Azzura


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Elyren Serulyn - agent de l'Aigle d'Argent

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◈ Missives : 33

◈ Âge du Personnage : 189 ans
◈ Alignement : Chaotique bon
◈ Race : Eleär
◈ Ethnie : Eleär du Crépuscule
◈ Origine : Île des Mirages (Seregon)
◈ Magie : Magie métabolique - Augmentation sensorielle (améliorations au niveau de la vue)
◈ Fiche personnage : Elyren Serulyn

Héros
Elyren Serulyn

◈ Mer 9 Déc 2015 - 1:54


◈ Prénom :  Elyren
◈ Nom : Serulyn
◈ Sexe : Homme
◈ Âge : 189 ans
◈ Date de naissance : 16 Ansbar de l’An -99 avant l’Ere des Rois
◈ Race : Eleär
◈ Ethnie : Eleär du Crépuscule
◈ Origine : Seregon / Île des Mirages
◈ Alignement : Chaotique bon
◈ Métier : Membre de l'Aigle d'Argent.

 

 

 
Magie

 

 Magie métabolique - augmentation sensorielle.

Depuis quelques temps, il arrive à Elyren d'avoir par moments une acuité visuelle bien plus puissante qu'à l'accoutumée. Cela se traduit par une augmentation sensible du niveau de détails qu'il peut percevoir et de la distance jusqu'à laquelle il peut percevoir, mais aussi par une captation accrue de la lumière. Que ce changement se manifeste en pleine nuit, et il y verra aussi net qu'en lumière diurne, avec des couleurs toutefois bien moins marquées. En revanche, qu'il advienne en plein jour, et il sera obligé de s'abriter de toute source de lumière l'espace de quelques instants, sous peine de subir une vive douleur de par la brillance soudainement explosive de son environnement. Ces phénomènes étranges n’arrivent pas plus d’une dizaine de secondes par jour, quelques jours par semaine. Le plus souvent ils se manifestent malgré lui, bien qu’il lui est arrivé plusieurs fois de provoquer consciemment ces changements.

 



 
Compétences, forces & faiblesses

 

◈ Langues :
Demeri (Maître)
Kaerd (Expert)
Nymeriin (Intermédiaire)
Eldimer (Intermédiaire)

◈ Connaissances :
Plans (Expert)
Noblesse et royauté (Expert) [Île des Mirages] / (Intermédiaire) [Seregon]
Folklore local (Expert) [Île des Mirages]
Géographie (Expert) [Seregon]
Nature (Expert) [Seregon]
Histoire (Intermédiaire) [Seregon]

◈ Art des combattants :
Dagues (Maître)
Arc (Maître)
Épées à une main (Expert)
Boucliers (Intermédiaire)
Lances (Intermédiaire)

Pugilat (Expert)
Esquive (Expert)
Stratégies de combat (Expert)
Stratégies de guerre (Novice)

◈ Art des navigateurs :
Natation (Intermédiaire)

◈ Art des chasseurs :
Pistage (Maître) [Île des Mirages] / (Avancé) [Seregon]
Survie (Maître) [Île des Mirages] / (Avancé) [Seregon]

◈ Art des chevaliers :
Combat (Expert)
Équitation (Intermédiaire)

◈ Art des politiciens :
Diplomatie (Novice)

◈ Arts des voleurs :
Déplacement silencieux (Maître)
Agilité (Expert)
Détection (Expert)

◈ Arts d’espionnage :
Renseignements (Intermédiaire)
Discrétion (Intermédiaire)

◈ Arts des sages :
Lecture et écriture du Kaerd (Expert)
Lecture et écriture du Demeri (Expert)
Lecture et écriture du Nymeriin (Intermédiaire)
Lecture et écriture de l’Eldimer (Intermédiaire)

Connaissance de la flore et de la faune (Intermédiaire)
Confection de médicaments et potions (Novice)

◈ Arts de représentation :
Danse (Expert)



◈ Points forts :
Plus fort physiquement que ses semblables
Excellente capacité d’adaptation
Éloquent
Courageux
Précis

◈ Points faibles :
Supporte mal l’autorité
Froid
Impulsif
Désabusé
Enclin à la débauche





Physique


Elyren mesure environ cinq pieds sept pouces et sa corpulence oscille autour des cent-soixante livres. Il possède un corps plutôt athlétique pour un Eleär du Crépuscule, même si ses muscles semblent relativement peu dessinés. Cette forme physique va de pair avec une grande souplesse, acquise lors de ses très nombreuses missions de reconnaissance, et qu’il entretient régulièrement. Il se tient naturellement droit, avec confiance et assurance, de manière presque agressive. Sa peau est d’un gris pierre assez marqué, portant la trace de plusieurs cicatrices plus ou moins profondes, notamment sur le torse et dans le dos, et sa chevelure, blanche, longue et lisse, possède des reflets gris bleu, tirant sur l’acier ; cependant pour qu’elle ne le gêne pas lors de ses différentes actions il la maintient le plus souvent en arrière à l’aide d’une queue de cheval.

Il possède un visage relativement lisse et gracile, bien que des années de casernement aient durci ses traits et que ses émotions n’y transparaissent que rarement ; mais il en émane une certaine dureté et une froideur non feinte. Son menton, plutôt rond, est imberbe. Ses yeux d’ambre au teint impérial affichent une détermination certaine, assez déstabilisante, sans compter la balafre qui lui coupe l’un de ses sourcils. Néanmoins, il demeure un Eleär, et de fait l’ensemble s’allie dans une harmonie troublante. Dès lors, son regard lui suffit souvent pour prendre l’ascendant dans une conversation.

Il s’habille le plus souvent d’une armure de tissu sombre supplantée d’un plastron et de protections de cuir noir, et revêt généralement une cape ainsi qu’un capuchon qui masque ses cheveux ; des habitudes qu’il doit à son service chez les éclaireurs.




 
Caractère

 

Elyren est froid, insensible et solitaire. Oh, il ne l’a pas toujours été. Il fut un temps où il était généreux et bienveillant, et par-dessus tout sûr de lui sur nombre de choses ; son entêtement lui avait d’ailleurs vallu maints problèmes au sein de l’armée, lorsqu’il exprimait ouvertement ses désaccords avec ses supérieurs. Il avait pourtant continué opiniâtrement à défendre ses idées jusqu’à la dernière de ses années de service, persuadé que sa vision des choses était la meilleure pour le bien de son peuple ; mais jamais il n’a pu accéder au pouvoir nécessaire pour la faire appliquer, et il en avait ressenti une profonde frustration.

Toutefois, après des décennies à consacrer sa vie aux Eleär, à se donner pour objectif de les défendre et à aspirer à ce qu’ils retrouvent leur gloire d’antan, prendre conscience de l’enracinement du mal au sein même de sa race, et ce jusque dans son propre sang, l’a brisé mentalement et a anéanti tous ses projets. Elyren réalisa que jamais il ne pourrait soigner la propension des siens à succomber au vice et aux tentations du pouvoir ; par une construction mentale, il associa son ambition de toujours aux mêmes motivations malsaines qu’il avait pris à cœur de décrier, ce qui le plongea dans le doute et l’égarement.

En exil et déshérité, il avait tenté de se rapprocher des autres Eleär du continent de Seregon, de mettre à profit son expérience pour sauver cet idéal qu’il n’admettait pas avoir perdu. Mais le cours des choses l’avait fait changer. Il ne pouvait s’empêcher de voir partout l’expression de maux incurables semblables à ceux qu’il avait fuis. Ses critères moraux devinrent plus troubles à mesure que le temps passait, au fil des différentes missions qu’on lui proposait. Pendant longtemps, l’ancien héritier de la maison des Serulyn ne fréquenta plus les palais et les casernes, mais les tripots et les bordels.

Si le fait d'avoir rejoint l'Aigle d'Argent a quelque peu modéré sa chute, Elyren sait qu'il peut à tout moment sombrer à nouveau dans les facilités de la débauche. Il ne trouve plus la force de remonter cette pente où il s’est laissé glisser ; et bien qu’il lui reste un minimum de discernement, il n’est plus l’elfe valeureux et fier d’antan, sauf peut-être le temps d'une danse.



 
Inventaire

 

◈ Une armure intégrale de tissu sombre, surmontée d'un plastron et de protections de cuir noir au niveau des coudes et des genoux, qu'il a acquis auprès de mercenaires elfes après une mission.
◈ Une cape ornée d'un capuchon.
◈ Des bottes souples en cuir.
◈ Un arc court qu'il maintient dans son dos grâce à son carquois en bandoulière, où il ne range jamais plus de vingt flèches.
◈ Une épée de bonne facture, rangée dans un fourreau au niveau de sa hanche gauche.
◈ Trois dagues : deux à sa ceinture, et une troisième dans sa botte gauche.
◈ A sa ceinture également : une bourse qui gagnerait à être plus remplie, de la corde pour réparer son arc, trois petites fioles vides en verre grossier.
◈ Sa chevalière en argent qu'il porte à l'annulaire gauche, représentant une chouette. Les yeux de l'oiseau sont incrustés de deux diamants jaunes, tandis que le contour de l'anneau est serti d'une alternance de petites émeraudes et améthystes.


Histoire

 

 Toute miteuse qu’était cette taverne, elle demeurait un abri acceptable par cette nuit froide et pluvieuse. Quelques piécettes posées sur le bar, et voilà qu’Elyren se retrouvait isolé dans un coin sans lumière à siroter une bière, humant l’air chargé de rires gras et d’une odeur de friture. Il y avait bien, parmi la foule, deux Vreëns, au fond, qui le regardaient mal, mais il demeurait impassible, presque indolent, bercé par le crépitement des flammes et le tambourinement des gouttes contre les murs et les fenêtres.

Il allait les tuer. C’était aussi simple que cela. La volonté d’un obscur commanditaire et quelques reflets métalliques suffisaient à décider du destin d’une vie. En l’occurrence, ces hommes avaient lynché et assassiné des innocents, et pensaient avoir réussi à échapper à la justice. Jusqu’à maintenant, du moins. A une époque, Elyren aurait pu douter moralement de ce qu’il s’apprêtait à faire. Il fronça légèrement les sourcils, perturbé par les réminiscences d’un temps passé.

C’était en 70 de l’Ere des Rois. Le mois, il ne s’en souvenait plus vraiment. Il y avait, dans le bureau de Père, une odeur de cendre froide. Le foyer massif, orné de vaisselle dorée, de bibelots de bois et de fleurs de verre, ressemblait, sous l'éclairage mourant des quelques bougies disposées dans la pièce, à la bouche d'un titan de marbre à l'agonie, figée dans un rictus de douleur. Les bibliothèques imposantes qui encadraient la pièce gagnaient presque le plafond, et les innombrables ouvrages sous lesquels les étagères ployaient voyaient leurs couvertures de cuir terne se confondre les unes dans les autres au fil de la fumée qui s'évasait dans l'espace. Les tapis qui occupaient le sol avaient perdu de leur superbe, et les meubles de bois précieux semblaient laissés pour compte, offrant à l’œil quelques formes dont on ne distinguait pas très bien les détails dans l'obscurité ambiante. Elyren n'avait jamais aimé cette salle : la vie semblait s'être arrêtée sur le pas de la porte. Tout n'était que décrépitude... Mais ce n'était pas la ruine usuelle que l'on pouvait prêter aux lieux de relatif délabrement, car alors la poussière aurait fait son office en couvrant les objets de son linceul apaisant, des fissures auraient lézardé les murs, et, l'humidité aidant, des lichens auraient pu en verdir les parois. Il y avait une certaine beauté dans l’abandon ; cela faisait partie des choses de la nature. Mais non, le bureau de Père était trop propre, trop rangé, comme maintenu dans une sorte de non-vie, et l'on s'y trouvait terriblement mal à l'aise. Elyren ne s'y était jamais senti le bienvenu ; mais c'était peut-être autant la faute des lieux que de leur maître.

Lorsqu'il était entré dans la salle, il avait trouvé Père parfaitement calme, signant d'un air presque désinvolte des papiers à l'aide de gestes de plume vifs et précis, assis dans son fauteuil noir et or. Elyren aurait pu croire que les derniers évènements le perturberaient : le gouvernement n'était-il pas sur le déclin, et le Roi, destitué ? Père siégeait au Haut Conseil : l'ignorance qu'il mimait n'était pas l'authentique aphasie des petites gens qui trouvaient dans leur quotidien assez d'affres pour se soucier de ce qu'il se passait très au-dessus d'eux. Lui était au fait des machinations en cours, mais ne semblait pourtant pas souffrir de la moindre inquiétude, ni pour lui, ni pour les Serulyn, ni même pour le peuple dont il était censé calmer les maux. Il exécutait ses gestes calligraphiques avec un flegme désolant, et l'irruption d'Elyren n'avait pas fait dévier son tracé d'un cheveu.

Pourtant, l’aîné des Serulyn n'avait pas annoncé sa venue. Il avait été récemment stationné au nord-est de l’Île afin de surveiller les côtes, et les rumeurs de coup d’état avaient attisé en lui un certain serrement au cœur : lui qui passait ses journées à scruter les flots déserts et anxieux aurait aimé pouvoir enfin agir sur le cours des choses, mettre à profit les longues décennies qu’il avait passé à étudier tant les arts de la guerre que ceux de la politique. Déjà se sentait-il profondément impuissant vis-à-vis des échos de massacres perpétrés par des seigneurs dissidents de Rhaemond sur ses semblables de l’Aube, tandis qu’on lui refusait de traverser l’océan pour leur porter secours. Quelles frontières garderait-il, en restant ici, si le pays au centre n’était plus que ruine ? Sa permission lui avait été accordée au dernier moment, bien qu’il n’aurait eu que peu de scrupule à partir sans ; et si son frère Vaelys avait manifesté un prompt enthousiasme en le voyant remonter le vestibule d'un pas pressé et ferme, il aurait espéré ne serait-ce qu'un soupçon de réaction de la part de son paternel lorsqu'il avait ouvert les portes de la pièce sans crier gare. Mais rien. Et même si Père avait très certainement dû être informé de la présence d'Elyren dans les environs par missive de dernière minute grâce à son réseau tentaculaire, le bruit soudain de deux volets de bois massifs qui s'ouvrent en grinçant aurait dû lui arracher un haussement de sourcil... Mais rien. Père chargea sa plume en encre et s'attaqua à un énième parchemin, sans daigner adresser un regard à son fils. Était-ce de l'animosité ? Du dédain ? Elyren ne désirait pas le savoir. Il restait là, sur le palier, quelque peu abasourdi du néant qu'avait provoqué son arrivée.

« Bonjour, Père » finit-il par dire d'une voix un peu troublée

Celui-ci finit d'écrire sa phrase avant de répondre, sans reposer la plume, signe qu'il ne comptait pas interrompre sa besogne.

« Elyren. Heureuse surprise que voilà, annonça-t-il d'une voix affable.

- Heureuse... Oui, heureuse, n'est-ce pas. Mais trêve d’amabilités, car heureuse n'est pas l'heure, et vous le savez, continua-t-il en marquant une pause pour faire réagir son Conseiller de père.

- Eh bien, pourquoi donc ? » répondit celui-ci innocemment.

Elyren tressaillit légèrement, désarmé par le sarcasme infini dont savait faire preuve Père. Il chercha des yeux une chaise, mais se rappela bien vite qu'il n'y avait, dans ce bureau, de place pour s'asseoir que pour une seule personne.

« Il... Il y a des collusions au sommet, où sont impliquées bon nombre de maisons ; le trône est à la merci des seigneurs les plus retors, reprit-il d’une voix alarmiste.
- Et tu interromps ta surveillance pour donner de l'emphase à ce drame d'arrière-plan ? » s'amusa le Conseiller en levant pour la première fois les yeux vers son aîné.

Elyren referma les portes, puis parcourut rapidement l'espace jusqu'au bureau qu'il agrippa de ses deux mains, de sorte à dominer son père en taille. Leur proximité toute relative ne semblait pourtant pas intimider ce dernier, qui avait à nouveau les yeux rivés sur ses documents, même si le torse de son fils était clairement dans son champ de vision.

« Drame d'arrière-plan, dites-vous ? s'emporta Elyren dans un élan de colère. Mais que croyez-vous donc qu'il arrivera si vous ne faites rien ? A moins que vous ne soyez de ceux qui sont responsables de cette mascarade ? »

Père s'arrêta d'écrire pour la première fois. Il sortit un chiffon de tissu d'un tiroir, posa tranquillement la pointe encrée de sa plume dessus de sorte à ne pas salir le meuble, puis croisa les mains dans un soupir presque compatissant.

« Tu t’es déjà fait un avis sur l’ensemble du sujet avant même d’en connaître ne serait-ce que la nature réelle, annonça Père avec une bienveillance toute teintée de pitié.
- Traitez-moi d’imbécile et d’ignare, au lieu de tergiverser ainsi, fulmina Elyren en balayant d’un geste vif une partie des parchemins présents sur la table. Mais ne pensez-pas que je me présente aujourd’hui devant vous pour admirer passivement votre mirifique génie tandis que vous m’exposeriez, dans l’un de vos sempiternels sermons, les tenants et aboutissants de cette histoire grotesque en emphatisant le tout d’arguments spécieux et de sophismes de votre cru ! »

Père regarda un instant les documents tombés au sol avec une certaine tristesse, avant de relever les yeux vers son fils, gardant la même expression.

« Ah, Elyren… Tu aurais pu galvaniser des régiments entiers. Tu avais l’expérience et la verve, mais la sagesse t’a toujours fait défaut. »

Il était vrai qu’Elyren avait exploré un certain nombre de corps d’armées en près d’un siècle et demi, sans toutefois accéder aux plus hautes fonctions militaires. Peut-être quatre-vingt ans dans l’infanterie et la cavalerie, où il avait manié l’épée, l’arc et la lance, et quatre-vingt autres à servir les éclaireurs, où il s’était rôdé aux armes de courte allonge et aux techniques de pistage, de discrétion, de survie, de renseignement, ainsi qu’aux soins les plus rudimentaires. Il avait pourtant, dès son plus jeune âge, montré un intérêt manifeste à étudier les grandes batailles et la manière dont tel et tel grand général avaient disposé leurs troupes, leurs machines de siège, et fait un usage exemplaire de l’espionnage et de la désinformation. Mais parce qu’il était, disait-on, plus fort physiquement que ses confrères, on l’orienta naturellement vers les postes de combat. Dès lors, il avait toujours été en désaccord plus ou moins relatif avec ses supérieurs, et s’il avait pu se maintenir dans les rangs, c’était  tant grâce à ses bonnes performances qu’au bras long de son paternel, qui devait éviter le déshonneur pour son héritier et le salut de sa maison. Ce n’était pas par orgueil qu’Elyren jugeait sa vision des choses meilleure ; mais il avait accumulé au cours de ses années de vie un sentiment d’amour si puissant à l’égard de sa race, que l’idée de pouvoir assister à l’exil, ou pire, à l’extinction des siens, tout en restant simple spectateur, lui était simplement inacceptable. C’était pour cela qu’il avait choisi de rester ; pour cela, aussi, qu’il choisit finalement de faire du travail de repérage plutôt que du combat de front, car certaines morts ne pourraient être évitées que par une connaissance totale du terrain, et qu’il ne pourrait se satisfaire de voir les autres tomber à ses côtés à cause de renseignements tronqués ; d’autant plus qu’il s’était avéré particulièrement doué dans le domaine. Dès lors, Père pouvait voir à travers tout cela un manque de sagesse : Elyren n’en avait cure.

« Il faut que tu comprennes, Elyren, que les choses du monde ont une certaine inertie ; et que les grandes causes nécessitent l'appui de grandes forces, expliqua calmement le Conseiller en regardant son fils d'un air obséquieux.
- Mais n'êtes-vous pas de ceux qui ont cette force-là ? protesta l'aîné.
- J'aime à dire que oui. Mais... Lorsque deux grandes causes s'opposent, il faut que l'une d'entre elles l'emporte, sans quoi toutes les deux s'annulent, et avec elles les forces qui les engendraient. Les jeux de pouvoir consistent à prédire le fin mot de l'histoire pour ne pas être laissé pour compte ; ainsi j'ai pesé le pour, le contre, et placé mes efforts en conséquence. N'as-tu donc rien retenu de mes préceptes ? »

Ses préceptes… Certes, Elyren les avait beaucoup écoutés quand il était jeune. Lorsque les sages ne lui exposaient pas leur savoir universel et qu’il n’était pas assigné à garnison, son père lui racontait tout des différentes ficelles qui sous-tendaient la géopolitique du vaste monde, et plus particulièrement de l’Île. Mais Elyren aurait aimé croire que derrière ses discours sur la gestion du bien-être du peuple et la conservation de l’intégrité du royaume, ne se cachaient pas les mêmes chimères qui avaient causé les guerres fratricides d’antan et poussé le peuple elfe sur la voie de la déréliction.

Il s’était fourvoyé.

« Je n'avais pas retenu que les Serulyn avaient bâti leur honneur sur de l'opportunisme primaire » lança rageusement Elyren en faisant volte-face et en quittant le bureau sans se retourner.

Il s’était retrouvé dans l’écurie quelques minutes plus tard. Il avait pris la précaution, en arrivant plus tôt dans la journée à la demeure familiale, de demander aux palefreniers de ne pas desceller sa monture, si bien qu’il se retrouva prêt à partir en un rien de temps. Mais alors qu’il se décidait à prendre la route, son frère surgit en trombe de l’extérieur et lui barra le chemin.

« Attends ! s’exclama Vaelys, entre surprise et doute. Tu repars déjà ?
- A chacun son devoir, se contenta de répondre Elyren en envisageant sérieusement de bousculer son frère pour partir.
- Que s’est-il passé entre Père et toi ? »

Pendant un moment, Elyren songea à tout lui dire. Comment la grandeur de sa famille n’était qu’un mirage ; que Père ne valait pas mieux que les autres conspirateurs de tous bords, et que malgré des siècles de souffrance, les Eleär du Crépuscule n’avaient pas délaissé leurs vieux démons. En réalité, il se sentait trahi au plus profond de son être, et cela le mettait dans un tel état de tristesse et de rage que les mots lui manquaient. Tout s’effondrait dans son esprit. Pour sûr, il avait été initié aux aléas de la vie politique, et il s’était fait une raison d’accepter que pour s’élever dans de si hautes sphères, il était nécessaire de réaliser toutes sortes d’opérations  malhonnêtes, car le pouvoir avait ceci de dangereux qu’il finissait par se suffire à lui-même. Mais s’il avait toujours fermé les yeux sur les possibles basses manœuvres de Père, ce n’était pas par crédulité. C’était par fierté. Quelque part, il avait toujours pensé que les Serulyn étaient au-dessus du lot, que leur place parmi les Hautes Maisons avait une signification toute particulière. Devait-il faire part de cela à Vaelys ? Lui faire subir les mêmes désillusions ? Serait-ce plus égoïste de laisser son frère dans le mensonge, ou de lui exposer la réalité dans ses travers les plus odieux ?

Il était peut-être trop tôt pour le décider.

« Un simple différend. Un jour peut-être, je t’expliquerai. Mais ne t’inquiète pas, petit frère » le rassura-t-il en se penchant vers lui et en lui embrassant doucement le front.

Mais Vaelys n’était pas dupe, et son regard compatissant se teinta d’une certaine suspicion qu’il garda néanmoins pour lui.

« Prends soin de toi » se contenta de dire le cadet, ce sur quoi Elyren partit au galop.

Et il était instinctivement retourné à son poste. Au fond, sa garnison était tout ce qu’il lui restait, et pour ainsi dire, presque tout ce qu’il avait connu. C’était une mauvaise idée au vu de la tournure des choses, mais il ne s’en préoccupait plus vraiment. Lorsque quelques semaines à peine après être revenu, on le convoqua pour faute grave et on le mit au ban – alors qu’il n’avait, pour une fois, commis aucun écart – il reconnut là, derrière ses ficelles, Père et sa manière de prendre acte des volontés de son fils. Elyren n’avait aucune preuve, mais cela ne pouvait être autrement. N’était-il pas logique que la main qui le sauvât tant de fois, finisse par le couler ?

Après avoir été renvoyé de l’armée et déshérité, Elyren, poussé à l’exil, avait quitté l’Île pour aider les Eleär de Desde et d’Aiseth, bien qu’il n’y plaçait plus la même conviction qu’auparavant. Comme il n’était pas officiellement mandaté par le commandement des elfes noirs, il ne put servir dans l’armée régulière et fit le tour des compagnies de mercenaires, mais son expérience et son savoir-faire firent qu’on utilisa bien vite ses services personnels à des fins privées.

Le genre de services qui pouvaient l’amener dans un tripot obscur, tard le soir, à jouer sous la table avec l'une de ses dagues en regardant des Vreëns mal avisés.

Une troupe de troubadours itinérants avait investi les lieux et entamé quelques airs stridulants, tandis que les serveuses allaient et venaient, sourires forcés, tenant du bout des doigts leurs plateaux croulant sous les chopines, fuyant les paires d’yeux libidineux qui les harcelaient de toutes parts. L’une d’entre elles passa près de lui, une humaine d’une vingtaine d’années aux cheveux châtains en bataille, et dont la figure, ronde et harmonieuse, était ternie par il ne savait quelles pensées obscures. Il s’apprêta à lui faire signe pour recharger sa pinte lorsqu’un homme, débraillé et grisonnant, vint s’installer en face de lui.

« Une p’tite pièce pour vot’ prochain ? » postillonna-t-il à travers sa barbe sale en avançant humblement des mains visiblement fatiguées.

Elyren fit la moue mais rangea malgré tout sa dague à sa ceinture afin de palper sa bourse de cuir, se rendant alors compte qu’il n’avait même plus de quoi se resservir un verre. Plutôt gêné, l’elfe se contenta de faire non de la tête, mais le mendiant, dont le regard avait croisé la chevalière qu’Elyren portait toujours, sembla peu convaincu. Même si l’elfe avait vu mille raisons de se débarrasser de ce bijou, de le jeter ou de le vendre car il représentait des valeurs rejetées depuis longtemps, un passé révolu et un héritage brisé, le remords l’en avait toujours empêché, comme une puissance obscure qui lui avait forcé la main. L’Eleär se leva, mais le miséreux agrippa son bras avec hardiesse, ce qui suscita chez Elyren un vif mouvement de recul qui les déséquilibra tous les deux. Les clients aux alentours se mirent à les regarder d’un œil torve. Se redressant, il réalisa alors que les deux Vreëns avaient quitté leur place. Balayant l’espace du regard, il ne parvint pas à les repérer à l’intérieur de la salle. Il se dégagea de sa tanière et se fraya à coups de coude un chemin vers la porte, suscitant peu de résistance malgré quelques invectives.

La pluie tombait toujours à verse et le chemin menant à la bâtisse n’était que boue et flaques opaques. Néanmoins, il réussit à repérer assez rapidement deux paires de pas récentes qui s’éloignaient du chemin principal et qui menaient à un bosquet attenant au village. Sa première réflexion fut qu’il était logique, pour des malfrats, de fuir en évitant les zones civilisées. Toutefois, en second lieu, Elyren se rendit compte qu’il n’avait sans doute plus l’avantage de la surprise, et que suivre cette piste le guiderait probablement droit dans une embuscade, face à deux ennemis au mieux. L’Eleär s’éloigna de la lumière sale émise par les fenêtres de la taverne afin de s’accommoder à la faible luminosité portée par le ciel chargé de nuages. Lorsqu’il se sentit assez à l’aise, il poursuivit les traces de ses cibles à pas feutrés, reprenant instinctivement tous les réflexes qu’il avait pu acquérir lors de son service chez les éclaireurs.

Ses foulées étaient lestes et silencieuses, lui permettant d’éviter l’enlisement propre aux sols tourbeux gorgés d’eau qu’il arpentait à présent. La chute des gouttes lui servait à cadencer son allure tandis que les nuisances de l’établissement qu’il quittait s’atténuaient avec la distance. Marchant littéralement dans les pas de ses prédécesseurs, il remonta la piste sur plusieurs centaines de mètres avant que les arbres ne se referment sur lui et que le sol ne se recouvre d’un tapis brunâtre de feuilles décomposées. Ici les empreintes des Vreëns, qu’il devinait en observant les queues de fanes brisées et les irrégularités de côte du terrain, semblaient diverger et décrire des entrelacs. Ils s’étaient posés dans les parages.

Et ils n’en étaient pas repartis.

Elyren entendit du mouvement derrière lui. Un bruissement à l’encontre du vent. Le frottement caractéristique d’une semelle contre un sol d’automne. Le début d’une respiration qui n’était pas la sienne. En un instant, il fit volte-face tout en dégainant les deux dagues à sa ceinture, prenant de court l’assaillant qui pensait le surprendre. Constatant qu’il était repéré, celui-ci préféra charger l’elfe, poignard en main. Elyren se glissa sur le côté tout en allongeant la jambe pour faire trébucher son agresseur, le gratifiant au passage d’une estafilade profonde sur le flanc gauche. Le Vreën tituba légèrement mais se redressa aussitôt, et, faisant fi de sa blessure, se plaça pour frapper à nouveau. Son regard oscillait entre Elyren et ce que l’elfe devina comme étant la position du deuxième humain qui ne s’était pas encore montré. Ainsi, le second scélérat était derrière lui, à supposer qu’il ne s’agissait pas là de quelconques renforts qui mettraient le Serulyn dans l’embarras. La soudaineté de l’action avait fait monter son rythme cardiaque, et son pouls gênait à présent son ouïe, ce qui ne l’aidait en rien pour évaluer la distance à laquelle se trouvait l’humain dans son dos ; pourtant, il se devait de garder un contact visuel permanent avec le Vreën qui lui faisait face.

D’un geste vif, il feinta son adversaire direct en le laissant supposer qu’il s’élançait à sa gauche, pour le contourner aussitôt sur sa droite tout en restant orienté vers lui, se retrouvant ainsi avec les deux humains de front. Le nouvel arrivant tenait à la main une épée courte grossière mais tranchante, qui risquerait fort de lui être fatale si ce dernier lui assénait un coup de taille. En un regard, les deux humains s’accordèrent pour attaquer de concert. L’homme au poignard arriva le premier à portée d’Elyren et eut l’audace de prendre l’initiative du combat. L’elfe réussit à contrer le coup qui arrivait en déviant de son avant-bras droit le poignet de son adversaire, tandis qu’il plantait une dague dans ses côtes à l’aide de sa main gauche. Après quoi, Elyren dut se jeter à terre pour éviter la lame de l’épéiste qui frappa l’air dans un bruit mât. Le Vreën qu’il avait blessé par deux fois déjà retira l’arme de son corps en grognant et se rua vers lui ainsi armé, ce qui obligea l’elfe à rouler sur lui-même avant de pouvoir se relever et se remettre d’attaque. L’épéiste arriva à son niveau, prêt à frapper à nouveau. Elyren se baissa, infligea un violent coup de lame dans l’une de ses rotules qui arracha à son attaquant un cri désarticulé et le fit lâcher son arme. Se relevant, l’Eleär tendit le bras et frappa une nouvelle fois, cette fois au cœur. Le Vreën se saisit la poitrine des mains en s’effondrant, son agonie ponctuée de borborygmes humides. A peine perturbé, l’homme au poignard abattit un premier coup avec son arme qu’Elyren esquiva de justesse, avant de faire un crochet de son bras pour le toucher avec la dague qu’il s’était extirpée du corps. La lame d’Elyren érafla le cuir de son armure, et l’elfe, mécontent d’être attaqué par sa propre arme, se jeta sur le Vreën qui, porté par la fin de son mouvement, ne put totalement en commencer un autre et dut lâcher la lame qu'il empoignait le moins fort. L’humain chuta au sol ; l’elfe se retrouva accroupi sur lui. De sa main gauche, il bloqua le bras armé de sa cible ; du droit, il plongea sa dague dans la gorge du criminel, dont les yeux vacillèrent un moment, écarquillés à la vue du sang qui jaillissait par flots pulsés, avant de s’immobiliser.

Elyren reprit son souffle et ses armes, regardant les deux cadavres d’où ruisselaient l’eau et l'ocre. Mais alors qu’il pensait en avoir fini, une troisième personne sortit de l’ombre, la tête encapuchonnée ; chose étrange, elle approchait en applaudissant lentement. Immédiatement, l’elfe se redressa et se replaça en posture offensive.

« Tout doux ! Il n’y avait que deux têtes dans l’énoncé de votre contrat, Elyren. »

L’Eleär fut quelque peu perturbé, tant par l’annonce de son nom que par la voix de l’inconnu qu’il jurait avoir déjà entendue. Ce dernier s’accroupit un instant pour mesurer le pouls de l’épéiste, puis se redressa. L’elfe noir rengaina ses dagues.

« Tenez, voici le reste de votre paie, dit-il en lançant à Elyren une bourse plutôt replète que l’elfe attrapa au vol dans un cliquetis léger. Prenez en soin, j’ai cru comprendre tout à l’heure que vous n’étiez pas très économe. »

L’inconnu souleva sa capuche en prononçant ces mots. Elyren reconnut alors le vagabond qui l’avait accaparé dans la taverne quelques instants plus tôt ; toutefois, sa mine était ragaillardie, ses cheveux, moins hirsutes, et sa barbe, rasée de près.

« Vous avez failli me faire rater ce pour quoi vous m’embauchiez, critiqua Elyren en sondant sa monnaie.
- Allons, ne me faites pas croire que vous alliez attaquer ces assassins à l’intérieur de ce bouge, au vu et au su d’une cinquantaine de clients encore à moitié lucides, s’amusa l’autre en se tenant les mains. Et puis, l’important n’est-il pas que vous ayez réussi ? »

Elyren rangea ses gains, recula de quelques pas du cadavre de l’homme au poignard.

« Admettons. Mais… Vous vous êtes donné un mal fou pour me donner cette mission sans que je ne puisse remonter jusqu’à vous ; pourtant vous voilà à présent tout disposé à me parler. Je suppose donc que cette visite n’est pas que de courtoisie.
- Vous êtes perspicace, Elyren, s’amusa l’homme. C’est, parait-il, quelque chose qui court chez les Serulyn. Dans le milieu que vous êtes venu à fréquenter, certains ne considéreraient pas cela comme une qualité. Heureusement pour vous, je ne suis pas de ceux-là…
- Vous m’en voyez ravi, persifla l’elfe. Mais d’ailleurs, à ce propos, à qui ai-je donc affaire ? Je n’ai pas le souvenir d’avoir donné mon nom à l’un de vos sous-fifres. Et si vous savez d’où je viens, vous savez aussi que mes connaissances n’avaient pas l’habitude de se grimer en mendiants… Moi je ne vous connais pas, et je n’aime pas ça.
- Dans le cas contraire, je ferais bien piètrement mon métier, nota l’homme avec malice.
- Votre métier, hein ? Prétendriez-vous donc être plus qu’un autre de ces seigneurs fantaisistes qui pense que ses combines changeront la face du monde ? » s’enquit Elyren non sans amertume.

L’homme s’approcha du deuxième cadavre, et, de fait, d’Elyren. Ce dernier porta naturellement ses mains à portée de dague ; mais l’autre ne s’en émut guère, se contentant d’apprécier la blessure béante que l’homme au poignard présentait à la gorge.

« En effet, reprit-il, je prétends être bien plus. Mais si vous tenez à ce que nous ayons une plus longue conversation, peut-être que nous devrions… changer d’endroit. Non pas que je sois indisposé par vos compagnons, dit-il en désignant négligemment les cadavres, mais il est des choses qui ne se disent pas sous la pluie, dans un bosquet sombre.
- Allons bon, auriez-vous peur d’attraper froid ? » s’ébaudit Elyren.

L’autre sembla légèrement agacé mais ne dit rien. Ils retournèrent vers la civilisation, dépassèrent le bistrot où l’elfe avait bu plus tôt dans la soirée. L’homme l’emmena jusqu’à un entrepôt dont il détenait les clés. Ils arrivèrent dans une salle où se trouvaient une table et quelques chaises, et l’employeur d’Elyren se chargea d’allumer une torche et d’amener deux verres pleins.

« Je me serais attendu à ce que quelqu’un d’aussi puissant que vous fasse assurer son service par d’autres gens, remarqua sardoniquement Elyren en lorgnant sa boisson.
- Le personnel d’agrément peut attendre. Ce que nous recherchons en priorité, ce sont des gens de talent. Je pense en avoir un en face de moi, annonça-t-il en le désignant de son gobelet. Suis-je en train de me fourvoyer ?
- Vous essayez de flatter mon égo ? Et puis d’abord, de qui parlez-vous ? lui demanda-t-il en portant son verre à ses lèvres.
- Je parle de gens dont le bras est bien plus long que celui de votre père, bien qu’il peine encore à franchir des océans. »

Elyren le foudroya du regard par-dessus son godet. Il finit sa gorgée, reposa le récipient sans ménagement dans un petit bruit sec. Des gouttes giclèrent sur le bois de la table.

« Si vous me connaissez si bien, vous devriez savoir qu’il s’agit là d’un sujet que je n’aime pas aborder.
- C’est précisément depuis ce temps-là que l’on vous a repéré. Ou plus exactement, depuis votre renvoi de l’armée. »

Elyren s’en souvenait encore avec une étrange vivacité. Pas plus de deux semaines ne s’étaient écoulées depuis qu’il avait quitté la demeure familiale. C’était plutôt tôt le matin. Pour lutter contre la fraîcheur du vent, chacun vaquait à ses entraînements avec hardiesse. Les éclaireurs manipulaient principalement des dagues ; et si tout au long de sa carrière, Elyren avait peu ou prou posé ses doigts sur tout ce qui s’apparentait à une arme et qui pouvait se trouver dans une armurerie de l’Île, il avait toujours eu une préférence pour les arcs. Ce jour-là, c’était justement l’archerie qu’il avait décidé de travailler, répétant des gestes qu’il avait déjà commis des dizaines de milliers de fois.

Son officier référent était arrivé, encadré de deux hommes en armure lourde. Il lui avait demandé, avec une politesse toute relative, de le suivre jusque dans la tente de commandement. Elyren s’était laissé guider, docilement. Il avait l’habitude des convocations. En temps normal, il rechignait à s’y rendre. On le sermonnait, on le sanctionnait de manière toute relative, et tout repartait comme avant.

Mais les temps dits normaux, qu’il avait connus jusque-là, étaient bel et bien révolus.

Dans la tente l’attendait Lendys Ymnaël. Une vieille connaissance à lui, pour ainsi dire. Outre le fait que les Ymnaël et les Serulyn avaient longtemps collaboré sur un plan politique, Elyren avait à quelques années près commencé son service en même temps que Lendys.

« Laissez-nous, officier Maën, annonça Lendys peu après qu’ils aient franchi le seuil.
- Capitaine » salua Maën avant de s’effacer, rabattant au passage la toile de la tente.

Elyren observa que les soldats qui l’avaient escorté se tenaient toujours devant l’entrée en voyant le contour de leur ombre massive que projetait la pâle lumière du jour sur le tissu épais. Peu impressionné, le Serulyn se tourna vers Lendys.

« Alors comme ça, on te donne du capitaine, maintenant. Depuis quand ? Félicitations, en tout cas.
- Je ne suis pas venu jusqu’ici pour en venir aux nouvelles » répondit Lendys avec froideur.

Elyren fit la moue, dévia le regard, se permit de s’asseoir sur une chaise. Le sol était recouvert de peaux de bêtes, et les tables, de cartes détaillées de l’Île. Des torchères montées sur pieds flambaient joyeusement, à distance respectable de tout combustible. La fumée s’échappait dans un trou du plafond prévu à cet effet.

« C’est dommage, parce que je suis sûr que nous avons plein de choses à nous dire, remarqua Elyren. La dernière fois que l’on s’est vu a été un peu… expéditive. »

La dernière fois qu’ils s’étaient vus, ils en étaient venus à se battre. A l’époque, ils étaient dans l’infanterie, et Lendys avait été nommé officier. Elyren acceptait difficilement de recevoir des ordres d’un de ceux aux côtés de qui il avait mangé, dormi et bataillé des années durant. En plus de quoi, il avait fallu que la même elfe leur fasse du charme. Alors ils avaient décidé de régler leurs différends en empoignant leurs épées. Un duel au premier sang… en théorie. Elyren avait gagné, mais ils avaient ferraillé encore un moment, jusqu’à ce que le bruit n’alerte des sentinelles et que leur dernier échange ne consiste en des regards assassins. Le lendemain, il était muté de caserne, et il n’avait plus jamais entendu parler de cette histoire.

« Elyren… lâcha Lendys, après quoi il commença à faire les cent pas. Je tiens tout d’abord à te dire qu’au cours de ma vie, tu dois être la personne qui m’a causé le plus d’emmerdements.
- Je suppose que c’est un compliment, alors, ça me va droit au cœur, commenta le concerné, un peu surpris. Mais, d’un autre côté, cela veut dire que depuis mon transfert, ta vie a été fort peu trépidante. »

Lendys s’arrêta un instant et lui jeta un regard presque triste. Puis, il recommença à tourner. Ses mains étaient prises de légers spasmes nerveux.

« Il m’a fallu du temps pour m’en rendre compte, et cela me fait presque mal de l’admettre, mais… Au fond, je t’apprécie, révéla-t-il comme s’il procédait à un examen de conscience. Tiens, l’autre jour, Velya… Tu te souviens, de Velya ?
- Pour sûr, tu as failli m’éborgner pour elle, témoigna Elyren en caressant instinctivement son sourcil fendu.
- Nous avons échangé nos vœux, près de dix ans après ton départ…
- Je croyais que tu ne voulais pas en venir aux nouvelles, se contenta de répondre Elyren.
- Elle m’a reparlé de toi, l’autre jour, trancha Lendys. Ça m’a rendu fou. Tu te rends compte ? Elle se souvenait de toi ! Même absent depuis des décennies, tu as de nouveau réussi à m’emmerder, Elyren !
- Ne me dis quand même pas que tu veux prendre ta revanche, car même si j’ai des bons restes…
- Non, non ! expédia Lendys en balayant l’air de la main. Et puis, comme tu me le rappelais si bien, je ne suis pas là pour te raconter ma vie, et en vérité je pense bien que tu dois t’en contrefoutre. »

Il s’arrêta, plaqua ses mains jointes contre sa bouche dans un mouvement de réflexion.

« Elyren… reprit-il d’une voix presque inquiète. Ton père veut ta tête.
- Jusque-là, rien de nouveau, constata le Serulyn.
- Non, tu ne comprends pas… » Il marqua une pause, déglutit. « Mon père, le tien… Ils ont toujours été très proches. Si notre dernier… échange n’a pas été ébruité, c’est grâce à eux, je ne t’apprends rien.
- Soit, acquiesça Elyren. Et donc ?
- Disons qu’ils ont des liens très forts avec le nouveau gouvernement. Vu ce que tu en as dit à ton paternel... Le mien te voit comme une menace, à présent, et ton père ne semble pas décidé à interférer. D’ailleurs, j’ai aussi entendu dire qu’il avait entamé une procédure de passation de droit d’aînesse au profit de ton frère Vaelys. Bref, ils ne supporteront pas que tu te trouves à portée de leur causer de nouveaux torts. Si tu restes, des choses referont surface. De fil en aiguille, on finira par t’accuser de haute trahison et de conspiration. Pour toi, ce sera la geôle ou la mort. »

Elyren avait toujours évité la prison. Son père était trop fier de sa lignée pour admettre que son aîné puisse commettre quoi que ce soit qui l’y entraîne. Etait-ce son humeur du moment qui l’empêchait de recommencer, ou avait-il définitivement rompu les liens avec lui ? L’esprit de défi lui intimait de rester jusqu’au bout, de fixer son paternel dans le blanc des yeux au moment où une quelconque sentence serait prononcée contre lui, comme pour lui signifier que cette sentence lui était, au fond, aussi destinée. Mais tout en ce monde changeait, et bien qu’il n’appréciât pas la nature de ces évolutions, l’instinct de survie le poussait à penser qu’il valait mieux, pour une fois, faire profil bas. Cela faisait partie des choses qu’on apprenait au combat : la différence entre le courage et le suicide.

« Tu penses bien que, si je prends la peine de te parler de tout ça, ce n’est pas pour toutes les crasses que tu as pu me faire, ni pour les… sentiments que Velya a pu avoir pour toi, reprit Lendys. Au départ, je pensais que ton défi constant de l’autorité était infondé et malsain, que tu cherchais à prouver quelque chose, aux autres ou à toi-même… Maintenant, je sais que tu as des valeurs. Moi je tiens à ma carrière et à la place qu’auront mes héritiers dans un gouvernement qui tombera peut-être encore demain, alors, pour le coup, j’essaie d’éviter de me regarder dans un miroir… Mais, pour l’heure… »

Lendys s’était posé devant Elyren, le regardant de haut sans le toiser. Il tenait dans sa main un parchemin enroulé.

« Je suis au regret de t’annoncer ta mise au ban des rangs de notre armée. Les détails sont là-dessus, mais je sais que la paperasse n’est pas ton fort.
- En effet, murmura Elyren en serrant les doigts contre sa chaise.
- Mes hommes vont te raccompagner. Pour l’heure tu es un homme libre. Va. Prends tes affaires. Il n’y a plus rien pour toi ici. »

Elyren n’avait pas réagi tout de suite, s’était relevé avec de légères difficultés. Lorsqu’il avait marché vers la sortie, c’était d’un pas droit et presque assuré. Ses tripes s’étaient chargées de digérer l’écroulement de son monde ; à l’époque il ne connaissait pas encore assez bien les douces crampes à l’estomac que causaient l’explosif mélange de la rage, de l’impuissance et du désenchantement. Depuis, il était devenu un expert en la matière.

« Vous m’évoquez des choses que j’avais pensé noyées sous plusieurs tonneaux de vinasse bon marché, bougonna Elyren avant de finir son verre d’une traite.
- Vous m’en voyez navré. Enfin, pensez bien que le scandale de votre éviction a dépassé les frontières de l’Île. Votre histoire est arrivée jusqu’à nos oreilles, et elle nous a… intéressé. »

L’homme finit son propre verre et prit celui d’Elyren avant de se lever pour les remplir au robinet d’un tonnelet. Lorsqu’il revint, le Serulyn s’empressa de boire la moitié de son gobelet nouvellement rempli, sous l’œil malicieux de son employeur.

« On a gardé votre nom dans nos ouvrages comme on en note des dizaines d’autres. Des gens atypiques, dans le sens où ils se démarquent des autres. Et puis… On vous a vu ressurgir, ça et là, dans des opérations menées en Desde et en Rhaemond notamment, pour le compte des uns et des autres. Visiblement, vous semblez avoir abandonné la plupart de vos concepts politiques…
- Dans l’ensemble, je n’ai jamais lutté que pour le bien commun ; et cela, je ne l’ai jamais renié.
- J’ai cru comprendre que vous aviez été antiroyaliste par le passé, souligna l’homme.
- Alors c’est que vous n’avez rien compris, pesta Elyren après une nouvelle gorgée. C’est à se demander si tout ce temps durant, vous suiviez la bonne personne.
- Pour cela par contre, je peux vous l’affirmer. Vous ne criiez pas votre nom sur tous les toits, certes. En revanche, il n’y avait pas de doute : c’était bien vous… »

Il pointa du doigt la chevalière d’Elyren.

« Avouez que ce n’est pas le genre d’artifice que l’on s’attend à voir au doigt d’un reître apatride, ni à celui du premier pilier de taverne impécunieux venu, a fortiori. » Il se pencha vers lui. « D’ailleurs, après tout ce que votre maison vous a fait subir… Vous sentez-vous encore attaché à elle, pour continuer à arborer ce bijou ?
- Non, répondit Elyren au tac-au-tac. Mais si ma chevalière vous gêne, allez donc voir d’autres ‘‘piliers de taverne impécunieux’’, je suis sûr que vous n’aurez plus de problème, grinça-t-il en finissant son verre et en prenant l’initiative d’aller le remplir lui-même.
- Oh, non ! Notre organisation perdure de par le talent de ses membres, et je ne parle pas de leur capacité à boire, continua le faux vagabond sans en démordre. Si je vous fais cette réflexion, c’est car nous nous devons d’exercer avec une certaine… discrétion. A supposer que vous souhaitiez travailler pour nous de manière plus concrète, je m’interroge, c’est tout. Voyez, porter les signes distinctifs de votre ancienne maison, si proches de vos couteaux, cela ne peut bénéficier à personne.
- Les gens qui vous ont reporté m’avoir vu… Ce n’était pas des gens que j’étais censé tuer, je peux vous le garantir. Car de ceux-là, ceux qui en ont vu les détails n’ont pas vécu assez longtemps pour en détourner les yeux. »

L’homme sourit d’un air sinistre. Elyren revint s’asseoir.

« Vous n’avez pas l’air du genre de personne à recruter sur des rumeurs, reprit Elyren en sirotant sa boisson avec davantage de modération. A la manière dont vous avez ausculté mes cibles tout à l’heure, je dirais que vous ne jurez que par la fiabilité de vos propres yeux. De fait, si vous vous montrez à moi maintenant, c’est que vous avez vu tout ce que vous aviez à voir, auparavant. En d’autres termes, ce n’était pas ma première mission pour vous.
- En effet, concéda l’homme. Cela fait plus d’un an que je vous suis à la trace, et six mois que j’ai pris le relais de vos commanditaires usuels.
- Vous payez plus, alors je n’irai pas m’en plaindre.
- Il faut que vous sachiez que tout cela n’est pas qu’une affaire d’argent et de criminels à étriper, annonça l’autre d’une voix assez sérieuse. Bien sûr, vous pourrez n'en penser que ce que vous voudrez. Voyez-y un salaire, des bières et des putes en devenir, tant que le travail sera fait et bien fait, cela n’importera que peu, au final. Tenez, votre seconde mission pour nous… Un seigneur Vreën, du nom de Victus. »

Ernest Victus. La quarantaine, un raciste prétendument repenti et un amateur de chasse. Il emmenait souvent ses amis en forêt, pourchassant à loisir tout le gibier qu’ils voyaient. Un jour Elyren les avait suivis de loin lors d'une de leurs sorties. Lorsqu’ils s’étaient mis en formation pour abattre un cerf, les flèches avaient fusé, une avait manqué sa cible, et Victus s’était retrouvé avec un trait dans le crâne. En réalité, Elyren manquait rarement ses cibles : ce jour-là il ne visait évidemment pas le cervidé. Dans la confusion, il avait ramassé l'une des flèches qui s'étaient échangées, puis s’était fondu dans la forêt. Sans projectile supplémentaire, aucune preuve de sa présence. L’affaire avait fait peu de bruit : un accident tragique, mais un accident, somme toute. Ainsi, cette mission était la deuxième qu’il avait accompli pour son interlocuteur. De fait, il devait bien avoir fait une dizaine d’autres opérations depuis, en comptant celle d’aujourd’hui.

« Victus a laissé derrière lui deux orphelins. Ses fils avaient perdu leur mère, en couche, lors de la naissance du second. Leur oncle, épaulé de divers prétendus amis de la famille, a profité de leur jeunesse pour s’attirer leurs faveurs et dilapider leur argent. Ils ont été expulsés de leur propre manoir quelques temps plus tard. Maintenant, qui sait où ils trainent. Une ville, une fosse commune. Je ne sais pas trop quoi leur souhaiter. » Il se pencha vers Elyren, le fixa d’un air accusateur. « Est-ce que cela vous fait quelque chose ? »

Elyren haussa les sourcils, masqua sa bouche dans le prompt réconfort de sa chopine pleine, qu’il ne retira qu’après avoir bu une généreuse lampée.

« Des gosses, tout le monde en a, cracha Elyren. Personnellement, j’espère ne pas en avoir fait. Ils auraient le pire grand-père du monde. » A son tour, Elyren s’approcha de son interlocuteur. « Vous essayez de me tester ? Que voulez-vous, au juste ?
- Je pense que c’est une question que vous devriez vous poser à vous-même plus souvent. »

Ils restèrent un moment à se fixer dans les yeux, avant de retourner s’assoir normalement comme si de rien était. Elyren s’apprêta à finir son verre, pensa au fait qu’il devrait se relever après coup pour aller le remplir, et décida que cette dernière gorgée qui l’attendait pouvait dans les faits attendre encore un peu.

« Votre organisation, que fait-elle, exactement ? demanda Elyren, le verre toujours en main.
- Pour vous en dire plus, je dois avoir l’assurance que vous marchez avec moi, affirma l’homme. Sachez toutefois que ce n’est pas quelque chose qui se décide à la légère. Choisissez cette route, et vous vous fermez toutes les autres. Certes, c’est la route la plus grande, la plus droite, et quoique les pavés manquent à certains endroits, beaucoup rêveraient de l’arpenter, si toutefois ils soupçonnaient son existence. Néanmoins, tentez d’en franchir les barrières, et c’est la mort, sentence irrévocable. Nous… ne supportons pas la trahison, la désertion, et les décisions de peu de jugeote. »

Elyren regarda l’alcool tourner dans le fond de son godet, écho de ses propres oscillations. Toutefois il se sentait parfaitement sobre en ce qui concernait la décision qu’il s’apprêtait à prendre. Il finit son verre, le posa sur la table dans un bruit mat.

« Je vous suis. »


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◈ Magie : Magie métabolique - Augmentation sensorielle (améliorations au niveau de la vue)
◈ Fiche personnage : Elyren Serulyn

Héros
Elyren Serulyn

◈ Ven 25 Déc 2015 - 18:01


Histoire


C'est ainsi que l'Aigle d'Argent le prit dans ses serres. Une organisation secrète tentaculaire, opérant dans tout Rëa, à la puissance insoupçonnée. Ce fut la chose la plus honorifique lui étant arrivé depuis ces dernières années… Certes, ce qu’il put entendre ce soir-là fit qu’il en gardât, sur le coup, un arrière-goût amer : n'avait-il quitté un monde de messes basses que pour en rejoindre un autre ? L'avenir ne se construisait-il que sur des chuchotements ? Elyren riait jaune, tant l’ironie du sort brisait les restes de candeur qu’il avait pu entretenir. La réalité se dressait là, sous ses yeux, cruelle et authentique, et il s’était jeté vers elle à bras le corps. Au fond, à quoi s’attendait-il ? Ce changement d’échelle avait, une fois de plus, tout remis en perspective : sur l’échiquier du monde, les armées n’étaient plus que des pions ; alors, quid des souffrances du peuple ? Au mieux une donnée annotée dans le recoin d’une marge jaunie de parchemin. Pourquoi en serait-il autrement, d’ailleurs ? Y’avait-il lieu de quantifier la souffrance ? Encore une fois, tout était bien plus complexe qu’il ne l’aurait espéré. Les fils de Victus avaient-ils mérité leur déchéance pour avoir eu un salaud de père ? Cela reviendrait à dire que lui-même était aussi lépreux que son paternel. Et puis, tous les pourris ne pouvaient pas mourir seuls et sans famille, et épargner l’un d’eux sous prétexte que des gens pouvaient l’aimer malgré sa dépravation serait tout autant une erreur. Non, il ne pleurerait pas la misère de chacun. Toutes les guerres faisaient leurs dégâts collatéraux, et, en vérité, la vie n’était qu’une vaste guerre. Il en était venu à croire que le monde pourrait être meilleur au prix de quelques orphelins. Etait-ce mieux que de croire que le monde était simplement irrécupérable, vicié jusqu’à la moelle ? Il aimait à penser que oui, sans quoi il serait devenu la dernière des épaves.

Certes, les intentions de l'Aigle étaient affichées comme louables, mais il ne pouvait s'empêcher de frissonner à l’idée qu'il puisse exister d'autres forces invisibles du même genre qui, dans l'ombre, avançaient les pièces d’en face, décidant du sacrifice de milliers de vie en un tournemain. L’idéologiste qu'il avait pu être lui avait bien susurré, lors de succinctes résurgences, de ne pas s’impliquer davantage dans toutes ces combines lorsqu’on lui en révéla l’ampleur, mais il n’était pas dupe : on lui offrait enfin le moyen d’infléchir la périclitation de son peuple avec plus de latitude qu’il n’en avait jamais eu. Enfin, c’était ce qu’il aimait penser. La royauté que défendait l’Aigle n’était même pas de ce continent ; de cela il semblait plutôt faire une affaire personnelle. Dans un sens, il s’était fait manipuler, mais cela avait déjà été l’histoire de sa vie, alors il ne s’en formalisa pas. Elyren ne doutait pas souvent de lui, mais cela avait fait partie de ces moments qui l’empêchaient de dire ‘‘jamais’’.

Au départ, ses missions restèrent dans la même veine que celles qu'il avait accomplies précédemment : manier ses armes et traquer des cibles au travers du continent. Elyren avait imposé quelques conditions ‘‘morales’’ à l’accomplissement de ces actes, notamment le fait que sa lame ne trancherait pas de gorge d’Eleär qui ne soit responsable de crimes odieux. Des exigences simples, pourtant on ne les lui accorda qu’avec réticence. Et s’il savait pertinemment qu’il était facile d’imputer à quiconque la responsabilité de n’importe quelle atrocité pour commanditer sa mort par la suite, avoir ces assurances soulageait quelque peu sa conscience ; pour le reste, il fermait relativement facilement les yeux sur le bien-fondé des choix d’élimination qu’on lui confiait. Des ‘‘criminels’’, il en avait trucidé un certain nombre avant de travailler pour l’Ordre : il était bien trop tard pour ce genre de remises en question. A fortiori, il préférait même la pensée que ses offices soient utiles à des gens servant un bien supérieur, plutôt qu’à quelque seigneur fortuné et ses sombres lubies ; et tant pis si les premiers s'avéraient être les seconds.

Son ascendance noble lui permit également d'assurer plus facilement certaines missions dans les milieux privilégiés de Seregon éloignés des territoires elfes où sa famille avait de la notoriété. De manière assez ironique, il fréquenta de fait davantage la mondanité que du temps où il était encore héritier attitré des Serulyn, lorsque la vie martiale lui assurait une échappatoire qu’il considérait alors comme salutaire. Il put ainsi avoir un aperçu du décorum de toutes les races du continent, leurs subtilités et codes de conduite. Dans l'ensemble, une chose ne changeait généralement pas, à savoir les enjeux liés aux apparences, l'importance de la bienséance et la chape oppressante des qu'en-dira-t-on sur le moindre fait et geste de chacun ; à savoir, précisément tout ce dont Elyren se jouait le plus. Tout ce jeu de faux-semblants n’avait pour but que d’afficher la suprématie de sa maison, et de maison, il n'en avait plus. Mais même s’il n’endossait qu'un rôle, même s’il n'avait plus à subir de pression de la part de sa famille, il avait toujours du mal à se donner ces airs hautains et guindés, préférant souvent la conversation des venaisons à celle des nobliaux maniérés qui avaient comparativement bien moins de saveur. Discret et peu loquace, Elyren se fondait pour ainsi dire dans le décor, considéré comme un sang bleu de second ordre – tout du moins, par les aristocrates les plus superficiels et les plus outrecuidants, car les autres supposaient à minima qu’il avait un lignage assez prestigieux pour se faire convier, d’une manière ou d’une autre, à ces galas sans fin. C'était là un avantage d'être membre de l'Aigle : pour peu qu'une mission l'exige, il existait d'une manière ou d'une autre une personne au bras long qui s'avérait subitement être votre amie le temps de quelques jours... En tout cas il n’eut aucun mal à éviter d’attirer l’attention sur lui car les égos forts et truculents étaient légion en ces moments de frivolités, si bien qu’il pouvait à loisir laisser indiscrètement traîner ses oreilles. De fait, s’il exécrait toujours le jeu des manigances, il avait malgré tout accepté peu à peu de s’y prêter, plaçant une certaine confiance en ce que ferait l’Aigle des détails qu’il pourrait lui apporter.

De par l'exécution réussie de toutes ses tâches, et ce malgré quelques libertés prises avec les protocoles classiques, Elyren devint peu à peu l’un des agents de l'ordre les plus prolifiques de Seregon ; on finit même par apprécier ses méthodes et lui vouer une once de respect. En vérité, l'Aigle était surtout développé en Ordanie et à ses confins, et l'ancien héritier des Serulyn avait, grâce à ses actions, participé au renforcement de l'implémentation du groupe sur le continent. Mais de toutes les besognes qu’on lui confia durant cette période, ce fut la dernière qui fut la plus éprouvante.

« Vos cousins du crépuscule organiseront sous peu une réunion au sommet des plus importante, lui avait indiqué son contact qu’il avait retrouvé dans une arrière-boutique déserte. L’Aigle se doit de savoir au mieux ce qui s’y sera dit.
- Je suppose que ce ne sont pas les réévaluations de taxes foncières qui émoustillent l’ordre, ironisa Elyren.
- En effet, continua l’autre sans sourciller. L’Aigle tient de source sûre qu’un pacte militaire important est en voie d’être proposé à plusieurs pays du continent, dont au gouvernement d’Éré. Il se peut que cela modifie les lignes de défense extérieures de Seregon contre Neya. Cherchez dans ce sens. Tout ce que vous trouverez sera utile, et le plus sera le mieux.
- Attendez, protesta le Serulyn alors que son interlocuteur tournait les talons. Je ne pourrai jamais assister à cette réunion…
- Certes, continua l’autre en lui jetant un regard amusé par-dessus l’épaule. Mais vous connaissez des personnes qui, elles, y seront présentes. »

Elyren le considéra d’un air médusé, croisa son regard qui filait droit sur les discrets reflets de sa main gauche. La chevalière. Les Serulyn. Père.

« Vous n’y pensez pas, lâcha sèchement Elyren.
- N’est-ce pas plutôt vous, qui n’y pensez pas ? » s’amusa l’autre en se retournant et en sortant de la salle, laissant l’elfe seul avec ses pensées.

Il ne lui était pas venu à l'esprit que ces fameuses personnes au bras long puissent être des gens de son propre sang. Sur le coup, il ne savait pas comment réagir, entre incrédulité, hébètement et déni. Il n'était pas le seul Eleär du Crépuscule ayant intégré l'Ordre : n'importe qui d'autre aurait pu avoir, dans sa famille ou son entourage, lié avec lui par amitié ou par alliance, une connaissance qui, d'une manière ou d'une autre, aurait su ce qui se déroulerait au cours de cette réunion, et l'information n'aurait pas eu, ainsi, à circuler d'une bouche à l'autre de manière suspecte. Pas de question mal placée. Pas de retrouvailles douloureuses. Du plus intime conseiller du souverain au garde personnel de ce dernier, il y aurait au moins dix paires d'oreilles assistant à ces débats. Elyren n'admettait pas que l'ordre remette ainsi la réussite de cette mission sur ses seules épaules. S’agirait-il d'une autre, il aurait pu se sentir honoré. Après tout, il était déjà arrivé qu’on l’envoie espionner tel ou tel duc en guise de formation élémentaire à ces aspects du métier.  Mais dans ce cas précis, c'était une provocation, presque une trahison. Était-ce un moyen de vérifier que ses attaches étaient bel et bien rompues ? Car il devait forcément y avoir une raison cachée qui justifiât tout cela. Il avait appris à ses dépens qu'il y en avait toujours une. Pourtant, sur le coup, il s'en moqua éperdument. Son premier réflexe fut de se réfugier plus que de mesure dans ses démons préférés, se vautrant dans le vice plusieurs jours durant, vivant de vagues moments de paranoïa durant ses accès de conscience. Il ne s’était jamais défilé ainsi : c'était juste l'évacuation d'une frustration plus intense que celles qu'il avait pris l'habitude d'endurer. Néanmoins, la ruine l'avait rappelé à la raison plus vite que la raison elle-même, et il réussit à pénétrer clandestinement, bon gré mal gré, sur le territoire qui l'avait vu naître, quatorze ans après qu'il l'eut quitté.

Père était quelqu'un de très méthodique. Il gardait toujours une trace des échanges importants qu'il entretenait. En revenant sur l'Île, il retrouva très rapidement ses repères. Quelques jours après la tenue du conclave, il profita de sa discrétion et de l'amour de son paternel pour les portes secrètes afin de s'introduire furtivement dans la demeure familiale, déjouant les serviteurs et les gardes qui rôdaient à toute heure dans ce genre de masure. Il fit confiance à sa mémoire pour retrouver le chemin de la pièce la plus proche du bureau de son père : une petite antichambre agréable où il s'était surpris plusieurs fois à somnoler sur le divan rembourré attenant au guéridon, où trônait toujours un saladier en cristal plein de pâtisseries sucrées. Enfin, « toujours » était un bien grand mot, à présent... Il ne fallait pas qu'il fasse l'erreur de se sentir nostalgique. Il attendit quelques minutes, n'entendit aucun bruit. Mais lorsqu'il se résolut à pivoter le pan de faux mur pour se retrouver de l'autre côté, il fut accueilli par une voix chargée de reproches.

« Regardez qui voilà. »

L'aîné s'était figé à la voix de Vaelys. Son frère n'avait pas tellement changé, quoi qu'il avait l'air globalement plus fatigué que dans ses souvenirs. Il était paré de ses habits de nuit, mais le livre sur le divan qu'il venait vraisemblablement de poser trahissait son insomnie.

« Mon frère. Quel plaisir, articula Elyren d'une voix légèrement nouée.
- Tu n'es plus le bienvenu ici » répliqua Vaelys d'une voix glaciale.

Si Elyren ne s'était pas attendu à des embrassades chaleureuses, il fut quelque peu décontenancé de se voir réservé un accueil digne de son père, de la part de son frère.

« Je vois qu'il a pris soin de te mettre au point sur deux ou trois détails, pour ne pas rater ton éducation comme il pense avoir raté la mienne, cracha Elyren avec ironie et amertume.
- La seule chose qui n'ait jamais été ratée ici, c'est toi ! monta au créneau son frère, franchissant les quelques mètres qui les séparaient, pour se retrouver nez à nez avec lui. « Un jour peut-être, je t'expliquerai » m'avais-tu dit, hein ? l'imita-t-il dans une grimace sardonique.
- Ce jour est peut-être arrivé, répliqua l'aîné.
- En vérité, je m'en contrefous ! s'emporta Vaelys en faisant de grands gestes. Cela fait près de quinze ans que tu m'as dit cela. Quinze ans ! Pas un mot, pas une nouvelle de ta part, rien ! J'ai eu le temps d'en voir et d'en entendre, des choses, en quinze ans...
- Moi aussi, murmura Elyren à demi-mot.
- Eh ben voyons ! La dernière fois que Père m'a jamais parlé de toi, tu étais ivre mort dans un bistrot interlope, trinquant à moitié conscient avec quelque soudard de ton entourage, une catin vérolée avachie sur tes jambes. Voilà plus d'une décennie qu'il m'a raconté cela, et c'est la dernière image que j'ai gardé de toi. Entre nous soit-dit, as-tu changé en mieux ? »

Il voulut dire oui, mais le souvenir de ces dernières semaines lui intima de se taire.
« C'est bien ce que je pensais, tempêta Vaelys en serrant les poings, affichant une chevalière jumelle à celle qu'Elyren arborait, hormis la couleur des pierres. Soit ! Quel mauvais vent t'amène ici ?
- Cela ne te regarde pas, répondit Elyren avec fermeté, avançant en direction du bureau de son père.
- Je ne peux pas te laisser aller plus loin ! » s'exclama Vaelys en se lançant à sa suite, sans toutefois oser s'interposer avec lui.

Jamais ce couloir n'avait semblé aussi long à arpenter. En temps normal, Elyren n'aurait eu aucune vergogne à neutraliser une gêne pareille. Mais il s'agissait-là de son frère. Il ne lui était jamais venu à l'esprit qu'au cours d'une de ses péripéties, il puisse en venir à blesser l'un des siens. En vérité, il trouvait même plutôt heureux qu'on ne lui donnât jamais l'ordre d'assassiner un Serulyn, d'autant plus qu'il n'avait jamais émis aucune réserve à ce propos – car ils devaient bien, pour le coup, tomber sous la coupe des Eleär coupables de crimes odieux qu’il avait pu évoquer comme garde-fou – tant il avait jugé au premier abord cette éventualité comme improbable. Revoir sa famille lui avait semblé si peu réaliste qu'il avait laissé beaucoup de questions en suspens ; le genre de question qui ne trouve pas de réponse en quelques enjambées.

Arrivés devant le bureau, Vaelys, pris d'un courage soudain, fit barrage de son corps entre Elyren et les portes, qui avaient bien besoin d'être rénovées.

« J'ai les clés, mais je ne t'ouvrirai pas, prévint Vaelys. Tu sais ce que cela implique.
- Effectivement, trancha Elyren, et tu devrais te décaler » lui lança-t-il en reculant de quelques pas.

Vaelys ne cilla pas ; mais lorsque, l'épaule en avant, Elyren chargea de toutes ses forces, il se recula de justesse, et les deux battants s'ouvrirent avec fracas. Elyren grimaça sous la douleur du choc, se redressant de justesse pour ne pas tomber sous l'effet de son élan, amoindri mais pas annulé par l'impact. Retrouver le bureau ne le soulagea qu'à moitié : la pièce avait le même air austère qu'auparavant. A peu de choses près, c'était en tout point le même endroit que lorsqu'il l'avait quitté, en ce jour de l'an 70 ; mais l'unique chaise de l'endroit était vide, et de cela, il était ravi.

« Avec tout ce vacarme, les gardes sont sûrement en route, annonça Vaelys. Si tu t'échappes, l'armée entière du territoire aura pour ordre de te traquer, et ce avant que l'aube ne pointe. Père a des contacts jusque sur le continent. Tu ne pourras jamais fuir.
- C'est fort dommage » répondit Elyren sans sourciller tandis qu'il sondait impulsivement une pile de documents, massant par moments son épaule endolorie.

Vaelys se mit à marcher de manière nerveuse dans la salle, scrutant régulièrement le couloir qui s'ouvrait béant devant eux.

« Si... si je ne m'étais pas effacé, te serais-tu arrêté ? » s’hasarda-t-il à demander d'une voix tourmentée.

Elyren le scruta un instant, quelque peu désemparé.

« J'ai fait le bon choix en entrant ici, tout comme tu as fait le bon choix en me laissant passer » se contenta-t-il de dire.

Vaelys joignit les deux mains contre son menton, sembla murmurer des choses au vide. Son allure ahurie et ses regards vifs et fuyants dépeignaient une profonde agitation intérieure. Il respirait lourdement, longeait les meubles de mouvements fiévreux ; et lorsque son chemin croisait l’encadrement de la porte, il semblait tant redouter qu’attendre l’arrivée des hommes de main de Père. Cela faisait longtemps qu’Elyren n’avait pas ressenti autant d’empathie pour quelqu’un, et le fait qu’il s’agisse de son frère, qu’il mettait dans un profond embarras, ne l’enthousiasmait guère. Par sa simple présence, il le soumettait à un déchirement moral, l’écartelant entre son devoir de toujours et les ersatz de confiance qu’il pouvait encore avoir en lui, brisant les certitudes qu’il se devait d’avoir en tant que nouvel héritier d’une maison puissante. Par le passé, Elyren avait voulu lui épargner un dilemme ; à présent il lui en imposait dix, et dix fois pires encore. En réalité, ne pouvait-il pas tout lui dire, là, maintenant ? Qu’importe la survie des Serulyn en tant que Haute Maison ; Elyren avait maintenant conscience des enjeux bien plus grands qui se disputaient sous les horizons du vaste monde, et il ne ressentirait aucun remords si par ses paroles il entrainait la chute de ce qui fut sa famille, pour le bien et la pérennité de sa race. Vaelys, il en était convaincu, était un elfe des plus intègre. Il l’était, à défaut, bien plus que lui. Ainsi, sans doute, il comprendrait.

« Je veux que tu saches que j’aurais préféré éviter cela, avoua Elyren. Mais quoi que tu penses de moi, je… Ce que je fais est d’une importance capitale. Et si j’avais pu le faire sans réapparaître dans ta vie, je l’aurais fait. Là encore, j’ai fait le bon choix. »

Vaelys serra les poings, s’apprêta à parler, se tut. Des échos de pas parvenaient de l’intérieur de la demeure. Les entendant, il se déplaça vivement vers l’âtre.

« Il fut un temps où j’avais un frère, endêva Vaelys en attrapant un tisonnier dans les cendres de la cheminée. Cela fait partie des choses que l’on ne choisit pas. »

Elyren attrapa de justesse les parchemins qu'il n'avait pas eu le temps de trier avant que ne s'abatte sur la table la barre de fer, qui, dans le choc, libéra éclats et poussières.

« Non, Vaelys ! clama Elyren en fourrant les papiers dans un repli de son vêtement. Arrête tout de suite ! Tu dois comprendre !
- Gardes ! » cria son frère en revenant à l'assaut, brandissant à nouveau son arme de fortune.

Vaelys n'avait pas autant d'expérience que lui dans les armes ; pour autant, il avait, comme tout Eleär du Crépuscule qui se respectait, eu un enseignement militaire, et, de fait, engager un véritable combat contre lui causerait probablement de sérieuses blessures aux deux Serulyn, ce que l'aîné souhaitait éviter par-dessus tout. Elyren recula encore une fois pour éviter le coup, puis, profitant du fait que son frère plongeait légèrement vers l'avant dans le prolongement de son mouvement, se saisit de l'encrier en cristal posé sur la table pour l'écraser contre le crâne de son cadet, répandant entre eux le sang noir des déclarations de guerre. Vaelys hurla en pivotant sur lui-même et se retrouva à terre, lâchant son attisoir, aveuglé par l'encre qui lui masquait les yeux.

« J'aimerais être désolé, assura Elyren en reculant vers la sortie. Je n'ai jamais fait que mon devoir.
- Ton devoir ! Quel devoir, hein ? A chacun son devoir ! » gémit Vaelys en rampant à tâtons.

Elyren détourna les yeux et s'enfuit en vitesse. Vaelys n'avait pas menti : il eut un mal terrible pour se tirer de ce guêpier. Jamais de son vivant il n’eut souvenir qu’on traqua autant quelqu’un que lui sur l’Île. Arpenter les sentiers battus devint proscrit, et marais et forêts furent un temps ses meilleurs alliés pour disparaître. Lorsqu’enfin il réussit à revenir sur le contient, il était plus atterré et dépité que jamais. S’il pouvait espérer une relative liberté de mouvement dans le reste de Seregon, il ne pourrait plus, à présent, compter remettre un seul pied sur l’Île, sans que tout un contingent de l’armée ne débarque pour l’accueillir et le mettre aux fers en attendant un jugement qui ne se promettait pas clément… Tout cela pour quoi ? Des routes de patrouilles maritimes ; des listes de bâtiments d’Usha et d’Ysino autorisés à mouiller en ports elfes ; l’évocation de certaines tactiques militaires, d’ici et d’ailleurs ; des fragments de conventions militaires échangées entre Desde et Éré. En bref, de la paperasse, essentiellement, signée par son père et par d’autres sceaux qu’il n’avait pas eu à cœur de décoder.

Quelques temps plus tard, on apprenait qu’une alliance se nouait entre les royaumes elfiques du continent et Usha et Ysino. Les documents qu’il avait pris avaient visiblement satisfait ses supérieurs, et cela confirma son statut d’élément essentiel de l’Aigle sur le continent. Il fit, depuis, plusieurs voyages en Ordanie pour rencontrer quelques-uns des membres les plus importants de l’organisation.

Désormais, il continue à agir comme dans un demi-sommeil, rêvant toujours au plus profond de lui, au milieu des vapeurs liquoreuses et opiacées, à la gloire de ses aïeux.



Ambitions & Desseins


Elyren a toujours lutté pour la survie des Eleär, avec l'intime espoir que sa race retrouve un jour sa splendeur passée. Et si ses vœux ont souffert lors des derniers épisodes de sa vie et qu'il a pu s'en éloigner, qu'il est passé par maintes phases de doute et de rejet, il ne les a jamais totalement oubliés. La même ambition que celle qu'il entretenait un jour pour gravir les échelons militaires couve toujours en son for intérieur, attendant d'être exacerbée par le cours des événements et les occasions de se rendre enfin utile à ce dessein supérieur. Sa seule crainte, dut ce désir être un jour comblé, serait de succomber aux travers du pouvoir, et par ces impérities, de devenir ce qu'il a toujours abhorré.



Divers


Reconnaissez-vous être âgé de 18 ans ? : Oui.
Si vous prenez un personnage important et que vous disparaissez, nous autorisez-vous à nous inspirer de votre personnage pour créer un nouveau prédéfini ? : Oui.
Moultipass : MDP validé par pépé

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◈ Missives : 2160

◈ Âge du Personnage : 82 ans
◈ Alignement : Loyal Bon
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Sharda du Nord
◈ Origine : Al'Akhab - Siltamyr
◈ Magie : Aucune
◈ Fiche personnage : Calim

Conteur
Calim Al'Azran

◈ Sam 2 Jan 2016 - 17:35

Et bien quelle fiche !
Tu es enfin arrivé au bout d'une trame complexe qui va te réserver une place de choix dans nos intrigues à venir à propos des ordres secrets et de la douloureuse politique de ces royaumes de Seregon, inextricablement liée à l'avenir de Rëa...

Je te félicite de la précision avec laquelle tu as interprété les rouages de la politique de l'Île des Mirages, du renversement du Roi au traité liant maintenant Inoës et Eleärs...

Toutes les félicitations, tu mérites cette validation !

Pour information nous laissons tes compétences en l'état pour le moment mais allons les analyser à nouveau compte-tenu des nouvelles règles ! On te tiendra au courant par mp lorsque ce sera terminé.

Que ton aventure commence !

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