été allé aussi. En réalité, Trego ne vit plus que dans le passé et le seul souvenir de sa famille l'amènera au mieux dans un mutisme inquiétant et le poussera aux larmes dans le pire des cas. N'ayant plus pour seule préoccupation que de découvrir ce qui a tué sa fille, Anolis a tout abandonné pour donner vie à son obsession. Inutile de dire que le catégoriser de névrosé serait pur euphémisme.
Adieu donc amis, adieu famille, adieu à tout ce qui ne pouvait pas l'aider à atteindre son unique intérêt.

Parmi ces choses qu'il abandonna, il y eut Alvar, rien de moins. Jadis persuadé de son existence et respectant l'office hebdomadaire, Trego vit cependant ses convictions religieuses pulvérisées avec la disparition de sa fille. Comment Alvar pourrait-il permettre qu'une enfant innocente meure de manière aussi violente ? Et si jeune ? Il n'y avait pour lui qu'une seule explication : son dieu aimé et respecté n'existait tout simplement pas.
Pour lui, le pragmatisme est désormais de mise et chacune de ses considérations est emprunte d'une réflexion logique en amont héritée de sa reconversion scientifique.

Pour autant, Anolis n'est pas un mauvais bougre. Si la joie qui l'habitait par le passé l'a à présent quitté et s'il n'est pas de ceux dont la discussion est la plus agréable, le drame familial qu'il a connu ne l'a pas changé en sociopathe. Quelque part au fond de lui, il attend que quelqu'un l'aide à faire son deuil, qu'on le libère de ce fardeau qu'il porte désormais depuis quinze ans, qu'on l'aide tout simplement à faire la lumière sur le désastre qui a frappé sa vie. Si on omet son côté irritant et qu'on parvient à le faire parler, Trego intéressera par son savoir et sa culture. Peut-être même que, contraint et forcé, il pourra se risquer à composer un poème pour la bonne âme l'accompagnant, comme au bon vieux temps.


Inventaire


S'attarder sur les diverses possessions de Trego pourrait prendre un certain temps, celui-ci n'est en effet pas des plus pauvres. Attardons nous tout de même sur sa demeure, simple maisonnette devenue manoir au fil du temps, et sur les secrets macabres qu'elle renferme. En tant que notaire, Anolis avait de bons revenus mais sa demeure restait encore modeste. L'arrivée du bébé obligea son couple à agrandir les lieux, pour leur plus grand bonheur. La soudaine notoriété de l'écrivain et la rentrée d'argent qui l'accompagnait lui permit de faire un peu plus que rajouter une pièce à la bâtisse et la famille Trego connut alors un certain confort. La maison devint manoir après la disparition de la femme et de la fille d'Anolis. Absolument tout ce qui se trouvait dans sa demeure les lui rappelait à son souvenir, il fit donc bâtir une deuxième aile au futur manoir dans laquelle il vivrait en laissant plus ou moins la première prendre la poussière. Il fallait également apporter quelques modifications à la cave pour qu'elle se prête davantage au sinistre rôle qu'il lui destinait.

Il va sans dire que le manoir Trego comporte une imposante bibliothèque trahissant son amour, terni par les drames qu'il a connu, de la littérature. Ainsi on y retrouve poèmes, contes, nouvelles... Il y classe également les lettres composant ses diverses correspondances avec certains nobles ou d'autres érudits. Avec l'avancée de ses recherches, ses étagères se sont remplies d'ouvrages scientifiques traitant de médecine et de science... certains d'entre eux relèvent d'expériences similaires à celles qu'il a menées et sont donc bien dissimulés de par leur nature illégale.

Ajoutons ici une liste non exhaustive des œuvres du célèbre Anolis Trego :

- Du Renouveau de l'Art au Royaume de Lyria : Pamphlet glorifiant l'art sous toutes ses formes et invitant à démontrer toute son originalité et son talent au monde.

- Ode Lyrien : Recueil de chants à la gloire de la patrie, y figurent Sous le beau soleil Lyrien et Princesse Eileen

- Helerion et le Cycle des Saisons : Recueil de contes qu'Anolis avaient imaginé pour aider sa fille à s'endormir le soir.

- Feu et Glace : Pièce épique revisitant les différentes guerres entre Alsdern et Vreën au fil des âges. Elle présente une version faite pour être jouée sur scène et une autre pensée pour être chantée par les bardes et les ménestrels.

- De l'importance de la dissection pour la médecine et la science : Pamphlet prônant l'évolution des pratiques scientifiques rédigé après la mort d'Erin et Théa. Il n'a pas été bien perçu mais n'a pas suffi à entacher la popularité de l'auteur.

- Requiem : Recueil de poèmes semblant préconiser exactement l'inverse de sa toute première oeuvre. L'art y est profondément décrié, la mort est omniprésente... Y figurent Terre de Glace et Chant du Cygne.

La plupart du temps, Anolis porte une chemise en lin surplombée d'un chandail noir. Lorsqu'il sort de chez lui, il enfile également une veste en cuir. Dans l'une de ses nombreuses poches on peut trouver une poignée d'oryns, une fraction de ses économies disposées dans un coffre de son manoir, bien à l'abri des regards. Une autre de ces poches si pratiques abritait un pochoir en cuir dans lequel se trouvait une mèche de cheveux bruns, souvenir du premier passage de Théa chez le barbier. Enfin il porte bien sûr au doigt son alliance qu'il ne pourra jamais se résoudre à ôter.

Ne sachant pas le moins du monde quand il reviendrait de son voyage loin de chez lui, si tant est qu'il en revienne, Trego a préféré être prudent. Dans un sac en lin qu'il transporterait dans son dos, il entreposa quelques vivres, une seconde bourse d'oryns au cas où, un flacon d'encre verrouillé avec précaution ainsi qu'une ou deux plumes et du papier à lettres et un carnet de notes pour griffonner ses futures découvertes.


Histoire


Il avait du mal à croire que cela faisait déjà quinze ans. Qu'avait-il accompli jusqu'ici ? Que lui avaient apporté toutes ces années ? Qu'avait-il tiré de ces journées passées à étudier traités et cadavres ainsi qu'à composer maint poèmes et chansons flattant l'ego de petits nobliaux en manque de reconnaissance ? Pas grand chose, pas vrai ? Comme tous les ans, Anolis en arrivait à cette conclusion : ses recherches ne l'avaient avancé à rien. Oh bien sûr au début ses connaissances anatomiques s'en étaient vues grandies... Et après ?

Comme tous les ans, il s'était posé ces questions en marchant d'un pas lourd vers l'ancien atelier de sa femme.

Comme tous les ans, après avoir passé la porte grinçante, Anolis avisait le nœud pendant des poutres du plafond avec au fond du cœur un mélange d'horreur, de mélancolie et de résolution.

Comme tous les ans, Anolis laissa échapper un soupir avant de monter sur cette chaise qui n'avait pas quitté sa place même après toutes ces années.

Et comme tous les ans, Anolis passa la tête à travers le nœud et se posa la plus grande de toutes les questions : " Trouverai-je le courage de sauter cette fois-ci ? "

* * *

Anolis Trego vit le jour une quarantaine d'années plus tôt au sein d'une famille de notables lyriens installée à Serlan, ville de taille moyenne située à moins de cinq lieues d'Altar. Fils unique, Anolis devait faire la fierté de ses parents. Pour ce faire, la charge de son éducation fut confiée aux hiérophantes du temple blanc serlanais dont l'enseignement était des plus réputés. Le jeune homme bénéficia également de l'initiation prodiguée par son père, notaire de son état, aux notions élémentaires du droit lyrien.
S'il accepta sans broncher le chemin qu'on lui avait tracé, c'est-à-dire la récupération à terme de l'affaire paternelle, Anolis présentait tout de même un intérêt prononcé pour le monde de l'art et notamment pour la littérature. Dès l'adolescence, il avait commencé à composer en secret ses premiers vers et à s'inventer des histoires.

L'enfance du futur poète se déroula sans accroc, Serlan étant plus ou moins épargnée par les raids Alsderns des années 65 et 66. Le jeune homme prit donc le temps d'apprécier la vie, de flâner entre deux leçons de droit ou de morale, et à défaut d'avoir impressioner son Lieutenant lorsque vint le jour de passer les tests d'aptitudes, il aiguisa sa plume plutôt que son épée.

* * *

Ce souvenir-ci était plus difficile. La joie de l'époque se changeait dans son esprit en une souffrance incurable. Il avait toujours cette étrange sensation en remontant le fil de sa vie, celle de n'être que le spectateur d'une inexorable déchéance à venir.

" Anolis ?
- Oui, père ? "


Attablée dans le salon, la famille Trego dînait comme à son habitude, Anolis avait alors vingt ans. Face à lui, Anolis père et Masha Trego son épouse mangeaient côte à côte, souriant béatement. Le chef de famille reprit la parole d'une voix douce.

" As-tu déjà pensé à te marier, mon fils ? "

Après avoir manqué de s'étouffer plusieurs fois avec le quignon de pain qu'il était en train d'avaler, le jeune homme répondit en toussotant.

" À me... marier, vous dites ? Non, père... Jamais... Pourquoi une telle question au juste ?

- Il se trouve que ta mère et moi nous sommes rencontrés à ton âge, sur intervention de nos parents. Nous pensons donc qu'il est peut-être temps pour toi aussi, si tu n'y vois pas d'inconvénients.

- Jamais je ne pourrai m'opposer à la sagesse de votre jugement, père !
annonça alors le fils tout en se maudissant mentalement pour avoir formulé une telle réponse. "

L'heureuse élue, lui expliqua sa mère, était la belle Erin Armasian. Issue d'une famille de marchands prospères, la jeune femme était un fort bon parti, d'autant plus qu'Anolis et elle se connaissaient déjà depuis l'enfance.
Devant l'exposé visiblement bien travaillé de ses parents quant aux qualités de la jeune Armasian, les traits d'Anolis se détendirent. De fait il s'était calmé dès qu'il avait entendu le nom de sa promise. Lorsque tous les arguments furent présentés, on lui demanda ce qu'il en pensait ce à quoi il répondit qu'il avait besoin de prendre un peu l'air et qu'il serait bientôt de retour.

La nuit étant fraîchement tombée, Trego ne voulait pas trop s'éloigner de la demeure familiale. Il voulait seulement faire quelques pas et respirer un grand coup... mais une voix l'interpella dès qu'il eut franchi la porte.

" On sort si tard ? Tu cherches quelqu'un peut-être ? "

Anolis se retourna vers le mur de la maison voisine. Adossée à celui-ci, Erin était presque invisible par une telle soirée, ses cheveux bruns et sa peau légèrement halée se confondant dans l'obscurité. Ses yeux d'un vert profond l'avaient toutefois trahie et le jeune homme s'avança alors vers elle.

" Tu sais très bien qui je cherche. " lui dit-il avant de l'embrasser avec cette passion propre aux jeunes gens goûtant à leur premier amour.

Après ces salutations en bonne et due forme, Anolis raccompagna la cadette des Armasian chez elle, celle-ci n'ayant visiblement pas craint de s'évader du domicile familial à une heure si tardive. Sur le chemin, ils eurent le temps d'aborder la discussion qui s'imposait.

" Si tu es venue me voir ce soir c'est que les nouvelles vont vite, semble-t-il... Le hasard fait bien les choses tout de même !

- Le hasard ?
répéta la jeune femme en riant. Mon pauvre Nolis, tu croyais sincèrement que nos parents ne se douteraient de rien ? Après trois ans passés à essayer de se voir en secret dès que possible ? Eux aussi ont eu notre âge, que crois-tu ? Ils essaient simplement d'éviter le déshonneur familial...

- Dans tous les cas, ça nous arrange bien, tu ne penses pas ? "


Erin ne répondit que par un de ces sourires dont elle avait le secret. À force de marcher, ils arrivèrent bien vite près de la demeure Armasian. Anolis sentit alors qu'il était temps de se lancer. Sans prévenir, il posa un genou à terre.

" Autant faire ça dans les formes ! précisa-t-il.

- Ce que tu peux être vieux jeu, Nolis...
Soupira la jeune femme sans pouvoir cacher son contentement.

- Erin Armasian, veux-tu me faire l'honneur de m'épouser ?

- Anolis Trego... Je le veux. "


* * *

Sous le beau soleil de Lyria
Je me suis rendu quelques fois.
Où trouver plus de beauté en tout Rëa ?
Connaissez-vous de meilleur endroit ?

Sous le beau soleil de Lyria
L'Amour bourgeonne çà et là !
Tout autant chez les jeunes gens
Que chez les plus vieux courtisans !

Sous le beau soleil, sous le beau soleil
Sous le beau soleil Lyrien !
Sous le beau soleil, là où les amis sont rois !

Sous le beau soleil, sous le beau soleil
Sous le beau soleil Lyrien !
Sous le beau soleil, venez chanter avec moi ! !

" C'est bon, Erin ! J'ai enfin fini ce recueil de chants... Je ne suis pas entièrement satisfait du dernier mais le refrain devrait donner son rythme à la chanson. Enfin j'espère, je laisse les ménestrels improviser la mélodie !

- Ces gens de la cour t'en demandent trop, Nolis ! Combien de poèmes et de contes t'ont-ils déjà réclamé ? Et maintenant ils te demandent des chansons ? À toi et à ton incapacité à chanter juste ? "


Cela faisait déjà deux ans que les amants s'étaient mariés. Tout en reprenant le flambeau de son père à l'office notariale, le jeune Trego avait commencé à se faire connaître par ses écrits. Tout avait commencé par un tout petit pamphlet de rien du tout intitulé Du renouveau de l'art au Royaume de Lyria. Ce petit écrit sans prétention partagé avec quelques-uns de ses clients était parvenu par hasard devant les yeux de quelques nobles d'Altar, accompagné de quelques-uns des vers du jeune notaire.

Dire qu'ils avaient adoré relèverait de l'euphémisme. En réalité, Trego avait trouvé de très généreux mécènes grâce à ce curieux effet de bouche à oreille et l'avenir du couple s'annonçait plus que radieux. En plus des arels - et bientôt des oryns - qu'on lui offrait en échange de ses oeuvres, Anolis entretenait depuis peu quelques correspondances avec ses seigneurs amateurs d'art et ses connaissances historiques et généalogiques des dynasties règnantes d'Ordanie s'en virent bientôt grandies.

" Je te trouve un peu trop dure envers moi... Tout ça parce que tes toiles ne se vendent pas aussi facilement que mes vers !

- Là, tu es allé trop loin !
répliqua-t-elle en feignant la rancoeur. Tu as de la chance... Si je n'étais  pas si fatiguée, je me serais vengée depuis longtemps...

- Reste au lit, mon coeur. Puisque j'ai enfin fini, je vais enfin pouvoir me reposer un peu avec toi. "


Anolis se leva de son bureau et, après s'être gracieusement étiré, se retourna vers le lit où son épouse l'attendait. Il avisa son ventre, trahissant de plus en plus son état, et s'allongea à ses côtés.

" C'est pour bientôt. Lui dit-elle en se blotissant contre lui, souriante. "

* * *

Née au matin du dix-septième jour de Merä en l'an 69 de l'Ère des Rois, Théa Trego trouva très vite sa place dans la famille. Les six années qui suivirent furent les plus heureuses de la vie de l'écrivain. Complètement fou de sa petite Théa, il était aux combles de la joie rien qu'en la voyant faire ses premiers pas.

À côté de cela, les tableaux d'Erin tant critiqués par Anolis se vendaient comme des petits pains, la renommée de l'auteur influant également sur la sienne. Trego n'avait plus besoin d'exercer son occupation de notaire, ses oeuvres ayant désormais dépassé le seul Royaume de Lyria. Ses mécènes l'avaient fait connaître outre-mer et il entretenait depuis lors quelques conversations épistolaires avec certains notables de Lavern et d'Elra.

Son bonheur dura six ans.

* * *

" Qu'est-ce qu'elle a, docteur ? "

C'est Erin qui avait posé la question. Anolis était trop occupé à faire les cent pas en se demandant ce qu'il devait faire. Depuis quelques jours, Théa mangeait de moins en moins et son visage était vraiment pâle. Quand ils allèrent la trouver pour discuter de son état, la petite s'était évanouie.

" C'est juste un peu de fatigue, répondit le médecin d'un ton bienveillant, laissez-la se reposer un moment. Quand elle se réveillera, faites-lui reprendre des forces en la laissant manger tout ce qu'elle voudra.

- Papa... Maman...

- Théa ! "


Ils se précipitèrent au chevet de leur fille dans un élan simultané. Elle n'avait pas ouvert les yeux depuis plus d'une heure et le soulagement des parents était palpable. Avec un sourire au lèvre, le médecin prit congé de la famille et leur souhaita de ne plus connaître de frayeurs pareilles. Il n'aurait pas pu faire plus ironique s'il l'avait voulu.

Après deux journées passées au lit, Théa réveilla ses parents en pleine nuit par ses crises de toux. Ses pupilles étaient parcourues de multiples veines rouges et la fillette ne pouvait s'empêcher de trembler.
Anolis la prit dans ses bras en lui promettant que tout allait bien se passer. Et au fond il ne pouvait que l'espérer.

Au cours des jours qui suivirent, il dépêcha différents médecins, investissant de plus en plus d'argent dans leur recrutement. Rien n'y faisait. Erin et lui ne se parlaient presque plus, elle semblait l'éviter. En vérité, ce qu'elle pouvait penser lui importait peu du moment que sa fille guérisse le plus vite possible. Mais un jour vint le drame, Théa avait craché du sang.

" Laissez-moi la voir ! Laissez-moi voir ma fille !

- Monsieur Trego, s'il vous plaît, écoutez votre raison...
Le dernier médecin qu'Anolis avait engagé lui barrait le chemin et parlait à travers cet étrange masque que les gens de sa sorte portaient. Je sais que c'est difficile à entendre mais votre enfant pourrait être contagieux... Il faut la laisser partir.

- Sortez de chez moi ! Sortez tout de suite de ma maison !

- Nolis, je t'en supplie calme-toi ! "


Erin s'était interposée entre son mari et l'homme contre qui il allait en venir aux mains. La pauvre femme avait le visage plein de larmes et c'est à peine si elle pavenait à s'exprimer. Le médecin secoua la tête en soupirant puis, adressant un regard plein de compassion à la mère à travers les lentilles de son masque, quitta les lieux sous la pression du maître de maison.

Les yeux emplis de rage d'Anolis ne pouvaient cependant percevoir le chagrin et le désespoir de son épouse. Lorsqu'elle le somma de le regarder et de l'écouter, il lui dit d'un ton froid, après l'avoir repoussée de la main :

" Pardonne-moi Erin, mais je ne l'abandonnerai pas. "

Sans se retourner il avança vers la chambre de sa fille. Elle était là allongée, semblant toute paisible. Il y avait du sang sur ses draps mais il n'en tint pas compte. Il posa son oreille sur la poitrine de Théa... Le coeur battait toujours, elle était seulement assoupie. Il s'allongea à côté d'elle et la prenant dans ses bras, il lui jura les larmes aux yeux de la protéger quoiqu'il arrive.

Anolis se réveilla en sursaut... Cela faisait peut-être une ou deux heures qu'il dormait et Théa s'était mise à hurler de douleur. Elle ne pouvait pas s'arrêter et à ses larmes s'ajoutait le sang que sa toux lui faisait cracher. Totalement impuissant, son père ne pouvait que la serrer de ses bras de plus belle en lui répétant à l'oreille que tout allait bien se passer.

Au bout d'une éternité de cris et de plaintes, le silence retomba. Les traits de la fillette s'apaisèrent et, fermant ses yeux plein de larmes elle dit :

" Suis fatiguée, Papa...

- Non... Théa, ma chérie, regarde-moi ! Ne me fais pas ça, je t'en supplie ! Alvar... Sauve ma fille... Prends-moi à sa place, ce n'est qu'une enfant ! Oh je t'en prie Théa, par tout ce qui est bon dans ce monde, réveille-toi ! "


Les cris de Trego n'y firent rien. Théa s'éteignit dans la nuit du 12e jour de Friya, en l'an 75 de l'Ère des Rois.

Après l'enterrement, Anolis se mura dans son étude et dans son silence. Il voyait parfois Erin errer dans la maison, trouvant refuge dans son atelier. Il savait qu'il n'était pas encore prêt à parler de tout cela pour le moment et il supposait qu'il en était de même pour elle. Ce n'est que trois jours après le décès de sa fille qu'il comprit qu'il ne devait pas la laisser gérer tout cela seule. Erin et lui avaient toujours tout affronté ensemble, ils sauraient quoi se dire pour se permettre d'aller de l'avant tous les deux.

Mais c'était trop tard. Après l'avoir cherchée partout, il la trouva dans son atelier. La dernière once de lucidité se brisa en lui lorsqu'il la vit, la corde passée autour du cou, son visage jadis si souriant dissimulé sous une cascade de cheveux sombres. Elle serrait un papier dans sa main glacée mais... Impossible de se souvenir d'un seul des six mots qui y étaient inscrits et la lettre restait introuvable depuis quinze ans.

Sans détacher la corde du plafond, Anolis en libéra le corps de son épouse. Assis à même le sol, il lui ferma les yeux et l'étreignit en pleurant en silence. Il n'avait plus la force d'éclater en sanglots.

* * *

Terre des hommes, terre de glace.
Nul espoir en surface,
Où hiver comme été
Tout être poursuit sa vanité.

" Souviens-toi de ta mort. "
Telle est la sentence qui nous pourchasse
Et à laquelle jamais nous ne faisons face
Puisque présentant trop clairement notre sort.

Quel être ne s'en défile ?
Et ne cherche à s'en divertir ?
L'art n'est que lâcheté, où pour ne pas souffrir
Nous nous créons des rêveries, de fausses idylles.

Terre des hommes, terre de glace
Où l'espoir n'a pas sa place.

L'homme qui avait fini de lire, richement vêtu, jeta un regard déconcerté à l'auteur du poème. Les rumeurs disaient qu'il avait mal tourné après un évènement tragique survenu quelques années plus tôt mais en aucun cas il ne s'était attendu à recevoir ce genre d'écrit lorsqu'il vint réclamer sa commande.

" Écoutez monsieur Trego... C'est extrêmement bien écrit j'imagine, je dois dire que je ne suis qu'un humble amateur sur ces questions, mais... Vous n'étiez pas obligé d'aborder des thèmes si... morbides, si vous me pardonnez l'expression.

- Vous m'avez demandé un recueil de poèmes, il est là. Si vous n'en voulez pas je le garde.

- Allons, ne vous fâchez pas ! Je n'ai pas dit que je niais votre travail ! Tenez voici votre dû, les bons comptes font les bons amis. "


Anolis vérifia le contenu de la bourse qu'on lui tendait... Elle contenait bien la somme promise. Son client le regardait d'un air perplexe. C'était vraiment lui le célèbre Anolis Trego dont tout le monde parlait ? Son nom était connu jusqu'en Kaerdum à présent... Avec tout le talent qu'on lui prêtait, le jeune noble lyrien s'attendait à ce qu'il ait meilleure mine.

" Avant que je ne vous laisse, mon cher... Puis-je vous solliciter pour une autre oeuvre ?

- Tout dépend du prix que vous y mettez...
Grommela l'homme devant lui.

- Eh bien... Vous le fixerez vous même. Il me semble que vous écriviez des contes il y a quelques années, on m'en a lu quelques-uns lorsque j'étais enfant... Le Lion et la Raison, je crois ?

- Non,
Helerion et le Cycle des Saisons ... Et les contes c'est fini pour moi, tout ça appartient au passé.

- Oh et bien... Peut-être pourrez-vous me composer quelques chants, de joyeuses chansons ayant pour thème ce retour de la magie dont tout le monde parle !

- Si vous voulez vraiment mon avis, mon cher, toutes ces rumeurs colportées par les bardes à propos de cette soi-disant magie ne sont rien de plus que des divagations et je n'ai aucune envie de me laisser aller moi aussi à cette folie ! Sur ce, si vous m'excusez, j'ai du travail. Je vais donc devoir vous demander de partir. "


Sans écouter les protestations et les contre-propositions de son " mécène ", Trego l'accompagna jusqu'à la porte et la lui claqua au nez dès qu'il le pût. Au fil des années il s'était coltiné de plus en plus de petits noblaillons comme cet Enerjah ou Elijah ou peu importe quel était son nom... et ils commençaient sincèrement à lui taper sur les nerfs. Mais ils étaient nécessaires... C'était eux qui finaçaient sans le savoir ses recherches.

Elles étaient parties il y avait presque quinze ans maintenant. Anolis était seul. Si sa famille avait essayé de l'aider, Trego s'était éloigné de lui-même, il ne voulait pas de leur pitié. Les parents d'Erin avaient pris leurs distances d'eux-mêmes, tenant leur gendre pour responsable de la mort de leur fille. Objectivement il ne pouvait pas leur en vouloir, mais en vérité il en voulait au monde entier.
Contraint de produire de nouvelles oeuvres pour subvenir à ses besoins, l'auteur avait considérablement modifié son style. Le jeune Anolis optimiste quant à un avenir meilleur et prônant toute forme d'art avait disparu, laissant place à un auteur à la plume acerbe, aussi bien redoutée qu'admirée dans les milieux mondains. De ce fait, si certains de ses anciens correspondants conservaient une profonde estime pour lui, étant aux faits de son épouvantable revers du Destin, d'autres s'offusquèrent de son nouveau ton plus axé vers la critique et conspuèrent son oeuvre. Pour ce qu'il en avait à faire à présent...

- Remettons-nous au travail, lâcha-t-il dans un soupir.

En maugréant comme à son habitude, Trego  verouilla la porte d'entrée puis se dirigea vers l'escalier donnant sur ce qui avait été sa cave des années plus tôt. L'odeur y était insoutenable, dix ans n'avaient pas suffi à l'y habituer tout à fait.

Au centre de la petite salle, un cadavre avait été allongé sur une table. Les outils plus ou moins maculés de sang disposés tout autour attendaient de reprendre le travail.


* * *

Plongé dans une solitude insoutenable, sa foi en Alvar brisée... Une seule chose lui avait permis de tenir pendant les premiers mois qui avaient suivi le drame : le souvenir de sa fille, de son visage déformé par la douleur.
Il avait été témoin de chacune des étapes du calvaire de son enfant et pourtant il n'avait rien pu faire, il n'avait pas pu contrer la maladie. Il ne pouvait se résoudre à s'arrêter là, il lui fallait comprendre ce qui était arrivé, quelle était la nature du mal qui s'était abattu sur sa famille... sur lui.

Il avait tenté de rendre les choses légales, présentant l'ensemble de ses arguments dans un pamphlet pensé pour constituer la défense parfaite de son projet : De l'importance de la dissection pour la médecine et la science. Mais en vain, de telles pratiques furent jugées contraires à l'éthique et on refusa de permettre leur application.
Qu'à cela ne tienne, il entrerait dans la clandestinité.

Il fit appel à un jeune homme nommé Harran, étrange dans ses manières mais très serviable. Pour une somme raisonnable, il allait déterrer les cadavres fraîchement enterrés pour les lui rapporter en tant que sujets d'étude. Il était ensuite chargé d'aller les rapporter à la place où ils avaient été trouvés, dans la plus grande discrétion.

C'est à peu près à cette même époque que les érudits le contactèrent pour la première fois. Il reçut en effet une lettre d'un noble de Lavern vantant ses qualités de poète et lui apportant son soutien en ce qui concernait les expériences que le gouvernement lyrien lui avait interdit d'exercer. Le gentilhomme de Lavern lui proposait de rejoindre l'ordre des érudits auquel il appartenait lui-même. Il pourrait de cette manière accéder plus facilement aux informations qu'il recherchait, à la simple condition de faire part de ses propres connaissances aux autres membres du groupe, qu'elles soient politiques, historiques ou médicales.

Sa vie toute entière était régie par sa nouvelle obsession. Entre deux vers composés pour quelques mondains désireux d'un poème élogieux à  leur égard en échange d'une  généreuse rémunération en pièces sonnantes et trébuchantes, Trego étudiait les mécanismes du corps et tentait de les assimiler tout en consultant les informations que ses nouveaux amis érudits pouvaient lui fournir et en se servant de ses derniers contacts au sein de la noblesse lyrienne pour accéder aux archives pouvant faire référence aux symptômes qu'avaient montré sa fille.

En cela il refusait toujours de la laisser partir.

* * *

Mais tout ce travail avait été vain. Il s'en rendait compte à présent. La corde toujours passée autour du cou, Anolis avait cessé de se remémorer le passé. Il était temps de prendre une décision.
Il s'était toujours défilé depuis toutes ces années... Se cherchant des excuses plus ou moins recevables. Il s'était avéré incapable de progresser... Incapable de découvrir le moindre témoignage concernant un mal semblable à celui de Théa. Il ne faisait que poursuivre un mirage...

Depuis quelques temps, ses rêves se faisaient plus réels qu'à l'accoutumée, il pouvait même passer de longues minutes dans la matinée à se demander s'il était encore prisonnier de ses songes ou s'il était bel et bien réveillé.
Il y voyait Théa et Erin, souriantes et heureuses... Semblant l'attendre. Il avait préféré ne pas trop y réfléchir jusque là, après tout ce n'était pas la première fois qu'elles lui apparaissaient dans son sommeil. Mais plus il y pensait, plus il y voyait un signe...

Quelque part au fond de lui, une voix lui disait d'abandonner, de les rejoindre dans une hypothétique seconde vie ou de tout simplement se laisser aller à un repos mérité. Il était prêt à l'écouter aujourd'hui.
Prenant une grande inspiration, Trego ferma les yeux et s'apprêta à sauter...

" Papa...

- Q-Qui est-là ? "


La voix l'avait surprise juste avant qu'il ne franchisse le point de non retour. Avait-il rêvé ? Il se savait seul chez lui et n'attendait personne, et Harran ne se serait jamais présenté ici en journée. Il secoua la tête et laissa échapper un petit rire nerveux... avant que ne résonnent d'autres éclats qui lui firent écho.

Cette fois il les avait vraiment entendus, pas moyen qu'il ait imaginé ça. Il y avait quelqu'un avec lui dans cette maison. Descendant avec prudence de la chaise sur laquelle il était perché, Trego jeta un coup d'oeil inquiet autour de lui.

" Je sais que vous êtes là, il n'y a pas de quoi se sentir fier... Allez-vous en ou j'appelle la garde ! "

À cette menace, rien ne lui répondit. Sur la défensive, il s'approcha de la porte menant hors de l'atelier. Les rires ne s'arrêtaient plus désormais, il les entendait partout autour de lui, ceux d'une petite fille. Prenant son courage à deux mains, Anolis ouvrit la porte et vit une enfant aux cheveux sombres passer en courant devant lui, hilare, pour disparaître à l'autre bout du couloir.

Son coeur manqua un battement. Ce ne pouvait pas être elle, elle était partie. Partie depuis longtemps. Les rires, eux, étaient toujours là, retentissant avec douleur à l'intérieur de son crâne. Il continua d'avancer, incapable de comprendre ce qu'il se passait.

Quelque chose lui disait d'aller à la cave... Il avait le sentiment que c'était là la source de tout ce qu'il entendait, de tout ce qu'il voyait... Il descendit les marches avec difficultés, sa migraine le faisant de plus en plus souffrir à mesure qu'il avançait. Puis il ouvrit la porte.

Là, le cadavre nu d'une femme aux cheveux noirs était allongé de côté, lui tournant le dos. Il s'approcha d'un pas hésitant... Il avait reconnu le corps et pourtant ne voulait pas admettre ce qu'il voyait. Lorsqu'il ne fut plus qu'à deux mètres de la table, la femme se leva et se tourna vers lui. Erin était toujours aussi belle, mais sa pâleur extrême, ses yeux sombres et les marques de strangulation sur son cou donnaient à cette beauté un ton macabre.
Elle s'approcha d'un pas, puis de deux et lorsqu'elle parvint à la hauteur de son mari, elle l'enlaça avant de lui murmurer à l'oreille :

" Il faut partir maintenant. "

L'instant d'après, les rires avaient disparu, laissant Trego seul et plus désemparé que jamais.


Ambitions & Desseins


Convaincu qu'il devenait peu à peu fou, Anolis n'attendit pas d'être confronté à une deuxième crise d'hallucinations pour quitter sa demeure. Emportant le strict nécessaire, l'écrivain laissa la garde de la maison à son fidèle Harran et s'en alla pour le plus grand voyage de sa vie.
S'il partait c'était en grande partie pour trouver remède à sa folie naissante et, n'ayant aucune confiance en la médecine lyrienne, il allait devoir le trouver ailleurs. Il entendait également poursuivre ses recherches concernant le mal qui avait emporté sa fille, s'il avait fait des victimes ailleurs, son périple pourrait lui permettre de rassembler plus d'informations. Enfin, ce changement d'horizon le libérerait peut-être de ce fardeau vieux de quinze ans qui pesait sur ses épaules.



Divers


Reconnaissez-vous être âgé d'au moins 18 ans ? : Depuis un peu plus d'un an oui... Alvar me garde je me fais vieux T-T
Moultipass : mdp validé par pépé


Donc oui ! Juste deux trois petites choses pour finir qui me paraissent intéressantes à préciser :

1) L'histoire du personnage est très sombre et déprimante... Donc d'une part je m'excuse d'avoir gâché votre journée/soirée ( =P ) et d'autre part, plus important, il me semble nécessaire de vous dire que tout va bien pour moi, que la vie est belle, tout ça tout ça... Je veux pas inquiéter qui que ce soit !

2) En ce qui concerne les visions de mon personnage, je voulais savoir s'il était possible qu'elles interviennent sans que moi-même joueur je ne m'y attende ? Comme une sorte de malus surprise de la part des MJ ? Ca me paraît plus intéressant à jouer =)

3) Idem pour la maladie de Théa, je donne carte blanche aux MJ pour savoir ce que Trego va découvrir... S'il s'agit d'un cas unique, du retour d'un mal ancien, ou si Anolis lui-même est infecté ! ( Héhé, pauvre bonhomme 8D )

> Calim : comme on l'a vu ensemble ne t'en fais pas va Wink. Ça me donne des idées et ok pour l'intervention MJ épisodique.

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◈ Fiche personnage : Calim

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Calim Al'Azran

◈ Sam 13 Fév 2016 - 22:16

Bienvenue ici et félicitations pour cette fiche sombre et torturée !

Je t'invite à formuler dès maintenant une demande de rp ainsi qu'à créer ton journal de bord partie parchemin des héros !