Azzura

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Silin Lendgaearon - Armatrice & érudite

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◈ Missives : 59

◈ Âge du Personnage : 298 ans
◈ Alignement : Neutre
◈ Race : Eleär
◈ Ethnie : Crépuscule
◈ Origine : Île des Mirages
◈ Localisation sur Rëa : Quelque part sur l'océan
◈ Magie : Fusion océanique
◈ Fiche personnage : Silin Lendgaearon

Âme Damnée
Silin Lendgaearon

◈ Lun 8 Déc 2014 - 1:53

◈ Prénom :  Silin "Limlug"
◈ Nom : Lendgaearon
◈ Sexe : Femme
◈ Âge : 298 ans.
◈ Date de naissance : Verne (5e jour) de la deuxième semaine de Ranh, en l'an 830 de l'Ère de la Paix (-208).
◈ Race : Eleär
◈ Ethnie : Eleär du Crépuscule.
◈ Origine : Seregon - Île des Mirages.
◈ Alignement : Neutre, tendance fluctuante.
◈ Métier : Armatrice et érudite réputée, émissaire régulière et conspiratrice occasionnelle. Ancienne navigatrice de renom, pirate et trafiquante repentie (quoi qu’en disent certaines mauvaises langues).


Magie


Fusion océanique : il ne s'agit ni plus, ni moins que de fondre sa conscience dans l'océan, de laisser son esprit s'immerger dans ces eaux afin de percevoir ce qui les traverse (poissons, navires, requins, bouteilles, naufragés, et autres débris) et les flux qui l'animent, mais aussi d'agir sur les flots, de modifier l'intensité ou la direction des courants. Même si la dame est loin, très loin d'en exploiter pleinement le potentiel.


Journal de bord, entrée d'Ellsya, troisième semaine de Friest, an 89 de l'Ère des Rois.

"Aussi loin que puissent remonter mes souvenirs, il y a toujours eu cette affinité prononcée entre moi et cette étendue de turquoise infini. Plus qu'un appel. Une compréhension mutuelle, instinctive, une véritable harmonie, depuis le premier jour où je l'ai contemplée, dans toute sa splendeur. Là où d'autres ne voyaient que chaos, colères imprévisibles et caprices infondés, j'en percevais l'harmonie, l'organisation mouvante et fluctuante. La mer n'est traîtresse et sournoise que pour les incompétents qui osent l'arpenter. Sourds et aveugles aux messages qu'elle susurre, aux avertissements qu'elle leur murmure à l'oreille. Apprendre son langage me fut d'une facilité déconcertante. En cinq années à peine, sa maîtrise m'était acquise. Combien de fois me désolais-je alors que diverses affaires me retenaient loin d'elle. En comparaison, les affaires terrestres me paraissaient inutilement retorses et alambiquées. Il me fallut de longues décennies pour les apprivoiser.

Combien de temps s'est-il écoulé ? Combien de décades, depuis que cette relation a évolué ? Ce n'était qu'un infime tiraillement, quelque chose qui semblant n'appartenir qu'à mon imagination. Comme si l'attirance s'était non seulement amplifiée, mais avait également mué en autre chose. Un appel à une symbiose, une fusion presque réelle, à la fois spirituelle et corporelle. Cette sensation s'est brusquement amplifiée, il y a huit semaines environs. Sa pression en est devenue insupportable. Dangereuse, même. En dépit de l'attirance que l'océan exerce sur moi depuis toujours, j'en étais arrivée à la gérer, à ne pas la laisser diriger tous mes actes, à maîtriser cette pulsion. La première fois ... c'était comme un rêve qui s'accomplissait enfin. Une véritable renaissance. Je n'étais pas seulement immergée. J'étais la mer, l'océan. Je ressentais les courants alentours, les flots, la présence d'un banc de poisson, celle de mon navire. L'extase. Il s'en est fallu de peu que mon esprit ne retrouve jamais son point d'ancrage traditionnel. Quelques instants de plus, et j'aurais abandonné mon enveloppe charnelle pour dériver à travers les flots. Et pourtant, ce danger n'a pas suffit à m'arrêter. Outre l'aspect purement jouissif de la chose, il serait suprêmement idiot de se priver d'un pareil atout. Surtout, au fond de moi, je sais que je ne pourrais résister longtemps à son appel. Il me faut donc l'apprivoiser, comprendre le fonctionnement de cette étrange magie. A tout prix.

Je couche donc sur le papier les quelques règles que j'ai réussi à discerner. Peut-être cela m'aidera-t-il à mieux les appréhender ...

I) Il semblerait qu'une transe approfondie soit nécessaire pour pouvoir exploiter pleinement le potentiel de cette magie. En conséquence, me couper du monde ordinaire, à la fois dans la dimension sensitive, corporelle, et conceptuelle. Ne plus penser comme une Eleär, ni même comme un être vivant. Abandonner simplement la notion d'être, d'individu. Se fondre dans l'identité océane.

II) L'extension de perception ne semblerait pas connaître théoriquement de limites, que ce soit en terme de superficie ou de distance à la source (mon corps). Logique, car l'océan n'est qu'une seule et même entité. J'insiste sur l'aspect purement théorique de la chose, car mes quelques expériences m'ont appris à me limiter dans cette voie : le risque est trop grand de dissoudre ma conscience dans cette vaste étendue marine ou de ne jamais retrouver le chemin de retour.

III) J'ai acquis une certitude : il est possible de manipuler la mer. De dévier les courants, qu'ils soient de surface ou de profondeur, de jouer avec les vagues et les flots, de les amplifier ou bien de les apaiser. Présentement, l'effort de concentration requis par une telle manipulation est tel que cela risquerait de briser la fragile connexion qui relie mon âme à mon corps. Aussi ai-je pris la décision de me limiter à de subtiles interventions, le temps de mieux appréhender cette nouvelle réalité. Tout au plus puis-je modifier un courant, altérer son flot significativement, mais sur une durée et un espace très limité. Pour l'heure, ne parlons ni de le dévier, ni de l'inverser ...

IV) Étrangement, cette magie ne se manifeste ni avec l'eau douce, ni avec l'eau salée coupée de l'océan. J'insiste sur ce point : il ne s'agit nullement de manipulation aquatique, ou d'une quelconque maîtrise de l'eau comme l'évoquent certaines légendes, mais d'une véritable relation harmonieuse, symbiotique, avec l'océan, en tant qu'entité indivisible.

Et rien de plus. Rien qu'à l'instant où je m'apprête à poser ma plume, l'attraction se manifeste à nouveau. Il me faudrait peut-être reprendre le large. L'ambiance de l’Île ne me réussit guère, en ce moment ... J'ai besoin d'air marin. Qui sait, peut-être trouverais-je de nouvelles réponses dans une autre contrée ...


Compétences, forces & faiblesses


Arts de la noblesse & de la bourgeoisie
(Métier engagé : Armateur Erudit)
- Escrime (enseignement par une école d’arme, connaissance de l’éthique des duels) :  Expert
= Qu'il s'agisse du sabre ou de la dague, d'une lame, Silin a appris depuis bien longtemps à se battre et ne répugne pas à verser le sang lorsque c'est nécessaire.
- Subterfuge (chantage, mensonge, manipulation, etc) : Expert
= Marchandage, négociation et baratin divers, autant d'aspect que l'ancienne pirate, ancienne corsaire, a su développer afin de faire le succès de ses affaires.
- Navigation (connaissances intellectuelles du domaine nautique ; commandement, manœuvre, etc) : Maître
= S'agit-il d'une malédiction qui pousse les femmes de cette lignée à s'attacher à la mer ? Silin oeuvre depuis de nombreuses décades et a appris à vivre au gré des flots, du bruit des voiles qui retombent avec élégance et des cris des matelots sous sa coupe.

> Arts des Sages
- Lecture & écriture : Maître
- Histoire (Reä) : Maître
= L'armatrice, avide depuis l'enfance de ce qu'elle peut apprendre, est l'un des socles de connaissance avec son ami Calim, qui lui aura appris tant de choses à propos et à qui elle aura tant appris.
- Mathématique (géométrie, arithmétique supérieure) : Avancé
= Gérer son fief est capital pour la Maîtresse d'une Région entière, qu'elle délaisse par besoin de se trouver sur la mer, et non sur terre.
- Cartographie : Maître
= Ayant sillonné plusieurs fois cette terre, elle aurait pu en dessiner les contours tant elle connaît
- Artefacts : Expert
= Il s'agira des connaissances tortueuses, des reliques du passé et non, comme leur nom l'indique, des artefacts Eressae.

> Compétences générales
- Folklore : Expert
= Ayant visité tant de places, elle sait reconnaître à chaque ethnie ses tribus par leurs codes vestimentaires, leurs accents ou leurs coutumes.
- Religion : Avancé
= Cette part du monde est effleurée mais un trop grand nombre de divinités diluent les compétences dans les méandres labyrinthiques de leurs légendes et de leurs mythes.
- Géographie (mondiale) : Maître
= Un immense réseau de connaissances, les mers sillonées tant de fois et les royaumes tant visité, plusieurs siècle d'étude à ce membre éminent du cercle des érudits.
- Linguistique : Demeri, Nymeriin, Kaerd et Alšrha : Maître, Alsvard, Heisen, Valdra et Eressae : Intermédiaire
= Et un corpus solide d’insultes diverses et variées et de menaces dans les autres langues, à l’exception du saa.
- Natation : Expert
= Il est induit pour une créature sur mer depuis tant de temps, qu'elle sache se surpasser en le milieu aquatique.
- Intimidation : Expert
= Ce ne sont pas tant son physique ou son air qui la rendent effrayante, mais son passé, son histoire si longue et riche, sa volonté tenace et ces yeux turquoise, ce franc parler bourru et brutal de Commandant.


Forces :

- Elle est riche. Très riche. Extrêmement riche, même pour les siens. Entre son héritage, son mariage (aussi étrange qu'il soit), et sa prospère entreprise d'armatrice, le besoin est loin. Sans oublier la présence d’un comptoir dans chaque pays valduris ou eleär, idéal pour se tenir informé des dernières rumeurs et soubresauts locaux.

- En dépit de sa réputation plutôt louche, l’Eleär n’est pas seulement une érudite aux centres d’intérêt variés, mais également la détentrice d’une abondante collection d’ouvrages anciens et de vestiges du passé, en expansion permanente.

- Près de deux siècles d'expérience maritime : exploration, piraterie, commerce, militaire ... elle a touché à tous les domaines, voyagé sur toutes les mers et océans, accosté la plupart des contrées qui les bordent , et fréquenté abondamment l’étrange faune portuaire et maritime de ce monde.

Faiblesses :

- La dame a le pied marin. Un peu trop, même, si l’on considère  ce qu’il convient d’appeler une véritable addiction à l’océan. Si elle consent volontiers à débarquer, elle répugne à s’éloigner des côtes, et plus encore à perdre la mer de vue. Seule une nécessité extrême peut l’y amener, et pareille situation n’engendrera que malaise et irascibilité, voire même une crise de manque si elle vient à se prolonger.

- Sa passion pour les livres anciens est notoire (et bien en-deçà de la réalité), et aurait déjà suffit à la mettre sur la paille maintes fois, sans la fortune qu'elle a accumulée au cours des années. Sa convoitise s'étend aussi aux artefacts et reliques des temps passés, quoique dans une moindre mesure. La simple mention de la présence d’un tel spécimen pourrait suffire à la faire accourir …

- À l'instar de l'écrasante majorité des Eleär, une force physique médiocre et une fragilité prononcée sont le lot qu’on lui a accordé.


Physique


Extrait de Chroniques d'un marchand lyrien à travers le globe, daté (approximativement) de l'an 954 de l'Ère de la Paix.

"Naturellement, j'avais entendu parler des Eleär. Le souvenir de quelques contes narrant leur élégance, leur beauté céleste, leur grâce aérienne, leur charme qu'on disait surnaturel ... Pourtant, cela ne m'avait nullement préparé à la vision qui s'offrit à mes yeux lorsque la capitaine sortit de la cabine de l'élégant navire qui venait de nous aborder. D'une taille proche de celle des Alsderns qu'il m'était arrivé de rencontrer par le passé, d’à peu près cinq pieds trois pouces, sa silhouette était incontestablement plus fine, plus gracile que celle des géantes nordiques qui composaient en partie son équipage. Et pourtant, elle n'en était pas moins féminine, séduisante même. Mes yeux ne surent trop où s'attarder, le long de ses jambes fuselées, du galbe de ses hanches, des rondeurs de sa poitrine, de ce corps souple.  Ses longs cheveux d'un blanc nacré étaient rassemblés avec soin en une longue natte, enroulée et fixée autour de sa tête. Sa peau d'un gris cendré tranchait avec celle, plus céleste et laiteuse, qu'on attribuait traditionnellement aux siens. J'appris plus tard, de la bouche d'un quelconque barde, qu'il s'agissait là d'une Eleär du Crépuscule, une ethnie plus prédisposée à la violence et aux combats que leurs cousins plus pacifiques. Du moins était-ce ainsi que la rumeur les présentait, selon lui. Si tel est le cas, je dois sans doute m'estimer heureux d'en être sorti vivant. Toujours est-il que sa beauté était saisissante, ensorcelante même. Son apparente fragilité était aisément démentie par la musculature souple que ses vêtements laissaient deviner, par l'aisance avec laquelle elle prit pied sur notre pont et par les lames qui pendait à ses côtés (et qui n'avaient rien d'armes d'apparat). Son visage ne souffrait nulle imperfection, ses traits fins, harmonieux n'étaient dépareillés par nulle cicatrice ou difformité. Quelques touches de maquillage, à peine prononcées, suffisaient à le mettre en valeur.

Et bien que dix ans se soient écoulés, je revois encore ces yeux d'un turquoise irradiant, qui semblaient me mettre à nu, plonger au plus profond de mon âme et m’ôtèrent aussitôt toute envie de m'insurger. Ils  recelaient une lueur amusée, nonchalante, mais au fond de moi, j'eu l'absolue certitude qu'elle n'hésiterait pas à m'éviscérer dans l'instant si je m'avisais de me rebeller, qu'elle devinerait dans l'instant si j'osais fomenter une quelconque action. Et j'entends encore cette voix, chantante, cultivée, avec un phrasé parfait et une pointe de maniérisme, qui me proposa poliment de lui céder la propriété du navire, sans quoi, et je reformule là ses propres mots, "elle se verrait dans la triste obligation de négocier directement avec mes tripes ou mes bourses, dans la mesure où mon cerveau ne serait visiblement pas apte à prendre la bonne décision" ..."


Caractère


Brouillon de Mémoires, tentative 42.

"Limlug. Le serpent de mer, ou le dragon des océans. Je suis intimement convaincue que mon tendre et adoré paternel avait cette ambivalence à l’esprit lorsque ce sarcasme a franchit ses lèvres. Compliment indirect ou insulte à peine voilée, je ne saurais le dire. Entre une bestiole vicieuse, froide et mortelle, et un animal majestueux, sage, mais tout aussi dangereux … son cœur devait sûrement balancer. Fidèles à leur nature, les hautes sphères ne manquèrent pas de s’en délecter et de transmettre la rumeur d’un bout à l’autre de l’île en moins d’une décade. Aussi décidais-je dès lors de l’assumer, de le revendiquer même. L’emblème de ma singularité, de ces abysses qui me séparaient de la bonne société des Mirages. Enfin révélés au grand jour. Je n’avais plus rien à cacher.

Je vous parlerais bien d’amour, de ce sentiment intense qui vous propulse vers des destinations inconnues par simple acte de foi. D’une passion, dévorante, qui m’aurait saisie au premier regard, pour ne plus jamais me lâcher. De ces filets dans lesquels mon âme se serait retrouvée piégée pour l’éternité, en l'espace d'une fraction de seconde. De cette soif d’infini, de cette faim d’elle, du désir de découvrir ses multiples facettes, de contempler sa magnificence sous tous les angles. Je pourrais disserter pendant des décades entières sur sa beauté cachée, sur ses secrets murmurés à mon oreille, sur ses colères épiques et exaltantes, sur ses caprices ensorceleurs, ... Et j'échouerai encore à ne serait-ce qu'effleurer la surface de tout ce qu'elle représente pour moi. La mer. L'océan. Les flots impétueux. Deux cent années à l'arpenter n'ont pas suffi à m'en lasser. Son appel continue de me hanter, à la moindre période d'absence. Je ne peux résider pour toujours sur la terre ferme. J'y suffoquerais tôt ou tard.

Si mon noble géniteur peut légitimement s'exonérer de toute responsabilité quant à cet appel-ci, je crains hélas qu'il n'en soit pas de même pour l'autre ... Car si ma relation à la mer peut s'apparenter à l'une de ces passions funestes et inaccessibles à la raison qui peuplent les légendes, celle que j'entretiens avec la connaissance n'est au contraire qu'attraction purement intellectuelle nourrie, alimentée, encouragée par ses attentions et l'éducation de mes précepteurs. Oh, il n'agît pas ainsi par bonté d'âme, je le sais. Une Eleär du Crépuscule, fille d'un haut dignitaire et d'une défunte apparentée à un quelconque degré à notre ancien roi, ne pouvait décemment pas laisser son esprit en friche. Pas alors qu'elle serait appelée tôt ou tard à arpenter les hautes sphères. Quel dommage que l'outil qu'il prévoyait de forger afin d'assurer la pérennité de la lignée lui ait échappé aussi aisément ... La curiosité était trop forte. Je voulais voir, de mes propres yeux, ce que contaient les livres que je dévorais les uns après les autres. Découvrir les trésors que recelait ce monde, abrités dans d'antiques bibliothèques ou enfouis dans des ruines oubliées. Alors que l'appel de la mer continuait de me hanter, cet argument décisif me poussa à franchir le pas. Il n'a pas cessé, prétexte ô combien commode pour retrouver ma véritable place. Combien de fois ai-je donc saisi au vol la rumeur de la découverte d'un artefact inestimable, ou mieux encore, de l'exemplaire unique d'un ouvrage disparu pour prendre le large, laissant toutes les trivialités bassement terrestres derrière moi ?

Gouvernée par ces deux quêtes aussi impossibles à achever que plaisantes à poursuivre, ma vie n'a jamais laissé beaucoup de place pour le reste, les autres en tête. À quoi bon me flageller ? Nul n'a vraiment besoin de moi, au fond. Nul ne dépend de ma personne pour assurer sa survie. Je respecte mes engagements, au sens strict, au mot près. Je suis honnête en affaires, et j’attends qu’on en fasse de même. M'en demander plus serait complètement futile, ni le zèle ni l'altruisme n'ont jamais fait partie de mes valeurs. La cupidité non plus, à vrai dire : alors pourquoi m'encombrer de cette pesante vie terrestre ? De cette fonction, même occasionnelle, d'émissaire ? De cette profession d'armatrice, des inévitables lourdeurs administratives qui l'accompagnent ? La réponse en est à la fois simple et douloureuse : aussi fort que je désire y appartenir, l'océan n'est pas mon milieu naturel. Tout bateau a besoin d'un port d'attache, la raison le commande. D'un havre sûr. Que la paix règne sur mon île natale correspond exactement à mes intérêts. Par ailleurs, il m'est impossible d'entreposer l'intégralité de mes collections sur un seul navire, ce qui pourrait leur être fatal. Quant à l'argent, figurez-vous que ce genre de passion s'avère être un véritable gouffre financier ...

Loin de moi l'idée de mépriser autrui. De fait, leur folklore, leurs légendes, leurs croyances, leurs coutumes me passionnent. Il ne m'en est pas moins difficile de les fréquenter en dehors d'affaires d'une nature ou d'une autre, pour l’agrément. Ne faut-il pas partager une passion commune afin d'établir des relations durables ? Hélas, les érudits ne pullulent point à la surface. Oh, certes, je dois bien admettre que nous autres Eleärs sommes plutôt bien pourvus en la matière, mais ... Sur tous ceux-là, combien poursuivent-ils vraiment une quête désintéressée du savoir ? Combien de membres des hautes sphères ont-ils utilisé ce prétexte pour m'aborder, afin d'obtenir un quelconque gain ? Est-ce ma faute si je n'apprécie guère ces comportements ? Si je ne désire nullement participer à telle cabale afin de grappiller quelques miettes de pouvoir ? Quant aux personnes plus humbles, je m'en voudrais de les déranger avec pareilles frivolités. N'y voyez-là nul pédantisme : lorsque l'on est occupé à assurer sa subsistance et celle de sa famille, quel intérêt peut-on porter à un grimoire poussiéreux ou une babiole millénaire rouillée ? Cette conduite-là me paraît du moins plus raisonnable que celle des autres hypocrites ...

Même si je ne peux pas nier l’affection que m’inspirent les Eleär, mes inclinations me portent vers une catégorie paradoxalement peu représentée sur notre domaine insulaire. Les gens de la mer. Les marins, les pêcheurs, les pirates, les navigateurs, les contrebandiers, les explorateurs … ceux qui vivent de la mer, qui l’arpentent, qui respectent ses colères et la remercient pour ses bienfaits. Je me sens bien, parmi eux. Peu m’importent leurs origines, une passion commune nous lie. Un attachement réel, presque une solidarité. Là réside peut-être ma véritable motivation concernant ma profession d’amatrice. Permettre à tous ceux qui vénèrent l’océan de vivre de leur passion. Leur assurer les meilleures conditions de vie, le meilleur équipement, une rémunération digne de ce nom … Mes employés, mon peuple. J’estime être une dame exigeante, mais juste. Je sais récompenser un travail consciencieux, un employé fidèle, tout autant que punir un traître ou virer un tire-au-flanc. La mer prélève son tribut, nous le savons tous, aussi dois-je m’assurer que les familles des défunts seront à l’abri du besoin. Je prends soin des miens. Je m’assure que mes intendants soient issus du sérail, loin de vulgaires gratte-papiers, qu’ils comprennent l’importance de leur fonction et leur intérêt à l’assurer avec rigueur et honnêteté, mais compréhension. Peut-être est-ce cela que mon père comprenait si mal. Que je puisse faire passer le sort de quelques Valduris avant celui de mon peuple tout entier. Combien, à l'époque, déjà ? Guère plus d'une cinquantaine ? Que j’aie la prétention d’étendre mes activités bien au-delà de l’Île des Mirages, de posséder un  établissement dans des contrées aussi lointaines et valduris que Kaerdum ou Lorh, ne l'aurait pas plus enchanté ...

Ou peut-être était-ce ma moralité « déviante », comme il aimait à la qualifier. Il est vrai que je me suis adonnée à la piraterie, pendant de longues décennies. Il est aussi vrai que je n’éprouve guère de scrupules pour obtenir ce que je désire, quand j’estime indigne la personne qui est en sa possession. Je ne raffole pas particulièrement de la tromperie, mais il est vrai qu’elle peut se révéler particulièrement efficace lorsque mon interlocuteur manque cruellement de réalisme ou de lucidité.  Quant à la violence ... ah, il me faut hélas reconnaître qu'il y a un véritable plaisir à sentir sa lame se frayer un chemin à travers les chairs d'un adversaire. Avez-vous déjà vu le regard empli de regret et d'incrédulité de l'ordure qui s'apprêtait à attenter à votre vie, alors que ses viscères se déversent sur le pont ? J’estime pourtant être une personne tolérante, cultivée, polie, aimable même … mais gare à celui qui s’aviserait de venir me voler dans les plumes. Mes colères sont celles de la mer : imprévisibles, insoupçonnables, qui soudainement se déchaînent et frappent, impitoyables et mortelles. Sourire à celui que je m’apprête à poignarder dans le dos ne me pose pas le moindre cas de conscience, qu’il s’agisse d’une métaphore ou de l’acte au sens strict. Faire profil bas le temps que l’attention se déporte ailleurs, qu’une opportunité d’agir ou de contre-attaquer se présente, voilà une tactique sensée. Je l’ai déjà dit, l’altruisme ou le zèle ne sont pas dans mes habitudes. Et pour être totalement honnête … si un jour je devais trancher entre mes propres intérêts et ceux des Eleärs … baste, il s’agit tout de même des miens, la question n’est pas si facile à résoudre. Non, je ne suis pas quelqu’un de foncièrement sympathique … Je vous l’ai dit, Limlug me convient à merveille.

Et pourtant, il s’est trouvé quelqu’un d’assez inconscient pour demander la main du wyrm. Si je l’aime ? La question n’est pas seulement d’une stupidité hors normes, elle est aussi complètement inappropriée. Nous avons tous deux trouvé notre intérêt dans cette union, voilà tout : qui un soutien terrestre et une fin claire de non-recevoir à tout prétendant, qui un nom proche de la royauté et une intégration directe dans les hautes sphères. Un profond respect nous lie, nous apprécions chacun la conversation de l’autre, sa curiosité, sa vivacité d’esprit et son intelligence, mais de l’amour ? Oh, certes, je dois reconnaître qu’il ne manque pas de prestance ni de charme, mais mon cœur a déjà été conquis alors que je n’étais qu’une enfant … Qu’il baguenaude de-ci de-là ne me pose aucun problème, tant que sa conquête du jour ne vient pas fouiner dans mes appartements ou mes collections. Après tout, il accepte bien de me partager avec mon ondine maîtresse. La conception d’un héritier n’est pas vraiment une priorité dans notre couple … disons que nous nous y attelons, à l’occasion, lorsque les circonstances nous réunissent et que l’envie est là. Guère plus d’une fois par an, il me semble …

Non. Ce n’est pas du tout ça. Il manque quelque chose, un je-ne-sais-quoi de … »


Inventaire


"Il n’est rien de si paradoxal que de comparer les sommes que la dame Lengaearon est capable d’engloutir dans l’achat d’un livre à celles dépensées dans son habillement. S’il est indéniable que ses habits sont d’excellente facture, leur variété n’en est pas moins extrêmement pauvre, tout comme leur gamme de couleur. Du noir, encore du noir, toujours du noir, voilà une bonne manière de résumer ses goûts en la matière. Un haut guère plus élaboré que de simples bandes de tissu, découvrant amplement ses épaules, sa gorge et son cou, une veste en cuir pour le recouvrir en mer ou à l'extérieur, des jambières de cuir noir, des bottes montantes à talon plat et des gants du même matériau, voilà l’essentiel de sa tenue. C’est tout juste si quelques touches moins sombres viennent rompre la monotonie de l’ensemble, comme cet étrange pendentif orné d’une pierre d’un bleu tirant sur le violet ; ce diadème finement ouvragé mais sans ostentation, enchâssant une gemme d’un azur pâle ; cette plaque ventrale ou ces bracelets d’avant-bras, d’un métal gris clair."

"Ah, l’Amirale ? Ouais, avec les gars, on l’appelle comme ça, notre patronne. ‘fin, la tienne aussi, maintenant, nan ? Enfin bref, t’as intérêt à agir recta avec elle, p’tit gars. La confonds surtout pas avec ces empaffés de marchands qu’ont jamais traîné leur cul plus loin que leur échoppe. Les armes, là, c’est pas pour faire joli ! Ah, ouais, l’est classe, son sabre, hein ? Un truc Inoë, je crois. Aucune idée de comment elle l’a choppé. Tout courbe, une garde ronde, des figures étranges sur la poignée, mais tranchant comme pas deux ! Ouais, t’as vu la dague à sa ceinture, mais t’as pas dû cramer celle dans la botte, hein ? Je le savais ! Y’a aussi une arbalète qui traîne, dans sa cabine. Le bel engin, pour sûr, mais elle est pas géniale avec. Bon, elle se débrouille, quoi …"

"Le Wyrm, voici le nom sous lequel nous connaissons le navire personnel de Silin Lendgaearon. Pour autant que nous le sachions, il n’a jamais été impliqué dans la plus petite action illégale, mais sa simple existence suffit à mettre en doute à nos yeux la soit-disant "reconversion" de cette pirate notoire. Afin d’expliciter notre propos, sachez que, de par ses dimensions de coque (vingt-trois toises) et son équipage (une centaine de matelots), ce bâtiment s’inscrit résolument dans la catégorie des navires de guerre. De par sa conception, dans laquelle semblent avoir été impliqués certains des charpentiers navals les plus talentueux d’Ordanie, ses performances pour le moins impressionnantes, sans oublier la présence d’un armement conséquent à bord (la mention de balistes revient à quelques reprises), ce navire pourrait représenter un adversaire de taille si jamais la situation venait à évoluer …"


Spoiler:
Pour les dimensions et l’équipage du navire, je me suis basé sur celles d’un galion espagnol, vers 1530. Il va de soi que ce navire n'est pas représentatif du reste de sa flotte, les navires y sont de dimensions plus réduites (à l'échelle de nefs médiévales).


Histoire


Spoiler:
Résumé de l'histoire de Silin :

- An 830 de l'Ère de la Paix (-208) : naît dans une famille prestigieuse des Eleärs du Crépuscule (branche maternelle). Sa mère décédée, son père se charge de son éducation.

- An 878 (-160) : départ pour Al-Akhab, en compagnie d'Ithariel (garde du corps et précepteur), pour découvrir le monde et l'océan, une partie de l'héritage de sa mère en poche. Elle y achète son premier navire, recrute son premier équipage, dont un ancien capitaine pirate alsdern, Freÿr.

- An 883 (-155) : après cinq années de voyages, de commerce et d'apprentissage de la navigation, elle achète un nouveau navire et entame enfin son odyssée à travers toutes les mers.

- An 894 (-144) : elle fait une escale à Éré, puis rompt les liens avec son père après la découverte de la vérité sur sa mère. Elle décide de s'adonner à la piraterie et à divers trafics pour se renflouer.

- An 896 (-142) : mort d'Ithariel.

- An 903 (-135) : assassinat de Freÿr. Traque et élimination du meurtrier.

- An 998 (-40) : elle décide de se reconvertir en mercenaire, à l'époque au service de Kaerdum.

- An 1002 (-36) : mort de son père.

- An 0 de l'Ère des Rois : elle participe à une série de batailles navales au large de Kaerdum, face à l'invasion de la Légion Rouge.

- An 1 : elle délaisse le mercenariat et lance son activité d'armatrice, entreprend de s'intégrer dans la société de l'Île des Mirages, et se marie.

- An 70 : implication (mineure) dans la destitution du Roi de l'Île.

- An 71 : émissaire auprès de Rhaemond (crise avec Desde et Aiseth).

- An 75 : émissaire auprès de Desde (rupture des routes commerciales avec les royaumes Valduris).

- An 82 à 84 : membre de la délégation envoyée à Satvar pour la question des Nains, fournit une part importante de la flotte rapatriant les Nains de Seregon. Elle assiste à la cérémonie officialisant l'alliance entre royaumes Eleär de Seregon et empires Inoës.

- An 89 : apparition de son pouvoir, s'intéresse aux évènements d'Azzura et aux agissements du roi de Desde.


Journal de bord, entrée de Verne, troisième semaine de Siralon, an 878 de l’Ère de la Paix. Une tâche d'encre macule la page.

"Et c'est ainsi que j'inaugure mon premier journal de bord. Une tâche, une maladresse à cause du roulis. Bon ou mauvais présage ? Signe indéniable, en tout cas, qu'il me reste beaucoup à apprendre sur la mer. Maintenant que j'ai enfin cédé à son appel, je réalise à quel point je ne connaissais rien de l'océan. Tous les livres que j'ai pu parcourir ne faisaient qu'effleurer la surface de sa complexité, de la profondeur de ses mystères. Mais il convient de me présenter en premier lieu, par égard à l'éventuel lecteur qui viendrait à poser ses yeux sur ce parchemin. Mon nom est Silin, de la lignée des Lendgaearon. Si mon matronyme ne vous rappelle absolument rien, et que vous n'êtes pas l'un des Eleärs, rien d'étonnant à cela. En résumé, et si l'on accorde une quelconque foi aux récits de l'Ère des Démons Rouges, ce fut mon ancêtre qui guida la flotte lorsque les nôtres durent abandonner leurs terres face à la fureur des Ordhaleron. En ce qui concerne celle qui accosta à Seregon uniquement, je le crois. Du moins est-ce là la seule chose que ma chère mère m'a léguée, dans la mesure où elle décéda dans un quelconque engagement militaire sur le continent, face à des Valduris. Quant à mon père ... si je me retrouve justement à voguer sur ce rafiot marchand, en tant que passagère, c'est que j'espère enfin parvenir à échapper à l'emprise presque tentaculaire qu'il exerce sur le moindre aspect de ma vie. En voilà bien assez de trois décennies passées à étudier des manuscrits, à m'entraîner au maniement des armes ou à subir d'interminables leçons sur l'étiquette, la politique, les coutumes ou l'art militaire terrestre des Eleärs. J'ai besoin de voir tout cela de mes propres yeux, de respirer l'air marin, d'arpenter ce monde.

Ilthariel ne manque pas la moindre occasion pour me le reprocher. Vu l'étroitesse de notre transport, les opportunités sont nombreuses. Si je devais résumer les critiques qu'il m'adresse depuis voici deux semaines ... le manquement aux devoirs de mon rang ; l'incroyable stupidité de mon action suicidaire ; mon ingratitude envers mon père, ma famille et mon lignage ; et surtout la somme colossale que j'ai jugé bon d'emporter en pierres précieuses, quand bien même il ne s'agit là que d'un héritage maternel. Pourtant, en dépit de ses jérémiades, je me doute bien qu'il se refusera à m'abandonner pour rentrer bredouille ou même me contraindre à en faire de même. Un tiers précepteur, un tiers sergent instructeur, un tiers garde du corps, totalement dévoué à ma personne, voilà qui résume bien ce vétéran qui servait jadis sous les ordres de ma mère. Sans doute une histoire d'amour inavoué, ou quelque chose du même acabit ... Mais ce n'est pas le genre de sujet que j'aborderais avec lui !

Pour l'heure, nous voguons vers Siltamyr, capitale d'Al'Akhab. La rumeur prétend qu'on peut y acquérir à peu près tout ce que l'on désire, quand bien même il faudrait se délester d'une main en échange ... J'aurais l'occasion de vérifier cela. Outre d'éventuels livres, j'espère bien y trouver un navire, et un quelconque marin expérimenté, peut-être à la retraite, afin de m'enseigner l'art de la navigation. Certes, les Shardas du Nord ne brillent pas par leurs talents marins, mais qui sait, peut-être que l'un d'eux démentira la règle !"


Entrée de Cean, première semaine de Drema, an 878 de l’Ère de la Paix.

"Une place intéressante, vraiment. Extrêmement animée, vivante, ensorcelante même, et j'ai dû rapidement apprendre à surveiller mes bourses après deux tentatives de vol à la tire. Bien loin de la sérénité ou de l'élégance des miens, les Valduris sont criards, grossiers, vindicatifs, bruyants, vulgaires ... mais, étrangement, cela ne me dérange guère, bien au contraire. Quel serait l'intérêt de voyager si l'on devait retrouver la même ambiance qu'au départ ? Moi qui voulait changer d'air, me voilà amplement servie ! Oh, et voilà un point notable : Ilthariel a enfin fini par admettre qu'il ne s'agissait pas là d'une quelconque lubie de ma part, et que ce départ était définitif. En conséquence, il a entrepris de donner à son enseignement un tour plus pragmatique. Us et coutumes des tavernes, des bas-fonds, l'art de marchander avec un négociant de petit commerce, de la rixe et des bagarres improvisées, et tant d'autres savoirs vernaculaires dont je ne lui soupçonnais pas la possession. Il faudra tout de même que je soulève la question, un jour ou l'autre ...

Oh, et me voilà en possession de mon propre bâtiment ! Enfin, si l'on peut appeler ainsi le navire que je viens d'acquérir ... Comment vous le décrire ? Disons qu'il ne s'agit là que d'une petite caraque, nécessitant un équipage d'une trentaine de marins, certes capable de voguer sur les mers comme je le désirais, mais d'une facture que Freÿr qualifie de ... baste, où ai-je bien pu noter la traduction de cette phrase ... Ah, oui, voilà. "Une satanée coque de noix fabriquée par un ivrogne manchot, tout juste bonne à servir de brûlot". En version édulcorée, bien sûr. Certaines insultes en alsvard sont tout simplement intraduisibles en demeri ... Et me voilà avec mon premier matelot. Freÿr. Un robuste alsdern blond, la trentaine, qui doit bien dépasser Ilthariel de deux têtes, au moins. Il m'a fallut fureter pendant plusieurs jours, mais voilà, c'est fait. Le prix de rachat en valait la peine, quand bien même mon cher précepteur m'a littéralement foudroyé du regard lorsque je le lui ai énoncé. Pour l'heure, tous deux doivent encore être occupés à se surveiller l'un et l'autre .... Ah, les guerriers et leur ego ... Enfin bref. Il s'avère que Freÿr est un capitaine de navire (un pirate, si j'en crois son ancien propriétaire), ou du moins l'était avant d'atterrir ici et de finir en esclavage. Le marché que je lui ai proposé était fort simple : cinq années à mon service, afin qu'il m'apprenne à naviguer et à diriger mon propre navire, et à lui la liberté. J'escompte bien tenir ma part du marché, et qu'il en ira de même pour lui ... Malgré toute sa défiance, Ilthariel semble le croire. Une histoire de dette d'honneur, ou quelque chose du même acabit.

Demain, il nous faudra recruter un équipage. Et puis ensuite, cap sur Lyria !"


Le lecteur saute alors de nombreuses pages, jugeant visiblement le contenu peu intéressant. Ses yeux parcourent des mentions de voyages, de ports, de commerces et contrats variés, de départs et de recrutements, de légendes et folklores de diverses régions, d’habitudes jugées étranges.


Entrée de Dermedrek, troisième semaine de Bremisc, an 883 de l’Ère de la Paix.

"Baste, voilà que ce damné alsdern s’incruste comme un coquillage sur la carène. Alta en soit témoin, je lui ai pourtant laissé une véritable ribambelle d’opportunités de s’enfuir, cette année … Et maintenant que notre marché touche à son terme, voilà qu’il m’annonce sa décision de se rengager ! C’est à n’y rien comprendre, après ce lustre de lamentations ! Ithariel ricane dans son coin à chaque fois que j’évoque le sujet … Il faut bien avouer que l’excuse du "je n’ai jamais navigué sur un navire pareil" me paraît bien suspecte, à moi aussi … Très honnêtement, je doute d’arriver un jour à comprendre la mentalité de ces Valduris !

Il me faut néanmoins avouer ceci : mon nouveau vaisseau est tout simplement superbe. Et plus encore. Ceci dit, vu le prix proprement exorbitant qu’il m’a coûté, j’estime que c’est la moindre des choses ! Plutôt élégant, pour l’œuvre de soi-disant "barbares nordiques". Mais surtout, c’est la simplicité de sa conception, efficace, sans le moindre ajout superflu, qui a su me séduire. Et quelle allure lorsqu’il fend les flots ! Voilà qui devrait me permettre, enfin, de pouvoir arpenter les moindres recoins de mon océan vénéré. J’ai hâte de pouvoir découvrir de mes propres yeux ces contrées où peu de mes confrères marins osent s’aventurer. Tourbillons gigantesques, monstres marins déchaînés, tant de légendes courent à leur sujet, qu’il me brûle d’élucider et de constater de mes propres yeux ! L’équipage me suivra, j’en suis certaine. Ces cinq années m’ont suffi pour écrémer les rangs et rassembler sur cette coque des êtres aussi cinglés et attachés à la mer que ma propre personne. Sans parler de leur passé plus que douteux, pour la plupart, mais je n’en ai cure. Anciens pirates et contrebandiers doivent composer les deux tiers de l’équipage (effectif total à l’instant : cinquante-quatre), avec quelques excentriques au parcours aussi improbable que le mien en prime, et quelques marins plus honorables.

J’ai laissé une lettre à mon cher paternel, en dépit de tout. Du fait que je sache pertinemment qu’il n’ait jamais pris la peine de répondre à l’abondante correspondance que je me suis acharnée à lui expédier au fil des mois. Mais dans la mesure où il s’agit peut-être de la dernière fois que je suis en mesure de le faire, avant une éternité … et bien, il mérite au moins de le savoir. Si seulement ce vieux rascal n’était pas aussi borné … "


Nouvelle avancée rapide du lecteur, visiblement peu intéressé par les récits des voyages d’exploration, mêlant descriptions de tempêtes et de maëlstroms, de contrées inhospitalières, d’affrontements avec d’autres navires, de décès, des commentaires sur les coutumes et gastronomies locales, des anecdotes sur la vie de l’équipage et des listes d’acquisition d’ouvrages et de reliques.


Entrée de Cean, première semaine d’Aldar, an 894 de l’Ère de la Paix.

"Qu’il est bon d’accoster de nouveau chez soi … Un ramassis de mensonges, oui ! Dire que ce n’est que grâce à la mention de mon matronyme que ces *injure demeri obscure, intraduisible* d’autorités portuaires ont finalement consenti à nous laisser nous amarrer ! Et encore ont-ils exigé que seuls Ithariel et moi-même puissions débarquer, alors que les autres seraient cantonnés à bord ! Quelle terrible menace qu’une cinquantaine de Valduris débraillés et hirsutes aux portes de l’Île des Mirages, en effet ! Si la nécessité ne faisait pas loi, j’aurais immédiatement fait lever l’ancre ! Mais nos bourses sont désespérément vides… Je ne regrette nullement cette fantastique odyssée, mais je suis bien forcée d’avouer qu’elle n’a guère été rentable ! Pour dire les choses crûment, je viens chercher mon dû. Le reste de l’héritage  maternel. Et pour être encore plus sincère, si je n’avais pas besoin de rencontrer mon père, j’aurais omis cette visite du domaine paternel sans le moindre scrupule. J’ai encore du mal à y croire : pas une seule fois. Pas une seule lettre en dix ans ! L’intendant de l’entrepôt est d’une fiabilité certaine, et quel intérêt aurait-il eu à escamoter du parchemin ? Non, hélas, le blâme en revient entièrement au haut dignitaire Eleär que je m’apprête à rencontrer. Je dois bien avouer qu’une légère appréhension commence à monter à cette perspective …"


Entrée d’Astar, deuxième semaine d’Aldar, an 894 de l’Ère de la Paix. L’écriture est déformée, malhabile, raturée. La colère de la propriétaire du journal est encore perceptible, presque matérielle.

L’ordure. La vermine. Le sale *passage proprement illisible et ordurier. Un véritable chapelet d’injures que la décence nous impose de ne pas traduire, en demeri, alsvard et nymeriin.* Il m’a donc menti. Toutes ses années. Et Ithariel, oh, Ithariel … il le savait aussi, bien sûr. Comment ai-je pu être aussi aveugle ? Tout prend sens, maintenant. Tout ce savoir qui ne collait guère avec un passé de vétéran militaire … Ah. Ah. Non, vraiment, quelle imbécillité crasse de ma part.

« Le chant de la sirène », « la folie ondine » … C’est dans mon sang, il faut croire. Cette véritable passion pour la mer. Ainsi donc, ma mère l’avait ressentie aussi. Et ma grand-mère. Et mes aïeules avant elles. Aussi, je m’interroge : se sont-elles heurtées à la même incompréhension de la part de bouseux bornés et incapables de s’arracher de leur sacro-sainte terre ? Alors non, je refuse de considérer cela comme une quelconque folie ou maladie, sans même parler de cette ridicule histoire d’une malédiction infligée à notre lignée par une hypothétique entité océane … L’océan m’attire, et en quoi cela serait-il plus stupide  qu’un attachement obsessionnel et maladif pour un lopin de terre ? Pourquoi donc refuse-t-il de le comprendre ? Pourquoi a-t-il absolument tenu à me couper de mes véritables racines, à essayer de m’imposer une vie qui n’était pas faite pour moi ? Pourquoi m’avoir caché l’existence de cette Ancienne à l’origine des Lendgaearon ? Pourquoi avoir ainsi craché sur mon essence même ?

« Limlug ». Soit. Je l’assumerais. Merci, au fond, père. Merci d’avoir ainsi tranché les derniers liens qui pouvaient me rattacher à cette terre monotone et étouffante, à ton existence-même. Merci de m’avoir conforté dans la voie que j’avais commencé à emprunter. Oh, excuse-moi si je t’ai choqué en t’assénant le récit de mes combats, en t’exposant cet aspect le moins reluisant du pantin que tu n’as pas réussi à contrôler. Oui, il y a une part primitive dans cet être que tu as élevé. Une partie qui sait apprécier le sang qui coule et le dernier soupir d’un adversaire, qui sait rire face à la tempête qui s’acharne sur son navire et menace de le couler. Une partie que tu ne pourras jamais comprendre. Alors, même si je sais que tu ne liras jamais, au grand jamais, ces lignes, merci. Quant à l’héritage de ta femme, garde-le donc. J’ai déjà reçu tout ce qui m’importait … Sais-tu comment je compte me renflouer, au fait ? Rien de tel qu’un peu de piraterie. Dans une période aussi troublée que la nôtre, ce ne seront pas les occasions qui manqueront … L’Ère de la Paix ? Quelle vaste plaisanterie ! Ithariel a insisté pour repartir. Baste, lui, au moins, je comprends ses motivations. Que ma mère lui ait fait prêter serment de veiller sur moi, de ne jamais me révéler la vérité à moins qu’elle ne me soit déjà connue … Oui, je crois que je comprends ses actes. Quant à dire que je les accepte … disons que je lui dois au moins ça, après l’avoir embarqué dans autant de galères …"


Le lecteur accélère une fois de plus. Liste d’abordages, de morts, de blessés, de recrutements, de profits et de dépenses. Quelques lignes attirent visiblement son attention.


Entrée de Lunae, troisième semaine de Garges, an 896 de l’Ère de la Paix.

"Ithariel est mort. Conformément à ses volontés, corps lesté et envoyé reposer au fond des flots. Puisse-t-il reposer en paix. Butin fructueux. Estimations personnelles : une soixantaine d’orins. Quelques cartes maritimes de bonne facture. Un exemplaire du …"


Entrée de Cean, première semaine d’Aldar, an 899 de l’Ère de la Paix.


"Acquisition d’un troisième navire, aujourd’hui. C’est que tout ça commence à ressembler à une véritable petite flotte, ma parole ! Il va être temps de changer de coin, par ailleurs … La flotte d’Elra se fait un peu trop pressante … Nouvelle altercation avec Freÿr. Il commence à se faire trop vieux pour cette vie. Il serait temps pour lui de raccrocher. Mais il refuse obstinément de m'écouter, tout comme son propre fils ..."



Entrée de Dermedrek, première semaine d’Ordo, an 903 de l’Ère de la Paix. L’écriture est difficile à lire, par endroits. L’encre a bavé, comme si le parchemin avait été humidifié alors même qu’on écrivait dessus.

"C’est la première fois que les mots me manquent. Je ne sais quoi écrire. L’injustice est … Quelle naïveté, dans ce monde cruel et … Non, que ses dieux et mes Anciens en soient témoins, ça n’aurait pas dû … Une fin pareille, c’est … Tu aurais dû mourir avec panache, les armes à la main, le sol jonché des corps de tes ennemis. Pas comme ça. Empoisonné par ce scélérat. Un proche, hein ? Tu avais confiance en lui, j’imagine. A ce point-là ? Sûrement. Le pourquoi, très honnêtement, me restera à jamais inconnu, et je m’en contrefiche. Il va payer, sois-en sûr. Je l’ai promis à ton fils, sur mon âme, mon honneur ; enfin, ce qu’il en reste … Mais même sans ça, je l’aurais traqué. Je vais le trouver. Et quand j’en aurais fini avec lui, je l’enverrais te tenir compagnie à Herghelm. Tes funérailles seront à la hauteur. La barque est déjà apprêtée, chargée de tous tes biens, de quelques bien maigres récompenses en regard de tes services. Les flèches seront bientôt enflammées, lorsque les équipages des quatre navires seront réunis. Puisses-tu reposer en paix, Freÿr. Mon ami. Mon frère. Merci pour tout."


Entrée de Sheal, deuxième semaine de Garges, an 903 de l’Ère de la Paix.


"On l’a choppé."


Entrée d’Astar, troisième semaine d’Ansbar, an 903 de l’Ère de la Paix.


"Son cœur a lâché. Il nourrira les poissons."


Nouvelle avancée rapide. Très longue énumération de trafics, de combats, d’abordages, de contrebande, de morts, de départs, de recrutements, sur près d’un siècle.


Entrée d’Ellsya, première semaine de Merä, an 998 de l’Ère de la Paix.


"Le vent commence à tourner. Je le sens. Le siècle qui vient de s’écouler a été extrêmement profitable pour mes affaires, et je pourrais me contenter de poursuivre dans cette voie. Mais mon instinct me susurre qu’il est temps de changer de bord. Les tourbillons furieux qui agitaient ce monde commencent à s’apaiser. Dès lors que les monarques ne seront plus autant occupés à s’entretuer, ils pourront enfin tourner leur regard vers la sécurité du commerce maritime. Dès lors, nous autres gentilshommes des mers ne seront plus vraiment à la fête. J’en ai déjà avisé mes quatorze capitaines. Kaerdum recrute des mercenaires pour faire face aux Alsdern d’Ordanie, sur les mers comme sur terre. C’est une excellente occasion pour effacer notre ardoise. Bien sûr qu’ils ont un peu grommelé pour la forme, mais ils me suivront. Les mécontents n’auront qu’à regagner le port à la nage !"


Entrée de Lunae, troisième semaine de Friya, an 1002 de l’Ère de la Paix.


"De retour à Éré ? Cela doit faire près de cent vingt années depuis la dernière fois … Il est mort depuis cinq ans. Le chagrin et la maladie, qu’ils disent. Plus la volonté de vivre. Pour mon plus grand plaisir, et à ma grande surprise, mon héritage est intact. Je l’aurais plutôt imaginé le léguant à l’un de ses cousins, ou bien même le dilapidant entièrement afin qu’il ne m’en reste plus que des miettes … Il m’a laissé un dernier message, avec son testament. Un rouleau de parchemin qui a aussitôt fini dans la cheminée. À quoi bon. S’il avait quelque chose à me dire, à tout prix, il aurait dû le faire de mon vivant … J’ai déjà pris mes dispositions pour rapatrier l’essentiel de mes collections dans ma nouvelle demeure sur la côte. J’escompte bien repartir le plus vite possible, une fois les formalités expédiées. Je n’ai nullement l’intention de donner suite aux invitations de bal, sans même parler des rencontres de prétendants divers et variés. J’aurais dû m’y attendre, bien sûr … Après tout, je suis l’unique héritière d’un nom et d’une fortune suffisante pour attirer bien des convoitises … Je préférerais encore braver une tempête que d’assister à l’une de ces réceptions dont mon enfance m’a laissé un souvenir exécrable … "


Entrée de Sheal , deuxième semaine de Merä, an 1 de l’Ère des Rois.


"Que dire … je suis vivante ? Et rien que ça, c’est un exploit ! Certes, je ne m’en suis pas sortie indemne. Aucun de nous. Le traité de de Paix d'Ann'Drah, je l’avais vu venir, mais ça … J’ai assisté à bien des affrontements sur mer,  j’ai combattu à maintes reprises, et je le referais sans hésiter, mais ça … Lorsque la Légion Rouge s’est abattue sur Kaerdum … ce spectacle restera gravé à jamais dans ma mémoire. Je rechigne encore aujourd’hui à l’évoquer. La flotte à laquelle notre petite escadre de mercenaires avait été intégrée a été balayée comme un fétu de paille. Qui l’eût cru ? Me retrouver propulsée d’un seul coup à la tête de ses maigres vestiges, moi, une vulgaire mercenaire ? Et pourtant, dans le chaos ambiant, dans la débandade, il fallait bien que quelqu’un reprenne le flambeau. Ce crétin d’amiral fut parmi les premiers à succomber. Imbécile incompétent. Somme toute, réussir à sauvegarder un cinquième des effectifs, c’était une excellente performance !

Nous n’avons guère réussi à peser sur le reste de la campagne, j’en ai bien peur. Inutile de mentir : la victoire a été emportée par les Valduris, sur terre. Et pourtant, je ne suis pas mécontente des résultats de la véritable guérilla maritime que nous avons livrée, menaçant leurs lignes de ravitaillement et harcelant leurs arrières tout le long de leur progression vers l’intérieur des terres. Certes, l’impact en fut maigre, mais cela reste instructif pour l’avenir …

J’ai pris une décision. Il est temps de se poser, quelque part. De me fixer un port d’attache. Les enseignements de ce véritable cataclysme ont été nombreux.

Primo, il me faut sécuriser mes arrières, assurer un port sûr, un havre, une rade. Pour d’évidentes raisons, mon choix s’est porté sur l’Île des Mirages. Après tout, nous autres Eleärs sommes solidaires au plus haut point. Il convient donc de me réintégrer parmi les miens. Inutile de dire que ce choix ne m’enchante pas ? Mais la prudence le guide. Une nouvelle feuille de route s’impose à moi : assurer la stabilité de mon pays natal. Protéger mes collections, mes fonds, mes réserves. Aussi longtemps, du moins, qu’aucune autre destination ne présentera les mêmes avantages.

Secundo, il est temps d’assumer pleinement ma reconversion. Cette bataille l’a montré : le mercenariat n’est pas une solution pleinement satisfaisante. Rien de pire qu’un contrat qui vous oblige à agir sous les ordres d’un potentiel incapable … D’un autre côté, verser dans l’illégalité n’est plus une option … Non, l’avenir, mon avenir, celui de mes gens, passent par la fondation de notre propre commerce. Ce n’est qu’à cette condition que je serais enfin seule maître à bord. Et voilà ce qui sera notre fond de commerce : les navires. Nombreux sont les marchands, les voyageurs, les émissaires, les mercenaires même, à la recherche de bâtiments et d’équipages expérimentés pour les convoyer d’un point à l’autre de l’océan. Avec un système de comptoirs, judicieusement disposés, et avec l’essor du commerce entre continents qui s’annonce à l’horizon, la rentabilité  est garantie !

Tertio … je vais me marier. Voilà, c’est dit. Rien que de l’écrire fait naître en moi une furieuse envie d’incinérer ce journal. Mais, et les Anciens savent que je ne l’aurais jamais cru possible, le candidat idéal s’est présenté, il y a quelques mois. Probablement tout aussi excentrique et pragmatique que moi. C’était presque rafraîchissant de discuter ainsi ouvertement des termes du contrat, et de disserter la seconde d’après sur tel point du folklore Inoë. Et pourtant, quelle divergence dans nos intérêts respectifs … là où je regarde l’océan et le monde, il s’intéresse à Éré, aux intrigues qui s’y déroulent, à tous les rouages de notre minuscule caillou. Complémentaires, mais pas incompatibles, c’est le mot. Qu’il s’occupe donc de ses affaires, et je m’occuperai des miennes, voilà l’accord auquel nous sommes parvenus. Bien sûr, chacun de nous assistera l’autre avec les compétences qui lui sont propres, c’est entendu. Du reste, à chacun ses propriétés, son domaine, ses amours respectifs …"




Entrée de Lunae , première semaine d’Elye, an 90 de l’Ère des Rois. L’écriture est rapide, trahissant une certaine agitation, voire de l’excitation.

"Azzura. Lorsque la rumeur en est parvenue à mes oreilles, je n’y ai pas cru. J’avais bien raison. La vérité semble être mille fois plus incroyable. Ainsi donc, la cité mythique aurait été non seulement découverte, mais aussi réveillée ? Et cet événement ô combien improbable serait donc à l’origine de cette véritable épidémie de dons mystiques qui s’est propagée à l’ensemble des terres connues ? Encore aujourd’hui, l’un de mes employés a manqué d’incendier le bâtiment sur lequel il servait … Sans parler de cet étrange phénomène qui m’affecte à mon tour, qui menace d’engloutir ma conscience … Oui, je devrais être effrayée, sans doute. Et pourtant, c’est de l’exaltation qui m’a envahie, qui m’envahit encore. Comme si toutes ces légendes, tous ces récits auxquels j’avais consacré des décennies entières venaient soudainement de se matérialiser, sous mes yeux. Quel dommage qu’Azzura ne soit pas sur la côte … Il est indéniable qu’une période de troubles s’approche. Je commençais justement à me languir du bon vieux temps …

Oh, j’avais rudement besoin de repos, après un tel enchaînement de péripéties. Mais il faut bien avouer que les neuf décennies qui viennent de s’écouler ont été d’un ennui … Mon petit commerce tourne à merveille, à tel point que je dispose désormais d’un comptoir dans tous les royaumes, de mon propre chantier naval sur mon île natale, d’une flotte conséquente, d’employés loyaux et consciencieux … Que demander de plus ? Ma collection de cartes, ouvrages anciens et babioles de temps révolus  s’agrandit petit à petit, pour mon plus grand plaisir. Mais quelle monotonie … Certes, il y aura bien eu quelques petits remous, de-ci de-là. Une crise avec les royaumes valduris de Seregon à propos de nos cousins les sylvestres, une autre du côté de Lorh  au sujet de nos chers amis les nabots … Mais la tâche d’émissaire que j’ai acceptée ne suffit guère à me faire bouillir le sang. Conspirer ? Je n’y ai consenti que parce que mon cher époux me l’avait demandé … Un roi de parti, quelqu’un d’autre qui le remplace … et tout reste en place. Non, vraiment, j’ai bon espoir que ce siècle s’achève sur une décennie bien plus palpitante et intéressante !"


Ambitions & Desseins


Extrait des Mémoires d’une navigatrice.

"Encore aujourd’hui, en dépit des années écoulées, je ne peut m’empêcher de rire lorsque les fugaces souvenirs de cette période me reviennent. Ah, l’année 90 de l’Ère des Rois ... Je n’étais guère différente des autres, au fond … Personne n’avait prévu l’ensemble des bouleversements que cet événement par ailleurs spectaculaire, la réapparition de la magie, allait engendrer. Oh, bien sûr, certains d’entre nous le savaient sûrement, inconsciemment … Mais de là à l’appréhender ? Même les mages célestes, les seuls qui auraient peut-être pu l’entrevoir, commençaient seulement à s’initier à leurs nouveaux pouvoirs …

Mes ambitions de l’époque ? Oh, elles étaient bien en deçà, croyez-moi. Continuer d’étendre ma collection, faire prospérer mon négoce, pour l’essentiel. J’escomptais bien me débrouiller pour maintenir l’Île des Mirages hors des tourbillons que je pressentais à l’horizon, et je commençais à envisager un réarmement de mes vaisseaux ; j’entends par là un armement digne de ce nom. Les rumeurs qui commençaient à courir dans une maigre portion des hautes sphères, concernant Desde, les Inoës et de mystérieuses cargaisons ne manquaient pas de m’inquiéter, et je me préparais déjà à cheminer pour le continent voisin alors qu’on envisageait sérieusement l’envoi d’un émissaire de l’Île. Quant à la magie, je m’intéressais avec entrain à ce nouveau phénomène, récoltant des témoignages diverses, progressant avec prudence mais enthousiasme dans la découverte de mon propre don. L’idée d’un voyage vers l’Ordanie, dans l’optique de me rapprocher d’Azzura, et même peut-être d’y séjourner très brièvement, commençait petit à petit à se frayer un chemin dans mon esprit.

En revanche, perpétuer la lignée des Lendgaearon n’était vraiment au programme …"



Divers


Reconnaissez-vous être âgé de 18 ans ? : Oui, votre honneur.
Si vous prenez un personnage important et que vous disparaissez, nous autorisez-vous à nous inspirer de votre personnage pour créer un nouveau prédéfini ? : Oui, bien sûr, si Silin est jugée suffisamment digne d'intérêt ! Je m'en voudrais de la condamner ainsi à mort !
Moultipass : Mdp validé par pépé



Voilà, c'est enfin terminé ! Après de nombreuses hésitations, demi-tours, pas en arrière, et autres reculades, ma fiche est enfin achevée ! Mieux vaut tard que jamais, pas vrai ?

-pouvoir double validé par Calim Al'Azran