Azzura

Vous n'êtes pas connecté. Connectez-vous ou enregistrez-vous

Khadija Al-Khâtib ibn Idris al Mussâ - Poétesse, musicienne

avatar
◈ Missives : 146

◈ Âge du Personnage : 27 ans
◈ Alignement : Neutre bon
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Sharda du Nord
◈ Origine : Siltamyr, Al'Akhab
◈ Localisation sur Rëa : Kaerdum, Raiendal
◈ Fiche personnage : Khadija Al-Khâtib bint Idris al Mussâ

Héros
Khadija Al-Khâtib

◈ Mar 19 Mai 2015 - 18:12

◈ Prénom : Khadija
◈ Nom : al-Khâtib ibn Idris el-Mussâ  
◈ Sexe : Femme
◈ Âge : 27 ans
◈ Date de naissance : Le 13 du mois de Phra de l’an 63
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Sharda du Nord
◈ Origine : Siltamyr, Al'Akhab
◈ Alignement : Neutre bon
◈ Métier : Poétesse, musicienne


Magie


Aucun


Compétences, forces & faiblesses


> Arts du spectacle
(Métier engagé : Poétesse, musicienne)
- Musique (oud, luth) : Maître
= Les doigts graciles se fondent, accordent et harmonisent la palette audible des sons. De la légèreté de son toucher à sa maîtrise des gammes de solfège, seule passion qui a su l'extirper de ses maux, elle en devient une mélodie suave aux exhalaisons brûlantes de Radjyn.
- Composition, oraison (jouer des rimes, tournures de phrases) : Maître
= Poétesse, Khadija, nul doute que la maîtrise de ses langues sait être le miel autour de la musique et des chants.
- Chant : Maître
= D'une voix d'or à la tessiture fragile et maîtrisée dans ses tonalités, les nuances chaudes d'Al'Akhab et les poèmes se reflètent, comme la brise fait ondoyer et frissonner une eau calme.
- Danse : Novice
= Elle sait reconnaître quelque peu les pas des danses traditionnelles, à peine les esquisser.

> Arts des Sages
- Lecture & écriture : Maître
= De la calligraphie codifiée d'Al'Akhab, au plus doux des poèmes, Khadija sait autant lire qu'elle sait écrire.
- Histoire (Radjyn) : Intermédiaire
= Pour seuls apprentissages retenus et possibles à celle qui ne put vivre au-dehors autrement que par les livres, Khadija a appris nombre d'histoires du passé de sa patrie.
- Médecine (généraliste) : Avancé
= Savoir traiter les maux dont on souffre fut une longue étude. Si elle ne saurait guérir un homme vivant les pires supplices, elle sait au moins faire oublier la douleur, connaît les organes du corps et leurs humeurs.
- Alchimie : Intermédiaire
= Le mélange des plantes, la confection des onguents, fut apprise en même temps que l'apprentissage le corps et ses douleurs.
- Herboristerie : Experte
= Khadija connaît les propriétés des plantes curatives, ou même celles des drogues à la perfection.


> Compétences générales
- Folklore (Al'Akhab) : Expert
= Frayant avec noblesse ou avec des gens moins riches, captivés par ses récits et ses poèmes, la Sharda a appris à connaître et reconnaître le Folklore de toutes les régions composant le Sultanat, ses us et coutumes.
- Religion : Maître
= Oncle aimant l'ayant pris sous son aile, à elle devenue sans père, le Muezzin lui a inculqué la beauté de leurs croyances, la vertu qu'elle prônait tout comme ses histoires et ses légendes.
- Linguistique : Alkhabirois, maître / Kaerd, expert / Saa, intermédiaire


Points forts et points faibles :

Dans la loterie de la nature, Khadija a tout misé sur l’esprit, et rien sur le physique. Face, elle est intelligente, cultivée, créative, capable d’inventer de rien et de composer à toute heure du jour et de la nuit, sur tous les sujets possibles, aussi bien des textes poétiques que des chants et des musiques. Pile, un escalier un peu trop haut, une marche un peu trop longue, les ardeurs du soleil ou un effort important la laissent sans énergie et dolente. Un enfant de huit ans a probablement plus de force physique qu’elle, et les drogues, et les maux qu’elles doivent soigner, ont sapé dès l’origine la vigueur d’un être déjà très faible. Sortie de ses palais, de ses villes et de ses boudoirs, elle est aussi perdue et vulnérable qu'un mollusque hors de sa coquille.



Physique


Un chat. On la compare souvent à un chat. Avec raison, il faut dire : longiligne, souple, presque lascive, elle se déploie toujours en silhouettes à peine entrevues dans les replis des drapés et des caftans bariolés, en regards profonds et en sourires fugaces qui lui font luire les pupilles comme d’une flamme inavouée. Délicate, lente, voluptueuse, c’est un fleuve de peau dorée et de soie noire, comme tissée de ces obscurités au cœur des rochers qui captent encore dans leur substance la palette divine des ocres et des sables de la terre. Or, ombre et brun, camaïeux émaillés de reflets, elle se dessine toujours à demi, toujours voilée, toujours occultée, jamais pleinement aperçue, fut-ce dans la lumière vive d’un soleil écrasant.

Khadija affecte au quotidien une certaine discrétion, une coquetterie pudique qui la font se vêtir de grands manteaux, de voiles et de robes ornées d’écharpes brodées, souvent le visage et la chevelure masqués derrière quelques draperies élégamment nouées et très richement décorées de bijoux précieux. Trois couleurs, toujours affrontées : l’ocre, le blanc, le noir. Déclinées en nuances d’or, d’agate, de nacre, d’ivoire, de perles, de jais et d’onyx, elles se retrouvent partout sur elle : la pâleur olivâtre de son teint, la chatoyance jaune de ses yeux fauves, et l’encre profonde de ses boucles lourdes. À croire qu’elle s’est retranchée de la valse des couleurs, à la croire spectrale et irréelle quand elle semble glisser plus que marcher dans les clairs-obscurs et les pénombres tamisées des colonnades et des salons enfumés.

Elle n’est pourtant pas à proprement parler une belle femme, Khadija. Le nez busqué, le menton trop large, ses traits sans grâce s’enrichissent à peine du caractère subtil et volontaire des dames de sa lignée, avec un ovale du visage qui accentue encore ce profil d’oiseau de proie enchâssé entre ses yeux en amande, longs et étroits comme des traits de pinceaux. Néanmoins, il y a chez elle une véritable prestance, qui tient autant de ce qu’elle dégage d’intelligence vive et de raffinement que de cette silhouette, et déliée qui fait si souvent penser à quelque chat d’appartement. Elle a l’allure d’une reine, en vérité, et du félin la démarche lente et précieuse qui la fait déambuler comme un spectre drapé d’ombre.

Si elle sait se mettre en scène, tout n’est pas que poudre aux yeux, car elle conserve, même hors des fumerolles de ses boudoirs croupissants d’opium, un charisme certain qui n’est pas uniquement dû à l’aura de mystère dont elle aime à s’auréoler. Elle se cache pour dissimuler les disgrâces d’un corps qui n’a pas été épargné, ni par la maladie ni par les ravages de ses drogues, mais aussi parce qu’elle sait que cela alimente le fantasme, la légende, et contribue à sa réputation un peu sulfureuse : ne prétend-on pas qu’elle a des sabots de bouc en guise de pieds ? La réalité est un peu moins merveilleuse, et un brin plus sordide : débarrassée des voiles, des fards, des lueurs et des ombres, Khadija est une grande femme un peu fanée, aux jambes grêles et au ventre creux. Quelques rondeurs viennent un peu étoffer sa maigreur et alourdir sa silhouette évanescente, entretenues par un appétit vorace qui peine à pallier le jeûne imposé par l’abus de substances illicites. Pas une beauté, donc, mais une présence, une allure soigneusement calculée, toute en artifices.


Caractère


Aux dires de tous, Khadija a toujours été un peu étrange, la tête en l’air, buveuse de lune, comme on disait alors. À croire que l’opium lui est passé dans le sang dès sa naissance. Amoureuse des arts et des lettres, passionnées par la langue, la littérature la poésie et la musique, elle est fascinée par le savoir, avide, soiffarde, jamais rassasiée. Elle ne veut fournir d’effort que lorsqu’il est de l’esprit, et néglige tout le reste. Foin de corps, foin de chair, tout cela ne l’intéresse guère à vrai dire, même si elle aime les nourritures terrestres et les plaisirs de la vie, mais ainsi que va son caractère fantasque, c’est toujours au gré de ses caprices.

Changeante comme un vent incertain, Khadija saute allègrement d’un extrême à l’autre, du jeûne et de l’abstinence monastiques jusqu’aux excès les plus luxurieux, n’obéissant qu’aux souffles infidèles qui guident ses pensées. Sans doute la rumeur a-t-elle raison quand elle dit Khadija un peu folle, l’âme construite d’une autre manière que le commun des gens : mais qu’attendre de plus d’une enfant laissée à elle-même ? Elle ne pouvait que grandir et croître et finir tordue comme ces arbrisseaux privés de tuteur, réduits à l’ombre, comme ces mauvaises herbes montées en graine dans les interstices et encore trop vigoureuses pour les arracher.

L’esprit de Khadija a depuis toujours emprunté des routes différentes, des chemins de traverse, des voies cachées. En de fructueux instants de lucidité, elle se révèle d’une intelligence rare, et d’une perspicacité qui a poussé cette âme solitaire vers les horizons enfumés d’un paradis artificiel qui était le seul à même d’apaiser les souffrances du corps et les doutes de l'entendement. Sans doute était-elle bien trop consciente de ce qui l'entoure, fut-ce à sa manière, pour supporter la vérité des choses ? Elle se sait lâche, un peu, beaucoup ; plutôt que de se battre, elle a choisi de se laisser porter, de voir où le destin l’amènerait. À quoi bon agir, de toute manière ? Les destinées des hommes sont déjà toutes tracées, et s’entremêlent comme les fils d’une tapisserie, il serait bien vain de vouloir deviner son rôle dans le grand motif, autant qu’il serait vain de vouloir s’extraire de la trame prévue par le Créateur.

Alors, Khadija s’est résignée, a fait siennes les armes de ses ennemis, et si pour folle on la tenait, folle elle serait ! La sagesse et la maturité n’ont pas encore pris pied chez elle, on le voit, encore que ce fut une sagesse bien particulière, que de reconnaître sa défaite quand elle est consommée.

Khadija n’éprouve guère d’intérêt pour la course du monde, la politique et les affaires des hommes. Elle se sait privilégiée, riche, bien dotée, cela lui suffit, foin du reste ! Le réel et le présent n’ont pas assez d’attraits à ses yeux et ne méritent pas son attention. Elle est insouciante, c’est un fait, au point d’en sembler idiote parfois, mais c’est un choix qu’elle a fait, longtemps auparavant : elle estime que le monde n’a rien à lui offrir que le plaisir et le savoir, et qu’elle n’a guère d’autre place que dans l’ombre des boudoirs, dans le demi-jour et le demi-monde, à s’étourdir sans fin dans une existence ô combien studieuse. On la prendrait pour oisive et paresseuse, mais il n’en est rien, car si le corps se délite à l’abandon, l’esprit fleurit et s’épanouit aussi vivement qu’une forêt de songes et de mots, à l’assaut d’un ciel qu’elle prie toujours avec autant d’espoir. Car Khadija croit, Khadija est même une mystique, et en ses instants d’extase cherche à toucher du doigt le divin, à se plonger dans la contemplation d’Eloïm, fut-ce quelque chose qui aurait dû lui être interdit. Elle garde cela secret, sachant combien ces questions sont délicates et que la bienveillance de ses précepteurs n’est pas partagée par tous. Elle est fervente, a la foi chevillée au corps et à l’âme, mais à force d’expériences et de réflexion, assez peu dogmatique, voire quelque peu schismatique. Elle garde assez bien le souvenir des récits du sort funeste réservé aux infidèles et à ceux qui avaient professé l’unicité d’Elaïm et de Nephalam, ainsi que le faisaient les Valduris d’Eregon et d’Ordanie. Étonnamment, Khadija sait faire preuve de prudence, quand elle se sait menacée : sans doute un instinct de préservation se manifeste-il alors au milieu des vapeurs d’opium.

Du reste, Khadija est quelqu’un de compagnie plutôt agréable, même si elle est d’un caractère très lunatique et totalement imprévisible. Elle peut se montrer enjouée, rieuse et malicieuse, et d’autres fois, elle est si mélancolique qu’on n’en peut rien tirer, plongée dans les affres d’une terrible et incompréhensible tristesse. Au quotidien néanmoins, elle est aimable, courtoise, de bonnes manières. Elle aime converser, lorsque l’humeur s’y prête et rien ne lui plaît plus que de longs débats enflammés. Dans ces moments-là, quand la vie lui revient, elle s’éprend de chaque chose et aime à goûter aux plaisirs familiers qui lui ravissent tous les sens. Mais lorsque le désespoir vient, elle s’enferme, se referme et se tait, et s’abîme dans la privation et la destruction, comme une ascèse par le feu qui viendrait purifier son corps et son âme. D’un extrême à l’autre, souvent, tout le temps, oscillant entre deux mondes, à jamais prisonnière entre l’ombre et la lumière. Incertaine, changeante, elle est à l’image d’un crépuscule qui hésite, ne sait plus, et plonge entre la clarté et l’obscurité.

Khadija a toujours été éduquée dans le respect de son prochain et se montre bienveillante envers tous ceux qu’elle rencontre, même si quelques inimitiés farouches et quelques dégoûts la tiennent loin des guerriers et des combattants dont elle hait et méprise les usages meurtriers et qu’elle considère incapables de comprendre et d’apprécier son art. Elle reconnaît leur utilité, mais comme on reconnait celle d’une arme : un mal nécessaire. Pourtant il y a chez eux un agrément étrange, comme celui d’un poison amer dont on goûte la brûlure cuisante de temps à autre, avant d’apaiser la souffrance dans la douceur la plus suave. La violence la révulse, sauf quand elle la recherche pour son frisson de braises et d’acide, pour sa fulgurance morbide et son attrait funeste, toujours très bref, toujours choisi, toujours voulu. Le reste du temps, la brusquerie et les cris l’indisposent tant qu’elle va en silence et sans bruit, et s’exprime d’une voix à peine plus élevée qu’un chuchotement.

Car elle est fière, la poétesse fantomatique : caractérielle, c’est un fait, autant que capricieuse, et libre, là où la fumée n’a pas encore tout emporté. Elle se sait petite, insignifiante, n’ayant réussi que par un retournement du destin et du sort, parce que les signes étaient réunis, parce que c’était ainsi. Elle se sait éphémère, malade, capable de s’éteindre à tout instant, et elle profite alors de ce qu’elle peut de la vie, pour s’abîmer dans l’insouciance et une fuite en avant, éperdue et sans esprit, à en perdre la tête.


Inventaire


Khadija porte en permanence, accroché à sa ceinture, une petite écritoire qui contient un rouleau de papier et quelques mines de fusain, prêts à être déroulés pour noter une inspiration subite. Elle arbore plusieurs bagues, dons précieux d’amants, de mécènes ou d’amis, et épingle sur son caftan une broche de bronze ciselé où sont gravés les premiers vers d’une invocation à Elaïm, composée par Idris.


Histoire


On dit qu’aux temps anciens, un seigneur de Mussâ vit sa fille atteinte d’un mal incurable que rien ne semblait pouvoir guérir ; il pria chacun de ceux qui se présentaient devant lui de faire quérir au plus vite tous les savants, tous les médecins et les chamans qui aurait pu faire quoi que ce fut pour soulager les maux de son enfant, et alla même jusqu’à Saan Met pour ramener avec lui le plus puissant des hommes sages du pays. Celui-ci, un guérisseur Sharda, fit un marché avec l’esprit de la lune : s’il sauvait la fillette, elle serait à lui, et il pourrait prendre un enfant par génération au sein de la lignée de Mussâ. Souvent des filles, par ailleurs, en souvenir de l’aïeule consacrée.

Difficile de savoir si la légende était réelle ou non, mais elle apporta beaucoup de réconfort à Khadija qui y vit la preuve de son ascendance.

Longtemps néanmoins, Khadija n’eut que peu de certitudes sur sa naissance, même si d’autres, mieux renseignés qu’elle, auraient pu aisément répondre à la question qui se posait. Pour tout le monde, elle était la fille bâtarde de la dame Arsinoé, de père inconnu, simple gamine sans nom élevée dans la demeure du seigneur Jibril al-Mussâ. Pour tout le monde, son existence ne tient que d’un miracle, d’un caprice du maitre de maison qui décida de laisser vivre celle qui n’était rien de moins que la preuve de l’infidélité de sa femme. Toutefois, la vérité est autre, et Khadija est bien la fille légitime du couple ; longtemps la question ne se posa même pas, mais cela se perdit, un jour.

Ce que Khadija ignore, c’est que dans ses veines coule le sang le plus noble, celui des antiques seigneurs de Mussâ dont les domaines vont d’un horizon à l’autre, dans les vastes plaines écrasées de soleil. Ses ancêtres avaient reçu en présent des richesses et de nombreuses terres, et avaient eu l’intelligence de toujours se marier fort bien en évitant les pièges de la consanguinité. On avait donc dans la famille le sang des grands héros de jadis, quoique fort affaibli par le passage des générations.
Cela n’empêcha pas Arsinoé de donner deux forts beaux garçons, qui survécurent sans peine aux premières rigueurs de l’enfance, aux fièvres et aux maux du petit âge. Khadija n’en fit hélas pas partie, et ce ne fut guère plus qu’un marmot à demi mort que l’on tira du ventre de sa mère à l’agonie. L’une et l’autre semblaient condamnées, et si l’une vécut, l’autre fut bien vite emportée par les fièvres qui suivirent l’accouchement. Jibril s’affligea fort de cette perte, mais ne perdit point trop de temps et se remaria fort vite avec une riche demoiselle qui s’empressa de remplir ses rôles d’épouse et de dame.

Nul n’aurait parié sur la survie de la petite Khadija. Et pourtant, pourtant elle vécut, fragile comme un nourrisson, qui s’enfiévrait d’un rien et passait son temps alité à tousser sa soupe. Elle n’avait pas un an que les rumeurs se firent entendre sur sa prétendue bâtardise. Et qui les lança en secret ? Yzébel, la seconde épouse de Jibril, Yzébel, qui voulait à tout prix écarter de la succession du seigneur les enfants d’Arsinoé.
Le sort l’y aida en faisant chuter de cheval l’aîné, suivi par le cadet qui expira dans l’année d’une mauvaise fièvre hivernale. Seule demeura Khadija, et Yzébel enrageait de voir la toute petite persister à vivre encore quand elle perdait ses enfants à un rythme soutenu.

Alors, doucement, doucement, elle instilla son poison. Doucement, doucement, les paroles murmurées, la rumeur, et puis Jodhaa que l’âge et la perte de ses fils chéris accablaient plus encore que la perte de leur mère, qui ne se souciait plus de cette enfant, tout ce qui lui restait de sa chère Arsinoé, qui n’avait rien de sa femme et qui, de toute manière, n’était rien de plus qu’un petit cadavre en devenir. Il se tut, alors, et l’on prit cela pour un aveu, un aveu terrible, comme une faiblesse. Pourtant l’on salua sa magnanimité et sa bienveillance, on le félicita d’avoir épargné la vie de cette petite bâtarde : n’était-ce pas une preuve éclatante de la bienfaisance et de la sagesse du seigneur de Mussâ ? Et puis, Yzébel finit par mettre au monde un héritier, puis deux, et on cessa de s’intéresser à Khadija qui, de toute manière, ne passerait pas l’hiver.

Combien de fois fut-elle à l’article de la mort, combien de fois son oncle muezzin fut dépêché pour recueillir son dernier souffler qui ne venait pas ? Combien de fois le père accouru au chevet de son enfant la voyait se refuser à mourir et vivre encore, se remettre, tomber malade à nouveau ? Ce fut au point que Jibril ne se déplaça même plus auprès de sa fille quand on lui annonçait sa mort prochaine
Khadija, constamment alitée, ne put connaître les loisirs des jeunes filles de son âge. Elle se tourna vers l’étude, lut beaucoup, car la demeure recelait une vaste bibliothèque alors totalement délaissée à laquelle seul le muezzin apportait un peu de soin. Elle accumula un vaste savoir cependant parcellaire, jonglant entre l’histoire, la littérature, la médecine et le reste, s’amusant parfois, avec une curiosité morbide, à chercher dans les livres le nom des maux dont elle souffrait.
Et puis, elle apprit la musique, seul loisir qui lui était laissé. Elle apprit et s’y passionna tant et si bien que la dame Yzébel ne l’autorisait à paraître devant elle que pour qu’elle joue pour elle, avant de la renvoyer dans sa chambre sous les quolibets de ses demi-frères. Après des années de fausses-couches et d’enfants mort-nés, Yzébel avait fini par être une féconde et solide épouse qui avait donné à son mari plusieurs beaux héritiers tous prêts à s’entre-déchirer pour le titre de leur père, et trois belles et bonnes filles à marier. Khadija, dans tout ce petit monde, était évidemment laissée au second plan du fait des rumeurs d’illégitimité, sur lesquelles son père restait étrangement silencieux, peut-être parce qu’il ne savait que faire de cette gamine souffreteuse qui ne serait jamais un bon parti. Peu de réconfort, dans cette existence solitaire et sans amour... Peu de réconfort sinon le savoir, les livres, tous les mondes où elle s’abîmait pour se perdre et s’oublier un peu, oublier son désespoir et les accès de tristesse insondable qui lui crevaient parfois le cœur.

Son oncle Idris, qui occupait la fonction de muezzin et veillait sur les âmes de la famille et de la maisonnée, la prit néanmoins sous son aile : il fut l’un des rares soutiens qu’elle put avoir durant sa jeunesse, se faisant père pour l’enfant qui n’en avait pas. Idris ne manquait jamais de reprocher à son frère la lâcheté dont il faisait preuve envers sa fille, d’autant qu’il avait tendrement aimé Arsinoé et avait entretenu avec elle une amitié sincère hélas vite coupée court par la mort de cette dernière. À sa manière, comme il le pouvait, il tâcha de réparer ce qui était brisé, même s’il était trop tard. Il ne cessa jamais de veiller sur Khadija, sans cependant aller trop loin et provoquer l’ire de Yzébel qui ne supportait pas que l’on prête attention à la jeune fille. Celle-ci avait le bras bien assez long et bien assez d’ascendant sur son époux pour lui faire prendre des vessies pour des lanternes, aussi personne ne se risquait à la contrarier et Idris fut bien obligé de se restreindre et de faire ce qu’il pouvait pour Khadija, sans éveiller les soupçons. C’est de lui qu’elle tint son éducation religieuse, plutôt solide, car très rapidement, elle se passionna pour cela et trouva dans la foi un réconfort inavouable pour ses chagrins profonds.

À vrai dire, légitime ou non, Khadija s’en fichait. Elle voulait simplement savoir, avoir une certitude sur elle, sur ce qu’elle était, et cesser de vivre entre deux mondes, déchirée entre deux identités. Elle n’était pas de taille à gouverner, et elle n’en avait aucune envie, préférant tellement aux jeux de pouvoir les jeux de l’esprit... Et si elle pouvait être libérée des humiliations et des vexations de ses demi-frères et de sa belle-mère, elle était prête à tout céder, jusqu’à la moindre parcelle de son héritage, pourvu qu’on la laisse en paix.

Et puis Khadija grandit, passa sa dixième année à l’article de la mort, se remit encore, et passa encore des années à souffrir de fièvres tous les quatre matins et à souffrir de mille maux qui la clouaient au lit. La voyant persister à vivre un peu trop longtemps et s’approcher dangereusement de l’âge de la majorité, Yzébel se méfia. Elle alla jusqu’à proclamer publiquement l’infidélité de la mère de Khadija, et celle-ci ne se fit pas prier pour dire ce qu’elle pensait de cette manœuvre. Même Idris éleva la voix, et chercha à tout prix à pousser Jibril à ne pas laisser son épouse souiller la mémoire d’Arsinoé, mais rien n’y fit. Khadija devient officiellement la fille bâtarde d’une morte et d’un inconnu, et s’appropria cependant son titre avec délectation. C’était enfin une vérité, même si elle doutait encore de tout cela, même si elle avait toujours ce sentiment étrange qui lui tordait le cœur quand elle regardait son père prendre soin de ses enfants. Autrefois, cela avait été différent, elle s’en rappelait, et pourquoi Jibril aurait-il été à son chevet s’il n’avait eu pour elle aucune affection ? Idris demeurait muet devant ses questions, de plus en plus pressantes, et se désolait sans cesse de la voir ainsi délaissée parce que Jibril était incapable d’éprouver la moindre affection pour cette enfant. L’état de santé mentale et physique de Khadija ne s’améliorait guère à l’approche de sa majorité ; il sembla bientôt manifeste qu’on ne ferait jamais rien d’elle, souffreteuse, étrange, sujette à des sautes d’humeur imprévisibles.

Pourtant, le désaveu muet de son père apporta un étrange soulagement à Khadija qui voyait enfin une certitude poindre à propos de son ascendance. Cela ne changeait rien à son train de vie, suspendu au gré des caprices de son entourage qui considérait avec un certain recul un brin méprisant les manières étranges de la jeune fille. À vrai dire, Khadija avait été très vite laissée à elle-même, et pour toujours la solitude lui semblait la meilleure compagne. Elle s’était élevée elle-même, loin des sentiers battus, et même si elle avait appris les rudiments des bonnes manières auprès des gens de sa maison, elle n’eut jamais l’éducation convenable des demoiselles de son rang. On savait apprécier son esprit vif et sa répartie, son habileté au chant et à la musique, tout comme l’on désapprouvait son impertinence, son insolence et son indolence mélancolique. Entre mépris et admiration, sans cesse oscillant entre les extrêmes, Khadija ne sut jamais où se tenir et finit par se contenter de cette existence, dans les marges, dans le secret, arborant sa condition comme une bannière. Maintenant, elle savait qui elle était, et en était fort aise, libérée des enjeux du pouvoir. En vérité, elle ne rêvait que de liberté, insouciante comme le sont tous les gens de cet âge, ne désirant endurer aucune contrainte, juste suivre ses propres caprices. Dans cette prison qu’était son corps malade, son esprit s’envolait comme un oiseau hors de sa cage. Idris veillait sur elle, bravement, lui apprenant tout ce qu’elle voulait savoir, et la confiant de temps à autre pour des leçons furtives aux professeurs itinérants qui venaient éduquer les enfants de la maison.

Et puis, alors qu’elle atteignait ses quinze ans, Khadija cessa d’être malade tous les quatre matins, et passa des mois sans ne contracter que les maux bénins dont souffraient les gens ordinaires. Elle redouta la fin de l’éclaircie tout en profitant du répit offert, mais cela se prolongea et ne s’arrêta plus. Alors, elle put se permettre de vivre, et plus seulement en songe, s’évader pour de vrai, et découvrir tout ce que le monde avait à offrir. Pour tous, elle n’était qu’une fille de rien, une fille bâtarde, demi-sang, demi-noble, bonne à rien insolente et capricieuse, et nul ne se préoccupait plus d’elle, tant qu’elle menait ses frasques en secret. Oh, le secret, Khadija y était accoutumée, toujours à se cacher, toujours dans l’ombre, vivant dans l’interstice étroit qui sépare les nobles gens des manants, un pied dans chaque univers. Elle n’était pas censée exister, elle l’avait très bien compris, elle était une erreur, le fruit d’un caprice de son père, comme un jardinier négligent qui laisse la mauvaise herbe monter en graine et s’accrocher irrémédiablement, jusqu’à ce qu’il devienne impossible de l’en chasser. Les moqueries et les rumeurs dont on l’accablait toute sa jeunesse avaient laissé des traces et même si elle s’enorgueillissait de sa condition, il y avait toujours quelque chose pour lui rappeler que quoi qu’elle fasse, le fait même d’être née l’avait déjà condamnée. Bien sûr que cela était injuste, mais avec une lucidité surprenante, elle sentait que c’était ainsi qu’allait le monde, sans justice et sans bien, simplement au gré des jeux du pouvoir et de la richesse. Elle savait quelle était sa condition, et n’espérait rien, de quiconque : chacun sa manière de trouver sa pitance, et elle se savait protégée tant qu’elle était dans la maison de son père, profitant de ses richesses et volant sans vergogne.

Peu à peu cependant, son art se fit connaître : on louait le talent musical de la jeune fille, sa voix, et le charme de ses compositions qui envoûtaient les cœurs. Bien qu’effrayée à l’idée de se montrer et de vendre ses dons musicaux et ses œuvres, Khadija finit par prendre goût à cela, à cette reconnaissance, à la valeur du regard des autres qui soudain ne la considéraient plus seulement comme une fille d’infidèle, mais comme quelqu’un, à part entière. Idris la poussa autant qu’il put dans cette voie, comme pour mieux prouver à son frère qu’il avait eu tort de ne pas croire en elle et de la négliger au point de faire comme si elle n’était pas sa fille, et comme si elle n’existait pas. Il l’aurait laissée mourir, sans doute, et cette pensait ne cessait de terrifier Idris qui ignorait que Khadija l’avait elle-même très bien compris, quand elle s’était crue à l’agonie, une fois, cent fois, dans la solitude obscure de sa chambre close.

Goûtant enfin aux plaisirs de la liberté, Khadija connut des jours bien plus heureux, alors ; elle courut les maisons nobles, les palais et la cour, goûtant le vin, la chair, et les substances les plus délétères avec un plaisir renouvelé. Il y avait tant à faire, tant à éprouver, à sentir, à tenter, tant de bouches à embrasser de bouteilles à vider... Khadija se savait condamnée, elle sentait au plus profond d’elle-même que son corps pouvait à tout moment la trahir et se dérober, aussi elle fut bien vite décidée à ne rien laisser passer, à brûler la chandelle par les deux bouts, à attendre la mort dans la joie et la folie. Et puis comme toutes choses en ce monde, la rémission passa, et le mal devint lui ronger les chairs et les os, si bien qu’elle s’abîma dans les drogues pour apaiser la souffrance incurable et trouver dans ses remous l’inspiration nécessaire à son art. La certitude d’un trépas précoce devint plus précise, de jour en jour : sans doute le mal la terrasserait-il bien avant son vieil âge... Ce n’était pas quelque chose qui semblait chagriner Khadija qui avait toujours vécu dans cette ombre, avec cette idée chevillée au corps. Les espoirs venaient, passaient, et elle avait fini par admettre que c’était là sa condition, éphémère et fragile.

Elle avait dix-neuf ans quand Idris décida de franchir enfin le pas et de prendre Khadija sous sa protection. Cette fois, Jibril s’était définitivement résigné à boire jusqu’à la lie le vin amer de son mensonge, et à priver la jeune fille de ses droits et de ses rentes qui devaient revenir aux enfants d’Yzébel. Khadija serait officiellement et définitivement reconnue comme illégitime, et ne pourrait prétendre qu’à une partie des possessions de sa mère, lesquelles seraient bien évidemment soumises au bon vouloir de la famille de celle-ci. Cela couperait à Khadija une bonne part de ses revenus, et ne serait qu’une première étape à son expulsion pure et simple de la maison de Jibril. Comme si des années de silence venaient soudain peser beaucoup trop lourd, il exposa par le menu tous les reproches qu’il nourrissait depuis trop longtemps à l’égard de son frère. Comment pouvait-il encore se regarder en face, après cela ? Alors, tout parut soudain très simple, à Jibril qui cherchait à se libérer de sa culpabilité, et à Idris qui ne voulait rien d’autre que de protéger Khadija : Arsinoé n’avait jamais caché son amitié pour le frère de son époux, et leur relation privilégiée avait même donné lieu à quelques rumeurs. Idris ferait un père idéal pour la jeune fille, et tout rentrerait dans l’ordre, bien que trop tard.

Idris se déclara donc comme le père naturel de Khadija, et l’adopta très officiellement, bien que Khadija elle-même n’en crut jamais rien. Cela lui suffit, néanmoins : à défaut de savoir la vérité de la bouche de Jibril, elle avait un père à présent, et un père tout disposé à la laisser vivre comme elle voulait. Car en effet, Idris ne souhaitait aucunement à sa fille adoptive de connaître un triste sort d’épouse enchaînée, et ne souhaitait en rien la contraindre. C’était suffisamment pénible pour elle d’endurer ses maux quotidiens et de se savoir flanquée d’une espérance de vie réduite, elle n’avait point besoin de se retrouver pieds et poings liés dans un ménage qui serait sans doute stérile quand on connaissait la fragilité de sa santé. Il craignait plus encore qu’elle mourût en couches, car il avait déjà perdu son épouse fort jeune, et ne s’était jamais vraiment remis de ce décès tragique. Ainsi, Khadija put profiter allègrement de la richesse et de la protection du muezzin, sans avoir à se soucier du reste et ne manqua pas de faire la nique à Yzébel qui étouffait de rage devant la fortune de Khadija, sans jamais oublier néanmoins que la jeune femme mourrait bien avant elle.



Ambitions & Desseins


L’ambition principale de Khadija, outre le fait de maintenir son train de vie assez longtemps pour qu’elle puisse mourir dans un confort relatif, peut se résumer assez simplement : apprendre, créer, et s’enivrer.



Divers


Reconnaissez-vous être âgé de 18 ans ? : Je plaide coupable, votre honneur.
Si vous prenez un personnage important et que vous disparaissez, nous autorisez-vous à nous inspirer de votre personnage pour créer un nouveau prédéfini ? : Mon personnage n’est pas important et ne le sera sans doute jamais, mais dans le doute, oui !
Moultipass : Mdp validé par Papy Baltou

+ j’ai eu environ 4567 idées de personnages avant de m’inscrire, ce qui est donc un gage de qualité (et de légère frustration rôlistique). Gg les poneys, ce forum est kool !