Azzura

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Svanhilde Strand — princesse de Valdrek, jarl de Tveit

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◈ Missives : 8

◈ Âge du Personnage : vingt deux hivers
◈ Alignement : loyal neutre
◈ Race : Valdur
◈ Ethnie : Alsdern
◈ Origine : région de Tveit, royaume de Valdrek, Ordanie
◈ Localisation sur Rëa : Hildeborg, capitale de Tveit.
◈ Magie : Psychique, influence sur la volonté d'autrui.
◈ Fiche personnage : Svanhilde

Héros
Svanhilde Strand

◈ Jeu 14 Jan 2016 - 23:51

◈ Prénom : Svanhilde.
◈ Nom : Strand.
◈ Sexe : Femme.
◈ Âge : vingt-deux hivers.
◈ Date de naissance : douzième jour d’Auldera, an 68, ère des Rois.
◈ Race : Valduris.
◈ Ethnie : Alsdern.
◈ Origine : Valdrek.
◈ Alignement : Loyal neutre.
◈ Métier : Princesse de Valdrek, Jarl de la région de Tveit, située à la pointe sud-est du territoire.


Magie



Magie psychique, influence sur la volonté.

Huitième jour de Margrh, an 89 de l'ère des Rois,
Hildeborg, capitale de Tveit, Valdrek.
Enterrement de Hargbard Strand, jarl régent de cette même région.

L’air enveloppe le monde de sa distincte froideur, sans laisser une once de répit à ces êtres insignifiants. Ces créatures arpentant ces contrées en rampant, tels des animaux à l’agonie. Ces âmes dépourvues de cœur. Ces cruelles cruautés, terribles et implacables, proliférant sur ce sol gelé. Seuls.
Et moi, je reste là. Je les observe, avec un certain intérêt, sachant pertinemment que mon souffle caressera leur peau et se glissera avec aisance dans leurs membres.
Le silence est roi. Il déferle sur cette nature, souillée par la main de la race valdur, comme déferle le vent tempétueux et capricieux de l’hiver.
Au dehors, comme dans les cœurs gelés de ces individus – dressés face à l’infinité de l’océan – l’hiver s’impose avec force, tandis que je m’immisce avec parcimonie. Les visages sont fermés, les têtes basses. Abattus. Ils ont l’air abattus.
L’es-tu ?

Les cieux sont étrangement bleus. Aussi purs que l’eau qui danse doucement sous tes yeux, laissant une mélodie agréable caresser ton ouïe et celle de tes compagnons. Aucun nuage de coton n’a osé déranger l’étendue céleste. Le soleil pâle de l’hiver – quant à lui – se pavane au dessus de ces contrés, comme un monarque. Seul.
Et moi, je reste là. Je t’observe, avec un certain intérêt, sachant pertinemment que mon souffle caressera ta peau et se glissera avec aisance dans tes membres.
Tes prunelles ne quittent plus le chaland qui s’éloigne du rivage, abandonnant derrière lui ce ponton de bois auquel il fût pourtant vigoureusement attaché, une poignée de secondes plus tôt. L’eau le guide vers le large avec délicatesse, consciente qu’elle ne doit pas briser cette structure boisée. L’embarcation fuit, comme pour échapper à son destin, comme si ta présence l’effrayait. Seule.
Des crépitements. Du bois qui s’entrechoque. Des cordes qui grincent de douleur lorsqu’on les étire. Et puis, la mélopée des flèches qui transperce l’atmosphère, affamée, cherchant à tout prix à rattraper l’embarcation mortuaire. Le feu, qui s’était limité quelques secondes à ne se nourrir que de la pointe des flèches s’éveille alors, léchant le bois avec une délectation non dissimulée. Les flammes sont en joie. Pouvaient-elles rêver meilleurs mets ? Du bois à lécher, de la chair glacée à grignoter, des os à ronger. Pour elles seules.
Et toi, tu contemples ce spectacle, tu t’accroches à tes dieux qui me sont inconnus. Je tourne autour de toi, me rapproche, t’écoute. Malgré le silence qui t’enveloppe, malgré tes traits fermés et illisibles, je peux lire en toi.

La quiétude se brise comme du cristal. Aussi fragile que les feuilles dansant avec la brise glacée. Emiettées.
Les pleurs et les cris capricieux d’un bambin dont la notion de respect n’est qu’inconnu résonnent dans ce climat endeuillé. Ses traits rosés sont tordus par ses vocalises insupportables. Aucune larme ne perle dans ses prunelles closes. Ses plaintes n’ont pas la même source que les tiennes. Il ne pleure pas le défunt mais la faim.
La faim et non la fin.
Tandis que le froid tente de mordre chaque parcelle de ta chair, ton sang se réchauffe sous ton épiderme, dans tes veines. La colère inonde chacun de tes membres avec vivacité et précipitation. Tu manques de tolérance et ta patience est aussi robuste qu’une fleur à la venue de l’hiver. Je le vois bien. Tu essayes de faire abstraction, alors que je rode autour de toi. Tu ne me perçois pas. Pas encore.

Tes yeux bleus ne rompent pas le contact avec les flammes mais ta rancune ne se concentre désormais plus que sur cet enfant, tel un prédateur tournant autour de sa proie. Cependant, tes poings se serrent, matérialisation de ton antipathie. Ta patience – si peu développée – atteint déjà ses propres limites. Elle se fracasse contre ces dernières comme l’océan sur les roches aiguisées et sombres des côtes nordiques. Mais, tes traits sont immuables et ne laissent rien transparaître.
Pourtant.
Ne rêves-tu pas de le faire taire ? Ne souhaites-tu pas coudre ses lèvres ou lui arracher la langue ? Les idées tortueuses s’enchaînent dans ton esprit meurtri par la perte. Il hurle de plus belle.
Assez. Assez.
Sa mère le sert dans ses bras et le berce, comme pour le duper. Rendors-toi. Rejoins les bras de tes dieux dans un sommeil apaisé. Mais, bien évidemment, il n’a cure des bras réconfortants de vos divinités. Ses instincts primitifs s’expriment. Seuls.
Alors, ton regard s’écrase sur le bambin avec vigueur. Pour ma part, je sens venu le moment de ma renaissance. J’y vois l’opportunité rêvée. Je t’enveloppe de ma douceur. Seule.

Me sens-tu ?
Oui, bien sûr. Tu devines ce changement imperceptible que je t’apporte alors que mon souffle s’immisce dans ta chair, dans tes artères, dans ton cœur et dans ton âme. Ne résiste pas. Abandonne-toi à moi, Alsdern. Laisse-moi te montrer les innombrables possibilités que je t’offre. Laisse-moi te guider. La sensation de posséder un corps valdur, imparfait mais dont la constitution est si bien pensée, m’avait presque manqué. Il y avait bien longtemps que je n’avais pas parcouru ces terres, ces êtres de ma voluptueuse brise.
Ressens, Alsdern. Observe. Comprends.
Du fait de ma toute relative puissance, je guette, patiente. Ton regard doit s’engouffrer dans les yeux de cette chose dérangeante, dans les pupilles de cet être faible, pour que je puisse agir. Après quelques secondes, que tu juges trop longues, l’enfant te contemple enfin. Il continue ses vocalises aiguës, qui te glaceraient presque le sang. Mais il te regarde, et tu prends cela pour un défi. Il semble attiré par la profondeur de tes prunelles. Elles seules.
Moi, je frappe. Je me délecte, heureuse de parvenir à m’exprimer enfin dans cette prison charnelle que tu es. Vos regards s’agrippent l’un à l’autre. Seuls.
Mon heure est enfin arrivée.

L’être chétif continue d’hurler à la mort, mais il ne te quitte plus des yeux. Je l’en empêche. Il est si fragile, si chétif. Je peux malaxer sa volonté, lui faire sentir ma présence et mon influence. Il sent ma relative puissance. Il est seul. La tâche est encore ardue. Je suis faible, mon souffle est encore fragile mais, cet enfant est plus malingre que je ne le suis. Son esprit n’est pas encore formé, ses pensées ne sont pas développées, il n’a aucun moyen pour les exprimer. Il ne pense pas, il survie. Sa volonté n’est que primitive, facile à amadouer.
Il se tait.
Ses cris s’éteignent tandis que vos prunelles sont toujours attachées les unes aux autres. Pour ma part, je triture, je l’influence, je modifie, je joue. Je me délecte de ma renaissance.
Le sais-tu ?
Si j’en avais la capacité, je crois que je m’esclafferais, seule.

Toi, tu restes stoïque, continuant d’accrocher ton regard à celui de cette chose que tu méprises tant. Tu prends la mesure de l’événement, sans le comprendre pour autant. Tu devines que tu es la raison ayant poussé cet être insignifiant au silence. Il s’est résigné, grâce à toi. Grâce à moi. Tu te sens secouée, comme sur un navire dans une tempête. Seul.
Tu hésites. Est-ce la volonté des dieux qui a permis à la quiétude de s’imposer ou tes propres désirs ? Ton cœur tambourine dans ta poitrine, galvanisé par une excitation infinie. Sans en saisir le sens véritable, tu descelles pourtant ce changement, ces capacités que je t’offre.
Alsdern. Je suis encore faible. Mais je te promets un futur insoupçonné.
Tu romps le contact visuel, submergé par mon souffle. Tes prunelles rattrapent le chaland en flamme. Ce point de lumière vivace qui consomme la mort.
Et puis, soudain, les cris reprennent, implacables.
Un soupir caresse tes lèvres.


Compétences, forces & faiblesses



Arts de la guerre
(Métier engagé : Jarl)
Maniement d’armes blanches (épée, hache) : avancé
= De part son essence et sa lignée, ainsi que par manque d'un frère ayant pris les armes, Svanhilde s'est vue élevée par son père et son oncle. Ils lui ont transmis leurs savoirs.
- Parade (boucliers) : expert
= Plus que l'art de frapper, la Jarl a été depuis le plus jeune âge porteuse de boucliers.
- Stratégie de combats & Tactique de guerre : intermédiaire
= Ayant appris des livres depuis bien jeune, malgré leur rareté, la Princesse s'est nourrie des récits à propos.
- Commandement & Galvanisation : Intermédiaire
= De par son rang, ainsi que son caractère, Svanhilde sait se faire obéir. Toutefois, elle ne saurait retenir une armée en cas de guerre, ni la commander à la perfection car elle n'a tout simplement pas l'expérience à propos. Ses connaissances restent théoriques et fondées sur sa formation.

Arts de la noblesse & de la bourgeoisie
- Lecture & écriture (Valdra, Kaerd) : Expert
- Étiquette : Intermédiaire
= Par essence nobiliaire et par devoir, Svanhilde sait se comporter avec ceux de son peuple et afficher son autorité. Il n'est toutefois pas dit qu'elle sache évoluer au sein des sociétés Vreën.
- Politique & Diplomatie : Novice
= D'apprentissage imparfait suite à la brutale annonce de son avancée au rang de Jarl, Svanhilde n'a qu'effleuré les contours de la gestion d'une région tout autant que ses responsabilités. Encore jeune, elle aura temps d'apprendre.
- Équitation : Avancé
= Svanhilde sait monter, soigner sa monture.
- Navigation (connaissances intellectuelles du domaine nautique ; commandement, manœuvre, etc) : Novice
= La flotte de Tveit est réputée et placée, mais Svanhilde n'a que connaissance des bases de la navigation des bâtiments qu'elle devra tôt ou tard commander.

Compétences générales
- Histoire & Géographie (Valdrek) : Avancé
= Nourrie de récits à propos de son royaume, la Princesse connaît son histoire et ses contours de manière fort correcte.
Linguistique : Valdra, maître / Kaerd, avancé


◈ Forces

- Svanhilde détient un haut rang social. Elle est en effet la Jarl de la région de Tveit et la princesse du Royaume de Valdrek. Ces positions lui apportent donc une puissance politique non négligeable bien que chez les nordiques la puissance soit une notion bien éphémère.
- Cette nordique – malgré son jeune âge et sa carrure peu imposante – est une guerrière. Si vous nous permettez de glisser un conseil à votre oreille attentive, sachez que sous-estimer cet être de petite taille a causé des torts et la mort à quelques hommes, notamment lors d'un raid auquel elle a participé alors qu'elle avait dix-huit hivers.
- Cette jarl a un tempérament de feu quand bien même le froid ronge les contrés sur lesquelles elle évolue depuis sa naissance. Son éducation – calquée sur celle digne d’un héritier mâle – lui a permis d’acquérir un caractère dominant et ambitieux.
- Le bien-être de son peuple est une de ses priorités, la rendant dévouée à sa cause et la poussant à faire de son mieux. Détentrice d'une volonté à toute épreuve, Svanhilde est une alsdern déterminée et prête à beaucoup de sacrifices pour arriver à ses fins.
- Elle a des capacités de mémorisation intéressantes.

◈ Faiblesses

- Sa position sociale est évidemment une force mais constitue également une faiblesse. En effet, son statut de princesse de Valdrek et de jarl de Tveit font d’elle une personne sujette à jalousie et envie. Sa vie est constamment en jeu dans un monde où la loi du plus fort et où les ambitions de chacun peuvent ruiner une atmosphère paisible. Svanhilde a conscience que sa position n’est jamais acquise et elle est – de ce fait – très prudente. De surcroît, elle n'est jarl que depuis peu, ce qui pose parfois des difficultés auprès de son peuple. Des individus peuvent encore remettre sa légitimité en question même si elle a prouvé sa force à plusieurs reprises.
- Sa franchise peut froisser son entourage. Elle sait se montrer diplomate et patiente mais étant d’un naturel autoritaire, elle sait également remettre les gens à la place qu’elle estime correcte. Ce franc-parler est créateur d’ennemis, surtout au sein de la gente masculine.
- Son sexe. Svanhilde, même si elle a été élevée comme un jeune héritier n’en reste pas moins un être disposant d’un con. Et cette situation la rend par principe plus faible dans un univers où l’homme détient le statut de sexe fort – ce qui a bien évidemment le don de lui provoquer des crises de nerfs.
- Sa jeunesse peut également être une faiblesse. Svanhilde est un être persuadé d’avoir raison. Elle est par essence ambitieuse et a des projets politiques pouvant paraître étonnants. Cette originalité et son manque d’expérience peuvent constituer un obstacle non négligeable dans la réalisation de ses projets.
- Son caractère instable. Svanhilde est un être colérique dont les accès de colère ne sont pas rares et épuisant pour son entourage. A trop jouer avec le feu et la patience de ses proches, elle risque de creuser sa solitude.



Physique



Taille : cinq pieds (1m63).
Poids : cent vingt-cinq livres (un peu plus de 62kg).
Prunelles : d'un bleu profond et tempétueux.
Cheveux : proche de la couleur de l'astre lunaire.

Septième jour de Margrh, an 89 de l'ère des Rois.
Hildeborg, capitale de la région de Tveit, Valdrek.

L’eau chaude glissa de la carafe d’argile pour se déverser dans celle qui stagnait déjà dans le cuvier en bois. La rencontre de ces deux sources d’eau se fit dans des remous poétiques et dansants, la nappe aquatique formant des cercles parfaits du fait des vibrations. La vapeur surplombait le liquide comme le brouillard vient envelopper les contrées du Nord, lorsque le soleil peine encore à s’étirer dans les cieux. Elle donnait l’impression de vouloir s’étendre dans l’entièreté de la pièce, mais le froid constituait une barrière qu’elle ne pouvait traverser. Résignée, elle se mourrait quelques pouces au-dessus du liquide vital.
La mélopée de l’eau résonna dans la pièce éclairée par des bougies et un feu de cheminée avant de s’éteindre lorsque la dernière goutte retrouva l’océan contenu dans ce cuvier. Les vagues – d’abord vivaces – commençaient à perdre de leur splendeur.
Des doigts fins et agiles étaient quelque peu transformés par les mouvements de l’eau. Les perspectives et impressions changeaient sous ce liquide incroyable. Elle observait ces mains.
Les siennes.
Sous l’eau, elles semblaient encore plus pâles qu’elles ne l’étaient déjà. Aussi blêmes que l’astre lunaire, aussi immaculées que les premières neiges. L’eau de son bain avait creusé des tranchées dans sa peau, formant des rides qui – au fil du temps – s’inscriraient définitivement sur son épiderme. Un soupir caressa ses lèvres pleines et rosées. Des lèvres dépourvues de sourire. Une bouche close à l’allure mélancolique.
Ne vous fiez pas à ces lèvres charnues et douces.
Jamais.

Elle isola de l’eau dans ses paumes avant de la ramener sur son visage. Les gouttes s’écrasèrent sur ses traits et firent de leur mieux pour retrouver l’océan, glissant ainsi sur sa peau, emportées par la gravité et la volonté de retrouver leur entièreté. Les traits de ce visage étaient durs, comme s’ils avaient été taillés dans la glace des montagnes de ces terres. Ils possédaient la même froideur que l’hiver. Ses pommettes étaient parsemées de couleur rosée, du fait de la chaleur régnant dans ce cuvier. La peau était marquée par le climat du grand nord, asséchée par les vents glacés et sujette aux rougeurs. Elle n’était pas parfaite, n’avait pas la splendeur et la douceur des nobles Vrëens. Nonobstant, du fait de son rang privilégié, la détentrice de cette peau pouvait se targuer de posséder un épiderme passable. Car, ici, le froid ne ronge pas uniquement les cœurs et l’esprit. Il s’attaque au corps, sans faire preuve d’une once de scrupule.
Plusieurs plaies laissaient leurs empreintes sur son visage, fraîches et luisantes. Une fine coupure courrait sur son menton tandis qu’une autre perlait sur sa pommette droite, plus épaisse, plus profonde. Le cruor sortait de son lit pour se mêler à l’eau auparavant claire, glissant sur les tâches de boues qui recouvraient certaines parcelles de son visage et du reste de son corps. Elle répéta de nouveau le même geste, tentant d’enfermer de l’eau entre ses doigts avant d’écraser les gouttes résignées sur son visage. L’eau se mêla au sang, à la boue, aux peintures bleues de son portrait avant de rejoindre la mer contenu dans le cuvier. Ces peintures, elle les arborent dès qu'elle est appelée à se battre.
Ses joues creusées agrémentaient un peu plus ses airs sévères. Mais l’apogée de sa froideur résidait en ses prunelles qui se dévoilèrent alors que ses doigts finirent de retirer les résidus d’eau qui s’y étaient nichés.
Un bleu incroyable.
Tempétueux.
Presque indescriptible.
Un bleu qui vous perce et vous transperce, encore et encore. Une couleur qui ne vous laisse point de répit. Des yeux qui vous emprisonnent dans un blizzard.
Qu’inspirent ces yeux ? Tant de choses. La force de caractère, la rage et la dureté. Lorsqu’ils vous emmurent, ils vous glacent le sang. Ces deux bijoux peuvent être un enfer. Ils peuvent vous faire plier. Vous céderez.
C’est certain.

La jeune femme laissa glisser son corps blême sous la surface, laissant l’eau envelopper ses membres de sa douceur et de sa chaleur, lui donnant l’agréable sensation de s’immerger dans un cocoon. Ses cheveux, si blonds, frôlant la couleur de l’astre nocturne, s’abandonnèrent à une danse ondulatoire. Leurs mouvements nonchalants rappelaient la chorégraphie des serpents. Ces cheveux étaient longs, fins mais nombreux. L’eau semblait les dompter, chose qu’il était – en revanche – quasiment impossible à faire lorsqu’ils étaient exposés à l’air libre. Le vent du nord avait la fâcheuse tendance à les rendre indisciplinés.
Ils sont libres.
Aussi libres qu’elle souhaite l’être elle-même.
Soudain, ses doigts se refermèrent sur le rebord du cuvier en bois. Elle sollicita les muscles fins mais saillants de ses bras pour retrouver l’air véritable et s’échappa de cette prison aquatique. Des frissons parcoururent sa peau blême lorsqu’elle retrouva la fraîcheur de la pièce. Et d’un geste brusque et énergique, elle se leva, le visage cependant tordu par une douleur sourde et omniprésente. L’air se délecta à mordre chaque parcelle de son corps dénudé, recouvert ci et là par des ecchymoses et des plaies légères. La jeune femme resta indifférente à la température ambiante. Le froid n’était pas son ennemi. Tous deux avaient appris à s’apprivoiser.
Presque.

Un linge blanc enveloppa son corps avec délicatesse, comme s’il était d’une fragilité digne du cristal. Or, cet assemblage de chair et d’os n’avait rien de frêle. L’Alsdern n’avait rien de la fine couche de glace qui se déploie sur la surface des lacs, lorsque l’automne cède sa place à l’hiver. Sa peau –  blafarde, presque translucide – était robuste. Aussi résistante que du cuir.
La jeune femme n’avait pas les arguments des beautés enivrantes qui parcourent les contrées sharda. Après tout, son corps n’était qu’un outil forgé pour la bataille et non pour les charmes et autres combats charnels. Des années d’entrainement pour faire de ses membres une arme capable de faire couler le sang. De surcroît, elle n’avait aucune conscience de ces charmes naturels et féminins, ayant toujours évolué dans ce monde dans une coquille masculine, que l’on a confectionné pour elle. Elle avait un aspect relativement banal et ce qui pouvait susciter la fascination résidait en son charisme naturel.
Ses doigts se saisirent du linge qu’une femme avait déposé sur ses épaules. Contrairement à la majorité de ses semblables, cette nordique n’était pas grande et sa carrure n’avait rien d’impressionnant. Cette caractéristique rare et étonnante trouvait sa justification dans les difficultés de sa mère à enfanter.

Elle enjamba le cuvier de bois et ses jambes fines se libèrent à leur tour de l’enveloppe aquatique. Ses pieds quittèrent la douceur de la chaleur pour retrouver la dureté du froid et de la pierre. Le linge blanc perdait de son opacité au fil des secondes, l’eau grignotant peu à peu chaque pouce de celui-ci. On devinait alors aisément ses courbes peu féminines. Sa taille n’était pas aussi marquée que celle des Sharda du Nord. Elle n’était pas voluptueuse ni gracieuse. Ses membres étaient fins mais l’on devinait la musculature avec aisance. Sa gestuelle était brusque, dépourvue d’une once de douceur. La façon dont elle serrait le linge blanc entre ses doigts en était la preuve. Le linge immaculé et imbibé d’eau se colla à son abdomen, recouvert par une meurtrissure sombre, mêlant des couleurs bleues et violettes. Telle vague, l’ecchymose prenait naissance près de sa hanche droite pour remonter jusque son nombril.
« Une fourrure, s’il vous plait. »
La servante ne se fit pas attendre. Déjà la fourrure quémandée s’enroulait autour de son corps, réchauffant allégrement l’épiderme lunaire qu’elle recouvrait. Sans adresser le moindre regard à cette femme, l’Alsdern quitta la pièce, dans une démarche masculine et guerrière, les lèvres toujours pincées par une douleur qu’elle cherchait à dissimuler.




Caractère



Denier jour d'Aldar, an 90 de l'ère des Rois,
Demeure du Jarl, Hildeborg, Tveit, région de Valdrek.

Le soleil commençait à peine à lécher le bois froid et humide des différentes habitations formant la ville de Hildeborg. Timide, capricieux et encore endormi, il luttait contre la fraîcheur glaciale apportée par l’astre lunaire.
Pour ma part, ma journée a commencé sans la perle jaune accrochée au beau milieu des cieux. Comme chaque jour, je suis arrachée au sommeil avant l’aube. J’ai des responsabilités, voyez-vous. Cette grande demeure, si somptueuse, ne peut être gérée par la seule volonté des Dieux. Ainsi, depuis des années, je parcoure ces couloirs de bois, ces tapis de fourrure et ces décorations riches et fastes. Rien ne m’appartient. Or, j’ai la chance de pouvoir faire partie de ce lieu. Ma valeur peut être assimilée à celle de ce meuble, de cette planche ou bien même de cette bougie accrochée au mur. N’allez pas croire que je formule ici une plainte de quelque sorte que ce soit. Cette vie me satisfait. Et ce, depuis plus de deux décennies.

Mes pas me guident machinalement vers la chambre du Jarl. C’est un automatisme. Une habitude. Chaque jour, lorsque l’aube décide d’envelopper notre monde, mon devoir m’emmène vers cette porte en bois. Mes doigts prennent possession de la poignée et enclenche le mécanisme. Avec douceur, je pénètre dans la chambre. Celle-ci est grande, pour ne pas dire immense. C’est une des plus grandes pièces de la demeure et elle est décorée avec faste, signe de la richesse du Jarl. Des bois de cerf parcourent les murs en bois, des fourrures trônent également fièrement sur les poutres. Quelques meubles en bois sombre parcourent la pièce. La table ronde est recouverte de parchemins, de cartes et d’instruments pour la stratégie militaire. Des livres s’entassent également sur celle-ci. Certains, même, sont échoués sur les fourrures recouvrant le sol. Le silence règne en maître dans ces appartements. Seul le feu agonisant émet quelques sons. Le bois blanchi par les flammes crépite encore un peu, lassé et exténué par la nuit qu’il vient de passer. Le feu l’a parcouru sans lui octroyer une moindre once de répit. Il avait eu une faim de loup. Les cendres s’entassaient. Alors que mon regard se perd dans ces étincelles fades, je décide de nourrir ces flammes à l’agonie. Heureuses, ces dernières grossissent en réalisant la présence d’un nouveau met. Un sourire satisfait se dessine sur mes lèvres alors que je me tourne vers le lit. Le côté droit de celui-ci est occupé. A gauche, nonobstant, le lit est désert. Les couvertures ont été repoussées et le froid s’est mêlé à la chaleur déposée par un corps, jusqu’à l’envelopper définitivement, après une lutte sans merci. Je ne suis pas sotte. Et j’ai remarqué ce fait à de nombreuses reprises. Notre Jarl ne passe pas l’ensemble de ses nuits sans compagnie. Mais celle-ci s’évapore toujours avant mon arrivée.

« As-tu perdu quelque chose dans ce lit pour le regarder avec autant d’attention, Alrun ? ». Cette voix me glaça le sang, tandis qu’un sursaut parcouru mon échine. Prise sur le fait. Pourtant, le Jarl n’a pas bougé. Toujours au fond de son lit, sous l’amas de couverture. La culpabilité commence à grignoter mon estomac et je ne sais plus quoi faire.
Cette voix. Elle transpire le charisme, tout comme les traits du visage de ce chef. Cette voix. Elle impose le respect tandis qu’elle vous glace les artères. Le ton n’est pourtant pas agressif. Il est doux mais ferme. Autoritaire. Je balbutie mais n’ose finalement pas parler, car je sais que c’est inutile. Se morfondre en explication n’est pas nécessaire et n’aurait pour effet que d’aggraver mon cas. La patience n’est pas une qualité présente dans le cœur de ce Jarl. Et sa question n’appelle à aucune réponse. C’est un avertissement. Je suis avertie qu’il n’est pas bon de vouloir en savoir plus sur les occupations nocturnes de mon supérieur. Je me ratatine alors docilement et me dirige vers les rideaux qui emprisonnent la luminosité naturelle. « Ne les ouvre pas tout de suite. D’ailleurs, n’y touche pas, je le ferai ». Mes doigts frôlent les rideaux lourds de couleur pourpre avant de se raviser. Je ne suis pas étonnée. Malgré sa noble éducation, notre Jarl ne supporte pas qu’on lui rende service. Tous les serviteurs qui gravitent autour de sa personne ont le don de l’agacer profondément. Souvent, je l’entends répéter qu’être assisté est un signe de faiblesse. Le bruit des couvertures qui se froissent effleure mon ouïe et mes yeux se posent sur le Jarl. Son corps est nu et sa peau aussi blanche que les premières neiges. Je ne dis rien et ne montre aucun signe de gêne. Pourtant, j’ai toujours cette impression que lorsque notre Jarl se montre dans son plus simple appareil, c’est pour provoquer en moi un malaise. J’ai toujours la sensation qu’il teste mes limites ou bien qu’il pense que cela me fera fuir.

Svanhilde. Jarl de Tveit et Princesse de Valdrek. Voici qui dévoile sa nudité sous mes yeux. Elle qui possède un corps jeune et plein de vie. Moi, j’ai dépassé la quarantaine d’année et je crois qu’elle se comporte ainsi pour me narguer. Je connais Svanhilde depuis sa naissance. A l’époque, je m’occupais de sa mère et il m’est arrivé de prendre du temps pour son bambin. Svanhilde a toujours été une enfant débordante de vie et à l’énergie inépuisable. Aujourd’hui, elle semble beaucoup plus calme même si je crains toujours la tempête. Car, Svanhilde Strand est un ouragan. Malgré cette apparence calme qu’elle ne quitte pratiquement plus, je discerne certains mouvements qui ne trompent pas. Elle a toujours tendance à craquer ses doigts un à un. Lorsqu’elle est assise quelque part, elle tape les ongles de ses doigts contre la table ou sur ses jambes. Ils gigotent alors comme une vague. Cette jeune femme ne peut rester immobile. Son corps doit toujours être en mouvement.

Elle ne m’adresse aucun regard et se dirige vers la chaise sur laquelle est posée une fourrure dans laquelle elle s’enroule. Ses pas la mènent alors vers la cheminée et ses prunelles observent le feu danser. Moi, à quelques mètres, j’observe ses doigts qui tapent un à un son épaule. Et je reste silencieuse, tout comme elle. Svanhilde n’a jamais été bavarde. Cependant, elle est lunatique et colérique. Je sais que si l’envie lui prend, elle pourrait se retourner vers moi et me hurler dessus. Mais ce matin, elle semble de bonne humeur. Ou bien est-elle seulement indifférente, ce qui ne m’étonnerait guère. Cette jeune femme est énigmatique de par le silence qu’elle incarne. Être solitaire, elle n’en est pas moins présente pour son peuple. Svanhilde est impliquée malgré les apparences. Souvent, j’ai l’impression qu’elle n’écoute pas son entourage. Pourtant, elle n’oublie jamais ce qui sort de la bouche de ceux qui se sont adressés à elle. Lors des doléances, elle a l’habitude de regarder le plafond, comme si l’ennuie rongeait chaque parcelle de sa chair. Nonobstant, lorsqu’elle se décide à répondre, on prend conscience qu’elle a écouté la tirade du plaintif dans les moindres détails et que son silence s’explique par sa réflexion. Et elle ne prend jamais à la légère les demandes de son peuple. Notre Jarl est un être juste. Mais également un esprit libre qui n’en fait qu’à sa tête. Je n’arrive pas à savoir si elle a des conseillers ou s’il lui arrive de prendre en compte les différents conseils qu’on peut lui offrir. Elle est si bornée. Si persuadée de détenir la vérité et la raison entre ses doigts pâles. Peut-être est-ce son caractère ou le résultat de son éducation. Svanhilde est trop sûre d’elle. Tout du moins, c’est l’impression qu’elle souhaite donner. Car, je sais, pour l’avoir observée, qu’elle a conscience que sa place n’est qu’éphémère. Chaque jour représente une lutte pour conserver sa position dans ce monde sauvage.

« Tu perds ton temps à venir ici chaque matin, Alrun. Je t’ai déjà dit que tu n’avais pas l’obligation de venir me réveiller ». Encore une fois, je ne rétorque rien, trop occupée à l’observer. Svanhilde n’apprécie pas spécialement qu’on lui tienne tête. Cependant, elle se délecte à tenir tête aux autres, surtout aux hommes. Assoiffée de reconnaissance, cette jeune femme cherche toujours à prouver sa supériorité. Elle n’a de relâche à démontrer aux autres qu’elle mérite son titre grâce à ses actes et son caractère, et non seulement à cause d’un nom hérité. De ce fait, elle est souvent dans l’offensive et parfois sur la défensive également. A tel point que je l’ai déjà vue avoir des accès de colère et de violence. Svanhilde aime les défis et a cœur à les relever. Ainsi, avec son éducation militaire, elle a pris goût aux combats. La jeune Jarl enfile ses vêtements en silence avant de se diriger vers les rideaux. Avec ses bras fins, elle les ouvre dans une gestuelle lente mais brute. La lumière filtre alors dans la pièce et illumine son visage pâle à l’aspect autoritaire. Ses yeux bleus semblent briller de mille feux sous cette luminosité matinale. Elle observe les rues de sa ville, avec un regard fier. Moi, je reste immobile, les yeux posés sur elle et son allure masculine, dans ce pantalon de cuir et cette tunique beige. Je me sens inutile, sachant pertinemment que notre Jarl refusera mon aide pour quoi que ce soit. Elle ne voudra pas que je range cette chambre, car elle se retrouve mieux dans son désordre. Elle refusera que je change ses couvertures, estimant que c’est à elle de le faire, quand elle jugera qu’il est temps. Elle me rejettera si jamais je lui propose de coiffer sa tignasse blonde emmêlée et sauvage. Alors, voyant que Svanhilde est plongée dans ses pensées les plus intimes, j’estime que le moment est opportun, pour moi, de quitter ces lieux. Mes jambes remuent, et me guident vers la porte quand la voix de la jeune femme s’élève avec douceur. « Alrun. Avant que tu ne partes vaquer à d’autres occupations, j’ai une question ». Mon corps se fige et je me retourne vers elle. Svanhilde n’a pas bougé. Elle est toujours en train de contempler l’extérieur.
« Oui, mademoiselle ?
Comment suis-je perçue par mon peuple ? »
Un silence s’installa, tandis que mes pensées parcourent mon cerveau à toute vitesse. Cette question semble être une sorte de piège et je ne suis pas sûre de vouloir m’y laisser prendre.
« Réponds avec sincérité, Alrun, tu sais que je ne supporte pas les courbettes.
Je crois qu’il vous considérait comme l’héritière de Terkel Strand avant de vous voir aujourd’hui comme Svanhilde Strand.
Bien. »



Inventaire


Un rang social conséquent ; Svanhilde possède un héritage non négligeable puisqu’elle est princesse du royaume de Valdrek depuis ses onze années. En plus de détenir ce titre de noblesse, elle est jarl de la région de Tveit, faisant d’elle un des personnages politiques les plus importants du Nord.

Tveit ; en tant que Jarl de cette région, on peut aisément considérer qu’elle en possède l’étendue, d’une manière ou d’une autre. Elle veille au bon fonctionnement de cette région, récolte l’impôt et assure la sécurité.

Des richesses ; son rang lui confère évidemment une vie paisible d’un point de vue financier. Tveit est une région relativement prospère et son statut de princesse lui permet également d’accéder à moult richesses. Bien sûr, Svanhilde n’est pas la plus riche de Rëa, mais elle n’en demeure pas moins une héritière.

Une flotte composée de quelques navires construits par son peuple. Celle-ci est utilisée pour les explorations, les raids ou encore les voyages vers la capitale.

Des serviteurs qui ont le don de l’agacer car elle ne supporte pas être assistée. Elle les trouve envahissants mais les laisse tout de même errer dans sa demeure, afin de ne pas les mettre à la rue, dans le froid meurtrier.

Un équipement militaire complet ; Terkel Strand, roi de Valdrek et géniteur de Svanhilde Strand a toujours souhaité faire de sa fille un être doté d’un talent militaire. En plus de posséder une aisance certaine dans le maniement des armes, elle a également hérité du caractère ambitieux et militaire de son paternel. Ce dernier lui a d’ailleurs fait don de plusieurs biens militaires : des renforcements en cuirs, en fourrure et des plaques de métal pour former son armure de combat ; un bouclier formé de bois et de renforcements en métal qu'elle n'utilise que très peu, se battant essentiellement avec deux lames ; deux épées courtes et légères.

Osulf, son cheval à la robe noire ; un étalon qu'elle affectionne depuis quelques années.

D’innombrables tenues ; des robes colorés pour mettre en avant sa richesse mais qu’elle ne porte que rarement, se sentant mal à l’aise et faible. Des tenues plus masculines, mêlant pantalons en tissus ou en cuir, tuniques et chemises. Evidemment, elle possède de nombreuses fourrure et parures de ce type. Elle est également détentrice de bijoux, et autres babioles.

Des ouvrages ; grâce à son statut social, elle peut se permettre d’acheter des livres afin de compléter une bibliothèque bien remplie. Même si les alsdern ne considèrent pas la lecture comme une activité essentielle, Svanhilde a toujours apprécier lire, ayant compris que le savoir y est niché, tandis que l’expérience se dégotte sur le terrain.

Des amis ; ah mince, c’est pas là qu’on les range ?



Région de Tveit





Située à la pointe sud-est de Valdrek, la région de Tveit regorge de possibilités malgré le froid dont elle est la victime. En effet, cette zone – comme l’ensemble du Royaume – souffre du climat typique du nord de Rëa. De mémoire d’Alsdern, jamais la neige n’a quitté le Mont Heintje, qui trône fièrement au cœur de ces terres. La beauté de cette roche recouverte par des couleurs immaculées est sans pareille et emplit les habitants de fierté. Tous remercient Myra pour ce don incroyable mais peu osent s’aventurer au sommet de cette puissance rocheuse, quand bien même le peuple valdra se trouve constitué de guerriers incroyables. Cette montagne, à la puissance irrévocable, est également une frontière naturelle avec les terres du Jarl voisin.

Tveit est une région qui, de prime abord, semble sauvage. La nature, libre et indomptée, conserve la grande majorité de ses droits. En effet, du fait des conditions difficiles, des zones escarpées et des nombreuses forêts, peu de villages se sont développés. Ils parsèment ci et là les terres de la région. Le plus souvent, ces derniers sont établis sur les côtés, car celles-ci permettent une ouverture non négligeable sur le reste du monde avec les océans que le peuple de Valdrek tente désespérément de dompter. On trouve quelques villages au pied du Mont Heintje, où du fer est extrait afin de concevoir les armes de ce peuple guerrier. La qualité de ce dernier est réputée à travers l’ensemble du royaume, permettant à la région d’être considérée comme relativement riche. De bons forgerons ont ainsi pu laisser leur talent s’exprimer sur ce fer souvent qualifié de pur. Nonobstant, le Mont Heintje regorge encore de maints mystères qu’il n’a pas osé dévoiler. Seuls les nains pourraient lui arracher le moindre de ses secrets.
Les forêts constituent également une ressource extrêmement précieuse pour un peuple qui l’utilise à de nombreuses fins. En effet, les habitations de la région sont toutes conçues avec ce matériau naturel qui a le mérite de les isoler du froid puissant de la région. De surcroît, ces arbres permettent également la construction de drakkars, éléments essentiels et choyés dans la culture d’un peuple assoiffé de découvertes.
La tannerie est également une activité qui a su s’imposer. Dans une région où les températures sont extrêmement rudes, la peau et la fourrure des animaux errant sur ces contrées s’est vite révélée être un allié non négligeable.

Ces diverses ressources permettent de pallier au manque de fertilité des terres qui, parfois, peuvent être aussi dures que la roche elle-même. Il apparaît clairement que les contrées de Tveit ne constituent pas un trésor pour l’agriculture, bien au contraire. Les sols ne font pas pousser l’or. Il n’y a donc que très peu de paysans et ceux-ci font face à des difficultés extrêmes. Les valdras de Tveit ont tenté de développer diverses techniques de culture afin de tirer profit de ces terres. Or, toutes ces tentatives se sont soldées par de cuisants échecs. De ce fait, Tveit a développé un important commerce avec le reste du Royaume, permettant ainsi – par le biais de nombreux échanges – d’obtenir la nourriture nécessaire pour subvenir aux besoins primitifs des habitants. Mais dans la plupart des cas, et surtout dans les bourgs isolés, les habitants se débrouillent comme ils le peuvent. La chasse et la pêche sont des activités très développées. Les conditions de vie sont difficiles, expliquant ainsi pourquoi seuls les plus vaillants survivent mais également pourquoi les valdras ont bravé les dangers maritimes pour chercher des richesses ailleurs.

***

Hildeborg est la capitale de la région et se situe à l’est de cette dernière, au bord de l’océan. Malgré sa position éloignée du Mont Heintje, il n’est pas rare de voir ce dernier rompre l’horizon et briser les cieux par sa hauteur et sa puissance. Son port, bien développé, constitue une porte d’entrée pour les marchandises des autres contrées avec lesquelles Valdrek a l’habitude de commercer. Quelques bateaux trônent fièrement aux abords des pontons en bois solides et sont prêts à partir voguer sur des océans déchainés, afin d’effectuer des raids sur des terres étrangères. Cette position permet à la région d’être relativement aisée. En effet, les activités maritimes et de pêche sont importantes et les forêts avoisinantes regorgent d’animaux. Hildeborg s’est, de ce fait, spécialisée dans la conception de drakkars, dans la tannerie et la pêche. La ville est relativement vaste, composée de nombreuses maisonnées en bois aux allures simples et rustiques. La plus grande abritant la famille du Jarl. Celle-ci se situe plus en hauteur et détient plusieurs étages. Elle est le signe de la richesse du Jarl. Malgré son aspect extérieur relativement simple, en comparaison aux demeures des nobles vrëens, son intérieur est très travaillé. Oh, rien de délicat et de subtil, car ce n’est pas dans la nature des Alsderns. Mais, fourrures, bois de cerfs, trophées de chasses et autres signes de richesse décorent cette vaste demeure.  

Depuis plusieurs décennies, le Jarl de cette région provient de la famille Strand. Ces derniers règnent en maître depuis l’an 39 de l’ère des rois. Osmond Strand – père de Terkel, actuel roi de Valdrek – s’imposa de force au sein de la région de Tveit, détrônant le Jarl de l’époque, dont le nom s’oublia dans les méandres du temps. Les Strand ont gouverné et gouvernent encore cette région avec fermeté. Cependant, cette famille a toujours eu la réputation d’être juste et courageuse. A chacune des batailles, le Jarl était présent et luttait au côté de ses guerriers, nouant ainsi des liens privilégiés avec son peuple. Aujourd’hui encore, cette tradition perdure. L’autorité des Strand a toujours été sans faille et vigoureuse. Les rares alsderns ayant montré signe de rébellion ne sont plus là pour témoigner de la force des Strand et de leur farouche volonté.

Alors que la stabilité politique enveloppe Tveit depuis des décennies, les choses sont actuellement en train de changer de manière presque imperceptible. L’accession de Terkel Strand au trône de Valdrek remua la région au plus profond de son cœur. Les nordiques de Tveit étaient bien évidemment fiers de leur Jarl mais ils éprouvaient un sentiment d’abandon. Ce dernier n’avait aucun héritier mâle pour reprendre le rôle de Jarl et sa fille unique – Svanhilde – était bien trop jeune en plus d’être dotée d’un sexe féminin pour pouvoir prétendre à cette place tant désirée. Après de longs murmures sur l’avenir de Tveit, Terkel décida de nommer son frère cadet – Hagbard – Jarl de Tveit, jusqu’à ce que sa fille soit assez grande pour reprendre le flambeau. Hagbard appliqua la même politique que son aîné, se faisant ainsi respecter sans difficulté. Nonobstant, celui-ci succomba des suites d’une maladie, laissant de nouveau la place de Jarl vacante. Une fois encore, les valdras de Tveit se trouvèrent abandonné, onze années après l’accession au trône de Terkel Strand. Mais les Strand n’avaient aucune intention de laisser une autre famille résider dans cette demeure et régner sur cette région. En effet, Svanhilde Strand était prête. Prête à devenir Jarl.



Ambitions & Desseins


Les doigts rencontraient la table en bois l’un après l’autre, dans une mélodie peu agréable causée par les ongles de cette main pâle. Ils dansaient avec une lenteur contrôlée et mimait la chute d’une vague prenant naissance dans le large, roulant avec énergie avant de se laisser mourir sur les roches en saignant de l’écume. Ces doigts fins répétaient cette chorégraphie de façon incessante. Ils ne pouvaient s’arrêter, comme si l’élan prit était trop fort pour lutter.

« Tu m’écoutes ? Et arrête avec tes doigts, tu sais que je ne supporte pas ça ». Un haussement de sourcil se dessina sur le visage blême de la détentrice de ces doigts perturbateurs. Ces derniers cessèrent leur ballet et s’étirèrent sur le bois doux de la table pendants plusieurs secondes. Elle plongea ses yeux clairs et perçants dans ceux de son interlocuteur, avec un air de défi. Ce dernier lâcha un soupir.
« Svanhilde, as-tu pris la peine d’écouter ce que je viens de te dire ?
Bien sûr, pour qui me prends-tu ?
Tu as pourtant l’air ailleurs.
― « Malgré l’alliance liant Kaerdum à Heisenk, des raids heisen se font de plus en plus nombreux au nord de Kaerdum, au point que la situation commence à être diplomatiquement tendue entre les deux Royaumes »
Exactement »

Il resta de marbre face à la capacité étonnante de la jeune femme, même si, au fond de lui, il n’arrivait pas à comprendre comment elle s’y prenait pour paraître aussi peu attentive alors que les mots pénétraient dans son esprit où ils finissaient emprisonnés de manière éternelle. Svanhilde – quant à elle – observait la carte de l’Ordanie qui se déployait sous ses yeux clairs et tempétueux. Sans qu’elle ne s’en rende compte, ses doigts reprirent leur ballet et leurs mouvements marins. Cette fois-ci, son interlocuteur abandonna, sachant pertinemment que cette habitude l’emporterait toujours sur ses avertissements. Il aurait bien pu la menacer avec sa hache qu’elle aurait continué à gigoter ces doigts de cette manière qu’il jugeait pourtant si désagréable.
« Mon père vieillit et va agir trop tard.
Se rapprocher de Kaerdum me semble être une mauvaise chose. Une alliance avec Heisenk serait pl…
Non. On ne peut se permettre de pactiser avec un Roi aussi peu fiable que Thorleif. Ce sont peut-être des Alsderns, mais ils sont souillés par la corruption, le mensonge et la soif de pouvoir.
Mais…
Non. Le passé, Arnvald. Heisenk est un Royaume de fourbes. Pour eux les alliances ne sont qu’un gain de temps pour mieux poignarder dans le dos. N’as-tu aucune connaissance de notre histoire ? Ne sais-tu pas que les rois de Heisenk nous ont toujours causé des torts et des guerres ?
Tu l’as dit toi-même, Svanhilde. Il s’agit du passé.
Le passé finit toujours par se reproduire si on l’oublie ou le sous-estime.
Tu fabules. »

Les doigts cessèrent leur danse instinctivement avant de se recroqueviller sur la paume à laquelle ils étaient reliés. Svanhilde se leva de sa chaise dans un mouvement brusque et rapide. Et son poing frappa le plat de la table avec force. La douleur résonna dans ses articulations mais elle ne laissa rien paraître. Les traits fermés, le regard sulfureux. La colère grignotait son cœur tandis que l’impatience déferlait dans ses veines. Arnvald observa la jeune femme sans rien dire. Il connaissait ses accès de colère, surtout lorsqu’elle était contrariée. Ils leur arrivaient souvent de se disputer mais leur amitié avait toujours résisté aux remous des vagues provoqués par le tempérament de la jeune Jarl. « La multiplication des raids à Kaerdum est la preuve qu’on ne peut pas faire confiance à ce peuple, quand bien même nos croyances et notre culture sont les mêmes. Je refuse que Valdrek subisse une humiliation semblable à celle de l’an 65 ». Le silence s’instaura dans la pièce. Svanhilde ne quittait pas son interlocuteur des yeux, désireuse de le faire plier. Il devait comprendre les enjeux, réaliser que les conséquences pour le peuple Valdra pouvaient être dramatiques. Catastrophiques. Arnvald s’était muré dans un silence pensif. Les arguments de la jeune Jarl tournaient inlassablement dans son esprit. Il avait un caractère fort, lui aussi, et il ne se laissait pas amadouer si facilement par la volonté de son amie. Cependant, il ne pouvait nier qu’elle avait raison.
« Que comptes-tu faire ? Terkel ne semble pas encore décidé.
Même si je suis à l’autre bout de la capitale, je vais tout faire pour réduire Heisenk à néant.
Et comment comptes-tu t’y prendre ?
Je dois rencontrer un de Déréva. »

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◈ Missives : 8

◈ Âge du Personnage : vingt deux hivers
◈ Alignement : loyal neutre
◈ Race : Valdur
◈ Ethnie : Alsdern
◈ Origine : région de Tveit, royaume de Valdrek, Ordanie
◈ Localisation sur Rëa : Hildeborg, capitale de Tveit.
◈ Magie : Psychique, influence sur la volonté d'autrui.
◈ Fiche personnage : Svanhilde

Héros
Svanhilde Strand

◈ Ven 15 Jan 2016 - 0:08


Histoire



Septième jour de Margrh, an 89 de l'ère des Rois.
Hildeborg, capitale de la région de Tveit, Valdrek.

« Herghelm est désormais la demeure de Hagbard Strand. C’est la décision de Morgarth ». Un coup de bouclier dans son abdomen lui aurait prodigué un effet similaire. Le souffle coupé, le choc prit possession de chaque parcelle de son corps, affamé. Immobile, ses doigts serraient encore fermement les rênes et ses cuisses exerçaient toujours une pression sur les flancs de sa monture, comme pour ne pas tomber sur la terre gelée. Car, son cœur, quant à lui, chutait inexorablement dans son corps et se brisa sur l’hôtel de la tristesse. « Compte-tenu de la volonté de votre père, Terkel Strand, Roi de Valdrek, mais également de votre oncle, Hagbard Strand, vous êtes… ». Chacun des mots prononcés par cet homme perdait de sa consistance dès qu’ils s’extirpaient de ses lèvres. L’interpellée ne l’écoutait pas. Seule la terrible nouvelle envahissait son esprit et se répétait, inlassablement, telle une brise continuelle, chaque seconde plus vivace. « Svanhilde Strand ». Ses prunelles glaciales daignèrent porter leur attention sur le Valdra. Il avait les cheveux blond cendré, sans lumière et emmêlés, formant des mèches inégales et lui conférant un aspect des plus négligés. Elle discernait à peine ses lèvres gercées sous cette moustache et cette barbe fournies. L’homme, piqué dans son ego, serra les poings, preuve de son impatience, démonstration de son profond agacement. Son interlocuteur n’était qu’une femme. Une femme.
Ses instincts les plus misogynes s’éveillaient en lui, prenant le contrôle de ses poings tremblants, de ses lèvres pincées et de ces prunelles possédées par les étincelles du mépris.
Elle était pour lui l’incarnation du dégoût. Elle était dotée d’un con, faisant d’elle la matérialisation de la faiblesse. Elle était jeune et frêle, allégorie de l’inexpérience. Et pourtant. Pourtant, elle était hiérarchiquement supérieure. De loin.
La jeune femme l’observa avec insistance, devinant sans difficultés les pensées de cet être détestable qui se déversaient de toute part. L’impatience et l’agacement s’entrechoquaient dans son esprit, tant le besoin de se recueillir se faisait pressant, tant le désir d’écraser sa masculinité entre ses doigts faisait tambouriner son sang dans ses tempes. Sans ciller, elle plongea son regard glacial dans celui du valdra, dégoulinant de dédain.  
« Au risque de me répéter, compte-tenu de la volonté de votre père, Terkel Strand, Roi de Valdrek, mais également de votre oncle, Hagbard Strand, vous êtes désormais Jarl de Tveit ».

Jarl.
Ce mot frappa son esprit comme une dague vient goûter un cœur. Il s’immisçait dans ses pensées, les enveloppant avec vigueur, laissant sur sa langue une saveur aigre-douce. Il résonnait dans sa tête, inlassablement. Elle aurait voulu s’en saisir du bout de doigts mais ce terme, si abstrait, était difficile à emprisonner dans sa paume.
Jarl.
Elle en prenait la mesure. Ce mot, si court, presque anodin, était un poids non négligeable. Il avait écrasé tant d’hommes, apporté la mort à nombre d’entre eux. Il pouvait être un don comme une malédiction.
Jarl. Ce mot aussi tranchant qu’une lame. Aussi solide qu’un bouclier. Il avait un sens et pas des moindres. Il évoquait le pouvoir, la justice et la force. Elle aurait pu s’en réjouir, mais ses pensées étaient encore dévastées par la perte qui résonnait dans son cœur, lancinante. Violente.
« Depuis combien de temps est-ce que mon oncle festoie auprès d’Alstrom ?
Deux jours, Jarl. Nous vous attendions pour procéder à ses funérailles.
Svanhilde acquiesça en signe de remerciement.
Préparez-les. Je souhaite qu’elles aient lieu demain matin. »
L’homme hocha la tête et tourna les talons, comprenant parfaitement que la princesse du Royaume de Valdrek venait de le congédier pour qu’il satisfasse sa demande. Pour sa part, la jeune femme se laissa glisser sur le flanc de son cheval à la robe noire et ses pieds rencontrèrent le sol gelé et infertile de sa région.

Ses prunelles aux couleurs océanes contemplèrent la demeure de son enfance. Les souvenirs grignotaient son myocarde avec douceur et application. Avant d’arriver ici, elle avait eu cette terrible impression de ne se souvenir de rien. Or, à chaque fois qu’elle posait son regard sur un détail, ils revenaient, tels des vagues caressant les côtes, paisiblement. Elle avait passé la moitié de sa courte existence dans ces lieux, à arpenter ces terres, à errer dans cet antre. Epoque de l’innocence, révolue, à présent.
« Je peux vous guider, si vous le souhaitez. Cela fait des années que vous n’êtes pas venue ici.
Inutile, Alrun. »
Elle avait répondu sèchement, agacée par le sous-entendu de ses paroles. Cherchait-elle à lui faire comprendre qu’elle était devenue aux yeux de tous une simple étrangère dépourvue d’une once de légitimité ? Sans lui adresser le moindre regard, elle pénétra dans ce qui appartenait à sa famille depuis deux générations. Alrun resta immobile, la surprise saisissant ses traits. Jamais elle n’aurait cru que la princesse de Valdrek se souviendrait de son nom.
Les âmes curieuses, quant à elles, observaient la scène de loin, en quête de réponses. Personne n’avait dû reconnaître la détentrice de ces cheveux blonds. Ou peut-être savaient-ils, expliquant ce mouvement de foule vers la place centrale. La venue de la princesse avait dû être annoncée. Ils se rapprochaient, avides, comme des corbeaux rodant autour de la charogne.

Rien n’avait changé. Hagbard, son oncle, avait gardé les choses intactes. Tout était resté à la même place, comme si le temps s’était figé. Les souvenirs, eux, déferlaient.
Hagbard Strand régnait sur cette région en ayant conscience qu’il n’était qu’une sorte de régent, en attendant que sa nièce soit en mesure de porter ce fardeau sur ses épaules. Svanhilde parcourait la grande salle avec parcimonie, touchait les fourrures accrochées sur les murs de bois, humait l’odeur de ce feu qui réchauffait allègrement ces lieux. Tout lui semblait presque irréel. La lumière naturelle ne filtrait guère. Seules quelques bougies permettaient d’évoluer dans la pièce sans difficulté. Ses prunelles se posèrent sur le trône du jarl, en bois solide, qui se situait au centre de cette salle, recouvert de peaux et de fourrures. Là où son père s’asseyait avant les banquets, lors des séances d’allégeance, lorsqu’il rendait justice au nom des dieux. Là, où, désormais, elle allait s’asseoir. Elle resta à quelques toises de lui, n’osant effleurer la matérialisation de sa position du bout de ses doigts.
Il y avait également ces diverses tables qui pouvaient accueillir les différents clans de Tveit lorsque sonnait l’heure des festivités. Désormais, c’était elle qui allait les présider. Elle qui déterminerait qui doit s’asseoir à sa tablé. Et tant d’autres choses encore. Tant, qu’elle ne pouvait les compter sur ses doigts.
« Votre route a dû être longue et éprouvante. Souhaitez-vous de quoi manger ?
Oui, merci Alrun. »
La servante s’éclipsa afin de répondre à la volonté de Svanhilde. Cette dernière regardait celle qui avait aidé sa mère durant les onze premières années de sa vie s’éloigner, heureuse d’être quasiment seule. Elle pouvait ainsi prendre possession des lieux, se remémorer silencieusement, quérir un havre de paix, se recueillir. Avec plus d’aisance, elle continuait de saisir sa destinée. Instinctivement, ses pas la menèrent à l’étage, où la partie privée de la famille du Jarl avait pris place. Les marches de bois hurlèrent leur mécontentement sous ses bottes, n’appréciant pas ce poids nouveau, elles qui n’étaient que peu sollicitées. Elles préféraient supporter le poids de l’enfant qu’elle fut. Et non celui de la femme qu’elle était désormais.
Le regard glacial de la jeune Alsdern fut happé par l’éclat de bois qui se trouvait face à lui. Un instant, la détentrice de ces prunelles océanes s’immobilisa, laissant un souvenir remonter à la surface, l’autorisant à s’extirper d’une noyade dans les profondeurs de son esprit.

***

L’air froid s’engouffrait dans ses poumons à chaque fois qu’elle inspirait, tandis que ses jambes, dans un mouvement machinal, détalaient. Avec l’aide de ses bras frêles, elle se donnait de l’élan et à chaque fois que ses pieds rencontraient le sol, elle tentait de s’élancer encore plus loin au pas suivant. Sa course effrénée lui coupait presque le souffle, mais elle tenait bon, malgré des muscles révoltés, qui ne cessaient d’hurler leur peine.
Ses doigts serraient fermement la poignée du bouclier en bois, fabriqué à sa taille, pour ses entrainements. Elle aurait pu le lâcher, le laisser trainer dans le mélange de boue et de neige, mais son père l’aurait certainement réprimandée. Et puis, il fallait avouer que l’idée de se libérer de cette charge ne lui avait même pas traversé l’esprit, tant ses pensées étaient en train de voguer sur d’autres océans.  

La grande demeure en bois s’approchait d’elle. Ses yeux bleus fixèrent un instant cet amas de bois joliment travaillé, architecture typique de son peuple. La façade était sobre, tant, que d’autres civilisations pouvaient aisément considérer ce bâtiment comme pauvre. Or, ici, il ne faisait aucun doute que ce lieu était le plus riche de tous. Les autres maisonnées étaient bien moins hautes, bien moins grandes. Bien moins belles, en somme.
Ses cheveux blonds dansaient au gré de sa course, s’entremêlant, virevoltant, tandis que la brise froide s’y engouffrait, avide. Ses joues, d’ordinaire aussi pâle que les nuages estivaux, étaient teintées de lueurs rosées, du fait de l’effort. Et ces prunelles. Ses prunelles brillaient comme jamais. La semelle en bois de ses bottes rencontra les planches sombres qui recouvraient le sol, aux abords de l’entrée de la demeure du Jarl. Personne n’avait retenu la furie qui pénétrait déjà dans le grand hall. Ce dernier accueillait de nombreuses personnes, et l’excitation mêlée à l’angoisse étaient palpable. La gamine, car c’est ce qu’elle était, fut immédiatement ralentit par cette foule. Mais sa taille lui permettait quand bien même de se faufiler entre les Alsderns. Ou était-ce son rang qui lui facilitait cette traversée au sein de cette marée humaine. Ou bien son bouclier qui risquait de percuter chaque personne sur son passage. Du haut de ses dix ans, Svanhilde ne pouvait le savoir et n’en avait cure.

Elle atteignit enfin les marches menant à l’étage, lieu où un événement des plus importants était en train de se mêler à l’écoulement du temps. Elle leva son visage vers le haut des escaliers et, sans daigner regarder où elle posait ses pieds, elle commença son escalade pour rejoindre sa famille. L’amas de fourrure sur ses épaules et le bouclier qu’elle tenait fermement entre ses doigts l’encombraient. Sans surprise, elle rata une des marches et son visage s’approcha dangereusement de ces dernières. Par reflexe, elle mit ses bras devant pour tenter vainement de se rattraper et pour épargner ses traits enfantins. Le bouclier la sauva et rencontra sèchement l’une des marches. Si fort, que son bras porteur ressentit des tremblements et une douleur sourde, tandis que les vibrations filtraient ses membres. Un éclat de bois s’envola alors de cette fameuse planche, laissant une profonde plaie s’y inscrire sans aucun espoir de cicatrisation.

Le brouhaha causé par sa maladresse figea l’assemblée qui se murait dans un silence d’incompréhension. Tous avaient les yeux rivés sur la gamine qu’elle était. Le rouge de la honte lui monta légèrement aux joues, tout comme la colère qui s’immisçait délicatement dans son myocarde. Elle toisa la marée humaine, avec ses prunelles glaciales, prête à tuer du regard quiconque oserait rire de son malheur. « Svanhilde, relève-toi  ». Le ton était dur, autoritaire, presque froid. Les yeux de l’interpellée quittèrent la foule et elle leva son visage. En haut de cette multitude de marches se trouvait son père. Son géant de père. Aussi grand et puissant que les ours des forêts du nord. Elle se mordilla légèrement la lèvre inférieure, sentant l’autorité naturelle de son géniteur sur ses frêles épaules. Sans montrer que ses genoux la faisaient souffrir, elle se réduisit à l’obéissance et se retrouva sur ses jambes tremblantes, tant la douleur lancinante résonnait encore dans ses rotules. « Viens ». Elle acquiesça, résignée. Il émanait de ce père un charisme irradiant. Elle n’avait d’autres choix que d’obéir à ses ordres, souhaitant à tout prix éviter ses grognements d’ours. Elle continua son escalade, tenant toujours fermement son arme défensive, malgré sa trahison. Son père la regardait dans un silence glacial, la laissant poser le bouclier contre l’un des murs en bois. Par un simple signe de tête, il lui somma de rentrer dans la chambre nuptiale, lieu lui étant pourtant formellement prohibé. Nonobstant, elle rangea son hésitation au fond de son cœur et s’approcha, silencieusement.

L’odeur fut la première chose qui la frappa. Elle s’arrêta au pas de la porte, rebutée. Le sang, la sueur, les diverses sécrétions corporelles, le renfermé. Ce mélange d’odeurs qu’il lui était difficile de qualifier lui attrapa et retourna l’estomac. C’est le cœur au bord des lèvres qu’elle se résigna à avancer, sentant la pression de son père dans son dos. L’excitation qu’elle avait pu ressentir se dissipa aussi vite qu’elle l’avait saisi. Son seul désir était d’ouvrir cette fenêtre, pour que ces odeurs confinées fuient dans l’atmosphère. Ou alors de prendre la fuite, le plus loin possible. « Svanhilde, ma chérie. Approche. Viens contempler le don d’Elysea ». Ses prunelles se posèrent sur la détentrice de cette voix douce. Sa mère était allongée dans son lit si vaste, entourée de couverture, tandis qu’un nourrisson s’accrochait goulument à sa poitrine. Cette vision provoqua en elle un mélange d’émotions qui lui était difficile de qualifier. La peur, l’incompréhension ou encore la colère. Elle aurait voulu secourir sa mère et ôter de son corps cette chose qui semblait lui aspirer ses forces et sa vitalité naturelle. Elle s’avança, incertaine, se forçant à respirer par la bouche pour s’épargner cette odeur presque insupportable et envahissante. Etouffante.

« Voici ton frère, Svanhilde. Voici Vriek ». Alors que la joie aurait dû envahir son myocarde et provoquer un sourire sur ses jeunes traits, il n’en fut rien. Elle resta immobile, à regarder le visage de sa mère baigner dans un bonheur irradiant. Tant, qu’elle sentait son cœur se consumer. La jalousie grignota son myocarde avec délectation. Sensation nouvelle qui ne la quitterait plus. Il avait reçu le nom d’un Dieu tandis qu’elle portait un nom des plus communs. Il recevait déjà moult attentions, alors que sa mère ne ma regardait plus. Il était le garçon que son père rêvait d’avoir. Le deuxième enfant que sa mère désespérait de mettre au monde. Il était soudain devenu l’espoir alors qu’il s’agissait de son rôle depuis dix ans désormais. L’affection de sa mère serait alors partagée en deux.
En deux.
Elle ne serait plus l’unique réceptacle de cet amour infini et incommensurable. Cette chose, cet être à la peau rosée, imparfaite et encore recouverte de traces rouges et visqueuses, elle n’en voulait pas. Elle n’en voulait pas.
« Mère. Puis-je le donner aux Dieux ? »


***

Elle atteignit l’étage, ses pensées nageant encore dans l’océan de son passé. Ses pas la laissèrent errer dans ce long couloir donnant sur les diverses pièces. Sans s’en rendre compte, la jeune Jarl se retrouva devant la porte de ce qui fut autrefois sa chambre. Une décennie avait été dévorée par le temps. Elle n’avait pas eu l’occasion de franchir cette porte depuis. Elle hésita un instant, incertaine. Pénétrer dans cet antre lui donnait l’impression de se laisser happer par le passé. Une sorte de régression. D’échec. Svanhilde n’était pas de ceux qui aiment s’enrouler dans les couvertures du passé pour ne plus jamais s’en défaire. Ce qui avait de l’importance, se trouvait devant elle. Saisir l’avenir, vivre l’instant présent, voilà ses certitudes. Pourtant, une envie insoupçonnée lui tannait le cœur, l’obligeant à enserrer la poignée de ses doigts.
Elle sentit le mécanisme s’enclencher sous ses phalanges et, avec douceur, elle poussa l’obstacle de bois. Elle resta un long moment sur le pas de la porte, incapable de bouger. Elle avait peur de briser l’âme de cette chambre en s’y glissant. Cette pièce était l’expression de l’innocence, chose que les dieux lui avait repris, que la vie lui avait arraché.
La chambre était intacte. Rien n’avait changé. Rien n’avait bougé. L’ensemble des objets semblait endormi et la fine lumière qui filtrait à travers les rideaux veillait à ce que ce sommeil perdure. Une légère odeur de renfermé chatouilla ses narines. Etait-elle la dernière personne à être entrée dans cette pièce, dix années auparavant ?
Sans doute.
Vraisemblablement.

Elle osa faire un pas en avant, puis un deuxième, tandis que la charge de souvenirs s’engouffrait dans sa chair, s’enroulant autour de son âme. Ses prunelles, dans un ballet furtif, se posèrent sur l’ensemble de la pièce. Puis, après quelques secondes, elles s’arrêtèrent plus en détail sur certains éléments. Sur cet élément.
Ses mains glissèrent sur le cuir de la couverture avec retenue, comme si elles craignaient de le réduire en miette. La poussière ayant fait son nid sur l’ouvrage s’envola dans cet air étouffant et confiné, emportant avec elle des morceaux de mémoire.

***

Le soleil filtrait avec douceur dans la pièce, timide. Il s’immisçait là, comme un intrus et apportait cette lumière naturelle si agréable aux yeux des Valduris de ces contrés. La luminosité n’était pas blanche et froide, comme d’ordinaire. Non, aujourd’hui, les cieux étaient d’un bleu pur et l’astre laissait ses rayons jaunes caresser les terres plus moelleuses qu’à l’accoutumé.
Un rayon traversait les petites ouvertures nichées dans le bois des murs, avant d’illuminer le sol de sa splendeur. Ses prunelles claires, fixèrent ce dernier, faussement intéressées. Elles regardaient ces flocons de poussières dévoilés par le soleil. Ils flottaient dans l’atmosphère, facétieusement, dans une danse légère.
Les mains jointes, Svanhilde attendait patiemment, assise là, sur le bord de son lit recouvert de diverses fourrures et couvertures. Elle se tenait aussi droite que possible, comme son père le lui avait appris.

Entre ses mains et ses cuisses, un livre épais. Elle l’avait terminé, plusieurs fois. En plus de la distraire pendant de longues heures, il avait une valeur inestimable pour son cœur d’enfant. Il s’agissait là d’un présent de son oncle qu’elle appréciait particulièrement, car beaucoup plus laxiste que son père. Ce dernier laissait moult pressions écraser ses épaules encore frêles. Plus les semaines s’écoulaient et plus lourd était ce poids. Passer du temps avec son oncle avait le goût sucré de la liberté et l’onctuosité d’une enfance retrouvée.
Cet ouvrage, elle le caressa un instant, laissant ses doigts retracer la légère gravure dorée. Il contait l’histoire du Royaume de Valdrek, les conquêtes et les défaites. Il était la trace du courage du peuple auquel elle appartenait. Il l’emplissait d’une farouche fierté et accentuait ses instincts chauvins.
Elle laissa les minutes lui glisser des mains, et conserva cette posture, sans ciller. Machinalement, ses doigts commencèrent leur ballet habituel, dansant tour à tour sur la couverture en cuir de son bien le plus précieux.
Svanhilde attendait la venue de sa mère, ou de son oncle. Son père était absent depuis plusieurs jours, plongé dans une campagne aux enjeux plus vastes encore que les océans. Leur avenir en dépendait, cela, elle l’avait compris. Contrairement à ce que pensait le reste de sa famille, la jeune Valdra comprenait plus de choses qu’il n’en paraissait. Il se tramait depuis plusieurs mois des intrigues qui dépassaient sa personne mais qui l’impliquaient entièrement.

Les mots « trône », « Royaume », « Wargath », « Roi », « Sven », « pouvoir » revenaient sans cesse dans les conversations qu’elle espionnait depuis des semaines. Elle en saisissait des bribes et les enserrait dans ses paumes, comme l’on s’accroche à un trésor. Car, les mots, elle le savait, étaient de ces joyaux précieux. Sa mère le lui répétait si souvent.
La jeune héritière de la région de Tveit aimait écouter aux portes. Elle avait toujours considéré cela comme un jeu qui lui permettait d’avoir une longueur d’avance et d’être au courant de diverses choses. C’est ainsi qu’elle apprit que son frère était aveugle ou que son père souhaitait la former au maniement des armes. La veille, alors que l’astre lunaire avait pris possession des cieux, elle avait pu saisir entre ses doigts la conversation entre son oncle et sa mère. « Svanhilde sera Princesse de Valdrek, plus rien ne sera pareil pour elle ». Elle avait détalé, ayant trouvé le trésor de sa soirée. Ses yeux brillèrent tandis qu’une inexplicable excitation berçait son estomac et accélérait les battements de son cœur. Evidemment, elle n’en saisissait pas le sens véritable, ni les responsabilités qui en découlaient. Elle n’avait pas non plus conscience du poids qui s’écrasait désormais sur elle et des exigences qui allaient rythmer sa vie.

Le mécanisme de la poignée s’enclencha, et la force exercée par la personne encore dissimulée fit grincée la porte en bois. Svanhilde resta en place, sans daigner regarder le nouvel arrivant. Elle n’avait pas besoin de tourner la tête pour obtenir l’identité du Valdra. Le pas lourd l’informait de la forte carrure de celui-ci. Il s’avançait doucement, avant de positionner devant la jeune fille âgée alors de onze hivers.
Son oncle. Hagbard Strand. Il ressemblait tant à son père, mais une once de douceur perlait dans son regard, contrairement à celui de Terkel. Dans un silence solennel, il s’agenouilla devant Svanhilde, afin de se rapprocher de sa hauteur, si l’on pouvait la qualifier ainsi. Il lui adressa un sourire. « Svanhilde ». Le ton était grave. L’enfant plongea son regard dans celui de son oncle, avide. « Les dieux ont choisi ton père pour mener notre peuple vers la gloire et la prospérité. Alström le soutient fermement ». Elle acquiesça avec vigueur. Elle éprouvait un profond respect pour son père et savait qu’il était un homme puissant béni par les dieux. « Svanhilde. Les dieux n’ont pas décidé de changer le seul destin de ton père. Ils ont choisi de changer ta propre destinée. Désormais, tu es une princesse. Tu es la princesse de Valdrek ». Elle le savait, bien sûr. Mais, cette annonce provoqua en elle un élan de surprise. Tout du moins, c’est ce qu’elle s’amusa à feindre. Sa mâchoire sembla se décrocher, tandis que ses doigts serrèrent fermement le cuir de son ouvrage. « Bien sûr, tu n’as pas encore conscience de tout ce que cela implique. Mais sache que ton nom serra graver dans l’histoire de notre peuple ». Elle resta silencieuse, ne sachant quoi répondre à de telles déclarations. Hagbard l’observait avec bienveillance et une pointe de nostalgie. « Maintenant que tu es Princesse de Valdrek, tu vas devoir rejoindre la capitale, Svanhilde. Avec ta mère, vous partez aujourd’hui.
Mère est aussi une princesse ?
Non. Cet honneur t’est réservé. Sohvi est Reine.
Tu viens aussi avec nous ?
Non. Je reste ici. Les dieux m’ont donné pour tâche de veiller sur Tveit pendant que ton père et toi êtes à Wargath. »
Son cœur se serra, tandis qu’elle réalisait ce que signifiaient de telles paroles. Son oncle serait à l’autre bout du reste de la famille. Il n’allait plus être là pour lui apporter les quelques heures de répit. Des larmes perlèrent dans ses prunelles océanes.
« Pas de larmes. Toi, tu ne seras pas une princesse comme les autres Svanhilde. Toi, tu ne pleureras pas.
D’accord.
Va, maintenant. Sohvi t’attend.
Elle renifla avant de se laisser glisser du lit pour que ses pieds rencontrent la stabilité du sol. Elle serra le livre entre ses doigts mais Hagbard lui ôta des mains avant de le regarder avec un sourire.
Il y a plein d’ouvrages dans ta nouvelle demeure.
Mais…
Tu l’amèneras à la capitale lorsque tu viendras me rendre visite. »
Elle acquiesça.

***

Délicatement, elle reposa le livre sur les couvertures, rendant l’objet à son propriétaire. Svanhilde tourna alors les talons, sentant que sa place n’était plus ici. Il était temps pour elle d’abandonner l’expression de son enfance. Cette période était révolue, réduire à l’état de poussière. En refermant la porte, elle inspira longuement, heureuse de retrouver un air plus respirable, satisfaite de pouvoir laisser la source de ses réminiscences derrière cette porte, sans plus jamais avoir à se confronter à elle.
La mémoire a une force incroyable et insoupçonnée. Elle se niche au plus profond des nimbes de l’esprit, s’y noie, donnant l’impression que jamais plus elle ne refera surface pour venir vous frapper. Or, elle revient, se propulsant vers l’instant présent avec la force d’un guerrier né, avec l’ambition d’un roi et la détermination du vivant face à la mort. Elle frappe, telle une épée embrassant un bouclier avec violence.
Elle frappe.
Vous extirpant de votre confort. Ne vous laissant aucune once de répit.

Svanhilde évoluait désormais dans ce couloir qu’elle connaissait par cœur. Elle passa devant la porte de la chambre du Jarl sans s’y arrêter. Les automatismes d’antan revenaient, naturels et implacables. Nonobstant, la réalité frappa sa conscience. Révolu le temps de l’enfance où cette pièce était synonyme d’interdit. Cette pièce lui revenait de droit. Elle était jarl. Sa chambre. Sa possession.
Comme un refrain, elle répéta la gestuelle et laissa ses doigts blêmes se saisir de la poignée avant d’enclencher l’ingénieux système. Elle brava l’interdit de son enfance et pénétra dans l’antre de son futur.

Comme dans chacune des pièces de cet espace composé essentiellement de bois, la lumière filtrait difficilement. Seules des petites ouvertures étaient encastrées dans les parois, afin de permettre à l’air de s’immiscer sans pour autant laisser le froid devenir maître des lieux. Ainsi, bougies et cheminée étaient les principales sources de lumières. Du fait du confinement, l’odeur de la mort enveloppait encore la pièce, rappelant à Svanhilde son deuil de la plus violente des façons. Les prunelles de la jeune Alsdern balayèrent la chambre avec une once de fascination. Mais la gêne rodait autour d’elle. Svanhilde avait la sensation de violer l’intimité de son oncle, car tout était comme il l’avait laissé. Ses armes étaient là, ses fourrures, ses possessions. Le lit portait encore sur lui les marques de son corps dépourvu de vie. Elle s’approcha des murs, touchant les bois des bêtes tuées, trophées d’une gloire passée. Elle laissa ses doigts caresser le bois noble des meubles et s’arrêta devant la table ronde. Son attention se porta sur un parchemin souillé par des mots formés par une écriture familière. La sienne, pour être exact. La mélancolie s’enroula autour de son cœur, comme pour le maintenir au chaud, tandis que ses doigts caressèrent délicatement le parchemin fané par l’écoulement violent du temps.

***

Oncle Hagbard,

J’ai l’impression que des siècles se sont écoulés depuis ma dernière lettre. Je ne sais point ce qui me pousse à t’écrire. L’isolement, certainement. Ou bien l’agréable sensation de toucher nos terres, de reprendre contact avec Tveit et avec mon passé.
Les choses sont si différentes, le temps de l’insouciance me paraît si loin, intouchable. Je me souviens encore du jour où tu m’as appris que j’étais désormais une princesse, de l’excitation qui avait bercé mon cœur et mon âme. J’étais jeune et sotte, dépourvue de lucidité. Aujourd’hui, je comprends.
Comme tu dois certainement t’en douter, père est d’une exigence telle que je me sens parfois usée. Depuis que nous sommes partis pour Wargarth, il pèse sur moi un poids que je ne saurais qualifier. Et j’ai la terrible impression que cette charge s’accentue de jour en jour, d’heure en heure.

Je me réfugie alors dans le maniement des lames et dans la lecture. Père a cessé de s’occuper de mon apprentissage il y a quelques temps, maintenant. Etant plus petite et légère que les autres, il a compris rapidement que mes forces ne résidaient pas dans l’utilisation d’une épée lourde ou d’une hache. L’usage d’épées courtes est devenu ma technique de prédilection. D’après mon maître d’arme, mes progrès sont significatifs et j’éprouve plaisir à élaborer des stratégies offensives et défensives. Manier ces épées me donne la sensation d’être forte. C’est pour cette raison que je persévère et que je poursuis mon apprentissage quotidiennement.
Mais ma frustration est grande face au refus de Père de m’envoyer faire des explorations avec les autres. Je souhaite plus que tout participer à des raids, ramener des richesses et rendre mes dures heures de labeurs effectives. Tuer ne me gêne pas, mourir non plus. Mais, Père considère qu’il n’est pas encore temps pour moi de foncer tête baissée dans le tas. L'année prochaine, dit-il, lorsque j'aurais atteint ma dix-septième année. Il appelle à la patience alors qu’il n’en fait preuve d’aucune à mon égard. Le moindre faux pas me vaut une leçon, une humiliation. Mère me répète allègrement que c’est parce que je détiens un grand destin et retourne dorloter Vriek avec un regard emplit d’une douceur irradiante. Tant que je brûle de colère. Je ne le supporte pas, ce môme. Il est si choyé, considéré comme un don du ciel. Alors que ce n’est qu’un fardeau incapable. Il est toujours dans les pattes de Mère, à tel point que je ne peux jamais avoir une conversation avec elle. Il rode, écoute et crie pour n’être que l’unique détenteur de l’attention de nos géniteurs. Pour être le seul possesseur de leur amour. Je le déteste, résolument.

Outre ces entraînements physiques intenses mais plaisants, Père a insisté pour que je suive divers enseignements. Ainsi, un vieillard sympathique à l’esprit vif malgré les années marquées sur son visage, me conte les histoires de notre peuple et celles de l’Ordanie entière. Je connais l’ensemble des familles royales de notre continent et lit divers ouvrages sur leur passé. Il est intéressant de connaître l’ennemi, de savoir qui il est, pourquoi, comment. J’aime posséder ce pouvoir supplémentaire que représente la connaissance de l’autre, de ses forces et de ses faiblesses. Outre l’histoire, ce vieil homme m’apprend le kaerd et le heisen. Peut-être d’autres langues s’ajouteront à cette liste. Ce vieillard s’attache également aux bonnes manières, considérant certainement que notre peuple en est dépourvu. La stratégie politique et militaire est encore un enseignement réservé à Père. Je l’apprécie, tant il est fascinant. Mais père a toujours ce comportement abrupt et autoritaire à mon égard. Et cette exigence qui revient, inlassablement.

La vie à Wargarth est cependant agréable, j’y ai des amis. Les tractations politiques sont omniprésentes, les visites également. Les Jarls viennent souvent présenter leurs progénitures comme un appât pour acquérir toujours plus de pouvoirs. On me présente des fils, mais je n’en ai cure. Ils ne m’intéressent pas. Le mariage ne m’intéresse pas. Je veux conserver ce que j’ai de plus précieux et de plus fragile : mon indépendance, ma liberté. Père m’en a déjà pris une grande partie, il est donc hors de question d’en céder une part à un autre homme. Mais un jour, je serai libre. De choisir, de vaincre. Mon ambition sommeille encore, mais plus pour longtemps.

Hagbard, j’espère sincèrement que les dieux t’accordent leur protection et te guident dans tes décisions. J’ai appris que le conseil réunissant les Jarls de Valdrek aura bientôt lieu. Ainsi, nous nous reverrons, et je te défierai en duel.

Svanhilde.


***

Elle contempla le parchemin usé encore un instant, lisant des bribes ci ou là, se remémorant les moments décrit par sa plume acerbe et sèche. Les tensions avec le reste de sa famille ne s’étaient pas apaisées avec le temps. Le poids qu’elle avait décrit quelques années plus tôt s’était encore alourdi. Et il culminait aujourd’hui, alors que la fonction de Jarl s’écrasait sur ses épaules.
Un sourire ironique s’empara de ses lèvres. Elle soupçonnait son père d’avoir tout manigancé. Aller à Tveit rendre visite à son oncle frappé par le mal. Il devait savoir, avait toujours su. Le voyage de sa fille vers Tveit était sans retour, contrairement à ce qu’il avait pu lui dire. Hagbard n’était pas censé guérir de cette maladie.
Quelques semaines auparavant, la jeune Alsdern avait demandé à son illustre père de rejoindre le Conseil, estimant que là était désormais sa place. Il avait refusé, vigoureusement, l’humiliant presque, réduisant son ego et sa fierté en miette. « Je n’ai pas besoin des conseils de celle à qui j’ai tout appris ». Ces paroles résonnaient dans son esprit, inlassablement. Et peu après la prononciation de cette terrible sentence, il lui avait signifié l’ordre de partir pour Tveit rendre visite à son oncle. Etait-ce un moyen pour lui d’éloigner sa fille ?

Elle reposa sa lettre sur la table tandis que la colère gagnait chaque parcelle de son corps. Elle se sentait tel un pion que l’on place et déplace au gré d’une volonté supérieure sur laquelle elle n’avait aucune influence. « Svanhilde Strand, vous voilà ». L’interpellée resta de marbre, laissant Alrun s’enfoncer dans son propre malaise. « Navrée de vous importuner, mais Sejer Asulfson exige audience.
Exige ?
Il remet en cause votre légitimité.
Prévisible.
Il veut un duel. Il veut que vous vous battiez par vous-même et refuse que vous choisissiez un représentant. Si vous refusez il v…
Soit.
Mademoiselle, cet homme est un guerrier et j…
Silence Alrun.


***


Le froid mordait ses joues, se délectant de ce met irrigué de chaleur. Le vent s’enroulait autour d’elle, heureux de pouvoir caresser un obstacle fait de chair et d’os. Son corps était recouvert de cuir épais, tandis que quelques zones vulnérables bénéficiaient de protections faites de métal léger. Son myocarde, lui, tambourinait contre sa poitrine, avec violence, nourrit par une adrénaline puissante et salvatrice. Ses cheveux aux couleurs des astres étaient noués par des tresses diverses, collées à son crane pour ne pas en faire une prise et donc, une faiblesse. A ses pieds, un bouclier à la forme ronde, conçu par un équilibre de deux matériaux ; le bois et le métal. Des peintures bleues recouvraient le bois, donnant un aspect artistique à cet outil de guerre. A sa gauche, ses deux lames étaient caressées avec douceur par la lueur du soleil, les rendant étincelantes, mettant en valeur la noblesse de leur composition.

Face à elle, un Alsdern, forgé dans la roche des montagnes valdras. La stature imposante, la peau épaisse et la musculature présente, il détenait la carrure typique de son peuple. Ses yeux, perçants et assoiffés de pouvoir dégoulinaient d’un mépris sans faille dont elle était destinataire. Sejer Asulfson était de prime abord un homme à la force physique développée et un adversaire de taille. Svanhilde en avait tout bonnement conscience. Il n’était pas guerrier né, mais savait se battre et avait déjà ôté la vie auparavant. Il approchait la quarantaine d’années mais avait encore une certaine vigueur et surtout, l’expérience. La jeune femme analysait la situation avec objectivité. Son adversaire avait de nombreuses forces, mais également des faiblesses. La première et la plus visible était sa façon de la sous-estimer. Pour lui, Svanhilde était aussi insignifiante qu’un insecte et aussi fragile qu’une biche. Sans défense. Nonobstant, elle bénéficiait de l’agilité et de la vitesse de cet animal, avantage considérable face à un être aussi imposant. De surcroît, elle avait subi un entrainement conséquent depuis sa plus tendre enfance. Sans oublier son éducation, éveil de l’esprit intarissable.
« Vous disposez d’un bouclier chacun. Lorsqu’ils seront brisés, ils ne pourront être remplacés. S’agissant des armes, celles-ci ont été choisies par vos soins. Svanhilde Strand a opté pour deux lames courtes ». Des rires chatouillèrent ses esgourdes. Ses sourcils se froncèrent instinctivement sans qu’elle ne daigne adresser le moindre regard à la plèbe méprisante. Elle savait pertinemment que ses airs sévères ne suffiraient pas à dompter ce qui était désormais son peuple. Arracher la vie du bougre devant elle était la seule issue, l’unique solution pour lui permettre de saisir le respect de ces gens. Et encore, même après sa victoire, le chemin vers la légitimité serait semé d’embuches. « Sejer Asulfson a porté son choix sur une épée  ». Ses yeux fixèrent l’arme énoncée. Bien plus imposante que les siennes. Comment ne pas acclamer ce valdra à la puissante réputation face à cette enfant ayant grandit dans les fastes fourrures de la capitale, bercée par son rang d’héritière ?  
« Cette fois-ci, ton ours de père n’est pas là pour te sauver la mise, Strand  ». Elle le toisa, le dédain cajolant ses mires océanes, assoiffées d’une vengeance inqualifiable. Elle résista à son envie de renchérir, souhaitant conserver son avantage : la concentration. « Je vais te rappeler où est ta place, femme : dans un lit  ». Un sourire se dessina sur ses lèvres, ironique, agacé. Ils se baissèrent tous deux pour se saisir de leurs armes. Svanhilde enserra la poignée du bouclier tandis que sa main gauche se saisissait d’une de ses lames. Ambidextre, elle était aussi à l’aise avec sa main gauche qu’avec sa main droite.

Après quelques secondes de silence pesant, la jeune valdra chargea, dans une volonté de surprendre, de mener la danse. Le comportement de son adversaire était bien évidemment prévisible. Il renforça sa position, laissant son pied d’appui s’enfoncer un peu plus dans la terre gelée. Il plia son genou droit, plaça le bouclier devant son buste, prêt à encaisser un coup qu’il estimait de faible intensité. Par reflexe, il pointa son épée, espérant porter dès les premières secondes le coup fatal qui ferait gicler le cruor sur cette chevelure dorée.
Arrivée à sa hauteur, Svanhilde positionna sa défense au niveau de son visage et sentit la lame s’abattre sur celle-ci, tandis que l’entrechoquement du métal laissa un tintement aigu filtrer l’atmosphère. La rapidité était de mise. L’anticipation également. Sans surprise, voyant que sa lame était hors d’usage, car bloquée par le bouclier de la princesse, il serra son emprise sur le sien, afin de porter un coup sur le flanc de la jeune femme. La Strand, quant à elle, continua d’exercer une pression avec son bouclier, soulevant légèrement le bras de son ennemi. Furtivement, elle se laissa glisser, profitant de l’ouverture qu’elle venait de se créer pour échapper à l’attaque de son adversaire. Relâchant son emprise, elle plaça le bouclier devant sa poitrine, alors que le coup de Sejer se fit violence. Les deux boucliers s’embrassèrent dans un brouhaha désagréable. Elle sentit le bois des deux armes défensives se fissurer sous l’ampleur de la collision. La jeune femme força sur ses appuis pour garder son équilibre, tandis que ses membres vibrèrent sans douceur. Elle serra la mâchoire, et plongea son regard dans celui de Sejer. Il lui adressa un sourire possédé par une arrogance infinie, persuadé de dominer la femme qui se trouvait devant lui. Svanhilde resta de marbre. Il était une force de la nature, elle ne pouvait le nier, mais elle comptait sur son intelligence et son agilité pour compenser avec le déficit de force physique.

Elle laissa son bouclier riper, afin de se dégager. Son corps relativement léger et agile s’extirpa de la zone de danger, et par un pas chassé rapide, elle s’éloigna quelque peu de son adversaire. Ce dernier baissa sa garde, observant sa méprisée avec une lueur détestable dans le regard. « Je pensais envoyer une mèche de tes cheveux à notre roi, mais tes yeux arrogants lui feront certainement plus plaisir.
Tu parles trop Sejer.  »
Ses membres se crispèrent alors qu’il sentait son ego égratigné. Et ses yeux luisaient de colère. La jeune jarl, pour sa part, resta impassible, enserrant la concentration dans son esprit. Le sang-froid était une défense quasiment indestructible, impénétrable. La volonté, une arme sans faille. La respiration calme, contrôlée, Svanhilde se repositionna. Elle laissa l’adrénaline voguer dans son sang, se délectant de l’énergie qu’elle lui procurait. Elle se sentait vivante. Plus vivante que jamais. Et le désir d’arracher la vie à ce bougre, de faire couler son sang et d’entendre sa douleur faisait palpiter son myocarde. Elle se sentait bien.
Svanhilde Strand aimait se battre. Dépourvue du physique traditionnel de son peuple, elle en détenait cependant les principaux traits de caractère. La violence était pour elle un moyen d’expression. Et elle souhaitait ardemment parler.
Asulfson s’élança. Leurs boucliers s’embrassent de nouveau, à plusieurs reprises, tels des amants épris d’un désir ardent. Leurs lames, quant à elles, se caressèrent, se rencontrèrent et s’entrechoquèrent plusieurs fois, laissant des échos métalliques résonner dans l’atmosphère. Svanhilde jouait de son agilité pour faire valser son adversaire qui était bien plus lent qu’elle. La jarl se faufilait, échappait à ses coups, in extremis. Lui, pour sa part, encaissait toutes ses attaques avec aisance. Leurs faiblesses et forces étaient à l’opposé, mais l’équilibre était presque atteint.

Puis vint l’instant de l’ouverture. Sejer n’avait pas anticipé le coup et n’avait certainement pas eu le temps de le voir. Svanhilde le harcelait sur tous les fronts. La lame légère de cette dernière, affamée, goûta à la cuisse du Valdra. Elle s’y nicha, allègrement, entaillant la peau sur toute la largeur de la jambe. Svanhilde prit soin de noyer son épée dans les profondeurs de la chair. La réaction de son adversaire fut vive et violente. Avec un cri de douleur à moitié étouffé, il serra ses doigts sur son bouclier et le propulsa sur la princesse. Le bout de métal arrondit, qui trônait au centre de l’arme défensive se nicha dans l’abdomen de Svanhilde.
La respiration coupée, elle s’écrasa sur le dos sans douceur, accentuant plus encore ses difficultés à déglutir. Elle cracha de la salive, tandis que la toux chatouillait sa trachée de façon désagréable. Au loin, elle entendait sa lame rebondir sur le sol, dans un tintement métallique qui semblait signer son arrêt de mort. Ses prunelles fixèrent le ciel bleu, tandis qu’elle cherchait de l’oxygène comme l’on cherche le plus beau des trésors. Elle discernait des rires. Elle entendait son sang tambouriner dans ses tempes. Et cette douleur lancinante. Continue. Le moindre mouvement semblait être une torture.

Elle était à la merci de Sejer, qui s’esclaffait, vainqueur autoproclamé. Il ignorait simplement qu’il avait à ses pieds la femme la plus bornée de Valdrek. Le silence s’imposa alors, tandis qu’elle cherchait encore de l’air. Ses mains froides serraient son ventre meurtri. Par chance, l’armure de cuir et de métal avait limité les dégâts.
Svanhilde s’immobilisa soudainement lorsqu’elle sentit ce corps étranger se poser sur sa joue, glacial. Ses yeux fixèrent le métal abîmé tandis que la pointe de la lame gratta doucement sa peau. Elle serra la mâchoire, refusant de laisser le moindre hurlement s’extirper de ses lèvres. Svanhilde ne lui offrirait pas sa douleur sur un plateau d’argent. Elle la gardait pour elle, précieusement. Il creusa dans sa joue, et le cruor se déversa langoureusement sur sa peau, la réchauffant. « Je vais saccager ce visage. Te faire crier de douleur. Te détruire  ». Le ton était sadique. Il jubilait. Elle souffrait.
Leurs regards se croisèrent un instant. Il était possédé par une folie inqualifiable et rongé par une soif de pouvoir gargantuesque. Il lui adressa ce sourire fou, avant de relever son visage vers la foule. Il cherchait un plébiscite. Il voulait qu’on l’acclame. « JE SERAI LE JARL DE TVEIT ! Cette gamine ne mérite pas l’honneur de nous diriger ! Elle est faible ! ». Son discours grignotait sa concentration. Il n’était plus focalisé sur son adversaire, mais uniquement sur sa faim, son désir de supériorité. La lame s’éloigna imperceptiblement de sa peau. Et la Strand vit dans ce moment son unique chance de survie. L’adrénaline qui parcourait chaque parcelle de son corps fut la clef de son salut. Elle roula sur le côté, faisant abstraction de la douleur, échappant ainsi aux mains assoiffées de sang. De son sang.

Les dieux l’accompagnaient dans cette danse tragique, preuve en était la présence d’une de ses lames, à quelques pouces de son corps endolori mais vivant. L’instinct de survie et les dieux lui donnaient la force nécessaire pour lutter. Les ecchymoses et les courbatures ne pouvaient arrêter sa course folle vers la vie. Sejer Asulfson ne s’était rendu compte de rien. Sa réaction se laissa désirée quelques secondes. Trop occupé à rire et à jouir d’un pouvoir qu’il ne possédait pas encore, il avait laissé sa proie filer, sous le regard médusé du peuple de Tveit. Eux, n’avaient rien dit, profitant d’un spectacle qui les faisait vibrer, avide de la mort d’un des deux combattants. Svanhilde ne comprit pas l’ensemble de ses gestes. Son corps allait bien plus vite que ses pensées. Ses doigts enserrèrent la poignée de sa courte lame et par un mouvement rapide, sec et scrupuleux, elle la fit glisser sur l’arrière du genou de son méprisé. Son maître à danser lui avait donné ses secrets. Elle savait où se situait les zones où le sang pouvait se déverser aussi rapidement que l’eau dans une rivière en crue. L’artère était évidemment sectionnée, et Sejer grogna.

L’épée de son adversaire se laissa attirer par le sol dans un tintement aigu. La douleur était la cause de cette chute. Ou était-ce la surprise ? Sejer ne tenait plus sa lame dans sa paume. Mais la rage le gagna rapidement et la jeune jarl sentit ses doigts froids mais puissants se refermer sur sa nuque. Il la força alors à se relever, provoquant un gémissement de douleur incontrôlé. Il voulait la réduire en miette. Elle souhaitant le transformer en poussière.
Les paumes de la jeune femme tenaient encore fermement sa lame et, dans un geste désespéré, elle donna à ses bras les  dernières forces, laissant son épée se mouvoir et filer à la rencontre du corps de son adversaire. Dans un premier temps, le bout de la lame fit face à un obstacle en métal, bloquant sa course vers cette peau qui ne demandait qu’à être épargnée. Mais elle glissa, laissant un crissement résonner à ses oreilles. Elle ripa, et cette fois ci, la lame assoiffée put enfin gouter à la chair chaude. Quelques pouces pénétrèrent dans le corps de son ennemi et Svanhilde sentit celui-ci se crisper et l’emprise de ses doigts sur sa nuque se renforcer. Son épée fut une nouvelle fois bloquée par un obstacle : un os. La hanche, vraisemblablement.
Dans un dernier élan, Svanhilde rassembla toute son énergie pour permettre à son arme de déguster pleinement la chair de ce Valdra. L’os émit un craquement et le fer s’infiltra dans les profondeurs de ce corps, perçant ainsi divers organes, laissant le cruor sombre se répandre sur le cuir de ses vêtements, sur les mains glacées de son assassin.

Sejer ne laissa aucun hurlement s’extirper de ses lèvres. Fier et hautain, il les garda au fond de sa gorge, tandis que la vie s’éloignait. La pression qu’il exerçait jusqu’alors sur sa nuque s’estompa à mesure que le poids de son corps l’écrasait. Elle l’entendait encore respirer. Des râles qui n’étaient désormais plus que des murmures. Et dans un dernier excès de violence, la Strand arracha son épée à ce corps décimé. Un hoquet. Un spasme. Et le néant prit possession de ces yeux.
La jeune femme laissa le corps s’écrouler sur le sol, comme les feuilles tombent des arbres à l’approche de l’hiver. Elle observa ce qui fut quelques secondes auparavant un homme et qui n’était plus qu’un cadavre. Il n’était plus rien.
Son sang luisait encore sur son épée, se laissant envelopper par le froid de ces contrées nordiques. Svanhilde leva son visage teinté de rouge et observa son peuple.
Jarl.
Ce mot frappa son esprit comme une dague vient goûter un cœur. Elle en prenait la mesure.
Jarl.

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◈ Magie : Aucune
◈ Fiche personnage : Calim

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Calim Al'Azran

◈ Dim 17 Jan 2016 - 16:50

Encore une grande (et longue) fiche de notre miss nationale ! Ça se lit comme on boit du petit lait ! Manque plus qu'à prévenir Terkel que sa fifille est validée Very Happy