Azzura

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Eilihel Elyë - Alchimiste / Marchande

◈ Missives : 52

◈ Âge du Personnage : 54 ans
◈ Alignement : Chaotique Neutre
◈ Race : Elëar
◈ Ethnie : Elëar du Crépuscule
◈ Origine : Île des Mirages
◈ Magie : Aucune
◈ Lié : Aucun
◈ Fiche personnage : Eilihel Elyë

Âme Damnée
Eilihel Elyë

◈ Jeu 1 Oct 2015 - 21:24

◈ Prénom :  Eilihel
◈ Nom : Elyë
◈ Sexe : Femme
◈ Âge : 54 ans
◈ Date de naissance : Le 13ème jour de Merä, an 36 de l’ère des Rois
◈ Race : Elëar
◈ Ethnie : Elëar du Crépuscule
◈ Origine : Île des Mirages
◈ Alignement : Chaotique Neutre
◈ Métier : Alchimiste/Marchande Ambulante

Magie


Aucune.


Compétences, forces & faiblesses



Artisanat

◈ Création d’objets

◊ Potions, philtres et onguents — expert

Du traitement médical à partir de simples aux concentrés chimiques aux propriétés diverses ; elle peut s’occuper de maux de gorge comme d’infestation de vermines dans un jardin.

◊ Curiosités et babioles — intermédiaire

Des figurines en pierres aux bijoux de simple facture ; car il faut bien passer le temps, utiliser ce qui ne lui sert pas à ses recherches, et considérer toute espèce d’économie.


◈ Mystères

◊ Découverte d’une mine riche en minerais de cuivre et de plomb argentifère en Kaerdum.
◊ Stabilisation de la confection de la pierre infernale.
◊ Élaboration d’un traité sur les poisons et contrepoisons alchimiques (en cours d’écriture et à usage personnel).


Connaissances

◊ Alchimie — maître

« Une science qui apprend à connaître l’action intime et réciproque de tous les corps de la nature les uns sur les autres. » Antoine-François Fourcroy

L’alchimie est une science de la matière. Elle s’attache à manipuler et observer tout objet naturel, et notamment les métaux. Son but est de découvrir des corps nouveaux, mais surtout de réussir à en obtenir certains à partir d’autres : c’est la transmutation. Ces recherches expérimentales ont pour but d’atteindre l’empire des connaissances, mais aussi de les maîtriser pour aider les autres, et surtout pour parachever sa propre existence. De cette manière, le magnum opus, l’œuvre totale, des alchimistes est la Pierre d’Alchimie, qui permettrait une maîtrise sur la matière par la transmutation et une maîtrise sur le corps par la panacée, et serait ainsi la matérialisation de leurs desseins.
L’alchimiste est donc amené à travailler avec minerais, métaux sous toutes leurs formes, plantes (médicinales ou non), etc., dont il étudie les réactions entre eux et en note soigneusement toutes observations quant aux résultats obtenus. Médecin et scientifique, l’alchimiste travaille dans l’unique objectif de la connaissance (abstraite et appliquée).

◊ Théorie des sciences naturelles — expert

En complément à sa pratique de l’alchimie, Eilihel connaît les principes naturels qui sont à l’œuvre dans le monde. De l’étude du sol et de la minéralogie jusqu’à l’anatomie et la médecine, elle en maîtrise tous les aspects formels.

◊ Toxicologie — expert

De la théorie de la médecine, elle s’est aussi découvert une certaine passion pour son penchant plus délétère : poisons naturels et artificiels, narcotiques, et autres drogues toxiques ; elle étudie leurs propriétés et leurs effets, et n’hésiterait pas à les livrer, si le prix proposé s’avérait alléchant.

◊ Art oratoire, littéraire et linguistique — expert

◊ Histoire — intermédiaire

◊ Théorie des jeux — expert


Langues

Eilihel maîtrise le parler et l’écrit dans les langues et aux niveaux indiqués suivants :

◊ Kaerd – expert

◊ Demeri – expert

◊ Nymeriin – intermédiaire

◊ Eldimer – intermédiaire


Arts des marchands

◊ Mensonge et persuasion – expert


Arts des sages

◊ Confection de médications et potions – expert

◊ Connaissance de la flore – expert


Forces :

Passionnée (peut-être un peu trop, d’ailleurs) et volontaire, Eilihel apprend rapidement. Elle a de grandes connaissances dans ses domaines de prédilections, ne recule devant aucun obstacle et n’abandonne que très rarement. De plus, elle est autonome, et vit très bien sans avoir d’attaches familiales ou sociales à ses côtés. Ambivalente dans ses recherches, elle aime tout autant la théorie que la pratique et peut très bien passer ses journées enfermée à lire, que demeurer, des jours durant, sur le terrain. Flegmatique, elle s’énerve peu et ignore, la plupart du temps, ceux qui l’entourent.


Faiblesses :

Cependant, et comme le revers de la médaille, elle est aussi entêtée et individualiste ; s’intéressant peu à l’avis des autres, elle ne se préoccupe pas de savoir si ses actes et ses décisions les gênent ou leur portent préjudice dans une quelconque manière. Elle n’aime, d’ailleurs, qu’assez peu les autres et évite au maximum les interactions sociales, se renfermant ainsi sur elle-même dans un caractère très solitaire et insociable, voire misanthrope. À noter qu’elle est aussi partisan du moindre effort, quand cela ne concerne pas ses recherches.



Physique


Il est difficile, pour toutes personnes ayant déjà eu affaire à elle, de décrire objectivement Eilihel. Premièrement, elle ne donne que rarement son nom, disons que ce n’est pas vraiment dans ses habitudes, et encore moins dans sa charte commerciale. Deuxièmement, ses habits de voyage la recouvrent, généralement, quasiment de la tête aux pieds. Les seuls points plus évidents seraient le caractère ordinaire, aux yeux d’humains, de sa taille, un peu plus de cinq pieds, et de sa corpulence, svelte, qui lui permettent de ne pas se démarquer lors de ses divers voyages.

Cependant, et puisqu’on peut se permettre d’en dévoiler un peu plus, elle possède aussi une longue chevelure d’un noir de jais qu’elle garde, le plus souvent, relâchée, et ses yeux allongés laissent entrevoir des iris aux couleurs dorées. Ses traits, quant à eux, sont fins et sa peau est d’un gris pâle. Aussi, et bien qu’elle ne soit pas physiquement bâtie pour les rigueurs climatiques et les intempéries auxquelles elle doit parfois faire face durant ses pérégrinations, elle ne possède aucune cicatrice ou autre marque significative sur son corps.

Eilihel n’aimant que très peu se faire remarquer, ses habits sont tous de couleur sombre. À ce titre, elle porte, la majeure partie du temps, une chemise légère, et parfois de teinte claire, retenue par un corset ornementé de broderies diverses, un pantalon de cuir, et à ses pieds des bottines, elles aussi en cuir. Enfin, le tout est emmitouflé dans une longue cape en lainage robuste.


Caractère


Eilihel a pour seule et unique vocation celle de la recherche et de la découverte scientifique. Elle est volontaire et tenace à la tâche, ne laissant rien ni quiconque lui barrer la route sans les combattre avec acharnement. Bien que de nature très silencieuse et très effacée, elle n’en reste donc pas moins têtue et farouche. Travailleuse, ses actions ne sont dictées que par sa curiosité et son désir d’en apprendre toujours plus. Elle ne s’intéresse guère aux autres, et encore moins aux relations sociales qu’elle pourrait avoir avec eux, et n’hésite pas à user de tous les moyens possibles pour parvenir à ses fins. Véritable enthousiaste de la science, elle aime faire des découvertes et prend rarement de repos lorsqu’elle est lancée sur une piste.

Cependant, étant solitaire, il a été difficile pour elle de s’adapter aux affaires marchandes auxquelles sa tutrice a tenté de l’initier. Non à cause d’une difficulté à s’exprimer à proprement parler, mais plutôt du fait d’une antipathie, assez contradictoire avec le métier, envers les gens. En effet, elle ne suit que ses propres idées et abhorre devoir perdre du temps à tenter de s’expliquer, et de se forcer dans une façon de parler, ou de procéder, dans le but de correspondre à des règles et des principes (de bienséance par exemple). Aussi, et peu à peu, elle a développé un malin plaisir à tromper et escroquer ses clients et ses divers interlocuteurs, qui deviennent les victimes de son art oratoire, pointé de cynisme.


Inventaire


○ Herbes et minerais divers (sauge, menthe, thym, laurier, magnésite, nitrate d’argent, etc.) transportés dans les bourses et poches de sa ceinture

○ Plusieurs ustensiles (couteaux à divers usages, lunettes, encrier et plumes, crayons de plusieurs couleurs rangés dans de petites boites individuelles en bois, etc.) et quelques livres et pages de parchemin vierges, regroupés dans une grande sacoche

○ Fioles et petits récipients de verre pleins et vides, attachés à ses ceintures (solutions alcalines, potasses, huiles diverses, alcools, etc.)


Ambitions & Desseins


Le seul but que Eilihel s’est fixé c’est celui de découvrir, d’en découvrir encore plus. Suivant sa soif de connaissances et poursuivant les rêves de sa tutrice, elle va là où bon lui semble et là où sa curiosité la guide. Sa plus grande ambition, mais est-ce vraiment réalisable ?, serait de comprendre le monde dans sa totalité et d’en dominer tous les mystères et toutes les connaissances.


Divers


Reconnaissez-vous être âgé de 18 ans ? : Jusqu’à preuve du contraire, oui, et même plus.
Si vous prenez un personnage important et que vous disparaissez, nous autorisez-vous à nous inspirer de votre personnage pour créer un nouveau prédéfini ? : Oui.
Moultipass : MDP validé par pépé

Merci à ceux qui liront cette fiche, merci à ceux qui m’ont épaulée et conseillée durant cette dure et fastidieuse épreuve, merci à mes parents… hm, pardon. Merci aux admins qui m’ont laissé du temps, j’espère que cette fois-ci ça conviendra !


◈ Missives : 52

◈ Âge du Personnage : 54 ans
◈ Alignement : Chaotique Neutre
◈ Race : Elëar
◈ Ethnie : Elëar du Crépuscule
◈ Origine : Île des Mirages
◈ Magie : Aucune
◈ Lié : Aucun
◈ Fiche personnage : Eilihel Elyë

Âme Damnée
Eilihel Elyë

◈ Jeu 29 Oct 2015 - 12:31

Histoire


L’enfance d’Eilihel fut ce que l’on peut qualifier de plus banale. Cette période de sa vie se déroula, en effet, calmement et sans aucune péripétie particulière. Obéissant à la culture de son peuple, elle suivit une éducation dense et précise tout au long de son enfance et de son adolescence. Elle aimait tout autant la théorie que la pratique et elle ne rechigna à aucune tâche ou matière. Des connaissances naturelles aux connaissances historiques, des arts littéraires aux arts scientifiques, elle trouvait de quoi assouvir sa soif de connaissances dans tous les sujets que les anciens purent lui proposer. Elle étudia donc sous leur tutelle, et ce jusqu’à atteindre l’âge adulte. Aux alentours de ses trente-trois ans, elle décida de quitter, non sans quelques regrets, l’Île des Mirages, et de rejoindre le continent de Seregon. En dépit de son attachement naturel pour sa patrie, sa curiosité la poussait à s’en éloigner pour découvrir de nouvelles choses et acquérir de plus grands savoirs.


Aldar, An 69 de l’Ère des Rois

Elle se rendit tout d’abord en Desde, terre de ses frères Elfes, où elle fut subjuguée par la beauté et la richesse de la flore. Elle en parcourut une partie avec une certaine avidité et perfectionna ses connaissances de leur culture, de leur langue, mais aussi de toutes les spécificités géographiques de leurs terres. Ce n’est qu’un mois plus tard, lorsqu’elle se lassa de ce paysage merveilleux, qu’elle décida de se mettre en route pour la région voisine : Rhaemond. Les forêts verdoyantes et frémissantes laissèrent alors place aux vastes plaines et aux longues chaînes de montagnes silencieuses. Ce changement d’atmosphère la troubla profondément, autant par la sévérité de son paysage que par la férocité avec laquelle elle fut accueillie : en effet, l’auberge du village qu’elle parvint à rejoindre au premier soir, n’accepta ni qu’elle y prenne un repas, ni qu’elle y réserve une chambre, et elle fut même contrainte de quitter l’endroit, et de se contenter d’un lit de nature. En outre, il devint difficile pour elle de se déplacer comme elle le souhaitait, et elle fut de plus en plus méfiante pour ces Valduris qui la regardaient passer d’un mauvais œil. Aussi, dès qu’elle trouva un tailleur plus intéressé par ses finances que par les différences raciales, elle utilisa presque toutes les économies avec lesquelles elle avait quitté sa patrie, et auxquelles ses parents avaient, eux aussi, participé, pour se faire confectionner de nouveaux habits, et particulièrement, une grande cape qui, elle l’espérait, lui permettrait de se faufiler avec plus de discrétion parmi les humains. Elle rejoignit alors Cealcis qui différait de toutes les autres villes par lesquelles elle avait pu passer, par ses imposantes constructions, et ses interminables artères grouillantes de monde. Elle eut d’ailleurs beaucoup de mal à se faire à ce fourmillement constant au premier abord, mais elle finit par se distiller dans la masse sombre de la cité. Celle-ci était comme elle l’avait espéré : un immense carrefour de savoirs et de regroupements divers. Ce fut ainsi sans grande peine qu’elle parvint à se renseigner sur des sujets variés, à assister à des représentations et discussions publiques qui lui permirent de faire mûrir certaines de ses réflexions, et accéder à plusieurs ressources littéraires et historiques qui lui donnèrent matière à satisfaire sa curiosité. Cependant, la capitale était aussi un lieu fermé, où d’innombrables personnes allaient et venaient, de jour comme de nuit, et où elle était obligée de complètement se recouvrir pour ne pas attirer le moindre souci. Or, tout ceci s’accordait à lui donner la nausée et, ce fut, d’ailleurs, alors qu’elle hésitait à fuir de ce cloaque fumant qu’elle fit une rencontre que l’on pourrait s’aventurer à qualifier de fatidique.


Bremisc, An 69 de l’Ère des Rois

C’était une fin de journée chaude et étouffante ; Eilihel avait choisi d’éviter la place marchande qui s’était transformée en véritable fournaise mouvante, et errait dans une petite allée qui semblait abandonnée. Elle progressait sans véritablement prêter attention à où elle mettait les pieds, totalement plongée dans ses pensées, lorsque qu’une voix l’interpella :

Mademoiselle !

Cet appel résonna tout particulièrement à ses oreilles et l’intrigua immédiatement, du fait qu’il avait été prononcé en demeri. Les questions fusèrent dans son esprit : que faisait un Eleär du Crépuscule ici ?, et, surtout, comment avait-elle été reconnue, malgré le soin qu’elle prenait à se dissimuler, quasiment entièrement, sous son large manteau, avant de sortir ? Concernée, elle tourna vivement le visage vers la source de la voix et découvrit alors une femme enveloppée d’un long drapé sombre et de piètre qualité. Elle était à moitié recroquevillée, derrière une petite table recouverte de bibelots de toutes sortes, et devant laquelle elle avait dû passer, sans la remarquer, quelques secondes plus tôt. La tenancière lui sourit sous sa capuche et lui fit signe d’approcher. Elle hésita un instant puis, poussée par la curiosité, elle s’avança vers le bric-à-brac. Arrivée face à la femme, elle comprit que celle-ci n’était pas, à proprement parler, recroquevillée mais que son dos semblait, plutôt, avoir été cambré par le temps, et que c’était son âge, très avancé, qui lui donnait cette allure de vieille femme épuisée.

Qui êtes-vous ? Comment avez-vous su que… ? demanda-t-elle en la dévisageant ouvertement.
Ooh, ça… commença-t-elle en secouant la main, comme pour signifier que ce n’était pas grand-chose. Cela fait tellement longtemps que je ne croise que des humains que je serais même sûrement capable de voir la différence dans mon sommeil !

Eilihel la fixa d’un regard perplexe, puis, retrouvant de sa contenance, elle fronça les sourcils et demanda :

Que me voulez-vous ?
Ce que je veux ?... N’est-ce pas plutôt toi qui veux quelque chose, mon enfant ?

La jeune Eleär cligna des yeux en examinant d’un air suspicieux son interlocutrice. Ce serait elle qui voudrait quelque chose ? Qu’est-ce que cela pouvait bien vouloir dire ? Elle ne comprenait pas, et en vint même à se demander si cette femme n’était pas tout simplement dérangée. Confuse, elle baissa son regard sur les diverses marchandises présentes sur la table et glissa, de dépit, ses doigts sur une figurine blanche, choisie au hasard, avant de l’amener à son visage. Elle n’était pas plus grande qu’un doigt et représentait une figure humaine, accroupie et repliée sur elle-même, apparemment proie à des souffrances terribles. Elle grimaça de dégoût et reposa l’objet, avec irritation, là où elle l’avait trouvé.

Je me suis rapprochée car j’ai été intriguée de retrouver quelqu’un de ma patrie dans un tel endroit, mais je ne suis en aucun cas intéressée par votre camelote, madame. Je ne comprends pas à quel jeu vous tentez de jouer avec moi, mais sachez que cela ne fonctionnera pas, et je n’achèterai rien !

Agacée d’avoir ainsi perdu du temps pour des fadaises, elle se détourna et allait reprendre son chemin lorsque la femme, qui sembla ignorer son insolence, répondit lentement :

Ma chère, ne t’a-t-on jamais appris qu’il ne fallait pas juger sur les apparences ?

Elle s’arrêta, légèrement contrariée de se voir faire la morale par une étrangère, et se retourna pour observer le visage à moitié dissimulé de la marchande. Celle-ci lui adressa alors un large sourire et, glissant ses mains sur le bord de la table, elle y appuya de manière méthodique à l'aide de ses doigts. Tout à coup, un claquement retentit et le présentoir descendit, peu à peu, pour laisser place à un second étage qui était, jusque-là, caché en-dessous. Les figurines et petits bijoux sans grande valeur laissèrent alors leur place à diverses fioles aux couleurs plus ou moins extravagantes, aux boîtes aux contenus mystérieux, et à plusieurs pierres de formes et d’aspect variés. Eilihel cligna des yeux, ébahie par ce subterfuge inattendu, et se pencha légèrement en avant pour regarder de plus près les objets qui se trouvaient maintenant devant elle. Plusieurs d’entre eux attisèrent sa curiosité, mais elle la contint et jeta plutôt son dévolu sur une belle pierre aux éclats dorés. À première vue, elle aurait juré trouver là une véritable pépite d’or, cependant, lorsqu’elle l’eut entre les doigts, sa certitude s’évanouit, et son intérêt crût.

Ce n’est pas de l’or ? demanda-t-elle doucement en relevant les yeux vers la marchande.

Celle-ci eut l’air, tout d’abord, surprise par sa question puis, souriant, elle répondit :

Qu’en penses-tu ? Cela en a tout l’air, pourtant. N’est-ce pas ?
Oui, mais… dit-elle en hésitant. Sa masse est… étrange…
Hm… murmura-t-elle en semblant réfléchir avant d’acquiescer et de reprendre, comme pour elle-même. C’est vrai qu’elle doit l’être… Il faudra revoir ça, j’imagine…
Revoir ? reprit la jeune Eleär, sans comprendre de quoi son interlocutrice parlait.
Eh bien, oui, modifier le procédé ou les ingrédients… Ah, oui… Vois-tu, ce que tu as entre les doigts est, en quelques sortes, artificiel.
Artificiel ?
Oui. Cette pierre n’est pas de l’or, mais en a tout de même tous les aspects, et ce par manipulations extérieures.
Qu’est-ce que… ?

Dubitative, Eilihel détacha son regard de la vieille femme et le ramena aux diverses marchandises présentées, à la recherche d’autres objets qui lui sembleraient, eux aussi, extraordinaires.

Vois-tu, maintenant, que tu es intéressée…
Je… Je ne suis pas intéressée ! répondit-elle vivement en se redressant, embarrassée.
Ah non ?
Hm… Je me demandais juste… C’était de… de la simple curiosité !

La marchande gloussa, amusée par son comportement.

Mais la curiosité est suffisante ! dit-elle dans un sourire. La curiosité est, purement, une soif de connaissances, et la connaissance appelle, constamment, de nouvelles réponses, mais ces réponses ne se trouvent pas uniquement dans les écrits et les théories scientifiques. Non, la connaissance est aussi un art, qui demande travail et application, ainsi que des artisans pour la façonner et la mettre à disposition d’autres…

Cependant, elle n’eut pas le temps de terminer son explication qu’une nouvelle voix la coupa.

— Oh oh, mais qu’avons-nous là ?...

Eilihel se retourna dans un sursaut vers le nouvel arrivant, qui n’attendit pas d’approbation pour se rapprocher de l’étal. C’était un homme de taille moyenne et aux traits simples, portant des habits légers et proches du corps. Il paraissait évident, en l’examinant, qu’il souhaitait se donner bon genre (avec notamment des bijoux et accessoires clinquants) mais son regard trahissait un amusement malsain. Elle se raidit avec une certaine appréhension devant la lueur avide de ses yeux, ne pouvant se défaire de l’idée qu’il devait être un voleur ou, du moins, un individu malveillant. Par précaution, elle cacha alors sa main, qui détenait toujours la pierre, sous sa cape, et ce aussi discrètement qu’elle le put.

— Il semble qu’il y ait des choses intéressantes par ici, dites-moi… Quel gâchis que cela ne soit pas vendu sur la place principale…

La marchande avança précipitamment un de ses bras au-dessus de ses biens, lui interdisant de s’approcher davantage, et annonça d’une voix forte :

— Allez voir ailleurs, monsieur, je ne vends qu’à des clients honorables !
— Honorables ?

Il fit un pas en arrière afin de l’examiner, un sourcil soulevé dans une mine moqueuse. Au comble de l’amusement, il se mit alors à rire à gorge déployée, sa voix résonnant dans la ruelle déserte en faisant frémir tout autant les murs que les nerfs des deux femmes. Son rire s’éteint alors et un silence pesant le remplaça. Il fit durer cette comédie encore quelques instants, avant de rapporter son attention sur ses interlocutrices, le visage étiré dans un rictus mauvais. Il s’avança à nouveau vers l’étal et tendit sa main vers le bras de la vieille femme qui le retira aussitôt, dans un mouvement de recul. Il pencha la tête en feignant l’incompréhension et reprit, sur une voix doucereuse :

— Ne t’inquiète pas, Grand-mère… En fait…

Il marqua une pause en baissant légèrement ses paupières puis, dans un mouvement si vif que les deux femmes n’eurent qu’à peine le temps de comprendre ce qu’il se passait qu’il était déjà trop tard, l’homme réduisit l’écart qui le séparait de la marchande et pointa une longue lame effilée contre son cou. L’acier brillait sous l’éclat de la lune qui remplissait maintenant le ciel gris de la cité, et se réfléchissait dans le regard allègre de l’agresseur. Il cria alors, surexcité :

— Je ne suis pas un client !

De sa main libre, il attrapa alors quelques-uns des flacons et d’autres marchandises qui se trouvaient à sa portée.

— Je vais prendre ça…, et ça…, et aussi ça !

Les objets valsaient du présentoir à son grand sac, certains s’écrasant sur le sol en y déversant leur contenu. Le regard de l’homme étincelait un peu plus à chaque nouvelle acquisition, et ses mains tremblaient de ravissement. La vieille femme tenta d’utiliser ce moment de déconcentration pour échapper à sa menace, mais il ne fut pas dupe et, rapportant son attention sur elle, il annonça brusquement :

— Et maintenant, tes bourses !

Celle-ci trembla sous la pression de la lame contre sa peau et finit par amener ses mains à sa taille pour en détacher ses porte-monnaie. Elle releva alors discrètement son regard et croisa celui d’Eilihel. Celle-ci baissa légèrement la tête, comme si elle avait compris ou décidé quelque chose, et, subitement, elle s’écria :

— Hé, le vaurien ! Tu ne préférerais pas plutôt quelque chose comme ça ?

L’homme, interloqué, tourna la tête vers la jeune femme tandis que celle-ci sortait, de sous le pan de son manteau, la pierre dorée. Il fronça les sourcils en analysant ce qui lui était montré et, tout à coup, ses pupilles semblèrent se dilater de désir.

— Ooh… Où t’as eu ça, ma grande ? Viens donc, amène la moi, et je considérerai peut-être d’en rester là… dit-il d’une voix mielleuse.

La jeune femme fit quelques pas vers lui, et plus elle se rapprochait, plus son sourire béat et son regard avide s’élargissaient. Et, quand cela fut certain que le malfrat n’avaient d’attention plus que pour elle, la marchande enfonça rapidement sa main dans un autre de ses sac et en ressortit sa paume rougie qui, lorsque l’homme rapporta son intérêt sur elle, vint se plaquer contre les yeux de celui-ci. Il se passa alors quelques secondes où tout sembla s’arrêter, puis, un hurlement fendit l’air. Il lâcha immédiatement son arme blanche et amena ses deux mains à ses yeux en se recroquevillant de douleur. Ne pouvant plus ouvrir ses paupières, et ne sachant que faire contre cette vive brûlure qui semblait lui percer les yeux, il criait à s’en déchirer les poumons.

— Bande de chiennes ! Qu’est-ce que vous m’avez fait ?! parvint-il à articuler au milieu de ses geintes.

Il se releva difficilement, chancelant, et, dans un mouvement brusque, attrapa la lame qui était tombée à ses côtés, avant de plonger, espérant rencontrer une de ses cibles par la chance. Cependant, l’absence de sa vue et l’engourdissement de son esprit par la peine, l’empêchèrent de parvenir à quoi que ce soit et il s’écroula de nouveau sur le sol, les jambes tremblantes et le visage décomposé dans une expression de profonde souffrance.

Les deux femmes demeurèrent quelques secondes à le regarder, silencieusement, leur esprit confondu du soulagement ressenti et de l’ébranlement apporté par ce retournement de situation. Elles décidèrent alors, et non sans un certain malaise, de récupérer les affaires éparpillées et de s’éclipser avant que les plaintes de l’homme, devenues un peu moins aiguës et un peu plus longues, n’attirent d’autres tracas.

Elles marchèrent côte à côte dans la ruelle sombre pendant plusieurs minutes sans échanger ni un mot, ni un regard, quand, enfin, la vieille femme annonça, sur un ton qui se voulait léger et rassurant :

Il s’en remettra. De l’eau, et les brûlures se calmeront. La peau demeurera peut-être juste légèrement marquée, vu que j’y suis allée un peu…
Hm, non, en fait c’était plutôt bien joué, la coupa Eilihel, pensive. Qu’est-ce que c’était, au juste ?
Eh bien... commença-t-elle, légèrement surprise par sa réaction. C’était de la poudre de piment. Cela peut paraître anodin, mais pur et directement en contact avec les yeux, le nez, ou avalé en grande quantité, c’est un irritant violent et… efficace, si je puis dire…

Eilihel la regarda en demeurant silencieuse.

Ah ! Quoiqu’il en soit ! Cela nous a complètement détournées de notre conversation première… déclara soudainement la vieille femme, mal à l’aise.
Conversation… ? répéta-t-elle en levant les yeux dans un signe de réflexion avant de reprendre, comme pour elle-même. Ah… Artificiel…
Oui, oui. Enfin… cela n’en est qu’un aspect parmi tant d’autres, murmura-t-elle, éveillant encore davantage l’intérêt de la jeune Eleär qui se pencha vers elle pour écouter.

La vieille femme sourit alors et ajouta, tout en cherchant à l’intérieur de ses poches :

Plutôt que de tenter de t’expliquer les choses par des mots, sans y parvenir, il sera plus aisé et plus efficace que tu les vois de tes propres yeux…

Elle marqua une pause, parvenant, enfin, à mettre la main sur ce qu’elle cherchait, et le lui tendit.

Sur ce papier se trouve l’adresse de mon laboratoire. Viens donc y jeter un œil dans la matinée de demain. Je ne devrais pas être trop occupée, et tu y trouveras de quoi nourrir ta curiosité !

Eilihel parcourut les lignes inscrites sur le papier jauni, et acquiesça en silence. Son interlocutrice claqua alors ses mains entre elles, l’air satisfaite, et reprit :

Bien ! Sur ce, je vais te laisser… Je n’aimerais pas trop te forcer… Mais, n’hésite pas à venir ! Tu verras, tu ne le regretteras pas !

Sur ces paroles, elle lui adressa un signe de la tête et un sourire avant de se détourner et de s’éloigner dans un embranchement de la rue ; laissant seule la jeune femme qui la regarda disparaître, légèrement déconcertée.

Le lendemain, et après une longue discussion avec elle-même qui exposa le pour, le contre, et certainement quelques arguments inclassables et non valables, Eilihel décida de se rendre à l’adresse indiquée sur le papier laissé par la marchande. Ce n’était encore que le début de matinée lorsqu’elle se retrouva face à une immense bâtisse qui semblait tout aussi loin des autres maisons de la cité de par son excentricité visuelle : taille incroyable, décorations extérieures tape-à-l’œil, jardin entretenu telle une œuvre d’art, etc. ; qu’elle en était loin par son excentricité géographique : décalée vers les limites extérieures de la cité, c’était à peine si on pouvait y deviner le bruit sourd de la foule et le remue-ménage journalier de cette-dernière. Devant tant de singularité, elle hésita un instant à frapper à la porte, se demandant si la vieille femme ne s’était pas trompée, ou, pire, si elle ne lui avait pas fait une farce. Cependant, elle n’eut finalement pas le temps de s’accorder avec ses propres pensées que la porte s’ouvrit d'elle-même. Étonnée, la jeune femme fit un pas en arrière et, devant elle, apparut alors un homme aussi bien entretenu que le reste de la bâtisse, et qui sourit à sa mine confuse.

— Bonjour Mademoiselle, je vous attendais ! Entrez, entrez, voyons. La personne que vous souhaitez voir est à l’étage. Suivez-moi.

Sa confusion atteignait des records encore jamais enregistrés, et elle demeura quelques secondes sur le palier, pantoise. Il lui adressa un signe et, reprenant alors ses esprits, elle finit par consentir à lui emboîter le pas, et à monter les escaliers qui se trouvaient au centre d’une pièce large et ostensiblement décorée. Arrivés à l’étage, l’homme l’abandonna, non sans la gratifier d’une petite courbette ridicule, et elle toqua à la porte qui se trouvait face à elle. Elle enleva se capuche, se libérant de sa contrainte, quand, dans l’encadrement de la porte, apparut la vieille femme, une paire de lunettes sur les yeux, et un flacon en verre dans une main. Elle sembla à la fois surprise et heureuse de la voir et l’invita immédiatement à entrer à l’intérieur de la pièce.

Ah, te voilà ! Mais ne reste pas là à regarder les mouches, entre donc !... J’ai presque cru que tu ne viendrais pas, tu sais !

L’endroit était au-delà de tout ce qu’elle avait pu imaginer. La salle était assez grande pour accueillir une dizaine de personnes, qui pourraient alors y vivre confortablement, et la richesse de la décoration et de l’ameublement était aussi stupéfiante que ce qu’elle avait déjà pu observer au rez-de-chaussée. La seule différence étant que cette chambre, ou du moins ce qu’elle pensait identifier comme telle, croulait sous l’abondance d’objets de forme et de taille diverses, et dont l’utilité demeurait aussi sombre que sa mine devant un tel fourbi.

Alors ? Qu’est-ce que tu en penses ? demanda la vieille femme, le visage resplendissant.
C’est… Chaotique…
Hm ? Oh, oui, c’est vrai, il y a un peu de bazar par-ci, par-là, mais ce n’est pas grand-chose, n’y fais pas attention !... Ah, juste, prendre garde à où tu mets tes pieds, ce serait dommage que tu glisses, ou casses quelque chose…

Eilihel pesta avec dégoût et fit quelques pas dans la pièce en observant avec plus d’attention ce qu’il s’y trouvait, non sans une certaine répulsion. Sur les étagères de gauche étaient exposés divers récipients, tantôt vides, tantôt remplis de substances dont elle préférait, pour le moment, ignorer la nature, et un pigeon était même endormi sur la petite table qui se trouvait en-dessous, parmi de nombreuses pages manuscrites et des croquis de plantes aussi ordinaires qu’exotiques. Sur la droite se trouvaient des tubes, ampoules, ballons, cristallisoirs, soufflets, sacs de charbon, sel, et tout un tas d’autres éléments qui s’ajoutaient au désordre général. Enfin, sur un présentoir un peu plus entretenu que le reste, reposaient des pierres singulières dont elle s’approcha par curiosité. Hormis les minerais et joyaux rares, trônait là un caillou un peu plus gros qu’un poing et qui brillait d’une coloration dorée ce qui ne manqua pas de lui rappeler la pierre qu’elle avait pu analyser la veille. Elle rapporta son attention à la vieille femme et demanda :

Qu’est-ce que vous faites ici au juste ?
Eh bien, je travaille !, quelle question… dit-elle en mimant une mine boudeuse qui rappela à la jeune femme comment elle la trouvait si enfantine alors qu’elle était, de toute évidence, très âgée. Mais vous avez dû rencontrer notre hôte, n’est-ce pas ?
Ce Vreën emmitouflé de velours ?
Oui. Mais je te l’ai déjà dit ; il ne faut pas se fier aux apparences… C’est mon mécène : il me fournit le vivre et le couvert, et, en contrepartie, je travaille pour lui. Du moins, pour le moment. Il s’avère que je lui avais déjà rendu quelques services, ce qui m’a valu son estime et sa confiance ; la suite s’est faite d’elle-même.
Je vois… souffla la jeune femme, en s’intéressant, à nouveau, au chaos général qui l’entourait. Et donc, pendant que les plus pauvres se battent pour espérer goûter à un morceau de pain rance, les autres assoient tranquillement leur fortune par tous les moyens…
La dure réalité de la vie, n’est-ce pas ? répondit son interlocutrice dans un soupir, avant de reprendre, plus durement. Mais… parce que tu les aiderais, toi, si tu en avais la possibilité ? Et ce, par simple bonté de cœur ?...

Et elle ajouta, mais uniquement par la pensée : « Aurais-tu une part de générosité que j’aurais négligée ? ».

Non. C’était un simple constat. Et à dire vrai, je ferais certainement la même chose à leur place…
Ah… Je me disais aussi… dit-elle, amusée, et avant d’ajouter, comme pour elle-même : Tellement prévisible.
Hm. Et donc, pourquoi m’avoir faite venir ici ? J’imagine que cela n’était pas uniquement pour répondre à mes questions, n’est-ce pas ? souffla-t-elle en parcourant de manière significative la pièce du regard.

La vieille femme semblant alors se souvenir de ce détail s’avança alors vers une grande table qui traversait la pièce dans sa largeur et où étaient disposés plusieurs tubes, cloches et ballons, très certainement en verre, et dans lesquels se développait, déjà depuis quelques temps, une vapeur rougeâtre.

Qu’est-ce que c’est ? demanda Eilihel en levant un sourcil avec une certaine méfiance.
La dernière commande en date de Monsieur. Cependant je n’avance pas particulièrement, en ce moment.
Vous ne répondez pas véritablement à la question…

Il y eut un silence.

De l'alchimie. L’alchimie… et les sciences naturelles sont des études de ce qui nous entoure, des recherches sur les mystères de notre monde. L’alchimiste travaille avec ces connaissances, il les manipule, leur donne à la fois corps et dessein. Il cherche et dévoile les mystères de ce monde.

Eilihel croisa les bras en la regardant, impassible.

Et ?
C’est ici que réside toutes les connaissances du monde ! reprit la vieille femme, vivement. Celles déjà connues, celles qui sont encore à découvrir ! Cela n’a plus rien à voir avec l’acquisition de savoirs au travers de simples manuscrits ou par l’intermédiaire de précepteurs. L’alchimiste est un forgeron du savoir ! N’est-ce pas quelque chose de merveilleux ?!
… Et vous voulez que je vous seconde dans ce travail…
Seconde ?! Non ! répondit-elle dans un pouffement. Tu seras un alchimiste à part entière, dans une quête à la recherche du Vrai, et moi, je serai là pour te guider.

La jeune Eleär soupira, excédée.

Pourquoi tant d’acharnement ? Pourquoi faut-il que ce soit moi ? N’importe qui ferait l’affaire…
Non, non ! N’importe qui… Ah ! Quelle idée ! dit-elle en secouant la main comme si elle venait d’entendre la pire aberration. Ma grande, l’alchimie n’est pas une profession répandue. Sa pratique est assez peu reconnue et elle est même souvent tenue quasiment dans le secret, au sein de cercles fermés. De cette manière, le nombre de ses pratiquants est assez faible. Chacun y investi corps et âme, tentant de mener ses recherches aussi loin que son existence le lui permet, cependant…

Elle marqua un instant de silence, tournant son visage dans une expression grave qu’elle n’expliqua pas par des mots mais qui résonna étrangement dans l’esprit de la jeune femme.

Vouer toute notre vie à nos recherches est un de nos devoirs, et trouver un apprenti, quelqu’un qui accepte, et soit capable, de porter un tel héritage, en est un autre. Aussi saugrenu que cela puisse paraître, je pense que tu en es capable, et je dirais même que tu es la meilleure candidate que je puisse trouver.

Eilihel prit une inspiration, souhaitant répondre quelque chose, mais son interlocutrice l’arrêta en levant lentement sa main. Elle continua, alors, dans un sourire :

Je sais ce que tu vas demander : comment je peux le savoir ?, eh bien je répondrais simplement par : parce que je le sens, tout simplement.

Eilihel cligna des yeux, puis baissa légèrement ses paupières. Se détournant alors pour faire face à la bibliothèque qui prenait tout un pan du mur et débordait par endroits, elle réfléchit. Toute cette histoire la poussait au plus loin dans le champ de ce qu’elle considérait comme vraisemblable. Naturellement, elle éviterait purement et simplement une telle personne, cependant, elle était, aussi, étrangement attirée par celle-ci.
Après un long moment de silence, entrecoupé des roucoulements de l’oiseau qui s’était, apparemment, éveillé, elle finit par murmurer :

Cinq.
Cinq ? répéta la vieille femme, sans comprendre.
Je reste ici cinq jours. Et c’est le temps que vous avez pour me convaincre, pour me montrer ce que vous savez faire et ce qu’il y a de si intéressant là-dedans.

Elle eut du mal à croire ce qu’elle entendait et ce n’est qu’après un petit temps de réflexion qu’elle comprit et appela, avec enjouement :

— Thomas !

Eilihel rapporta son attention sur la vieille femme, se demandant ce qu’il se passait. Un jeune garçon apparut alors par une seconde porte, menant certainement à une pièce adjacente à celle-ci.

— Je te présente Thomas, dit-elle en se tournant vers elle et en lui présentant le garçon de la main. Il sera notre commis pour cette affaire.

Le concerné s’inclina en chancelant légèrement, très certainement intimidé, et disparu presque aussitôt par la même porte.

Et, c’est ainsi que s’amorça leur collaboration.

Jour numéro I.
Le premier jour ne fut qu’une approche théorique et basique des recherches et des ustensiles qu’elle allait être amenée à utiliser. Cela ne fut pas particulièrement passionnant pour la jeune femme qui suivit simplement son aînée, tout au long de la journée, prenant note dans un coin de son esprit de ce qui lui semblait intéressant et important. Elle eut aussi le droit à une visite, en long et en travers, de la demeure, pour son plus grand déplaisir (en effet, elle n’était pas là pour « admirer parquets et pâquerettes », comme elle avait d’ailleurs fini par lâcher, au bout de plusieurs heures de promenade).

Jour numéro II.
Le deuxième jour s’avéra déjà plus palpitant puisqu’elle eut l’occasion de manipuler certaines substances et objets des travaux en cours de la vieille femme, toujours, cependant, sous son regard et sa tutelle. Ce qu’elle eut à faire ne la passionna pas, mais elle demeura, en fin de journée, plutôt curieuse des choses qui lui restait encore à découvrir sur ces quelques jours.

Jour numéro III.
Le troisième jour se déroula comme le second, sans événement particulier si ce n’est que Thomas renversa l’eau de chaux tout juste bouillie, et donc brûlante, sur ses pieds et qu’il fallut qu’au moins trois quart d’heure passent pour que ses boursouflures, et ses pleurs, se calment.

Jour numéro IV.
Le quatrième jour la fit entrer davantage dans la matière et elle fut même assignée à une tâche qu’elle dut accomplir par ses propres moyens et en recourant à ses seules connaissances. Elle s’y appliqua particulièrement et c’est même avec une certaine ferveur qu’elle décida de reculer son heure de coucher afin de parfaire son travail.

Jour numéro V.
Le cinquième jour commença aux aurores pour Eilihel : elle avait eu du mal à trouver le sommeil cette nuit-là, trop occupée à délibérer avec elle-même sur le sens de certains passages d’un manuscrit qu’elle était, d’ailleurs, toujours en train de lire alors qu’elle se rendait vers la salle destinée à leurs expérimentations. Cependant, elle fut arrêtée dans le hall de la demeure par un Thomas soufflant et suant qui venait, de ce qu’elle pouvait comprendre de la scène, de transporter des sacs et diverses autres affaires. Forcée de décoller le nez de ses pages jaunies, elle demanda avec un certain agacement :

— Thomas ?  Je peux savoir ce que tu fais ?

Il sursauta en entendant sa voix et, clignant les yeux d’un air ahuri, il balbutia :

— Eh bien… Hm… N’est-ce pas Madame qui avait dit que… hm… qui voulait qu’on… Vous savez…

Eilihel grimaça devant un tel cafouillage inaudible. Elle hocha alors vigoureusement la tête et, de la main, lui fit signe de s’arrêter et d’oublier sa question.

— Qu’est-ce que tu racontes… Remonte donc vite là-haut, je ne suis pas d’humeur ! On a des choses à terminer, je te rappelle !

Le garçon se crispa sur place et parvint à émettre un « oui », confondu dans d’autres paroles incompréhensibles, avant de retourner à grandes enjambées sur ses pas. Elle le regarda faire et soupira, avant de se remettre en chemin, ses yeux reprenant leur lecture là où ils avaient été contraints de l’abandonner.


Ansbar, An 69 de l’Ère des Rois

— « …du Feu Purificateur il rejoindra la patrie qui l’a vu naître, sa mère Nature qui en terre a- »
— Vous faites une incantation magique, Madame Eilihel… ?

Thomas avait glissé son visage rosé au-dessus de l’épaule de la jeune femme et regardait, ingénument, le papier qu’elle tenait entre les doigts. Elle protesta de son intervention dans un murmure de reproche et, amenant sa main au visage du garçon, elle le repoussa doucement en appuyant sur son front. Lorsqu’il fut de nouveau éloigné de son épaule, elle répondit avec peu d’entrain :

— Non, Thomas, j’essaye de décrypter ce qui est marqué là-dessus…
— Thomas…, appela alors une voix doucereuse dans son dos. N’embête pas Eilihel, tu sais bien comment elle est bougonne quand elle bloque sur quelque chose… Vas plutôt nous chercher un peu d’eau, tu veux bien ?

Le garçon acquiesça en souriant et disparut rapidement dans l’escalier. La vieille femme sourit et se rapprocha de son élève qui lui jeta un regard accusateur.

— Qu’est-ce qu’il y a ? J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ? demanda-t-elle, innocemment.
— Tu le couves trop…
— Et qu’y a-t-il de mal à cela ? Ce n’est qu’un enfant, et il a besoin d’affection… C’est sûr que ce n’est pas avec Mademoiselle l’Antipathique Invétérée qu’il risque de s’amuser et de s’émanciper…

Eilihel leva les yeux au ciel avant de rapporter son attention à son papier. Sa tutrice passa, à son tour, la tête au-dessus de son épaule, avant de demander :

— Alors, ça avance ?
— Ça avançait, répondit-elle en appuyant d’un air courroucé sur la terminaison de forme passé de son verbe.
— Ouuh !... Ah ! Thomas ! Parfait, tu arrives juste à temps avec l’eau ; le glacier vient de se transformer en fournaise !


Elles passèrent quasiment une année entière chez ce mécène Vreën, qui leur permettait de vivre convenablement tout en ayant un lieu pour leurs expériences. Dans ce cadre propice, et aux côtés de sa tutrice, Eilihel put ainsi apprendre les pratiques de l’alchimie, mais aussi approfondir ses connaissances sur les plantes et les organismes vivants. Leur entente était nette dans leur domaine de recherches, mais quelques différends subsistaient cependant dans les aléas de leur vie quotidienne. En effet, Eilihel avait pu remarquer, et ce dès leur première rencontre, que sa tutrice appréciait particulièrement commercer, en vendant ses babioles notamment, mais aussi se rendre utile et connue dans les lieux où elle passait. Parfois on venait lui demander une décoction d’herboriste pour soigner du bétail, d’autres fois, des souvenirs d’une région où elle s’était rendue précédemment, ou bien on venait juste discuter avec elle et l’interroger pour des conseils. La jeune Elëar avait, tout d’abord, supporté la chose mais, au fil du temps qui passait, elle commença à développer une véritable aversion pour cette manie.

Un soir, alors qu’elles étaient toutes deux installées dans une allée marchande de Cealcis, une fillette s’approcha d’elles. Eilihel lui jeta un regard noir, lui faisant hésiter à s’avancer davantage, mais la vieille femme lui sourit, lui rendant, de cette manière, son courage. Excitée devant l’étalage de marchandises diverses, celle-ci demanda alors joyeusement :

— Madame, madame ! Qu’est-ce que c’est, ça ? C’est beau !

Elle montra de son petit index un ensemble de pendentifs composés de pierres dont la couleur ressemblait à celle de l’émeraude, et dont l’éclat semblait pétiller à la lumière.

— Hm ? Ça ? Ce sont des porte-bonheurs, ma petite. Avec l’un d’entre eux autour du cou, tu es sûre qu’il ne t’arrivera jamais rien de mal !
— Oh ! C’est génial ! J’en veux un, j’en veux un, madame !
— Mais bien sûr.

Elle échangea son bria contre le porte-bonheur que lui tendait la marchande, puis s’éloigna alors, les yeux pétillant de joie et les doigts serrés sur son nouveau trésor.

Des talismans de protection, des gris-gris dotés de je ne sais quelles propriétés, et des porte-bonheur maintenant ? Ce sera quoi la prochaine fois ? Des élixirs de guérison ? railla Eilihel.
Il faut bien gagner sa croûte, mon enfant. Tes recherches ne seront pas toujours aussi bien rémunérées, et il faudra bien que tu mettes un jour, toi aussi, les mains à la pâte. Et puis… quoi que tu en dises, cette petite avait l’air heureuse.
… Consternant.


Le temps passa et leurs tribulations allaient de bon train, taisant ainsi leurs désaccords. Elles consumèrent de nombreuses années à parcourir les terres qui les entouraient, de Seregon aux territoires arides des Sharda, en Radjyn, par lesquels elles furent contraintes de passer, suite à une malheureuse aventure qui avait pour but initial l’Ordanie et qui débuta par l’alcoolisation excessive à l’eau-de-vie et à la mannite d’un capitaine de bateau, afin de voyager à moindres frais, et finit par la manœuvre catastrophique de ce même capitaine vineux, qui leur fit rejoindre la côte en passant par les flots. Elles prirent aussi beaucoup de plaisir à parcourir les forêts elfiques de Satvar, et rejoignirent finalement l’Ordanie, en courant après des rumeurs et en étudiant, sur place, des données qui les intéressaient.


◈ Missives : 52

◈ Âge du Personnage : 54 ans
◈ Alignement : Chaotique Neutre
◈ Race : Elëar
◈ Ethnie : Elëar du Crépuscule
◈ Origine : Île des Mirages
◈ Magie : Aucune
◈ Lié : Aucun
◈ Fiche personnage : Eilihel Elyë

Âme Damnée
Eilihel Elyë

◈ Jeu 29 Oct 2015 - 12:45


Histoire (suite)



Merä, An 76 de l’Ère des Rois

Leur pérégrinations en Ordanie les mena, un jour, dans une contrée de Kaerdum qui avait été abandonnée suite à la propagation d’épidémies et à divers décès dans des conditions mystérieuses. On leur avait indiqué là un village qui garderait pour lui une caverne dont les richesses minières seraient, prétendument, hors du commun. Elles s’y étaient, donc, rendues dans l'intérêt, et l’espoir, de découvrir, sinon des pierres encore inconnues, au moins des éléments rares.

Elles arrivèrent donc au village dans une matinée grise qui s’accordait presque trop parfaitement au paysage désolé de l’endroit. En effet, elles n’eurent pas encore mis les pieds dans le hameau lui-même que l’endroit leur donnait déjà des frissons par son atmosphère macabre. Calme et sombre, il semblait avoir été laissé à l’abandon : les volets des maisons étaient fermés, les murs étaient fissurés et rongés par les moisissures, et, surtout, la vase avait envahi le sol, des routes jusqu’aux champs, les laissant ravagés et stériles. Plus un seul frisson de vie ne semblait subsister ici.

Elles traversèrent donc, avec un certain malaise, le village abandonné et ses petites constructions maintenant devenues solitaires, et parvinrent aux pieds d’une petite colline rocheuse.

Nous avons été devancées, il semblerait… murmura la vieille femme.

En effet, en levant le visage, elles purent voir que plusieurs hommes se tenaient un peu plus haut, sur le mont, et semblaient en pleine discussion. Habillés de simples guenilles, il ne faisait aucun doute qu’ils étaient les derniers habitants de ce village.

— Qu’est-ce que c’est qu’ça ? tonitrua l’un d’eux en sautant sur place lorsqu’elles s’approchèrent.
— Hm, patron, ça a tout l’air d’être des Elfes.
— Merci gros niais, j’suis pas encore aveugle ! J’vois bien qu’c’est des oreilles pointues ! Ma question c’est qu’est-ce qu’elles viennent foutre là, les Elfes ?

Eilihel, tiquant aux paroles de bienvenue de l’homme, commença, sèchement :

— Nous sommes ici pour les gisements qui se trouvent juste derrière vos loques de bouseux, donc vous allez vous bouger rapidement et nous laisser…

Un coup de coude discret, de sa tutrice, dans les côtes l’empêcha, cependant, d’aller plus loin dans cet échange d’amabilités. Elle baissa les yeux vers celle-ci et reprit, contre son gré :

— Nous sommes venues visiter cette admirable région, et avons entendu parler de cette caverne pour les merveilles qu’elle renferme… Nous sommes, de notre profession, très intéressées par les éventuelles trouvailles que l’on pourrait y faire, et, donc, je vous saurais gré de bien vouloir nous laisser y prendre place… ? hacha-t-elle, un sourcil levé en direction de la vieille femme qui la fixait d’un regard de plus en plus noir.

L’homme la regarda en silence avant de tourner la tête vers ses hommes, tous plus perplexes les uns que les autres.

— Qu’est-ce qu’elle raconte celle-là ?
— J’crois qu’elles veulent qu’on leur laisse la mine, patron…
— Et puis quoi encore ?! tonitrua-t-il en se retournant vers les deux Eleär. Ecoutez mes p’tites dames, cette mine nous appartient pas, on est là pour le compte de Mon Seigneur du Lac. C’est lui qui nous a dit de v'nir exploiter cette mine, et « premier arrivé premier servi », comme qu’on dit.
— Mais nous venons de loin, et puis nous ne désirons pas vider l’endroit de ses ressources mais seulement… tenta la vieille femme.
— Cherchez pas, m’dame, les ordres sont clairs, et y’a pas d’Elfes qui soient qui puissent entrer là-d’dans !

Il croisa alors les bras sur son ventre proéminent, signifiant que la discussion était close.

Il m’horripile… chuchota Eilihel à sa comparse, agacée. Une idée, pour passer, hormis celle de les étriper ?

La vieille femme soupira.

Oui, peut-être, mais n’interviens pas.

L’homme se tendit vers elles en fronçant les sourcils.

— Hé ! Qu’est-ce que vous marmonnez là ?
— Ah. Ce n’est rien, je mettais simplement les choses au clair avec mon assistante… répondit la vieille femme en souriant chaleureusement.
— Assistante ?! s’indigna Eilihel à demi-voix.
— Dites-moi, messires, reprit-elle, prestement pour couvrir l’intervention de la jeune femme. Vous venez du village se trouvant en contre-bas, dans la vallée, n’est-ce pas ?
— Hm ? Oui… Mais qu’est-ce que c’la a à voir avec…
— Vos terres, elles ne donnent plus rien depuis longtemps.
— … !
— Voilà ce que je vous propose : je vous permets de récupérer vos champs d’antan, et en échange, vous nous laissez…
— Et par quel heureux miracle vous pourriez faire ça ?! la coupa-t-il.
— Eh bien, je suis alchimiste, je…
— Alchi-quoi ? coupa un homme auquel il manquait des dents, à l’arrière.
— … Je suis capable de confectionner un remède pour vos terres, ce qui vous permettra d’avoir de nouveau des récoltes saines.
— C’est génial, patron, non ?! On va pouvoir retourner à nos fermes !
— Oui… commença-t-il avant de secouer vivement la tête. Non, non. C’pas possible. C’bien beau tout ça m’dame, mais les ordres sont qu’on ramène tout c’qu’y a dans cette mine à Mon Seigneur du Lac, et on peut pas désobéir, sinon, il nous punira… Et c’pas la p’tite punition que vous pouvez vous imaginer. Non, celle-là, c’est celle avec la corde, et l’échafaud !

Un silence dans l’assemblée suivit son intervention, chacun se regardant avec appréhension et tristesse. La vieille femme sembla légèrement décontenancée, ne sachant plus vraiment comment répondre pour servir leur cause tout en considérant ce qu’elle venait d’apprendre. Eilihel lui jeta un regard puis, prenant une grande inspiration elle finit par annoncer :

— Vous ne nous avez pas comprises, monsieur. Nous ne sommes pas là pour dérober vos minerais. Tout ce que nous voulons c’est visiter la mine.
— Hein ?
— C’est quoi c’t’histoire ? Depuis quand qu’on visite des mines ? demanda un des hommes.
— C’est p’t-être habituel pour eux, les Elfes, lui répondit un autre.
— Habituel ?!
— Oui, t’sais, doivent pas avoir les mêmes occupations qu’nous, par chez eux.

Il y eut un silence avant qu’Eilihel, tentant de taire son agacement, reprenne :

— Ma maîtresse s’est certainement mal faite entendre… Ce que nous vous proposons, en fait, c’est simplement d’accepter que l’on parcoure la mine comme nous le souhaitons, et que l’on puisse donc être présentes lors des diverses excavations, et cela en échange de…
— L’alchimie ! compléta fièrement l’homme aux dents manquantes.
— Heu…, oui, c’est ça. En échange de l’alchimie, finit Eilihel, surprise.

Le premier homme la dévisagea en clignant des yeux, l’air légèrement perdu.

— Hm. Eh bien…
— Moi j’trouve qu’c’est une bonne idée, patron ! Ça n’change rien pour la mission d’Mon Seigneur et en plus on récupère nos champs !
— Tout à fait ! Et puis… on peut pas dire non à un peu de présence féminine… ajouta un autre, en lorgnant les jambes de la jeune Eleär.

Celle-ci avala difficilement sa salive et lâcha, dans un rire jaune, un « Exactement… ».

— Bon, bon, très bien, finit par concéder leur chef. Mais on n’reste pas dans les pattes, on n’touche qu’avec les yeux, et… on n’oublie pas le marché avec l’al… l’alchimie.

Elles acquiescèrent et il se retourna afin de faire signe à ses hommes.

— Allez, les gars, on s’met au boulot, c’est parti !

Sur ces paroles, ils prirent tous leurs affaires et entamèrent alors la descente dans la mine où ils furent dispersés sur de petites zones afin de tout ratisser.

Tu as réussi à bien retourner la situation, mais… comment comptes-tu récupérer les minerais que nous sommes venues chercher maintenant que tu as accepté ses conditions ? lui chuchota à l’oreille la vieille femme, alors qu’elles parcouraient la première galerie, à l’arrière du peloton principal.
… Eh bien, ma parole n’est ni promesse ni vérité, mais ils ne sont pas censés l’apprendre… Dites-moi plutôt, vous avez de quoi concocter une drogue soporative sur vous ?
Hm… cela doit être faisable, oui… Le pavot somnifère est commun et l’opium que l’on extrait de celui-ci est efficace, mais que comptes-tu…
Il en faudra une quantité suffisante pour en donner à chacun d’entre eux. À intégrer dans leur boisson ou dans leur repas, on avisera.

Elles s’entendirent d’un regard sur l’idée et se murèrent à nouveau dans le mutisme qui leur avait été plus ou moins imposé « parce qu’ça doit pas comploter ». Les mineurs, quant à eux, ne se gênaient pas pour discuter, de manière plus ou moins discrète, enfin surtout moins, dans leur dos. Et toutes ces rumeurs allaient de si bon train, qu'après plusieurs jours d’excavation, leurs oreilles semblaient grésiller.

Aldar, An 76 de l’Ère des Rois

Non loin du site minier, les ouvriers avaient établi un campement de fortune, où ils mangeaient et dormaient, une fois la nuit tombée et lorsque la lumière devenait trop faible pour leur permettre de travailler de manière convenable. Leur collation avalée, ils se regroupaient alors en cercle, autour du feu, pour discuter, rire et se délasser le corps et l’esprit de leurs rudes journées. Eilihel, elle, s’installait toujours un peu plus loin, sur le sol rocailleux où poussaient quelques audacieuses herbes jaunissantes, en songeant et en observant silencieusement leur regroupement. Elle était rejoint, souvent quelques heures plus tard, par sa tutrice qui vaquait alors à ses occupations et, dans de rares occasions, lui adressait la parole à demi-voix. Ce soir-là, cependant, elle tarda plus que d’habitude à revenir et, lorsqu’enfin elle émergea du sous-bois, c’est avec une certaine inquiétude que son élève l’accueillit. Elle la rassura d’un sourire et, montrant d’un signe discret un de ses sacs en tissu, elle murmura :

J’ai tout ce qu’il faut. Demain, ce sera bon.

La journée du lendemain sembla durer une éternité pour la jeune Eleär qui ne cessait de répéter, tourner, et retourner son plan dans son esprit. Quand les hommes mirent fin à leur travail du jour et commencèrent à se regrouper sur le campement, les deux femmes se présentèrent de nouveau devant l’homme qui menait la petite troupe.

— Oui ? C’est pour quoi ? demanda celui-ci d’un air intrigué.
— Nous pensons en avoir fini avec cet endroit, nous vous quitterons dès le lever du soleil, lui répondit la vieille femme.
— Oh vraiment ? Déjà ? Bon, eh bien, d’accord. Ah, j’sais ! Marquons votre départ par un petit festin alors ! J’ai quelques bouteilles d’alcool dans la tente, j’vais nous sortir ça…

Ses paroles furent accompagnées d’une approbation bruyante de ses hommes qui sautèrent quasiment de joie.

La soirée fut ainsi longue et réjouissante, et tout le monde se servi à plusieurs reprises des mets que la vieille Eleär avait pris soin de concocter pour l’occasion. Cependant, au fil des heures qui défilaient, et de la nuit qui s’avançait, le vacarme premier se fit de moins en moins retentissant et, bientôt, le seul bruit qui parvint à fendre l’air du soir fut celui de leurs ronflements gras.

Bien, je pense que cela a fonctionné, annonça alors Eilihel en se penchant sur l’un des corps endormis auprès du feu.
Evidemment que cela a fonctionné ! répondit sa tutrice d’un air froissé avant de reprendre, plus sérieusement. Et maintenant ? Que proposes-tu de faire ?

Eilihel se retourna vers elle avant d’indiquer du doigt le lieu de stockage des minerais extraits.

Les caisses. J’ai marqué, discrètement, celles qui étaient intéressantes. Nous y récupérons ce dont nous avons besoin, puis nous disparaissons avant qu’ils ne se réveillent.
Pfuh. Tu as tout prévu, cela en est presque frustrant, dit-elle dans un sourire, qui lui fut rendu par son élève.

Elles se dirigèrent alors vers les dites caisses et en extirpèrent plusieurs minerais et roches dont elles remplir les sacs qu’elles avaient amenés pour ce motif. Lorsqu’elles considérèrent être assez chargées, elles reprirent le chemin du campement, où les hommes étaient encore plongés dans un profond repos. Eilihel s’engagea sur la voie qui reliait le village à ceux voisins, mais elle remarqua alors que sa tutrice s’était arrêtée pour déposer, sur une table de travail du camp, un sachet d’herbes. Elle pesta et détourna le regard, attendant qu’elle finisse et vienne la rejoindre avant de se remettre en route.

Elles ne purent se délasser du poids de leurs trophées que lorsqu’elles rejoignirent le hameau suivant où elles trouvèrent un chariot qui voulut bien, contre monnaie payante, les raccompagner jusqu’à la ville la plus proche. Une fois qu’elles furent, donc, enfin tranquilles, installées sur leur voiture de fortune, Eilihel demanda à sa tutrice :

Pourquoi leur avoir donné les graines ? Cela n’avait plus aucun intérêt …
Hm ? Ah, eh bien, l’âge nous rend compatissant, j’imagine…
Je vois…

De cet échange résulta un silence pénible. Au bout de plusieurs minutes, la vieille femme finit par reprendre dans un soupir :

Ah ! Finalement, je pense que cette petite excursion va nous rapporter une bonne somme ! Il y a de quoi faire bijoux et argent là-dedans !

La jeune femme la regarda un moment avant de détourner son attention.

À vrai dire, je préférerais utiliser au moins une partie à des fins de recherche… cela fait un petit temps que nous n’avons pas eu de résultats convaincants quant à nos manipulations et à nos ambitions pour la Pierre… Et puis, je ne m’inquiète pas particulièrement pour nos fonds : j’ai, en fait, trouvé un assez bon filon, sans mauvais jeu de mots. Une dame de Raiendal s'est avérée particulièrement fervente de cristaux de lune, elle m’en passe commande au moins une fois par semaine ces derniers temps… et ce ne sont pas des petites commandes, qui plus est !
Des cristaux de lune ? Pourquoi a-t-elle besoin de ça, et en si grande quantité ?
Aucune idée. Et cela ne m’intéresse guère ; du moment qu’elle me paye les sommes que je lui demande…
Hmf. J’imagine que certaines choses ne changeront jamais, même avec le temps…



Friest, An 87 de l’Ère des Rois

Cependant, la vie n’est pas éternelle, et Eilihel dut se rendre à l’évidence que l’épuisement qui pesait un peu plus de jour en jour sur les épaules de sa tutrice n’était pas anodin, et que tout cela ne pourrait pas continuer ainsi indéfiniment.

Un soir, alors qu’elles étaient installées près du foyer d’une auberge dans laquelle elles avaient décidé de passer la nuit, la vieille femme demanda subitement :

Dis-moi, ma chérie, combien de temps cela fait, maintenant ?
Combien de temps que quoi ?
Que l’on a passé ce pacte…
Oh. Une vingtaine d’années, quasiment. Je pense.
Hm, je vois. C’est, finalement, passé assez vite…
Passé vite ? Allons, le temps ne peut pas différer selon…
J’espère que j’ai pu en faire suffisamment… et que tu ne manqueras de rien… Tout te revient, de toutes manières.
… ?
Il est temps.

À ces mots, elle se leva. Eilihel se redressa, voulant l’accompagner, mais elle l’arrêta d’une main posée sur son épaule. Elle regarda sa tutrice d’un air interrogateur, apparemment plongée dans l’incompréhension. Ou, plus que de l’incompréhension, n’était-ce pas un refus ? Celle-ci lui sourit, calmement, puis s’éloigna, quittant l’auberge, et sa vie, aussi étrangement et obstinément qu’elle y était entrée, et laissant, derrière elle, sa disciple en tant que seule instigatrice de leur ambition.



Ordo, An 88 de l’Ère des Rois

Eilihel était tranquillement installée sur la place principale d’un village de Rhaemond, frontalier de Desde. Elle avait réussi à allier l’utile à l’agréable en joignant la vente à l’étude de textes, qu’elle choisissait courts et simples, afin de ne pas rendre l’opération impossible. Elle parcourait les lignes d’un de ceux-ci lorsqu’une voix la coupa dans son activité.  

— Je ne savais pas que les Elfes savaient lire…

Elle releva légèrement le regard, abandonnant son livre, afin de considérer la personne qui lui parlait de manière si élégante. Un homme d’une carrure comparable à celle parallélépipède se tenait là, face à elle, les mains plaquées sur ses hanches, le regard hautain et une moustache grasse et rousse frissonnant sous son sourire moqueur. L’ensemble était accompagné d’habits gonflants dans des teintes beige et violette. Autant dire qu’il n’avait absolument aucune saveur.

— Et moi, je ne savais pas que les porcs pouvaient, maintenant, converser, répondit-elle sur un ton mauvais, en rapportant son attention sur les pages tachées d’encre qui se trouvaient sur ses genoux.
— Qu-, commença-t-il avant de se retenir et de jurer dans sa barbe.

Il frappa alors de sa main gauche sur l’établi, faisant sursauter la jeune femme par la même occasion, et tonitrua :

— Sale Elfe ! Tu es une menteuse et une voleuse !
— Ah ? Et en quel honneur ? répondit-elle en clignant des yeux.
— Le père Garven ; il est venu t’acheter des herbes médicinales, pour sa tête, il y a deux jours, et rien n’y fait, il est toujours malade à en crever !
— Hm ? Je ne vois pas où est le problème. Il est venu me demander un remède pour les migraines, et je le lui ai fourni. Maintenant, s’il a une méningite, je n’y peux rien. Je peux prodiguer autant de soins possibles, conseiller autant de simples qu’il me viendra à l’esprit, je ne peux cependant pas encore faire de miracles.
— Mais si vous saviez que ça ne fonctionnerait pas, pourquoi le lui avoir vendu ?!
— Ecoutez, avec moi ça marche comme suit : on demande quelque chose et je le donne. Rien de plus, rien de moins. Aussi, je ne fais pas de remboursement, et encore moins de service après-vente. Si il souffre, qu’il aille voir un médecin, ce n’est pas ma spécialité et encore moins pour quoi on me paye.
— Mais un médecin, c’est hors de prix ! Vous devriez le savoir…
— Oui, mais c’est bien là le cadet de mon soucis. Il veut des soins ? Qu’il aille voir un spécialiste. Sinon, qu’il se contente de boire ses décoctions de saule blanc.
— Vous vous fichez qu’il meurt, alors ?!
— Oui. Et j’aimerais, même, davantage qu’il le fasse en silence. Maintenant, déguerpissez, car c’est bientôt moi qui vais en avoir besoin, des remède contre les migraines.
— Saloperie de…

Elle ferma son livre en signe d’agacement.

— Hmf. N’espérez pas obtenir des clients de cette manière !

Il se détourna alors et s’éloigna à grandes enjambées.

— Qu’importe.

Elle pensait que cette affaire serait ainsi close, cependant c’était sous-estimer la volonté de fer de l’homme, qui réapparut le lendemain, avec un aplomb redoré.

— Scélérate ! beugla-t-il en la voyant installée à son emplacement habituel.

Elle le regarda passer, silencieusement, se demandant à quoi rimait ce comportement.

Le jour suivant, il la surprit de nouveau dans sa lecture.

— Perfide !

Cette fois-ci elle l’ignora totalement et simplement, pensant que c’était là le seul moyen de faire cesser ce manège grotesque. Mais c’était bien se fourvoyer car il ne manqua pas le rendez-vous le troisième jour non plus.

— Parasite !

Désabusée, Eilihel avait abandonné l’idée de pouvoir s’installer ici sans que le bougre ne vienne déranger le calme de sa matinée. Cependant, le quatrième jour ne se déroula pas selon la routine habituelle. En effet, lorsque la jeune femme entendit le bruit de pas approchant de son emplacement, elle souleva le visage, prête à accueillir son humble visiteur, mais elle fut surprise de découvrir, en fait, cinq personnes devant elle, dont ce premier. L’un deux s’approcha alors et, d’un coup de pied, renversa son établi et piétina ses marchandises. La jeune femme se leva dans un bond, effarée par ce à quoi elle venait d'assister. L’homme à la moustache s’avança alors et, l’attrapant par son col, vociféra :

— Garven agonise, meurtrière ! Vous, la vermine, vous vous insinuez dans nos villes, et dans nos bonnes contrées, et vous bousillez tout ! On vous laisse bien gentiment traîner vos sales miches parmi nos bonnes âmes et vous, comme cette saleté de peste, vous rongez et avariez tout ce que vous touchez ! Même la plus pourrie des vinasses serait la plus noble des boissons à côté de vos paroles !
— Vermine ! répétèrent les autres, en chœur.

Il la fixa d’un regard dédaigneux pendant encore de longues secondes avant de relâcher son étreinte. Libérée, elle amena sa main à son cou en toussant pour reprendre sa respiration. Ils se détournèrent alors et elle les regarda s’éloigner, le visage crispé dans une mine haineuse.

Plusieurs jours passèrent sans qu’elle ne sorte de la chambre, et laboratoire de fortune, qu’elle louait, mais elle ne décolérait pourtant pas. En plus de l’affront verbal auquel elle avait dû faire face, elle avait aussi essuyé une perte importante en ce qui concernait ses marchandises. Elle avait beaucoup de respect pour sa tutrice et la ligne de conduite qu’elle avait tenté de lui inculquer, mais elle ne pouvait pas s’empêcher de haïr ces gens davantage à chaque rencontre. Malgré toute la bonne volonté qu’elle essayait d’y mettre, elle n’arrivait pas à s’y faire : pourquoi s’évertuaient-ils à la rendre coupable d’un fait dont elle ne pouvait rien ? Parce qu’elle avait fait son devoir, en procurant ce qu’on lui demandait ? Parce qu’elle refusait de s’apitoyer sur le sort de quelqu’un qui, de toutes manières, lui était inconnu ? Ou, simplement, parce qu’elle ne s’agenouillait pas devant leurs caprices ?

Elle pesta et dans un mouvement de colère, renversa d’un coup de bras ce qui était présent sur son établi, et sur quoi elle travaillait depuis quelques semaines. Elle avait tout d’abord trouvé que cette ville était plutôt calme et propice à ses recherches, mais suite à la tournure des récents événements, elle allait sûrement devoir écourter son séjour. Elle froissa les papiers sous sa main et fronça les sourcils. Finalement, toute cette attente ne l’avait menée à rien. Au contraire, elle se concluait même sur un échec et un déficit : ses recherches n’étaient pas encore abouties qu’elle allait devoir tout abandonner pour retourner sur les routes, et, cerise sur le gâteau, elle avait perdu de précieuses potions et quelques gemmes travaillées.

Elle pensait véritablement être à bout et tout laisser tomber quand, soulevant ses yeux sur les papiers chiffonnés, son attention fut attirée par une note écrite à la va-vite. Ce n’était pas quelque chose qu’elle avait écrite elle-même. Si sa mémoire ne lui faisait pas défaut, elle se souvenait l'avoir trouvée, coincée dans les pages d’un manuscrit de recherches alchimiques appliquées à la médecine. Celui-ci lui avait, d’ailleurs, donné du fil à retordre à déchiffrer du fait qu’il semblait avoir été rongé par le temps, et peut-être aussi par d’autres choses... Dans tous les cas, et de ce qu’elle avait pu déterminer, cette page semblait indiquer la marche à suivre pour créer un philtre ou potion d’un type qui lui était plus ou moins inconnu. L’auteur, lui-même, devait ignorer ses réelles propriétés, à la vue de la manière abstraite avec laquelle celle-ci était annotée. Tout ce sur quoi elle pouvait gager c’était l’utilisation du nitrate d’or qui, selon les lectures qu’elles avaient pu faire à son propos, était tantôt loué pour ses propriétés antidouleurs et antimigraineuses, et tantôt totalement discrédité comme possible médication. Quoiqu’il en soit, Eilihel détestait les mystères, ou peut-être les adorait-elle, finalement ?, et avait donc décidé de se faire sa propre opinion sur la question. Cependant, par manque de temps et de moyens, elle n’avait pas encore pu s’y atteler et lui avait donc, en attendant, octroyé une place de choix, en le fourrant parmi ces divers travaux.

Or la situation venait de changer. En effet : le moyen, elle venait de le trouver. Son visage s’illumina à cette pensée et elle se lança donc dans la tâche de recueillir les ingrédients durant les jours qui suivirent, en espérant que son plan, cette fois-ci, ne s’effondrerait pas.

Trois jours passèrent. L'ouvrage s’était annoncé plus difficile qu’il ne le fut réellement : les ingrédients nécessaires ne furent pas compliqués à se procurer et la seule affaire qui lui demanda du temps et de l’application fut la mise en œuvre de la fulmination des divers éléments. Une fois en possession du philtre ainsi élaboré, elle récupéra ses affaires et retourna à son emplacement de vente. Celui qu’elle désirait y voir ne se fit pas demander longtemps puisqu’il apparut devant elle quelques heures après son installation. Il la gratifia d’un regard mauvais et annonça sur un ton narquois :

— Tiens, vous n’avez pas fui la ville, finalement ? Moi qui pensais que les personnes de votre espèce se carapataient dès qu’un danger pointait le bout de son nez…
— À croire que vous vous trompez souvent…
— Hmf.

Elle souleva les yeux vers lui. Il semblait hésiter et elle considéra ce comportement comme un signe de bon augure. Elle demanda alors, doucement :

— Comment va-t-il ?

Il fronça les sourcils.

— Ah parce que vous vous y intéressez maintenant ?!
— … Disons que j’ai peut-être trouvé une solution à son problème.

Il se figea sur place à ces mots, ne pouvant cacher sa surprise.

— Co… Comment ça ? Qu’est-ce que c’est ?!

Elle secoua alors la tête et ajouta, tout en lui tendant un petit flacon dont la coloration du contenu luisait dans des teintes jaunâtres.

— Je ne peux pas vous expliquer. Mais je dois vous prévenir : ceci est le dernier recours. Si cela ne fonctionne pas… C’est qu’il n’y a plus aucun espoir pour lui, malheureusement.

Il la dévisagea, l’air indécis. Hésitant certainement entre sa défiance pour Eilihel et son empressement de trouver un remède, il lui fallut plusieurs minutes avant de tendre, à son tour, une main tremblante et d’attraper la prétendue médication. Il tourna alors celle-ci entre ses doigts puis, soulevant ses sourcils, il demanda lentement :

— Et… pour le payement… ?
— Le même que d’habitude.

L'expression toujours dubitative, il tendit les pièces attendues en échange.

— Bien. Dépêchez-vous. Et… j’espère que cela fonctionnera, ajouta-t-elle.

Il lui lâcha un dernier coup d’œil puis se détourna pour repartir rapidement vers les ruelles résidentielles, la mixture serrée entre les doigts.

Eilihel le regarda s’éloigner et, lorsque son dos disparut de son champ de vision, elle s’adossa au mur et sourit dans un soupir. La première partie de son plan s’était déroulée comme elle l’avait désiré, et même un peu mieux qu’espéré, après réflexion. Elle n’avait plus qu’à attendre les résultats, et elle espérait qu’ils soient prodigieux, quelle qu’en soit leur nature. Avec un peu de chance, cela couvrirait ainsi le temps et l’argent perdus dans cette mésaventure. Il était rare et difficile de découvrir de nouveaux remèdes, principalement dû au fait que les âmes désireuses de mettre leur santé et leur corps au profit de la science étaient peu fréquentes, et elles étaient donc souvent remplacées par des animaux, mais encore fallait-il pouvoir se les procurer (et avoir le cœur et les tripes bien accrochés). C’est de cette manière qu’elle avait décidé de retourner cette situation à son avantage. Bien sûr, elle n’était en rien certaine des propriétés de cette décoction, et encore moins de son efficacité pour soigner, mais ceci n’était qu’un détail pour elle. Tout ce qui l’intéressait c’était d’avoir des résultats et de pouvoir les réutiliser, ou encore mieux : les vendre. Exactement ; c’est ce qu’elle souhaitait, et elle en jubilait d’avance.

Pour le bien de son projet, cependant, elle devait se montrer patiente et impassible. Aussi, elle demeura le reste de la journée sur la place marchande de la cité et, ce n’est que dans la matinée suivante qu’elle se mit en route vers la maison qu’habitait Garven. D’après ce qu’elle savait, il vivait, seul, en contrebas de la ville, au milieu d’un champ qu’il cultivait depuis plusieurs années. Elle trouva assez vite la dite maison et, profitant de l’heure matinale, se faufila sans risque de se faire remarquer, dans la petite bâtisse rongée çà et là par le temps.

À l’intérieur, seul le silence répondit à son intrusion. Elle s’avança dans la première pièce, qui s’avéra vide et dénué d'intérêt, avant de se diriger vers la seconde. C’est là qu’elle le trouva, allongé de côté, sur le sol de ce qui lui servait de chambre. Elle fit quelques pas vers le corps, s’accroupit et, précautionneusement, le retourna sur le dos. Le spectacle qu’elle eut alors lui fit sursauter l’estomac ; même si elle s’était préparée à l’idée qu’elle ne le retrouverait pas nécessairement vivant, la vision d’un cadavre en bonne et due forme était tout autre chose. Cependant elle n’était pas venue jusqu’ici pour simplement s’offrir de quoi faire des cauchemars, et c’est donc en grimaçant qu’elle se lança dans l’analyse de la dépouille du défunt. Elle releva, notamment, une crispation des traits du visage, des mains et, certainement, des jambes, jugeant de la position dans laquelle elle l’avait trouvé. Il y avait aussi une révulsion des yeux,une lividité du teint et une coloration bleutée des lèvres ; il avait de toute évidence eu d’intenses et vives douleurs qui s’étaient traduites en spasmes, accompagnés de fièvre ou de chutes de température.

— Disons que cela aura abrégé ses souffrances… Enfin, cela ne fut certainement pas une partie de plaisir non plus…

Elle se releva en expirant lentement et balaya la pièce du regard. Elle remarqua alors que, sur une petite commode, accolée au mur qui lui faisait face, se trouvait la fiole qu’elle avait remise au grand parallélépipède. Elle s’en approcha et l’attrapa entre ses doigts : son contenu en avait presque été entièrement avalé et il n’en restait qu’un mince film qui brillait à lumière du soleil. Elle décida de le prendre avec elle et le glissa dans une de ses sacoches, d’où elle ressorti une feuille et un crayon qui lui permirent de prendre quelques notes avant de quitter le lieu.

Plutôt satisfaite de ce qu’elle avait pu apprendre, elle se détourna donc et sortit de la maison sans un regard de plus. Cette expérience lui avait permis de retirer des informations intéressantes : rayer définitivement l’or fulminant de sa liste de remèdes probables, et, surtout, de l’ajouter à sa toute nouvelle liste de poisons incontestables. Cela avait donc été fructifiant, tout autant pour sa propre connaissance, que pour alimenter son nouveau projet. Dans tous les cas, cette expérimentation semblait, selon ses calculs, pouvoir faire remonter ses affaires dans le vert, et cela était suffisant pour la mettre de bonne humeur.

Cependant, cette humeur se transforma rapidement en nouvelle exaspération. En effet, il ne fallut pas attendre un jour de plus pour que l’homme à la moustache refasse son apparition devant elle, plus mauvais et hargneux que précédemment.

— Que me voulez-vous ? demanda-t-elle d’un air hautain en le voyant se rapprocher.
— Ce que je veux ? Ce que je veux ?! Vous l’avez tué, tué !, sorcière !, annonça-t-il hors de lui.
— Tué… ?
— Le père Garven est mort, je l’ai vu… raide… blanc… tout à l’heure !, et c’est vous qui l’avez tué !
— Calmez-vous. Je suis attristée d’apprendre qu’il est décédé, mais ce n’est en rien ma faute…
— En rien votre faute ?! C’est pourtant vous qui m’avez fourni ce soi-disant remède !
— Et je vous ai bien dit que cela ne marcherait pas forcément, et que c'était le dernier recours…
— Et maintenant il est mort, et vous et votre satané remède êtes son meurtrier !

Attirée par les cris, une foule de gens avait commencé à s’amasser autour de la commotion. Jetant un regard autour d’elle, Eilihel se satisfit de ce regroupement, et reprit de plus belle :

— Attendez, pourquoi me remettez-vous toute la culpabilité sur le dos ? En l’occurrence, la personne qui est la plus suspecte ici, c’est bien vous !
— Pardon ?!
— Vous êtes la personne qui lui avait donné le médicament, et vous êtes aussi la personne qui l’a retrouvé mort… Excusez-moi du peu mais…
— Qu’est-ce que vous me chantez saloperie d’Elfe ! C’est votre machin, votre potion, qui était empoisonnée !
— Empoisonnée ? Voyez-vous ça… Et en quel honneur aurais-je… « empoisonné » ma potion ? Pour me voir accuser dans de telles circonstances ?! Non, celui qui a le plus de raisons, ici, c’est bien vous ! cria-t-elle en le désignant du doigt, avant de reprendre, plus doucement et d’un air suspicieux. Mais, j’y pense, avez-vous au moins transmis mes prescriptions quant à la posologie ?
— Poso… logie ?
— Je vous l’avais pourtant dit… une goûte à chaque repas… Lui avez-vous au moins dit ?
— Je…

Des rumeurs se levèrent dans la foule.

— Omettre de tels détails, volontairement ?, tout ça pour ensuite venir remettre la faute sur mon dos ?… Avouez-le !, vous souhaitiez juste ajouter un argument de plus à votre discours de haine contre les races non-humaines !
— Quoi ? Non, je…
— Evidemment ! Tout le monde le sait, ici, à quel point vous nous tenez à une place de choix dans votre cœur !... Non, s’il y a bien un meurtrier ici, c’est vous ! Vous êtes celui qui a tué Monsieur Garven !

Les rumeurs se changèrent peu à peu en bavardages, plaintes, et sermons, et les premiers regards curieux des spectateurs se transformèrent bientôt en regards condamnatoires.

— Non… Non… Ce n’est pas moi… Ce…, balbutia-t-il, de plus en plus pâle.
— Traître ! lâcha un cri dans l’assemblée.
— Le père Garven lui faisait confiance pourtant… murmura un autre.
— Les pires coups viennent toujours des gens que l’on soupçonne le moins…

Un homme au premier rang cracha alors à ses pieds. Il se tendit dans une expression d’épouvante et de saisissement face à ces démonstrations de dégoût violent et se retourna avant de s’enfuir sans une parole ou un regard de plus.

Adieu… murmura-t-elle, un sourire en coin.


◈ Missives : 2046

◈ Âge du Personnage : 82 ans
◈ Alignement : Loyal Bon
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Sharda du Nord
◈ Origine : Al'Akhab - Siltamyr
◈ Magie : Aucune
◈ Fiche personnage : Calim

Conteur
Calim Al'Azran

◈ Ven 30 Oct 2015 - 11:20

C'est avec un immense plaisir que nous te validons enfin.
Que de plaisir ai-je eu à relire ta fiche avec tous ces changements ! Que de péripéties, et de profondeur dans ce personnage antipathique !

Je te souhaite donc la bienvenue parmi nous, chère Eilihel !

Je t'invite à créer ainsi ton Journal de Bord mais aussi à formuler une demande de RP si tu n'as pas déjà trouvé quelqu'un pour débuter tes aventures !

Toutes mes félicitations !