Azzura

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Lorel Syal'Telar - Roi Exilé d'Eressa

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◈ Missives : 26

◈ Âge du Personnage : 323 ans
◈ Alignement : Neutre bon
◈ Race : Eressae
◈ Ethnie : Eressae des Abysses
◈ Origine : Eressa - La Cité Engloutie
◈ Localisation sur Rëa : Dehernatbi
◈ Magie : Magie Céleste : Liseur d'Etoiles
◈ Fiche personnage : Ancien roi d'Eressa

Héros
Lorel Syal'Telar

◈ Dim 31 Jan 2016 - 1:01

◈ Prénom :  Lorel
◈ Nom : Syal'Telar
◈ Sexe : Homme
◈ Âge : 323 ans
◈ Date de naissance : second Sheal d'Auldera en l'an – 232 de l'ère de Paix.
◈ Race : Eressåe
◈ Ethnie : Eressåe des abysses
◈ Origine : Eressa – Cité Engloutie
◈ Alignement : Neutre bon
◈ Métier : Officieusement, ancien souverain de la cité d'Engloutie d'Eressa, tombé en disgrâce suite à un coup d'état. Officiellement, magister de mathématique, de science, de physique et d'astronomie.


Magie


◈ Magie Céleste : Liseur d'étoile

A l'image même d'une statue, je me tiens immobile ; l'épine dorsale plaquée au mur ; les bras croisés contre mon tronc ; le rideau noir de ma crinière ruisselant contre mon être debout ; les mots retenus derrière la porte de ma bouche. Statique, parfaitement coi, je coule mes mires iridescentes, sur mon jeune protégé. Il résout ses questions d'algèbres et équations, coencentré. Pas un instant, l'attention d'Amal ne volette sur d'autres sentiers, même lorsque je viens à me mouvoir. Il reste imperméable à toute source de distraction extérieure. Son studieux fait ma fierté. Sourire barrant mon visage, je me place devant le pourpre rideau. Dès l'instant où je repousse l'amarante drapé, frontière entre intérieur/extérieur,  les rayons séléniens me couvrent d'une nimbe oscillante. Alimentées par l'éclat lactescent de la sélénite, des symboles sibyllins s'esquissent sur ma peau. Paré de ces stigmates magiques, je chemine vers la rambarde du balcon. Le corps arrimé à celle-ci, je dévisage la toile des cieux, piquetée d'étoiles. La belle crépusculaire m'offre toujours sa démesure. Je m’immerge entre ses flans, fasciné.

A force d'égarer mes pupilles sur la voûte stellaire, ma tête bourdonne ; ma nuque est douloureuse; ma colonne me lance. Un grondement s'échappe des boutons de mes lèvres : je dois cesser mon observance. Je romps le contact magique avec le firmament couvert d'obscur. Je me masse les tempes endolories, du bout des doigts. Je trace sur ma chair, de petits cercles concentriques. Le temps s'échelonne. La douleur finit par passer. Je peux à nouveau fendre de mes abîmes, la mante crépusculaire. A peine soustrais-je de mon front, mes carpes importunes que je me sens transporté, annihilé par une fascination dérangeante : une constellation inconnue m'offre ses mystère. Les pans de la nébuleuse pèsent sous un millier d'étoiles changeantes. Dans cette mante sidérale, trois cyclopéens astres lumineux, fédèrent la majorité des enfants célestes, rassemblés autour d'eux.

Insecte devant l'éther, je me perds sur cette sublime nébuleuse. Je suis les fines soieries de ses pans, quasiment hypnotisé. Mes mires cheminent sur cet océan étincelant, sans être piqué par l'ennui. Elles s'égarent dans cette infinie voie lactée que nul homme ne put contempler jusqu'à ce jour. Attiré par une étrange abstraction, je transporte mon regard vers deux étoiles jumelles. Trois points stellaires semblent liés aux jumelés. Emporté par leur éclat, je ne peux m’abstraire à leur vue. Mon âme semble arrachée par elles, au nom inconnu. Je m'élève. Je flotte dans l'éther cyclopéen clouté de multiples points lumineux.

Je nage dans l'amas étoilé. Je me fonds totalement dans la nébuleuse que garde férocement, les trois astres rayonnants. Devant moi, les astres de l'infinie nébuleuse, chancellent, puis s'étouffent sous la touffeur d'un brouillard. Le blanc laiteux de la brume englouti tout, dans son corps vorace. Qu'importe où j'appose mes topazes de feu bleu, il n'existe dans l'éther que le blanc infini. Je tente de m'échapper de son étreinte volatile, en vain. Partout où je vais, il est là, présent, tel un labyrinthe. Alors que je m'attends à ce qu'il reste dans l'éternel, comme il est né, il disparaît. Rassuré de voir les constellations, un sourire se dessine sur mon visage. Mais, le plaisir n'est que de courte durée.

Brutalement, seul le néant m'accueille, une coupole crépusculaire dénudée, un ciel de nuit sans étoiles. Partout c'est ainsi. Adieu le tapis astral. Entre mes chairs, né l’appréhension. D'incompréhension, je me questionne sur l'origine de ce mystère. A peine commençais-je ma quête d'en trouver l'énigme, les enfants stellaires reviennent au compte goutte. Un par un. Dans leur retour triomphal face à l'obscurité, certains se meurent et d'autres s'évanouissent. En continu, le schéma se répète. A l'achèvement de la nébuleuse, je retrouve ma constellation habituelle.

Mon rêve éveillé s'achève. Je m'attends à revenir dans la normalité. Hélas, à nouveau, je me fais surprendre par un fait inexpliqué. Je suis propulsé d'un coup, en l’ailleurs. Je ne suis plus sur le balcon du palais ou transporté dans la nimbe infinie de l'éther. Je me retrouve quelque part, incarné, de l'eau croupie jusqu'aux hanches ; les pieds enfoncés dans le limon ; nulle lumière pour m'éclairer. Une exhalaison de chair frelatée sature l'air d'une mante poisseuse. A chaque inspire, ma gorge me brûle ; mes pupilles, dilatées par le manque de luminaire, me piquent ; des hauts de coeur remontent le long de mes viscères. Visage inexpressif sur ma face, je contrôle corps et affect. La panique et le dégoût ne m'aideront pas à élucider ce mystère. Bien au contraire, ils pourraient me mener vers de sombres appétences.

Ma sagesse me dicte de ne pas rester sur place, mais, en revanche, de faire le tour de ma prison. Néanmoins, bien avant d'entamer mon périple nocturne, je marche tout droit, les bras tendus devant moi. Nonobstant l'émanation méphitique et mes habits imbibés d'eau, j'avance. Je me déplace dans l'obscur, à pas lent. J'évite de grimacer lorsque des organismes inconnus buttent contre mes jambes. Je me focalise uniquement sur ma recherche d'un pan de mur. Bientôt, je viens à sentir contre mes manicles, une surface terreuse. Je creuse sa surface humide, ignorant ces corps étrangers souillant mes ongles. Je n'ai pas le temps de faire ma précieuse. Mon point de repère mémorisé, je débute ma recherche. A peine débuta t-elle, dans l'éther, la sélénite se libère des nuages ; ses rayons courent sur la surface de l'onde ; baignent les murs de son scintillement ; éclairent le cratère dont je suis prisonnier ; met en valeur les dépouilles des malheureux.  Compatissant pour ces êtres éteints, je prie Céarus de veiller sur eux.

Soudainement, le sol tremble, cahote, plus particulièrement en face. Des craquelures veinent la terre. Des écaillures naissent des gouffres asymétriques alors que nul être, ne pèse son poids dessus. Des susurres lointains font échos aux secousses. Les flots, comme un geyser grondant, enflent, charriant corps putrescents, poissons morts et bûches. Dans tout ces événements, je garde mes paumes contre le mur, tentant bien que mal, de garder un équilibre précaire. Calme, malgré la débauche de mère nature, je tends l'oreille vers l'horizon, là où les mots prennent vie. Pour mon propre malheur, mon inattention me mène à ma perte. Une souche, placée en angle mort, heurte brutalement ma tête. Au dessus de moi, les étoiles vacillent, dansent et tournoient. Puis, le noir absolu m’accueille. Je tombe en arrière, une traînée sanglante souille ma noire crinière. L'eau me recouvre comme  un linceul symbolique. Le cortège de défunts m'attrape les poignets. Emprisonné par leur poigne spectrale, aux longs doigts nivéens, je me fais ensevelir par l'onde. Ainsi est donc ma fin... Je me noie...

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Lorel est propulsé en un lieu où son pouvoir céleste capte le destin des mages, anciens et nouveaux. "Le ciel". "La terre" est celle qui accueille les données sybillines des êtres non dotés de magie.



Compétences, forces & faiblesses


Arts de la noblesse & de la bourgeoisie
(Métier engagé : Roi)
- Lecture & écriture : maître
- Étiquette : expert
= De sa longue lignée il en possède les savoirs extraordinaires, mais des années d’exil ont sûrement fait perdre la maîtrise parfaite des codes royaux
- Politique : expert
= De sa destitution, il n’eut pas l’adage des grands maîtres politiques. De sa fuite, a sûrement été délité l’enseignement de ses pairs en la matière
- Escrime (enseignement par une école d’arme, connaissance de l’éthique des duels) : avancé
= Tout Roi se doit de savoir manier l’épée comme la plume, dans ses codes et ses obligations.
- Diplomatie : avancé
= Tout autant que de savoir gouverner, un Roi, même déchu, se doit de connaître tout protocole à destination de ses pairs, de ses sujets et de ses appuis. Cet apprentissage est ancré en lui, par lignée.
- Représentation (frestel, instrument) : intermédiaire
= Naguère, Lorel se plaisait à pratiquer l’art musical.

Arts des Sages
- Mathématique (géométrie, arithmétique supérieure) : génie
- Physique générale & liée aux systèmes d’artefacts : expert
- Astronomie : expert
= Incontestablement, cet homme d’exception est un génie pour lequel peu de matières des sciences actuelles sont inconnues.
- Alchimie & Herboristerie : novice
= Par nécessité, Lorel est en apprentissage des métiers des plantes, confection d’onguents, baumes divers, ainsi que les propriétés de quelques plantes lui sont connues.

Compétences générales
- Folklore : intermédiaire
= Après trente années passées à errer entre Saan Met et Al’Akhab, Lorel peut se targuer de connaître leurs mœurs, leur folklore, du moins celles de certaines tribus, mais aussi des plus hautes sphères, sans oublier sa propre connaissance et conscience des us de son peuple.
- Linguistique : maître
= Par essence, Lorel est un maître de la linguistique, pratiquant lui-même nombreuses de celles-ci (Eressae, Kaerd, Saa, Al’khabirois) et la plus difficile d’entre elles, l’Alshra.
- Natation : maître
= Par naissance, les Eressae sont des êtres aquatiques. La nage fait partie d’eux au même titre que leur respiration sous l’eau.
- Equitation : intermédiaire
= Si les Eressae de la cité engloutie n’utilisent aucunement les montures, sa chute l’a forcé à apprendre à s’en pourvoir, à apprivoiser ces bêtes et à leur faire accepter sa puissante stature
- Éloquence : maître
= L’ancien Roi d’Eressa possède le talent d’éloquence. D’intellect et douceur mêlés, il sait convaincre son auditoire en de nombreux domaines.


◈ Avantages

⌘ Connaissance et Esprit : Lorel fait partie de ces êtres rares, possédant une cérébralité hors norme, innée d'une part et acquise, par sa curiosité. Depuis l'aube de son âge ingénu, ce monarque exilé de son royaume, a nourri son intellect jusqu'à ce qu'il devienne, une lame bien ciselée. Il en est venu aujourd'hui, à obtenir des compétences non négligeables en langage, mais surtout, à maîtriser certains domaines : l'astronomie, les sciences, les mathématiques et la physique. En ce moment, il met à jour ses compétences en stratégie et apprend à créer des baumes, à partir de plantes médicinales.

⌘ Sa compassion : ce brave Eressae coule sur tous un regard bienveillant. Dans sa gronde bonté, il accepte tout le monde, qu'importe son statut social : riche ou pauvre. Pour lui, tout être à le droit de vivre en ce monde, même les Ordhalerons. Avec cette optique, il n'offre jamais un jugement mal placé sur son voisin. Il l'accepte dans sa totale intégrité. Il tolère presque tout et tend la main vers les nécessiteux, car telle est la voie qu'il a choisi : le respect de la vie, sous toute ses formes.

⌘ Sa patience : une trentaine d'années s'est écoulée depuis qu'Aedran lui a pris le trône et qu'il erre en chien de faïence, sur les terres désertiques de Radjyn. Il n'a toujours pas abandonné l'idée de récupérer le statut qu'on lui a dérobé en traître. Il est roi et le restera. Ainsi soit-il. Mais, pour recouvrer le pouvoir et renverser l'usurpateur, il agira de manière fine et efficace. Il ne commettra pas l'erreur d'un excès de zèle. Il sait que la précipitation peut mener un homme à sa chute et qu'inversement, la patience est mère de sûreté.

⌘ Sa mémoire : tel son esprit, Lorel affûta sa capacité de concentration au maximum. Il lui est possible de reconnaître un auteur à sa citation ; donner le titre d'un livre juste en écoutant un extrait ; se souvenir d'une partition de musique ; retranscrire un document lu ; se souvenir des vêtements et des visages ; donner le lieu d'une rencontre et sa date ; se remémorer ses cours, s'ils l'ont préalablement intéressé.

◈ Inconvénients

⌘ Sa position : du fait de sa fuite et la chasse quotidienne dont il fut victime, Lorel a éveillé en sa chair : méfiance et paranoïa. Il ne peut avoir l'esprit tranquille si une quelconque âme le nomme par sa véritable identité. Dès cet instant précis, il jaugera la situation. S'il ressent un danger immédiat, il optera pour la mise à mort de sa cible. Sa grande bonté et son grand respect de la vie ne doivent pas l'arrêter dans son acte. Il est question de sa propre survie. C'est soit il vit soit il meurt. Il n'existe pas d'autres alternatives. Ses exécuteurs n'attendront pas qu'il s'endurcisse pour l'occire.

⌘ Ses alliances : naguère, il en avait pleins. Mais, aujourd'hui, il n'a pratiquement aucun ami ou partisan. Ceux d'hier ne sont plus. L'usurpateur les fit exécuter dès l'aube de sa fuite, par crainte qu'ils ne permettent au véritable roi, de revenir. Ainsi, il se retrouve seul contre son opposant, ses gardes et son ancienne armée. Ce qu'il ignore, c'est qu'officieusement, en dehors de ses esclaves, des êtres particuliers souhaitent l'aider à retrouver son trône.

⌘ Sa force physique : autant il est doué dans l'art de l'escrime, les bottes et les assauts, autant son corps ne lui permettra pas de résister éternellement contre un adversaire plus endurant. Il finira fatalement, par être épuisé bien avant son opposant. Dans cette issue, non encore arrivée à ce jour, le vainqueur aura  toute latitude pour le tuer. Par connaissance de ce résultat, Lorel veille à ce que jamais ses combats s'éternisent.

⌘ Sa manne : sa magie est une bénédiction du ciel, mais elle est aussi, une puissante faille. Lorsque lui vient à l'esprit, les images et visions d'un temps futur ou présent, le contre-coup le laisse si vulnérable qu'il en devient une cible facile. Une fatigue intense lui mord les tripes et lui donne l'envie, de plonger dans le monde des rêves, là où il pourra récupérer ses forces.  


Physique


La nimbe, grimée de pastel, déchire sa chrysalide. Se délivre des pans de la coquille fragilisée, l'aube. Les rayons timides de l'astre solaire, filtrent sous le grand voilage incarnadin, donnant un jeu de lumière dansant sur le dallage de marbre blanc. Les êtres s'éveillent. La vie bouillonne dans les entrelacs d'artères qu'offrent la Capitale. La venue du jour et l'effervescence de la Cité m'extirpent de mon somme, à peine réparateur. Groggy et harassé, je maudis l'éternel recommencement. Quand les spectres nocturnes cesseront de me hanter ? Mes cauchemars m'épuisent. Avec une lenteur exécrable, j'émerge du monde de l'inanimé. Mes paupières se soulèvent ; mon corps s'anime ; mon souffle reprend un rythme normal ; mon dos se redresse ; mes manicles repoussent les draperies ; mes pieds viennent se souder aux dalles neigeuses. Prostré ainsi, je me masse les tempes, chasse de mon front, l'obscur de mes mèches. Je redépose à plat, mes mains sur la literie.

Cachée par la touffeur de l'obscurité, drapée d'un linceul sanglant, la baignoire de marbre, au ventre elliptique, se languie de ma venue. Cette dame blanche intemporelle, à la chair nervurée, aux têtes de lions conquérantes, me susurre de la rejoindre. Elle me rappelle, ô combien ma chair, est couverte de l'effluence. Elle me cajole de sa doucereuse voix. Enchanté par son timbre, j'abdique. D'une poussée, je glisse hors du lit. Campé sur mes appuis, je me meus sous le regard vigilant de Durahliya. Observé par ses sinoples, je m'approche de l'objet de ma convoitise. A peine ais-je fait quelques pas qu'un coup s'entend contre le battant de la porte. Puis, un deuxième, suivit d'un troisième.

Nu comme le premier jour de ma naissance, je m'apprête à y aller. Mais, mon amante me devance. Sans me louvoyer de son regard émeraude, enroulée d'un drap nacarat, elle se meut, avec sa démarche particulière de grand félin ; son port altier ; sa crinière ébouriffée. D'un geste assuré, elle attrape la clenche d'une main, l'autre maintient serrée son habit de fortune. A peine l'ouvre-t-elle, que trois domestiques, chargées de seaux d’eau, se dessinent à l'embrasure. Nulle surprise ne se dessine sur leur visage. Droite, elles saluent leur altesse comme s'il était normal, qu'elle soit ici là, dans mes propres appartements, vêtue d'une simple draperie. Elles ont fini par s'habituer à cette récurrente vision.

Sous l'oeillade vigilante de la princesse des sables, la domesticité, attifée de soieries flavescentes, déposent leur paquetage au sol. Les pétales de leurs lèvres scellés, elles remplissent, tour à tour, la vasque d'opale. Pas une fois, l'ombre de la curiosité ne les pousse à bifurquer leur attention sur moi, dorénavant affublé d'un pagne. Appuyé contre le bord de la baignoire, les bras croisés contre mon torse, j'admire leur sérieux. En dépit du poids conséquent des seaux, elles tiennent bon. Je les trouve admirables. Pendant qu'elles évident leur si précieux contenu, Durahliya me prépare le nécessaire de toilette. Elle vient à peine de les rassembler et les poser, à portée de ma main, que la domesticité se retire, toujours nimbée de leur silence obséquieux.

A nouveau seuls, elle s'installe sur le lit et moi, j'observe le bain, ne dissimulant qu'à peine, mon souhait de le rejoindre. Des fumerolles se dessinent sur l'onde transparente comme des dauphins jaillissants du ventre de la mer. Une étoupe de lin pliée pour m'essuyer et un pain de savon, pour me laver, m'attendent sur le bord de la baignoire. Deux baquets d'eau tiède reposent sur le côté. Tout y est. Je vais pouvoir, enfin, procéder à mon ablution. Sourire au coin de mes lippes, je m'unis sans attendre, à l'écrin humide. Le contact de la chaleur sur ma chair lasse, m'arrache un soupir contenté. Je me sens bienheureux. Je ferme mes paupières et profite de l'instant présent. Sans me prévenir, la princesse se place dans mon dos. Elle déverse sur ma tête, l'eau tépide.

— Durahliya... Je peux m'en charger seul.

Nul écho ne vient répondre à mon susurre, vague prévenance d'une irritation future. C'est un silence profond qui s'installe, un déni total de mon vouloir. Dédaignant ma demande, ses phalanges enduites de rhasoul, plongent dans ma crinière d'encre noire.

— Durahliya...

Elle m'ignore, derechef. Elle comble son desiderata, avec mes nerfs. Ses manicles malaxent vivement mon cuir chevelu et mon crâne. Je m'impatiente. Ma bouche, à la lèvre supérieure en arc arrondi, forme une mimique excédée. La tension sature l'air d'une gangue désagréable. Je finis par vraiment me lasser de sa ténacité. Mes prunelles se délivrent de leur prison de peau.

— Durahliya. J'apprécie tes attentions à leur juste valeur et leur reconnais un attrait agréable. Cependant, je préfère m'acquitter de la tâche, seul...

Cette fois, je prend soin de marquer mon irritabilité. Je donne, à la tessiture de ma voix de baryton, des inflexions polaires, aussi froides que les monts gelés en hiver. De surprise, elle se recule, peu habituée à recevoir des remontrances de ma part.

— A l'avenir, ne me compare pas à d'autres hommes. En dépit que j'en sois un, je ne me pâmerais pas pour qu'une délicieuse muse lave et délasse ma chair.

Je me doute qu'en mon dos, elle m'adresse un regard furibond. Peu me chaux de la vexer. Seul compte mon désir de mettre en veille, ses gestes sur mon être. Étant en pleine possession de mes moyens, je trouve nécessaire de me charger moi-même de mes besoins les plus fondamentaux, incluant donc, ma toilette personnelle.

— Bien...

S’ensuit à son chuchotis, le claquement subreptif de sa langue contre son palais. Sans rien rajouter de plus, elle décampe, toujours couverte de sa robe de fortune. Un soupir de lassitude s'extrait de la porte de ma bouche. Me voilà bon à devoir répondre de mes gestes, dans un temps plus ou moins futur. Parfois, la solitude paraît la meilleure situation. Mes paupières lourdes s'abaissent, recouvrent l'acier de mes mires. Douce tranquillité, ô ma belle amie, te voilà. Hélas, ma quiétude ne dure qu'un soupçon de seconde. Des coups contre le battant rompent le charme de l'accalmie. La porte s'ouvre sans que je n'ai livré mon invitation. Se dessine à l'embrasure, une silhouette bien connue, rafraîchissante après la furie de Durahliya.

— Asha..

Je l'observe dans son immobilité. Elle reste devant la porte après l'avoir fermé. Son regard se fait distrait. J'ai la certitude que ce n'est pas vraiment le cas. Cependant, je n'en fait pas part, de vive voix. Sans rompre le contact, de nos pupilles nivelées, mes manicles attrapent le pain de savon. Je nettoie ma carnation poisseuse de sueur.

— L'était en rage, son altesse ... Elle a voulu te trifouiller dans l'bain, maître ?

Petit bout de fraîcheur après la tempête. L'éclat d'un rire tisse la partition de la joie. La liesse non feinte chasse la grisaille. Je me sens d'avantage détendu. L'ancienne esclave ne peut imaginer à quel point elle m'égaye. Ce joyau, encrassé et brut, m'offre un réconfort dans ma vie rendue âpre, par mon statut volé. Si je suis le jour, elle est mon obscurité. Elle est mon opposée, mon contraire, mortelle, amusante et dangereuse.

— Si ce n'était que ça, la situation m'aurait paru plus plaisante.

Devant mes prunelles diaprées de bleu, Asha effectue quelques pas, pour enchâsser ses abîmes sur l'extérieur. Je ne l’interrompt pas dans son observation. Je continue de me récurer. J'arrache de ma chair, la suée. Bientôt, un amas de mousse recouvre mon épiderme.

— Une lionne furieuse, c'est pas bon ... Pis si elle se pâme pour toi, encore plus ...

— Certes.. Mais je ne peux abdiquer à toute ses exigences. Parfois, il faut rompre les puérilités ou sinon, ça n'en finira jamais.


J'en viens à procéder aux derniers gestes de mon ablution. Ma dextre vient empoigner l'anse du seau. Je me redresse, mon prisonnier toujours détenu par mes mains, rendues calleuses par la pratique des armes et le maniement de la plume. D'un geste franc, je l'évide sur moi. L'eau tiède coule sur ma peau, aux multiples estafilades, gagnées lors de mon exil ; longe mes courbes aux muscles ciselés par mes années d'entraînements ; descend le long de mes cuisses et chevilles, pour se mêler à l'onde souillée de ma crasse.

Usant de mes manicles, j'essore ma crinière, chasse les gouttes du long voile de soie douce. La trouvant assez sèche, je la repousse en arrière. Le rideau de ma chevelure retombe sur mon épine dorsale. Il est l'heure pour moi, maintenant, de sécher le reste de mon anatomie. Je m'extirpe de l'onde altérée. Des flaques dessinent des fleurs à mes pieds. Armé de l'étoupe de lin, je ravis de ma carne, la pellicule d'eau. Dans mon entreprise, je rencontre une difficulté majeure : le haut de mon dos est hors d'atteinte. Mes lippes accolées se descellent.

— Asha...

Un susurre qu'elle s'est habituée à entendre de ma part et qui exprime bien des mots. J’enjoins à mon chuchotis, mon bras tendu en sa direction, la soierie tenue à peine. Mon geste n'exprime en rien un commandement, mais une demande d'aide. Si elle refusait, nul châtiment ni préjudice, ne lui tombera dessus. Ainsi suis-je avec elle : juste et équilibré. Il n'existe pas, l'antipode, esclave/maître, entre nous. Ainsi, nos rapports ne sont que plus appréciables et elle peut agir ou répondre avec tout son naturel. Comme maintenant. En réponse à mon chuchotis, s'envole de sa bouche, l'éclat d'un rire, aux sonorités sarcastiques.

— Bah voilà, enfin un vrai sang-bleu ...

Sa réplique aligne sur mon visage, un sourire non feint. Je lui donne mon captif, puis, je me détourne. Je lui présente mon dos et sa chair lacérée. Armée de l'étoupe de lin, Asha, s’exécute. Je sens sur ma carne, la vigueur de ses gestes, dépouillés de brutalité. J'y reconnais bien là, son caractère flamboyant et sa rudesse. Bientôt, sous l'action de ses soins, les perles d'eau sur mon être, ne sont plus qu'un lointain souvenir.

— Merci...

A être si proche, l'un de l'autre, la différence de taille s'impose à nous. Je la domine du haut de mes cinq pieds neuf pouces mais, je ne doute pas, qu'elle me bat question agilité. Sans un bruit, sans un murmure, je m'approche de ma commode. J'ouvre les grandes portes. Elle si magnifique, si immense souffre d'un réel vide. Seulement quelques atours, soigneusement pliés, remplissent sa panse de bois. Mes topazes de feu bleu coulent sur Asha, s'ancrent dans les miroirs de son âme.

— Que dirais-tu d'aller au marché ?

Tout en formulant mon phrasé, mes manicles attrapent un boubou traditionnel opalin, tissé avec une matière des plus nobles, le coton. Je l'empoigne et le déplie devant moi. Des broderies azuréennes dessinent des motifs aux contours simples et singuliers sur la plaine blanche qu'est le tissu. Cette harmonie de couleur met en avant le bleu de mes pépites. Il est à l'image du parfait. Je le choisis donc. Une fois uni à mon corps, l'étoffe précieuse couvre de mes épaules à mes chevilles ; ses manches élaguées camouflent mes mains et poignets. J'ajoute à l'ample étoffe, un pantalon large ivoirien et une paire de sandales. Attifé de mes atours, je me dirige vers un coffret en bois noir.

— Je pourrais t'acheter des vêtements et nous jetterons tes guêtres.

Par son claquement de langue improbateur, je bifurque mon regard, en sa direction. J'y devine là, un sage conseil. Visage grimé de sérieux, je l'écoute.

— J'dis pas non à l'offre, mais je garde mes frusques, maître. Des guenilles, ça sert toujours.

Je reconnais bien là, son ingéniosité. Complice de ma belle amie, je m'imagine bien un jour, lui mander de me trouver aussi des guêtres, à ma taille. La demande risquerait de la faire sourire. Son « maître » attifé de hardes et sale comme un pourceau. C'est à voir, au moins une fois. Sourire amusé aux coins de ma bouche, je m'arme d'une clé, dont je suis seul connaisseur. J'ouvre la cassette. Un « trésor » m'attend, dormant au creux de sa panse. Ma dextre s'empare d'une bourse à fond, en cuir rigide, bien pleine. Je viens à la rencontre d'Asha. Lorsque je suis assez près, je lui tiens le poignet, de ma main libre. Toujours l'étau de mes doigts enserrant sa manchette, mes lippes se décollent.

— N'aies crainte. Laisses-moi faire, Asha.

Ma sentence, aux sonorités douces, a le don de hausser son sourcil. Assez près, je ne le peux le louper cette mimique moqueuse.

— J'suis pas une pucelle nobiliaire, maître ... J'ai pas la frousse pour si peu ...

Une énième fois, depuis sa venue, ma gaieté perle hors de mes lippes, comme une hymne à l'engouement. C'est une partition de joie pure, nourrie par la seule fraîcheur d'Asha.

— Il est vrai... Certes. Mais, Asha, tu n'as pour pas l'habitude que je vienne, poser mes mains sur toi ou ne te prives, d'une quelconque façon que ce soit, de ton autonomie.

Suite à mon susurre, je mets contre sa paume, l'escarcelle, pleine de pièces trébuchantes. Je force la fermeture de ses phalanges sur ce précieux paquetage.

— Je me doute que sur toi, la bourse sera en sécurité.

Comme un souvenir, comme un soupir, ma poigne s'efface, se retire. Elle est à nouveau libre d'autonomie, avec en sa possession une véritable richesse, de cinquante oryns et tentre huit arels.

— Elle contient ton salaire de 18 arels et de quoi nous faire plaisir.

Je me dirige droit vers la porte, d'une démarche de grand félin. Avant d'ouvrir la porte, mon chuchotis rompt le voile du silence.

— Maintenant partons, tant que le flambeau  du jour est haut dans le ciel.

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Taille : 6 pieds (1 m 95)
Poids : 97 kilos
Yeux : bleu iridescent
Cheveux : noir d'encre, raide et long (trois quart du dos)
Corps : une énorme balafre sur le dos et des cicatrices ci et là.




Caractère


Placé sur le balcon immaculé, je contemple l'immense panorama, nimbé de sa traîne flavescente. Sous mes pieds, la géante endormie s'éveille, s'anime après une longue sieste, sous l'éclat de la sélénite. Délivrée de sa gangue de nuit et son armada d'étoiles, l'effervescence gagne ses veines et artères. Son cœur palpite et s'échauffe. Dans ses rues principales, l'air se sature des fragrances de cumin, de safran, de massalé ; d'exhalaison âcre du corps échaudé par les rayons du soleil ; d'effluves de poissons, de viandes, de légumes et de fruits. Se suppléent à ces odeurs, les bramements des marchands, offrant mille et une promesses sur leurs produits ; les récits des conteurs, faisant miroiter aux enfants des histoires que eux seuls connaissent ; les clameurs de la foule, aux bourses enflées par bien trop de piécettes.

Cette joie, imprimée sur le faciès des adultes et enfants, offre l'impression d'avoir rejoint une cité merveilleuse. Hélas, ce n'est qu'une illusion de façade. Un regard acéré remarquera facilement l'avarie, cachée au dos du tableau magnifique. Derrière le beau, se cache la pénombre. Dans les boyaux obscurs de Dehernatbi, là où même la soldatesque refuse de s'y aventurer, la vermine se repaît des restes arrachés aux inconscients ; l'émanation flotte au dessus des corps faméliques ; les estomacs d'enfants, de femmes et d'hommes crient famines ; l'effluence de lansquine se mélange aux humeurs ; l'humanité n'est juste qu'un masque dont on se pare pour tromper le chaland.

Face à la calamité des plus démunis, mon palpitant se serre, mes émois bouillonnent, mes phalanges blanchissent par la pression que j'exerce sur leur appui. Dégoût, impuissance, rage, viennent torturer mon être. Déchiré par ces états d'âmes, mon corps se crispe. Mon palpitant tape fort à l'intérieur de sa cage de chair, d'os et de sang, comme pour répondre à mon courroux de voir les plus fortunés ignorer les plus pauvre. Donner la main n'est pas un acte si difficile. Comment peuvent-il s'épanouir lorsque même des enfançons souffrent de la faim ?

Afin de ne pas déborder, je détache mon attention de la cité d'opale. Mes prismes cérulés coulent sur la frontière entre le monde des hommes et la nature virginale. Le désert des Mohars, saturé par le vent et le soleil, s'étire à l'infini. Fixant le lointain, là où je ne puis y perdre mon regard, j'imagine ses dunes émergentes, ses mirages et oasis, ses touaregs à dos de chameaux, ses caprices et tempêtes. J'écoute sa mélodie aux sonorités captieuses et chaudes. Mes orbes d'un bleu iridescent se dardent finalement sur le khamsin qui, comme une harde de chevaux sauvages au galop, piétine les dunes de sable. Sa houle tempétueuse tente de lécher les hautes murailles, comme le ferait des flammes avec la sylve, un jour d'été. Si le feu parvint à consommer le bois sec, son souffle chargé de poussières d'ambres, ne rencontre pas le même succès. Les remparts de l'intemporelle à deux visages, résistent aux assauts présents et futurs.

Je finis par enfin me détourner du spectacle de mère nature, affrontant le berceau des hommes à la peau sombre. Je quitte le balcon, son panorama cyclopéen et la mer de sable. De nouveau, je fais sein avec la bibliothèque, baignée d'un silence claustral. Mes manicles, en un geste souple et à la fois assuré, remettent en place le voilage. Ma présence et le bruit velouté du tissu forcent mon élève à lever sa tête de ses études. Les pépites éméraldines fixées sur moi, il semble attendre quelque chose. Par sa moue, sa jeunesse juvénile, les coins de ma bouche se relève, un sourire s'y dessine. Puis, les pétales de mes lèvres se descellent.

— Qu'as-tu mémorisé ?

— La foudre, les cyclones, séismes, tsunamis, les volcans en éruption, sont des catastrophe naturelles...


Soupçon d'un silence, le prince réfléchit, cherche, charcute son être par ses cogitations. Je me demande s'il va abandonner. Ce n'est pas le cas. Le flot des mots tarit revient telles des cendres rougeoyantes ranimées par un soufflet.

— Les hommes ne peuvent ni les contrer, ni les contrôler. Ils surgissent lorsque...

Nouvelle hésitation. Cette fois-ci, bien plus longue que la précédente. Mes prunelles, colorées de bleu, s'apposent sur les phalanges de sa main droite, venues se mettre contre son menton. J'hésite à intervenir. Si je le fais, je ne l'aide pas. Il doit retenir ses leçons seul. C'est ainsi qu'on grandit. J'attends donc. Je lui fais confiance.

— Lorsque les conditions nécessaires sont remplies.

Il exprime justement ce que je souhaitais entendre. En dépit de ses hésitations, que je mets au compte de son âge, il a formulé la bonne réponse. Je suis fier de lui. L'avoir en élève compense ce que je n'ai point. Je sais que ce n'est que temporaire et qu'un jour, je devrais repartir. Qu'après le « au revoir», il y a de fortes chances que nous ne revoyons plus. Malgré cette triste réalité, je souhaite tout de même, en profiter.

— C'est parfait. Tu as bien retenu.

Je m'approche de l'adolescent, d'un pas nonchalant, mes phrasés retenus derrière la porte de mes lippes. Tout près, je l'observe. La paume de ma main se pose sur son crâne. Je cajole sa chevelure obscure, avec lenteur. Puis, je cesse mon geste. Ma main se retire.

— Beaucoup d'êtres meurent lorsque les éléments se déchaînent. Des milliers de vie. Il est difficile de prédire avec exactitude quels lieux de Rëa seront frappés par ces phénomènes naturels. S'ils étaient prédis, de nombreux êtres seront épargnés.

Je m'éloigne de l'enfant princier. Je me dirige vers l'une des étagères où trône conquérant, un planisphère, réplique exacte des terres de Rëa. Je me penche vers le globe et le fixe. Je me souviens encore du jour, où je les ai aidé à le compléter. Ma dextre le fait rouler. Lorsque je vois se dessiner la mer de salkes, j'arrête mon tournoiement. Je pointe de mon index inquisiteur, le lieu où se situe Eressa, l'invisible cité engloutie. Je retrace, du bout du doigt, ses lignes et pourtours. Je me souviens encore parfaitement de son architecture, que nul être humain ne peut reproduire ; de la beauté cruelle du temple, dédié à Céarus et mon palais ; de ses complots ; de la faune marine évoluant avec grâce en nonobstant notre présence. Un brin nostalgique de la terre qui m'a vu naître, je ferme mes paupières, je perds mon sourire. Les grains du temps, prisonniers de l'écrin de verre du sablier, s'entassent inexorablement. Le silence d'or, presque sacré, s'éternise.

— Siliël ?

Mon élève est le premier à prendre la parole. Afin de ne pas le faire attendre, je réponds aussitôt, mes mires toujours cachées derrière leur prison de peau. Penché sur le planisphère, j'offre à mon élève deux mots, une unique question.

— Oui, Sàlem ?

— Tu resteras toujours avec moi ?


Par la surprise de ouïr ces mots de la bouche princière, mes abîmes se libèrent. Je m'attendais à une question sur ses leçons ou un éclaircissement. Pas à celle-ci. J'aurais dû me douter qu'un jour, le Prince me la poserait. Après tout, il n'a rien d'un abêti. Je fais volte-face afin que l'adolescent puisse voir mon visage, aux expression neutres et contrôlées. Mes mains se cachent dans le creux de mes manches voisines. Une mine contrite prend possession de mes traits.

— Non. Je ne le puis. Un jour, je devrais rentrer en ma patrie.

La vérité toute crue, sans être recouverte de miel ou sucre. Je ne peux décemment pas lui mentir. Je doute qu'il m'aurait démenti si je lui offrais une réponse toute faite de syllabes positives. Il aurait perçu la vérité derrière le mensonge. Et puis... Je ne peux pas me permettre de lui promettre qu'à jamais, je serais là. Il doit savoir qu'un jour, je partirais.

— C'est où ?

— Une cité immergée aux confins de la Mer des Salkes .


L'excitation brille dans les mires de l'adolescent, à peine mes mots expulsés du fin fond de ma gorge. Face à cette marque de joie, un sourire étire les coins de ma bouche. Son admiration, son désir de découverte, m'émerveille. Je m'attends à ce qu'il me demande si un jour, il me serait possible de l'inviter. Et là, je sais que la réponse l'attristera.

— Je pourrais venir te voir ?

Je ne me suis pas trompé. C'était prévisible. Tel un gros félin, évoluant sur une autre sphère, je m'approche de l'héritier du trône. Ses orbes diaprées se fixent sur mon être mobile. Lorsque je me tiens, juste devant le pupitre de mon élève, mes lèvres se descellent.

— Ce sera un plaisir. Mais... ta visite devra attendre que les choses se soient tassées sur mes terres.

Je n'ai aucune crainte d'employer le pronom "mes". Il ne fera pas le rapprochement entre mon identité officieuse et officielle. Les rouages de son intellect sont plutôt occupés à extorquer de mon être, les réponses souhaitées.

— Pourquoi ?

— De grands projets m'attendent, pour ces prochaines années. Je ne disposerais que peu de temps pour toi. Et...


Face au chagrin écorchant les traits du Prince, mon discours s'étouffe comme un feu de bois sur lequel on aurait jeté de l'eau. La désolation prend possession de son visage, peint sur ses traits juvéniles, un véritable abattement. Je l'observe silencieux, conquérir cette terre, si souvent parcourue par la joie. Si je semble de marbre devant ce spectacle, en profondeur, les affres de l'héritier ne me laissent pas insensible. Je ne tarde pas à me mouvoir, un souhait en tête : chasser le désespoir chez cet être particulier. Je contourne la table, pour me placer à ses côtés. Ma manicle droite, à plat, s'établit sur le sommet de son crâne. Ma voix aux intonations cajolantes, presque tendres, vient susurrer à nouveau.

— Ce n'est pas que je refuse de t'emmener dans ma terre natale. La ville ne sera pas sûre. Tu risques d'être la cible d'hommes peu recommandables. Ils se serviront de toi pour me faire du mal. Me comprends-tu ?

— Oui.


Un oui hésitant, mais un oui. Sàlem chasse de son visage ses peines, pour me montrer à quel point il est un homme. Après tout, bientôt se réalisera son rite de passage à l'âge adulte. Peut-être serais-je là pour l'observer ou serais-je déjà loin ? Seul Céarus connaît mes prochains déplacements. Mes lippes, à nouveau accolées, je daigne retirer ma dextre de la crinière de l'adolescent. A peine la main ôtée, j'avise Amal, placé à l'embrasure de la porte, mal fermée.

— Brave enfant. Tu peux aller jouer.

Je tourne mon visage vers mon petit protégé muet.

— Veille bien sur le Prince.

L'ancien esclave baisse sa tête pour souligner qu'il a compris. Et ensuite, les deux adolescents quittent le berceau du savoir. Loin de toute effervescence, je m'empare des vélins inexactes et je m'installe face à un bureau, où m'attend un nécessaire d'écriture. Sans un soupçon de bruit, je relis, rature, corrige les erreurs et vérifie. Je me dédie entièrement à cette tâche. Les heures passent et pas une fois, je ne me montre fourbu. Imprégné de connaissance, je ne me sens que plus proche des hommes. Ils ne sont pas au même niveau que nous ou les Elears, mais, ils prouvent qu'ils sont sur la bonne voie. Les enfants de Rëa, à la peau d'onyx, possèdent déjà un bon état d'esprit sur le respect de la vie. Je ne compte pas la pingrerie d'une grand part des augustes. Elle se retrouve, hélas, partout.

Hors de la pièce, baignée d'un silence claustral, le char du soleil achève sa course dans l'écrin du jour. L'astre sélénite et ses suivantes stellaires se sont cloutées sur la nimbe de nuit, et moi, je suis toujours penché sur les parchemin. C'est le bruit d'une canne claquant contre le dallage qui force la levée de ma tête. Avisant le Shaman, un sourire se dessine sur les plaines de mon visage.

— Je savais que je pourrais vous trouver ici, Siliël, ou plutôt devrais-je dire, Lorel.

Un frisson glacé me tord les boyaux à la simple susurration de mon prénom. Mon corps se crispe. Mes muscles se tendent telle les cordes d'un arc entre les mains d'un archer. La méfiance prend possession de mes mires éméraldines. D'un silence obséquieux, j'observe ce grand sage qui connaît mon identité, officieuse.

— Accompagnez-moi au jardin et vous saurez comment le vieil homme que je suis, a su qui vous étiez vraiment.

— Vous savez employer les mots juste pour me convaincre. J'accepte votre proposition.


Je n'ai pas d'autre choix que de consentir à sa requête. Je dois m'assurer qu'il ne représente pas une menace imminente pour mon futur. Même si j'ai des doutes sur le sujet, il faut toutefois que je le vérifie et que j'agisse en conséquence. Cette éventualité appose sur mes épaules, une traîne écarlate. Elle ronge mon cœur de son apprêté. Jamais je ne m'habituerais à arracher les pouces de Rëa, pour préserver ma propre sauvegarde. La fuite imposée par mon exil, m'ouvre un sentier, dont je n'étais destinée : celui de la mort. Je ne compte pas les vies que j'ai du abroger pour subsister encore.

— Vous ne le regretterez pas.

Ce vénérable valdur est loin d'imaginer la teneur de mes cogitations actuelles. A moins que ce soit l'inverse. Je viens à penser qu'en dépit de sa phrase, où coule un certain entrain, il connaît la dualité qui fut mienne. Je lui aies offert, à peine sa susurration exposée, le tableau d'un animal traqué. Et j'en garde encore les traces : mon corps n'a pas repris sa souplesse ; la méfiance farde les traits de mon visage ; ma manicle est prête à attraper le poignard, placé en mon dos. S'il a mention de la vérité, le grand sage ne se départi pas de son air guilleret. Son abstention, face au fait que sa survie dépendait de ma décision, provoque le relâchement de mon être. Plus détendu, nous partons.

Nimbé d'un silence taiseux, je le suis jusqu'au jardin. Mes prismes diaprés de bleu, s'apposent sur les plantes désertiques, usitées pour la plupart, pour leur vertu médicinale ; les sculptures d'hommes, de grands fauves et d'éléphants si proches de la perfection, qu'elles semblent prendre vie ; les grands palmiers qui nous offrent le couvert de ses immenses feuilles. Je me détache de ces merveilles pour porter mon intérêt à la fontaine de calcaire, de bronze, d'ivoire et d'or, constituée de deux étages. Située au centre névralgique du premier niveau, une sharda du nord, assisse en tailleur, maintient sur sa tête, une amphore où ruisselle l'eau. Comme une cascade, les flots s'écoulent le long de l'opale, pour rejoindre le second bassin, où protecteurs, huit pachydermes, la trompe levée, veillent en silence.

— Vous semblez toujours apprécier nos œuvres, même après quatre décennies. Je suis heureux de voir que vous êtes toujours l'homme avec lequel j'ai aimé partager la compagnie... Lorsque j'ai soufflé votre nom, j'ai craint d'avoir perdu, un vieil ami, dès lors où j'ai pressenti chez vous, l'éventualité de me faire taire.

Sa diatribe me pousse à la réflexion. Les paupières fermées, je me plonge dans l'étang des souvenirs. Je vogue d’îlots en îlots pour retrouver celui le concernant. Je me jette à corps perdu dans l'évanescence pour retrouver son nom, parmi les nombreux érudits que je croisa lors de mon règne. Après de longues minutes, semblables à des heures, je détiens la clé de son identité : Imamu. Jadis, par son traité de la médecine par les plantes, il m'avait attiré de douces pensées et j'avais fait tout le nécessaire pour qu'il puisse, séjourner un temps, dans la cité engloutie. Un sourire vient éclairer mon visage, une fois que me remonte de la cendre du passé, de délicieux moments. Je délivre mes mires, prisonnières de leur prison de peau.

— Imamu, le temps ne t'a pas épargné.

— Au contraire de vous. Les années ne vous ont pas altéré. Vous avez gardé la même apparence, comme si c'était hier que nous nous étions revu. Et pourtant...


Le voile du silence tisse sa toile entre nous. Ni lui, ni moi, ne l’interrompons. Nous profitons de nos retrouvailles, yeux dans les yeux. L'échange fini par se rompre. Le chaman, par fatigue, s'installe sur un banc de pierre, faisant craquer au passage, ses membres vieillit. Me plaçant à ses côtés, mes orbes d'un bleu iridescent, coulent sur la mante obscure des cieux. Elles finissent par redessiner les courbes de l'éternelle Némésis.

— La première fois que je vous ai vu, il se dégageait de vous une force tranquille, une bienveillance déconcertante et une grande noblesse d'âme. A vous observer, si troublant de bonté, à partager de manière juste et équitable, les denrées alimentaires entre augustes et nécessiteux,  j'en été venu à penser, à un monde utopiste, où la guerre et la misère n'étaient plus qu'un lointain souvenir...

Je n'interromps pas le fil conducteur de ses mots. Au même titre que lui, je me remémore cette épisode de ma vie. Je me revois, encore grand souverain, devant une foule hétéroclite et derrière, mes fidèles gardes royaux. Juste, je distribuais les victuailles, de manière égalitaire, sans prendre en compte les titres. Les grandes familles recevaient d'avantage de vivre que des âmes en couple ou solitaire. Par ce moyen, même les moins fortunés, en dépit de ne pas crouler sous la richesse, dormaient le ventre plein.

— Après les échanges que vous m'avez offert, le temps de mon séjour à Eressa et ce spectacle si rare, j'ai vu en l'impossible le possible. Aujourd'hui, avez-vous encore les mêmes rêves ?

Suite à sa question, un silence gênant s'installe. Seul le souffle de nos bouches, le bruissement de nos vêtements rompt son emprise, quasi totalitaire. Mon immobilité parfaite se brise lorsque je lève mon bras vers la nimbe de nuit. Mon poing se ferme comme si je tentais de capturer l'astre sélénite entre mes doigts.

— Toujours. Je pourrais le concrétiser dès lors où j'aurais récupéré mon statut et les aurait fait taire à jamais.

S'y lit, dans la tessiture de ma voix de baryton, la rancune que j'éprouve envers mes oppresseurs. Je ne peux oublier comment ils m'ont traité. Ce sentiment contraire à l'éclat de mon âme attise chez le vieux sage, une expression attristée.

— Il est regrettable de voir à quel point les événements ont obscurci votre être. Je me doute que si le vieil homme que je suis, vous conseillez de ne pas mener une vendetta contre ceux qui vous ont fait défaut, vous n'en tiendrez pas compte.

Il n'a pas tout à fait tort. En dépit du respect que j'éprouve à son égard, l'ostracisme dont j'ai subi et les années à craindre un couteau dans le dos, ont raison de mon bon jugement. Jamais je ne pourrais offrir le pardon à Aedran, Aedril et le Conseil, qui m'ont tout pris. L'expression de mon visage traduit la teneur de mes pensées.

— Il est temps pour le vieil homme que je suis, de vous rendre votre solitude... Ne vous inquiétez pas pour votre secret. Je ne le divulguerais à personne.

Et sur ces phrasés, Imamu se lève. D'un pas claudiquant, malgré le soutien de sa canne. Je l'observe disparaître par la grande arche sculptée, les mots retenus derrière la porte de mes lippes. Je suis dorénavant seul, tout du moins, en apparence. Les pétales de mes lèvres se décollent. S'envole les ailes de ma susurration.

— Asha. Tu sais maintenant toute la vérité. Je ne peux plus te cacher la pureté de mon lignage.

En écho à ma parole, les sonorités d'un rire s'envolent. Puis subitement, une silhouette se dessine dans la pénombre :  Asha. Sans que je ne le demande, elle quitte sa cache. A la place de me rejoindre, sur le banc, comme je m'y attendais, elle contemple la fontaine.

— Foutrelune, si on m'avait bavé que je trimerais pour un sang-royal ...

Sa remarque relève les coins de ma bouche, en un sourire fort amusé. Toujours nimbé dans ma traîne de silence, je bifurque sur elle, mes prismes diaprés de bleu. Je la détaille sans vergogne. Les soieries flavescentes de sa tenue de servante mettent en valeur sa peau brunie.  

— J'me doutais que vous étiez pas sorti du trou d'ordures, mais là ...

Je ne rajoute rien. Je ne lui offre que mon écoute attentive et ma contemplation.

— Le vioque, là ... il est fiable ? Sûr ?

Sous son air badin, j'y décèle un soupçon de menace. S'il représente un danger plus ou moins réel pour mon identité, elle agira en conséquence. Elle fera taire à jamais Imamu. Et, je n'y tiens pas.

— Il l'est, sans l'ombre d'une hésitation. Même s'il ne fait pas partie de mes partisans, il ne trahira pas mon anonymat. Tu n'auras donc pas besoin d'user de tes talents.

Mes susurrations sont pleines de ma confiance. Je sais qu'on peut se fier à cet homme sage.

— Tu es somptueuse, attifée d'or.

Compliment et taquinerie, tout un art. Puis, une expression sérieuse, grime mon visage. A présent, je me dois de connaître son avis, maintenant que les pans du mystère se sont retrouvés, relevés.

— Face à l'ampleur de ta tâche, continueras-tu de me suivre ou préfères-tu partir ? La décision est tienne.

Le temps s'égraine à peine que l'éclat d'un rire cynique m'offre le début d'une réponse. Avant de me donner le fil de ses pensées, Asha se retourne. Mes pupilles se joignent aux siennes, mon expression demeure inchangée.

— Je te l'ai déjà dit, ô noble maître. Tu peux t'enfoncer caboche en tête dans le pire bourbier de la création, je dois suivre. Sauf à quitter  Al'Akhab, je resterais une esclave ...

Le feutre de sa voix, aux sonorité teintées de sarcasme et d'ironie, énonce la triste réalité. Ses pairs ne la laisseront pas en paix. Si notre contrat venait à s'abroger, pour une raison quelconque, par ma mort ou ma décision, ses analogues la traqueront. Sans une once de délicatesse, elle sera remise sur le marché où un autre maître, moins affable, l'achètera.

— Bien sûr, si tu poses tes miches sur ton beau siège, tu n'oublieras pas tes compagnons de galère ...

En dépit de son œillade aussi glacée que le tranchant d'une épée, pointée dans le dos de sa proie, cette fois, c'est à moi de m’esclaffer. Mes notes graves traduisent bien mon amusement. Lorsque s'achève mon rire, je lui rends son regard.

— Pas besoin de brocarder, Asha. Tu recevras une compensation à la mesure de l'aide que tu m'as apportée. Tu pourras même devenir Émissaire de mon royaume.

A nouveau, son éternel masque souriant reprend ses droits, sur les plaines de son visage. Si des inconnus verraient en cette face insouciante, une personne docile, je la connais suffisamment pour savoir que ce n’est que façade. Tels les chats domestiqués, elle sait faire patte de velours ; amadouer les puissants ; fuir devant une menace ; jouer avec sa proie ; être cajoleuse pour obtenir ce qu'elle souhaite. Elle partage leur côté égoïste et joueur.

— Au pire, si la semoule sent le cramé, je sais me servir de mes gambettes ...

Sa phrasé confirme ma perception. Sourire au coin de ma bouche, je croise mes jambes. Sa réponse m'a satisfait. Je sais donc qu'elle ne me suivra et non, par obligation.

— Je ferais le nécessaire pour que nul danger ne vient perturber le fil de notre existence. Tu as ma parole.

Afin de se moquer de mon affirmation et de ma confidence, elle dessine sur ses traits, nullement désagréables, une moue boudeuse. Ma protégée, abrogée de son statut d'esclave, tant qu'elle me sert, n'enjoint pas à sa mimique, la partition de ses mots. Elle préfère se relever, lisser ses guêtres flavescentes et marquer un début d'éloignement. Alors que je m'attends à ce qu'elle parte, me laissant esseulé dans le jardin, elle s'arrête. Auréolée d'un calme placide, elle darde ses prunelles ambrées sur mon être. Fixé par sa lueur insolente et sombre à la fois, je prends au sérieux ce qu'elle prépare à me dire.

— Un p'tit conseil alors, maître. Garde-toi de te bâfrer. Les plantes du coin, elles sentent bon, elles s'ornent de belles pétales et de jolies fleurs, mais la sève ne change guère des putains et des empoisonneuses du caniveau. Tu ne serais pas le premier zigue futé et brillant à côtoyer Elaïm trop tôt, pour une simple jolie paire de gambettes ...

Elle s'éloigne d'un coup sec sans me laisser le temps de répondre. Je ne lui en tiens pas rigueur. Son tempérament de feu et son sens de la répartie complètent ma trop grande bonté. Elle m'offre un point de vue différent sur le monde et ses dangers. Lorsqu'elle est déjà loin, je me dirige vers la chambre. La journée s'est achevée. Une autre commencera demain.


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◈ Missives : 26

◈ Âge du Personnage : 323 ans
◈ Alignement : Neutre bon
◈ Race : Eressae
◈ Ethnie : Eressae des Abysses
◈ Origine : Eressa - La Cité Engloutie
◈ Localisation sur Rëa : Dehernatbi
◈ Magie : Magie Céleste : Liseur d'Etoiles
◈ Fiche personnage : Ancien roi d'Eressa

Héros
Lorel Syal'Telar

◈ Dim 31 Jan 2016 - 1:18


Inventaire


Le char victorieux du soleil, tiré par des chevaux à la crinière flamboyante, a déjà bien entamé son périple dans les cieux, que je viens tout juste de m'extirper du palais, Asha sur mes talons. Couvert d'une traîne de silence, nous nous approchons des veines centrales de la capitale, un dessein en tête, ne pas repartir les mains vides. Le pas modéré, nous rongeons la distance qui nous sépare de notre but, sans se forcer à la précipitation. Nous avons le temps devant nous. Sans échanger un mot, nous nous trouvons enfin, devant l'amont du marché. L'immense artère bourdonne d'une vie fébrile, tapageuse et de bruits intempestifs. Les chalands, amassés devant les étals, bouchent les rues, par leur être curieux. Les mercantis clament haut et fort, la qualité et la rareté de leurs produits.

Les pétales de mes lèvres accolés, je viens à croiser le regard de ma complice. Par celui-ci, je lui somme de faire particulièrement attention : lorsqu'il y a foule, les détrousseurs ne sont jamais loin. Ils seraient ravis de lui rifler le trésor qu'elle protège, sans l'ombre d'une hésitation. Cependant, je me doute que les aigrefins n'échapperont pas à la vigilance de mon estimée gardienne. Elle veillera sur la bourse tout comme elle gardera un oeil sur moi, « son maître ». Les coins de ma bouche se relèvent, dessinant un sourire sur les plaines de mon visage. Puis mes lippes, amoureusement liés, s'écartent.

— L'heure est maintenant à commencer nos acquisitions.

Comme une lueur sûre d'elle, je brille de confiance. Mon assurance se ressent jusqu'à la tessiture de mon timbre de baryton. Nul désagrément ne viendra colorer notre paix de ténèbres, j'en suis intimement persuadé. Ces achats se passeront pour le mieux. Ainsi, me convaincs-je pour étouffer  la bête de faïence prisonnière de ma chair. Sans un mot, sans un soupir de plus, je m'avance, veillant de temps en temps à ce que ma douce complice me suit. Avançant dans les dédales, d'un monstre à plusieurs têtes, je finis par me stopper subitement. Un étal plein à craquer de sculpture, attire mon attention. Comme un papillon de nuit attiré par la lumière, je me dirige vers ces effigies d'animaux immobiles. Tout proche, j'en apprécie la qualité, leur rareté, leur réalisme. Ces figurines en bronze plairont sûrement à Sàlem et Alam.

— Ils sont réellement magnifiques.

J'admire la finesse et la précision de ces sculptures de loup, dont l'acuité de l'auteur leur donna une presque vie, qu'on pourrait s'attendre que ces figurines statiques, se meuvent sous nos yeux. Que les hommes puissent ouvrager le bronze à un tel niveau mérite mes louanges. C'est en ces moments que je viens à déplorer le heurt que subissent les artisans valdurs auprès de mes pairs. Mon peuple devrait reconnaître la qualité intrinsèque de leur art. En dépit de ne pouvoir altérer leur conviction profonde, mes mires lactescentes passent de l'une à l'autre, sans trop choisir laquelle offrir à mon petit protégé. Chacune possède leur charme propre, mettant une complexité sur mon choix. Sur l'expectative, je coule mon regard sur Asha, une expression sérieuse grimée sur mon visage.

— Selon toi, laquelle apprécierait le plus, Amal ?

Mon interrogation n'obtient de ma douce complice, qu'un soulèvement des épaules. De son silence, je n'y voit point offense. Je décèle en son geste, le rappel d'une fibre artistique surannée. J'estime sa franchise, fraîche et appréciable. Un sourire ourlé aux coins de mes lippes, j'en désigne un, après un temps de latence.

— Celui-ci sera parfait. En double exemplaire.

Le loup, au regard des plus intense, qu'on pourrait presque y déceler sa manne, fera la joie de mon jeune protégé. Je prends le même pour le prince. Je me doute qu'ils aimeront. L'un et l'autre aime ce magnifique animal. Je me sens bienheureux, à seulement imaginer, leur visage d'adolescent, illuminé par leur liesse future. Tandis que je range les précieuses figurines dans le sac en peau tannée, Asha dépose entre les manicles jointes du marchand, huit arels. Le tribut offert à son propriétaire, nous reprenons la marche dans les robes de l'hétéroclite foule. Le brouhaha se mélange aux effluves frelatées, aux couleurs bigarrées, aux âmes hétérogènes, aux bruits ronflants. Dans cet amas composite, de sons, mouvements et d'odeurs, je décèle un tailleur. Je m'y dirige, vérifiant de temps à autre, que ma complice me suit toujours.  

— Choisies les atours qui te plaisent. Ne te freines pas sur le nombre. Les vêtements seront à ma totale charge.  

Pendant que mon esclave affranchie choisie ses atours, je désigne au mercantile, les objets de mon désir : quatre boubous en coton précieux, aux chaudes couleurs, de l'ivoire au flavescent ; trois gandourahs, bleu crépusculaire, sanglant et andrinople ; cinq pagnes du l'opalin au charbonneux. Et, pour finir, quatre kangas  aux teintes chatoyantes. Ravi de mes achats, je m'imagine déjà m'attifer de ces précieuses soieries, dans les jours prochains. Appréciateur face à la finesse de mes choix, je louvoie de mes mires curieuses, Asha. Elle aussi se fait plaisir. Nous payons, puis, partons, sans un susurre de plus.

Près l'un de l'autre, nous suivons le cours de la foule, immense torrent hétéroclitique. Si les étalages d'épices et d'aliments, attirent les chalands et forcent l'ouverture de leurs bourses, nous passons devant, condescendants. Il n'était pas dans l'optique de dépenser un brias pour denrées ou aliments. Nous n'avions pas de voyage extérieur en prévision. Dans le cas contraire, nous nous serions arrêtées. Nous cheminons en silence, dans les profondeurs du marché. Malgré l'affluence, j'avise un marchand de poignards.

— Arrêtons-nous, là. Il est bien que tu fasses le nécessaire pour que quelqu'un assure ma protection, Asha, mais, il faut aussi, que j'assure ma propre sécurité.

Mes topazes de feu bleu coulent sur le large choix proposé sans s'arrimer sur l'un d'eux. Après un long moment, je demeure hésitant sur trois en particulier. Mes mires s'ancrent dans celles du mercantile.

— Je prendrais celui là

La lame rangée et payée, nous nous joignons à nouveau, au mouvement de la foule. Après un long moment à voguer à travers la masse humaine, je marque un temps de latence, la fébrilité provoquant de légers tremblements sur mon corps. Je me souviens du temps où je détenais naguère un tel instrument : le frestel. J'exprime tout fort, la raison de mon état, à ma complice mortelle, bien avant que ne jaillit hors de sa bouche, le flot de mots.

— J'en possédais un jadis. J'aimais y jouer lorsque la nimbe de la nuit était au zénith.

Ma mélancolie suinte de la suavité de ma voix grave ; colère et tristesse luttent dans les limbes de mes prunelles pour savoir laquelle gouvernerait l'étang de mes mires ; mes lèvres se pincent en un mimique chagrinée.

— Il doit être maintenant détruit. Il n'aura pas pris peine de laisser intactes mes possessions avant d'investir ma demeure.

J'attrape le frestel comme s'il s'agissait du plus beau des trésors. Pour un regard non esthète, l’instrument ne semble être qu'une vulgaire planchette de bois taillée grossièrement, forée de percements borgnes. Mais, je suis bien placé pour savoir la richesse de cet objet. Il fait des merveilles dans les mains d'un connaisseur. Je tourne mon captif entre mes doigts. Je le soupèse, le jauge, d'un oeil d'expert. Nulle meurtrissure n'abîme sa coque boisée. Il est en parfait état. Il ne me reste plus qu'une chose à vérifier avant d'opter pour l'achat. Tremblant d'impatience, piqué par l'appréhension, je le porte à ma bouche. Afin de tester son diapason, je souffle en ses creux. Des notes en demi teintes jaillissent de son corps. J'en frisonne. Son coeur me plaît, son timbre ravit mes oreilles. Je le désire.

— C'est un excellent choix.

Souffle le mercanti à mon attention et je partage son avis. Asha règle la somme de deux arels, sous mes yeux iridescents. Je l'observe avant d'aviser l'astre du jour, haut dans le ciel.

— Rentrons, Asha. Le cours du Prince se rapproche.

• • • • • • • • • •

Note de la joueuse : Lorel a aussi, à Al'Akhab, son sceau royal, sa tiare et ses anciens habits de roi, gardés dans un coffret fermé à clé, dans une auberge, lui servant de cache quant il y séjourne. Il s'y trouve aussi, des vêtements traditionnels, des artefacts qu'il eu grâce à son cousin et un sablier précieux. Tout ceci dans des malles dont la clé est bien cachée.  Les chevaux, dromadaires ou chameaux qu'il utilise pour cheminer entre Dehernatbi et Al'Akhab ne lui appartiennent pas. Il possède pas mal d'économie qu'il a gagné au cours de ses trente années de fuite.


Histoire



Après une lutte titanesque que nul homme ne put observer, le jour capitula face à la nuit et dut prendre la fuite, abandonnant son royaume à sa conquérante. Sous le règne de la nouvelle despote, les cieux se sont parés de sa mante obscure, cloutée d'étoiles. L'effervescence de Dehertnabi s'est tarie en même temps que la souveraine crépusculaire s’installait sur son trône. Et je suis là, contemplateur, depuis les prémisses de sa royauté, esclave du paysage nocturne. Du haut du balcon, j'observe la cité d'opale aux artères paisibles ; aux rues quasiment désertes ; aux boyaux infestés de malandrins. Je fends de mes mires azuréennes le firmament stellaires avant de lui tourner le dos, dédaigneux. Je reviens à la chambre, l'envie de jouer, me tordant les entrailles. A pas pressé, je traverse mes appartements, à demi plongé dans la pénombre. Je viens attraper mon précieux frestel, dormant dans un coffret de bois noir.

A peine l'aie-je entre mes carpes fébriles, que je le porte à ma bouche. Dans le même temps, mes lourdes paupières, emprisonnent les miroirs de mon âme, derrière leur rempart de peau. Je suis fin prêt. Je dédie mon morceau à Eressa, à la mer de Salkes, à Céarus. De l'instrument naît les premières notes, languides, calmes, tel le corps démesuré de la mer, baignée par les rayons de l'astre sélénite. Des accentuations chaloupées s'ajoutent ; un navire de pêcheur passe sur l'onde tranquille ; des filets sont lancés dans l'eau par les hommes courageux. Par intermittence, la chaloupe se balance aux grès des flots. La mélodie monte d'un octave ; l'écume des vagues, galope sur le sable ; écueils, coquillages, algues et crustacés sont ses dernières traces avant qu'elle ne meurt. Au fil de la mélodie, le corps devient plus grave, ce sont les flots violents qui s'écrasent contre les hautes falaises de gré. Ils reviennent à la charge contre les intemporelles. Puis, imitant la nage gracieuse des raies manta, je pars sur des tons plus doux, lents, langoureux, à l'image de ses ailes battants dans l'immensité aquatique.

Et la magie cesse comme les dernières notes de ma mélodie. Des coups frappent contre le battant, rompant le charme ; mes paupières se soulèvent ; mes manicles écartent le précieux instrument des pétales de mes lèvres. J'attends, mi-silencieux, mi-frustré, l'épine dorsale accolée contre le mur. La porte s'ouvre, à la volée. Se dessine à l'embrasure, Amal et Asha. Par mon regard, ils franchissent le seuil, comme un seul homme. Alors qu'ils viennent juste de fermer la porte, je désigne, d'un geste de la main, mon lit, expression sérieuse glissée sur mon visage. En silence, ils s'installent, et moi, je me place face à eux. Dextre et sénestre jointes derrière mon dos, je descelle mes lippes.

— Bien... Vous savez tout deux que je suis de sang royal et exilé de mon royaume. Mais, outre ces informations, je suis un mystère pour vous... Vous ne savez ni mon âge, ni mon véritable nom, ni depuis combien de temps je fuis ma propre terre natale, ni pourquoi j'évite mon peuple.

Je place intentionnellement un point de suspension. Puis, je poursuis ma phrasé, sur le même rythme qu'au départ.

— Silïel Aëtir n'existe pas. En vérité, je me nomme Lorel Syal'Telar. Je suis le descendant d'une grande famille de monarque.

Je marche quelques pas, puis, je reviens à nouveau, me placer face à eux, le visage inexpressif. Je suis prêt à tout leur dire.

— J'ai vu le jour le second shéal d'auldera, deux cent trente deux ans avant cette ère.

Trois cent vingt deux ans, je suis un ancien pour eux, une relique d'un temps passé, une antiquité d'une autre époque, avec la face d'un homme d'âge mûr. Ils peuvent sentir le gouffre qui nous sépare, un fossé de presque trois siècles. Alors qu'ils sont, tout deux à l'aube de leur vie, la mienne s'est déjà bien écoulée.

— Je suis l'aîné d'une famille de deux fils. Mon jeune frère se nomme : Evalin.

Je range mon instrument dans le coffret de bois noir. Je pose à plat mes paumes sur la caisse, que je frôle du bout de mes carpes. Tout en contant mon histoire, je me remémore mon enfance, ces instants partagés avec mon puîné.

— Afin d'être un roi accompli, dès ma prime jeunesse, je reçu un enseignement des plus stricts. Valeur morale. Discipline. Respect de la vie. Escrime. Politique, diplomatie et bien d'autres matières. Il n'y avait que peu de place pour les jeux de l'enfance.

Je me détache de ma prise. D'un pas languide, je me remets à nouveau face à mes protégés, mes manicles contre mon dos, le visage dépouillé de tout expression faciale. J'observe leur visage et admire leur silence. Tout en contant mon histoire, le souvenir de ma jeunesse remonte à la surface. Je me sens nostalgique de cette époque. Je n'avais pas à fuir et craindre pour ma survie.

— S'ajoute à ces disciplines, les us et coutumes de mon peuple : vivre en autarcie, apporter sur le monde un regard critique, être impartial en toute circonstance, aimer le savoir, croire en notre Dieu, Céarus, ne pas s'intéresser aux autres races.

Par mon susurre, je leur avoue l'étroitesse d'esprit de ma patrie. Les shardas à la peau d'onyx considèrent que nos âme sont aussi étincelantes que des étoiles, mais, ils se méprennent sur notre compte. Leur erreur me perce le coeur. Nous sommes un peuple de savoir, mais, seule compte notre chère patrie.

— Vous allez-vous dire que si j'en suis là aujourd'hui, c'est car j'ai voulu me rebeller contre l'autorité ou car mon éducation était mauvaise. Mais, ce n'est pas le cas...

Je fais non de la tête. Mes mains rejoignent leur manche voisine. Le silence gouverne la pièce, en maître jusqu'à ce que je ne le brise.

— Dès mon âge tendre, je me différenciais des miens. J'étais doué d'empathie et affamé de connaissance. Sans cesse, je ressentais le besoin d'apprendre et surtout...

Un temps d'arrêt, pour reprendre aussitôt, un sourire amusé aux coins de mon visage.

— J'étais en quête de réponses. Certaines de mes questions, vous concernez. Les hommes, dont j'entendais tant de mal, étaient-ils si abominables ou si absurdes ? N'existaient-ils pas des exceptions ? N'étions-nous pas trop durs envers-vous ? Y-avait-il une raison valable pour vous considérer comme des barbares ?

Je m'abreuve de leur expression faciale. De leur surprise, déconfiture ou agacement.

— Je voulais me faire une idée précise de qui vous étiez vraiment. Un vénérable m'a permis de tarir ma soif. Le jour de mes dix ans, il me conduisit au berceau de la connaissance, la bibliothèque dont seuls les augustes, les personnes de sang royal et les érudits peuvent rejoindre. Il me mena à l'un de ses vieux amis, qui était venu sous sa demande. Cet homme de savoir m'a parlé de votre vie, m'a montré les beautés du monde. Il m'a offert, ce jour là, un aigle en bois sculpté, si beau par la finesse du travail, sa qualité, que j'en fus, émerveillé. Ce fut pour moi, une agréable découverte.

Un sourire s'effiloche sur mon visage à penser à Ñolöfynn. A ma première rencontre avec un érudit. Tristesse et mélancolie finissent par me gagner. Je n'ai pas pu amener avec moi, la précieuse sculpture. Elle doit être détruite. Je chasse de mon être mes affres. Je dois continuer à leur conter mon histoire.

— Je souhaitais en apprendre plus... Mais...

Je me souviens encore de ce qui s'est passé ensuite : une rare dispute entre mon père et Ñolöfynn. Les paroles me reviennent en mémoire, nettes et précises, comme si c'était hier.

— Ma rencontre n'était pas au goût de mon père. Le soir venu, une violente altercation éclata entre lui et le vénérable. Au final, par force de tact et de persuasion, il me fut accordé de croiser des érudits à condition que le conseil ne l'apprenne pas.

Un sourire s'ourle aux coins de mes lèvres à me souvenir du grand monarque, mettant une œillère, pour que son fils, puisse s'épanouir, grandir et obtenir un esprit vif et affûté.

— Ñolöfynn et moi-même, nous nous rendions, le lendemain, à la bibliothèque. L'homme de savoir, de la veille, y était, accompagné de son fils, d'à peu près mon âge. Nous nous sommes facilement pris d'amitié.

Aussi étonnant que cela soit, moi, le prince, futur roi, appréciait la compagnie d'un enfant n'étant pas né dans la noblesse. Même si nous sortions jamais de la bibliothèque, car telles étaient les règles imposées, nous passâmes de doucereux moments.

— Mais, notre accointance fut découverte... En retour, Dajan et son père se virent exilés de la cité engloutie.

Le Jorsyn'tål s'est chargé de la menace grandissante que représentait cet enfant. Sans l'ombre d'un doute, je n'ai pas d'hésitation sur leur culpabilité ou pas. Mais, de mon assurance, nul susurre ne le formula, de manière intelligible. Mes protégés n'ont pas à être mis dans la confidence. S'il advenait que je commette cette erreur, ils seront d'avantage en danger. Je ne peux me le permettre. Je refuse d'être la cause de leur mort prématurée.

— Dès lors, mes contacts avec les autres races de Rëa furent sporadiques. Je grandis dans une solitude profonde où mes seules relations restaient les hauts dignitaires de la noblesse, la royauté et le grand sage Ñolöfynn.

Une jeunesse dorée passée dans la solitude, voilà mon enfance. Et j'ai survécu, gardant ma bienveillance, mon ouverture d'esprit intact. Mes pairs, avec toute leurs frasques, échouèrent à me transformer, à faire de moi, un être de glace. Je ne suis pas aussi malléable qu'ils ne le pensent. Mon sourire s'efface de mon visage et je poursuis l'énumération de mon épopée.

— Ne pouvant plus fréquenter les Valdurs, je passais le peu de temps libre que je possédais sur le déchiffrage des documents en ma possession. Au fil du temps, j'ai pu collecter un grand savoir. Mes connaissances sur les autres races se sont enrichies au fil des années. Pour parfaire mon savoir, je pouvais compter sur Ñolöfynn. Il veillait à ce que mon érudition sur les autres races de Rëa soit parfaite.

Je me revois encore, jeune pousse, la tête dans les livres, émerveillé par la richesse de la culture des Valduris, des Eleärs et des Nains. Je me plongeais dans les écrits de ces enfants de Réä, désireux un jour de pouvoir voyager dans le monde et les rencontrer. Même maintenant, mon rêve n'est pas encore totalement atteint.

— Bientôt un grand événement vint illuminer mon existence. Mon cadet. Ma mère mis au monde Evalin, cent quatre vingt deux avant cette ère, m'offrant le plaisir d'être grand frère pour la toute première fois. Sa naissance fut une source de joie intense... Je chérissais cet être chétif.

Il ne reste plus rien de ce petit bout d'homme geignant et remuant aux confins de son berceau. La jeune pouce est devenue une plante au service de Céarus. Par son caractère sacré, je doute que l'usurpateur mis fin à son existence. Je l'espère. Je souhaite de tout mon être qu'il n'a pas été jusqu'à commanditer l’assassinat d'un vicaire.

— Tout jeune, il montra des dispositions pour l'érudition. Nous sûmes, dès cet instant, qu'il était promis à un bel avenir. Et tel en fut le cas.

De la fierté illumine les miroirs de mon âme et adoucit les traits de mon visage. Il m'est impossible de cacher toute l'affection que j’éprouve envers mon puîné, mon unique frère. Il est tel un trésor pour mon coeur obscurci.

— Âgé de dix ans, le douzième jour d'Auldera, un grand prêtre le choisi, lui et pas un autre, pour servir Céarus.

Je laisse le temps, à mes protéger, de prendre conscience de mon enfance, de nos coutumes, étrangères à la leur. Puis, les pétales de mes lèvres, jusqu'ici scellés, se décollent.

— Depuis lors, il prêche l'enseignement du Dieu de l'océan à ceux qui souhaitent l'entendre et nos rencontres devinrent sporadiques.

Je viens m'adosser contre le mur, juxtaposé au balcon. Mes paupières se ferment. Mes manicles pendent. En cette position, je poursuis mon récit.

— Quatre décennies après, sous le regard de la sélénite, je célébra mon mariage avec une promise, choisie par ma famille, pour la pureté de son sang.

Je me souviens encore de cet instant, où nous fûmes liés par l'élu de l'oracle, sous le regard de l'astre sélénite. L'un et l'autre, nous revêtîmes le masque de métal sacré, jusqu'à l'heure de notre sacrement.

— Nous n'éprouvions pas spécialement de sentiment l'un pour l'autre. Cependant, sans nous connaître réellement, nous possédions une pensée commune : faire le nécessaire pour que le mariage se passe pour le mieux, pour nos familles respectives et pour le futur de la cité engloutie.

Un sourire triste naît sur mon visage, le prix de ma douleur, âcre, revêche, douloureuse et sucrée.

— Dix années après notre sacrement, elle mourut, emportant avec elle, mon père, ma mère et une vingtaine d'innocents.

Juste un accident qui causa une grosse perte et meurtris bien des coeurs.. Officiellement. La vérité, le Jorsyn'tål fut le véritable orchestrateur de la tragédie.  

— Afin que la cité engloutie ne souffre pas de l'absence d'un Roi, je monta sur le trône, à l'aube de mes soixante quatorze ans. Je donna pour premier ordre, la réparation des passerelles d'élévation afin que plus jamais la tragédie ne se réitère à nouveau.

Même si mon coeur est lourd à se remémorer ces douloureux moments, la tessiture de ma voix ne traduit pas mes peines. Les sonorités de mon timbre ne tremblent pas sous l'émotion, sous ma douleur poignante d'avoir perdu un père, une mère, une femme et.. Mon enfant à naître.

— A l'aube de ce que vous nommez, Ere des Rois, les rois se réunirent dans l'île de croissant de lune afin de parlementer de la langue et la monnaie commune. Le conciliabule entre les têtes couronnées dura longtemps sans que ne vienne la finalité. Puis, vint le choix fatidique : ce serait le Kaerd.

Je me souviens encore de cet instant comme si c'était hier. Les grands de ce monde ne parvenaient pas à se mettre d'accord. Même si je les connaissais à peine, je voyais les accointances et tensions. Je les voyais parler des grandeurs de leur royaume. De s'élever au dessus des autres. L'air était d'une ambiance huileuse.

— Pour finir... En l'an 59 de l'ère des Rois, je fus chassé du trône par l’usurpateur, Aedran Dyr et par mon propre peuple.

Un temps de suspens s'installe. Mon regard las, piqueté par la lassitude, observe tour à tour, Amal et Asha. Puis, je viens rompre le voile du silence.

— Ainsi donc est mon histoire. Et maintenant, les questions que vous vous posiez sûrement, c'est pourquoi suis-je en fuite ? Pourquoi un peuple, le conseil et mon ancien ami, veillèrent à ce que je soies évincé et chassé de ma terre natale ? Ma personnalité et mon désir de partage vont contre leurs règles, préétablies depuis des siècles. Ma seule existence est donc une menace qu'il faut éliminer.

Je ferme mes paupières et les rouvrent. Dans mes deux agates, nagent une lueur polaire, sérieuse. Je dois leur dire la vérité, celle que je hais, qui me fait mal. Des hommes, des femmes, furent tués, indirectement, par moi.  

— Afin d'éviter que je revienne récupérer ma place, tous mes partisans fûmes exécutés et les portes d'Eressa se trouvèrent closes. Plus aucun érudit, depuis ma destitution, ne put visiter la cité engloutie. Imamu, Asha, le vénérable que tu as pu voir plus tôt, fait partie des derniers à avoir contemplé sa beauté. Si j'appréciais la visite de ces hommes de savoir, du temps de mon règne, l'usurpateur Aedran, les trouve dérangeants. Il craint qu'ils ne viennent conspirer contre lui. Avec une interdiction formelle de les accepter, il peut régner à loisir, sur un royaume qui n'est pas sien.

Nouvelle pause.. Plus courte, cette fois-ci.

— Un jour, il arrivera qu'un membre de mon peuple croise votre chemin. Faites comme si vous ne savez rien des Eressaes. Nous sommes une légende. Si vous semblez connaître un minimum de notre nature, votre vie sera en grand péril.

Tout est dit... Je souhaite maintenant être seul.

— Vous pouvez y aller, maintenant. Merci.

A peine ferment-ils la porte derrière eux, je me dirige droit vers le balcon. Les miroirs de mon âme glissent sur la voie lactée.

— Que Céarus en soit témoin, je ne leur ai pas parlé de mes rencontres durant ma fuite, pour les protéger tous. Sheira, Chiheb, Sephalar, Valaën, Evalin... Nous nous reverrons tous, sûrement un jour.

Sauf mon fils ou ma fille.. Mort en même temps que sa mère. La presque éternité est longue à porter, surtout lorsque son chemin est souillé de sang.


Ambitions & Desseins


La nimbe de la nuit a conquis les cieux et a enseveli sous sa mante obscure, le jour. Étouffé par son adverse, le soleil se languis de sa délivrance. Sous l'action de mes doigts, la penne de ma plume d'oie, se couvre d'une pellicule d'encre. A défaut de parler, je couche sur le vélin, une missive à l'attention de mon cousin. Afin de m'assurer que mon anonymat reste secret, je pèse mes mots. Je dresse le sujet sous l'égide d'une comptine d'enfant. J'ai à peine transcris sur le parchemin la moitié de mon message que la porte s'ouvre. Je lève mon visage de ma tâche actuelle, pour river mes topazes de feu bleu sur la princesse.  

Tel un grand fauve, elle m'observe, calfeutrée dans sa mante de silence. Ses sinoples brûlent d'un appétit vorace. L'air autour d'elle se sature de ses phéromones. Le feu de sa chair, agrainé par une diète forcée, afflue en ses veines, descend jusqu'à ses reins, finie sa course vers sa caverne merveilleuse. Même si je suis un homme, j'imagine assez bien sa peine, le poids de ses affres, son impatience. Je conçois les symptômes d'un désir vivace : la chair à vif, la carne sensitive, les boyaux douloureux. Les ailes d'un soupir s'échappe de la porte de mes lèvres face à l’inéluctable réalité. Cet état aurait pu être évité si elle se comportait autrement. A dénier éteindre son incendie par la voie solitaire, ou celle d'un autre amant, elle s'approche des limites de son corps. Je reconnais bien là son obstination.

— Je constate que tu n'as pas choisi soupirant lors de mon absence. Tu sais que je ne suis pas contre l'éventualité que tu rejoignes d'autres lits. Pourquoi t'obstines-tu à l’abstention ?

Lors de l'énoncé de mon susurre, l'enfant à la peau d'ébène s'est approché d'un pas mi félin, mi royal. Sourire accroché à sa bouche, elle marque un temps d'arrêt. Nos prunelles se rivent et plus rien autour semble capable de briser l'échange.

— J'ai eu beaucoup d'homme, mais, pas un ne t'égalise. Tu es un maître en la matière. Si tu n'étais pas si doué, je serais encline à me laisser tenter.

Bien que j'apprécie la flagornerie, mettant en exergue certaine compétence, j’interromps le charme de nos pupilles accouplées. Je viens à nouveau, offrir tout mon intérêt au vélin.

— Quel insensible tu es, Silïel. Tu m'as observé dans mon désir et tu retournes écrire... Es-tu vraiment un homme ?

Elle tente de toucher mon amour-propre, d'éveiller en moi, l'égo masculin par son susurre. Mais hélas, sa tentative ne trouve en écho, que le goût âpre de l'insuccès. J'accorde plus d'importance à ma lettre que lui prouver que je suis, indubitablement, un homme. Sans lever ma tête, pour vénérer la courbure de sa chair, je continue de coucher sur le parchemin, mes mots.

— Siliël, regarde-moi.

Nourri par ma désaffection et son obstination, ses soieries tombent sur le dallage d'ivoire, en un bruit d'étoffe étouffée. La princesse, à la chair découverte, me rejoint, nonobstant le message « Je suis occupé ». Agile gazelle, elle installe la rondeur de ses lunes, sur le bureau, poussant au passage d'une de ses mains, l'encrier. Son contenu se répand sur le bois précieux du meuble, souille le parchemin de sa nappe obscure.

— Durahliya...

La tessiture de ma voix ne cache pas, les prémisses d'une fureur.  Mes prunelles acérées pourfendent les siennes, comme un millier de couteaux.

— Tu viens de ruiner ma lettre et ma tenue..

Malgré son geste délictueux, sa face ne témoigne nul soupçon de culpabilité. Après tout, elle vient juste de forcer la levée de ma tête, et, de surcroît, mon intérêt.

— Tu peux toujours remettre à plus tard, sa réécriture.

S'ajoute au chuchotis doux pour apaiser la tempête, les orteils venant s'installer sur une cible, des plus sensibles. Le malaxage de leur prisonnier extrait de la porte de ma bouche, un grondement.

— Plus tôt tu t'occupes de moi, plus tôt tu obtiendras la paix.

Ses mots font mouche. Je reconnais qu'elle use des bons arguments pour me convaincre de céder à ce jeu. Soit...

— Tiens parole... Je risque de mal le prendre si elle fait défaut.

Un sourire relève les coins de sa bouche. Elle a gagné cette bataille, pour un temps. Sous ses yeux, avides d'obtenir satisfaction, je nettoie ma plume et la range en son écrin sanguin. Puis, j’opte pour l'observation. Je glisse mes prismes azuréens sur sa silhouette. Je reconnais la beauté de son corps  ; le velouté de ses courbes généreuses ; la finesse de son faciès. Elle fait partie de ces belles plantes exotiques aux formes outrageusement exquises. Mettant fin à ma contemplation, je me lève enfin hors de l'assisse. Avare de mot, j'enserre ses hanches de mes manicles. Comprenant mon objectif, elle enroule de ses jambes, mon buste. Nous nous dirigeons droit vers le lit pour un voyage vers le monde du plaisir.

Le temps s'écoule infini. Notre danse arrive à son point final. L'alchimie s'achève, laissant sur nos esprits, l'embrun d'une félicité, l'émergence d'une fatigue. Nos corps désunis, vidés par l'extase, s'immobilisent sur les drapés flavescents du lit. Nos paupières lourdes s'écrasent sur les miroirs de nos âmes. Notre respiration saccadée reprend, peu à peu, un rythme normal. Nous somme silence. Épuisement. La somnolence commence à nous gagner. Le sommeil des justes, coule l'écueil des rêves, sur nos carcasses bienheureuses.

Mon corps, miroir de mes heurts, s'agite dans mon sommeil fardé de mauvais rêves. Mes yeux s'ouvrent brutalement. Encore bercé par l'expérience de la fin imminente, ma respiration s'échappe de ma poitrine, erratique. Ma sénestre s'abat sur le lit, lourde. Mes doigts se crispent sur la literie, tentant de m'accrocher à la réalité. De ma gorge, s'expulse un grondement, endigué. Les phalanges de ma dextre s'apposent sur les plaines de mon visage. Elles chassent de l'albâtre du front, les mèches abyssales. Tout n'était que rêve, illusion. Je suis bel et bien en vie. Les spasmes convulsifs s'arrêtent.

Les lèvres pincées par le déplaisir, l'azuré de mes prismes coule sur la silhouette languide de la Sharda, drapée d'ocre précieuse. J'écoute le souffle lent de sa respiration, assoiffé, protecteur, jaloux. Elle marmonne dans son somme. Je me penche à demi, vers sa face ensommeillée. J'attrape une boucle de sa chevelure crépusculaire, gorgée par la fragrance du soleil, du sable et des épices. Mes serres roulent la prisonnière, faite de soie. Lorsque la paix gouvernante chasse les houles de mon âme, ma main s'ouvre. Avant de délivrer ma soyeuse captive, j'y dépose l'aubage, par un baiser capiteux. Dès lors, je me détourne, de la belle endormie, l'envie de m'aérer, entêtante, ensorcelante, écorchante. J'observe le rouge drapé et par extension, le balcon qui est derrière. Je finis par me décider de bouger, quitter mon état stationnaire, rompre l'union de mon séant avec l'outil des dormeurs.

Je me détache du grand lit, cocon de la belle de nuit. Je pourfends de mon être charnel, la demi pénombre de la pièce. Proche du voilage écarlate, ma paume, indolente, caresse l'étang sanguin. D'une poussée, l'ouverture s'évase. Les mots retenus derrière la porte de ma bouche, je chemine vers la rambarde du balcon. Je contemple le paysage crépusculaire, couvert de sa toile de rêve, la dextre posée sur la main courante. Dehernatbi, la majestueuse, tel un bijou d'or blanc, par ses bâtisses de craie et de calcaire, sa murale circulaire, brille d'un éclat audacieux. Le joyau des hommes de savoir et d'esprit, incrusté dans un environnement antithétique, s'étend tel un étendard jusqu'à la Mer des Salkes.

Mes orbes, d'un bleu iridescent, s'égarent sur le panorama cyclopéen, là où gît, l'invisible et mystérieuse cité. Je m'égare sur les souvenirs immaculés d'Eressa. J'y revis mes années glorieuses, mes premières découvertes, les moments passés auprès du grand sage, Ñolöfynn, j'y revis mon enfance. Face aux épisodes de ma vie, ces bribes de ma mémoire si chères à mon coeur, un sourire fugace éclot sur les pétales de ma bouche. Mon être semble vouloir s'échapper hors de sa gangue de chair, pour folâtrer avec l'écume des vagues, s'enfoncer entre ses pans humides et rejoindre la belle engloutie. Piqué par la fadeur, excédé par les augures qui ne cesse à me destiner à de bien sombres soieries, mes orbes astrales s'élèvent vers la voûte, mouchetée d'étoiles.

Céarus, qu'ai-je fait pour mériter tel abandon ?

Les astres taciturnes n'enjoignent pas à mon murmure, la réponse de l'idole. Seuls, demeurent près de moi, le caressant silence et ses filles, peine, fatalité et solitude. Incapable de les révoquer, la pulpe de mes doigts pianote sur la main courante, suivant les trilles d'une mélopée imaginaire. Ma senestre finit par se crisper sur sa proie immobile. La bouche taiseuse, je loge la nimbe céruléenne de mes mires, sur l'horizon lointain, l'esprit clairsemé par mes funestes intentions. Je me perds sur ces sinistres rivages, aux vagues cahotantes. Je mesure mes probabilités de victoires, de pertes et les sacrifices qui me restera encore à perpétuer pour toucher de mes doigts, l'achèvement de mon but.

Volubile, je plonge dans la profondeur de mon subconscient, ailleurs. C'est une susurration, aux inflexions pâteuses, qui me tire de mes ébauches. Je pivote, afin de faire face, à la sombreur de la chambre. L'irisé de mes prunelles tente de percer le voile de noirceur, d'arracher à sa robe de ténèbres, la silhouette à demi ensommeillée de Durahliya. Dos accolé contre la rambarde, je me mets à mon aise. Dans une position toute détendue, j'observe l'enfant du soleil, immerger de l'obscur. Mes prismes azurites coulent sur sa chair, dévorent sa carnation d'onyx, embrasent son être effeuillé, nimbé des rayons lunaires. Un sourire appréciateur barre mon faciès.  

— Siliël ?

— Oui, ma douce ?


Coulis de miel, n'ayant pas l'effet désiré, chez cette femme au tempérament de feu. Expression sérieuse dessinée sur son visage, elle exprime ce qui lui brûle les lèvres, l'incandescence de son inquiétude.

— Dis, moi tout.

Juste trois syllabes. C'est une véritable flèche décochée. Je sais parfaitement ce qu'elle souhaite : connaître ce qui me hante, ce mal qui me pousse à l'éveil bien avant la venue du jour. Mon sourire se perd, se mortifie sur la plaine de mon visage. Nos regards se croisent, s'imbriquent, forment un tout. Devant sa détermination à ôter de ma substance, le poison de mes affres, j'accepte d'obtempérer.

— Soit, si tu veux connaître l'histoire qui me hante, je vais t'en faire don. Ne t'attends pas à un conte merveilleux... Il y a fort longtemps.

Je me refuse d'utiliser le sempiternelle « il était une fois ». Il s'agit de mon histoire.. Celle qui me changea.. Mais, elle sera contée d'un point de vue interpersonnel.

— Un roi, aussi juste que bon, gouvernait la mythique Eressa. Il était loué pour sa grande générosité à l'encontre de tous : les augustes et les miséreux. Il aimait son peuple comme il restait fasciné par la race des hommes. Sensible envers leur affres et la pauvreté qui affamait leur peuple, il souhaita ouvrir les frontières de la Cité Engloutie. Il ne tarda pas à exprimer son projet, avec son plus précieux ami. Là, fut son erreur.

Un demi-temps d'arrêt s'abat subitement. L'éternelle Némesis attend, contemplative, les constellations retiennent leur souffle et Durahliya me fixe, les pétales de ses lèvres pincées. Elle croise ses bras contre son buste, attirant mon regard sur ses charmes pulpeux. L'iridescence de mes orbes englouti le pourtour des dunes généreuses. A son raclement de gorge, je relève ma tête, nonchalamment.

— Ce n'est pas le moment, Siliël.

Estoc oral, réprobateur, pour me rendre mon sérieux. Elle ignore totalement que je m'offre cette pause car je déprécie le sujet.  

— Que se passa t-il ensuite ?

Mon exil hors de ma patrie. Mais, ce n'est pas les mots que j'exprimerais.

— Il éclata un coup d'état. Face à la vindicte de son peuple et du Conseil des Ministres, le Roi détrôné, due fuir de son royaume ou sa vie serait menacée.

Un air outré grime son visage.

— Pourquoi ? Qu'est-ce qui les motiva à commettre cet acte ?

Je m'attendais à cette question et je compte y répondre avec le plus de véracité possible, dissimulant au possible, les imbroglios qu'elle provoquera, au confins de mon être. Après une expiration, ma voix, chargée de plomb, gronde comme l'éclair striant la nébuleuse.

— Le partage. Les Atlantes sont des créatures d'érudition, du mystique et disposent de connaissances sans pareil. Cependant, ils ne sont pas friands d'offrir aux autres races de Reä, leur savoir. Lorel, qui souhaitait ouvrir ses frontières et faire acte de charité, alla contre leur principe conservateur. Il fut jugé comme une menace, par son peuple.

— Est-il encore en vie ?

— Malheureusement, Lorel n'est plus. Le désespoir et la trahison finirent par avoir eu raison de lui.


Hélas, une demie vérité. Trahi par mon plus proche acolyte, une part de moi s'est brisé, la douleur a percé mon âme. Des sentiments contraires à mes préceptes ont corrodé mon âme.

— Tu le connaissais ?

— J'étais fervent de ses préceptes et sa théurgie. Je l'ai suivi dans son exil et j'ai recueilli son dernier soupir.


Un silence pesant s'installe entre nous. Il est l'égal des sentiments qui nous anime. Observant Durahliya , je remarque qu'une question lui brûle les lèvres.

— Quelle était donc, ses dernières volontés ?

— Que je réalise les rêves qu'il aspirait tant... Changer le regard de son peuple sur les hommes et, de ce fait, les pousser à donner leur aide. Ouvrir une voie de commerce entre Eressa et les autres races. Voilà ce que souhaitait faire ce grand homme. Mais, ils seront dur à réaliser. Réveiller la fibre empathique de mes pairs sera une tâche des plus ardues. Leurs convictions sont profondément ancrées dans leur coeur.


Mes paraphés s'achèvent, mettant un point final à cette brumeuse histoire, aux exhalaisons fallacieuses. Régalien, enveloppé d'un charme magnétique, j'aborde ma doucereuse amante. Mes phalanges, entreprenantes, glissent sur l'arrête de son visage, papillonnent sur sa mâchoire, dessinent le contour de sa bouche. La pulpe de mes doigts se retire, jetant un froid polaire.

— Retournes te coucher, Durahliya.

— Tu me rejoindras ?

— Peut être.
La malice se glisse dans mon timbre. Tu le sauras uniquement si tu rejoins le lit.



Divers


Reconnaissez-vous être âgé d'au moins 18 ans ? : Oui
Moultipass : Mdp validé par pépé

Pardon, pardon, pour ce pavé ;_;


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Calim Al'Azran

◈ Ven 12 Fév 2016 - 14:55

Bon allez je valide une des fiches les plus awesome qu'on ait eues... xD.

A quand le 4ème compte ? 8D *PAN*