Azzura

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Adhémar de Dévéra - Prince Sénéchal de Kaerdum

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◈ Missives : 90

◈ Âge du Personnage : 30 ans
◈ Alignement : Loyal Neutre
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Vreën
◈ Origine : Kaerdum - Raiendal
◈ Localisation sur Rëa : Alsvard, Drak
◈ Magie : Magie Ardente. Capable de créer des flammes et de la chaleur.
◈ Lié : Altraga
◈ Fiche personnage : Adhémar

Réceptacle
Adhémar de Dévéra

◈ Sam 27 Sep 2014 - 15:20

◈ Prénom : Adhémar
◈ Nom :  de Dévéra
◈ Sexe : Homme
◈ Âge : 30 ans
◈ Date de naissance : 4ème jour d'Aldar, 60
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Vreën
◈ Origine : Ordanie, Kaerdum, Raiendal
◈ Alignement : Loyal neutre
◈ Métier : Prince Sénéchal de Kaerdum
◈ Liens : Fils d'Harden de Dévéra, Roi de Kaerdum, frère de Tristan de Dévéra, ami de Théobald et d'Aldric.
◈ Lié : Altraga


Magie


Touché par le retour de la magie à l'épicentre des vents magiques d'Azzura, Adhémar a déclenché une capacité ardente assez vive.
Il est capable de créer des flammes, bien plus puissantes depuis la disparition du dôme qui recouvrait alors la cité blanche. Si sa maîtrise est parfois hasardeuse, il arrive qu'il puisse créer d'immenses murs de flammes sous le coup d'émotions incontrôlables. Il arrive aussi à créer de la chaleur, grâce aux enseignements de Baltazar Numengar.


Compétences, forces & faiblesses


> Arts de la guerre
(Métier engagé : Sénéchal des Armées de Kaerdum)
- Maniement d’armes blanches (épées) : Expert
= Ayant suivi des cours d'escrime dispensés par les meilleurs Maîtres d'Arme de Raiendal et, les ayant éprouvés en pleine guerre, il peut se targuer de supporter un niveau d'excellence, sans toutefois l'en nommer maître.
- Parade (boucliers, armes, utilisation de son environnement) : Avancé
= La parade fait partie de l'apprentissage d'un bon combattant et il sait user de l'épée comme du bouclier, faire tomber un adversaire en observant la branche qui se tient derrière lui en l'acculant avec volonté.
- Équitation de guerre : Avancé
= En tant que Sénéchal et Chevalier par rang, il a appris à dompter un destrier au cœur d'une mêlée, à le faire suivre ses mouvements et ses volontés.
- Stratégie de combats : Avancé
= Jeune et impétueux, il peut délaisser les cours d'escrime pur et bottes savantes lorsqu'il perd son sang froid. Maîtrisant peu son tempérament, il a tendance à pouvoir foncer dans le tas en pugilat barbare, sans aucune règle.
- Tactique de guerre : Maître
= Il s'agit de la seule matière sur laquelle il est disposé à dispenser des enseignements. Tout lui fut appris par son père et Aldric de Rémat, deux commandants de guerre de génie.
- Commandement : Avancé
= Par lignée et par savoirs de la guerre, socle fondateur de son éducation privilégiée, il sait commander aux troupes et les positionner avec efficacité.
- Galvanisation : Génie
= Le jeune Dévéra possède un talent inné pour guider sur ses traces les hères qu'il aura pris sous sa coupe, pour le suivre dans le bon, comme dans le mauvais. Il sait user des mots pour gouverner les coeurs et les rendre sensibles à ses messages de gloire et de victoire.

> Arts de la noblesse & de la bourgeoisie
(Rang engagé : Prince)
- Lecture & écriture : Expert
- Mathématique (comptabilité, arithmétique de base) : Novice
= Adhémar ne fut jamais bon élève à propos de certains sujets. S'il maîtrise par essence la langue, les mathématiques ne sont que des bases solides qu'il n'aime aucunement utiliser.
- Étiquette : Avancé
= De l'art du Noble Jeu et de la bienséance exigée, les protocoles font partie de sa vie tout autant que la lame reste à ses côtés.
- Politique : Intermédiaire
= Adhémar a dû apprendre les arcanes de la politique en tant qu'héritier. Néanmoins, il n'en possède que de bonnes bases mais qui sait si ses décisions ou ses choix seront justes et bien accueillis ?
- Diplomatie : Intermédiaire
= Il peut s'entretenir à propos de nombreux sujets et entretenir le Noble Jeu convenant à son rang. Néanmoins, son impétuosité et ses colères peuvent faire chanceler ses connaissances acquises en un simple claquement de doigt, d'où son statut diminué.
- Héraldique (Kaerdum) : Avancé
= L'un des rares sujets qui peut être une passion connue, il connaît la majorité des blasons des maisons de Kaerdum et leur signification.
- Équitation : Expert
= De haute lignée de royauté, le dressage et le soin qui doit être apporté à un cheval est pris en compte dans une haute éducation tout comme la monte, et son aisance.

> Compétences générales
- Histoire (royauté de Kaerdum) : Avancé
= Des cours dispensés depuis son enfance qui ont eu du mal à entrer et dont il possède encore quelques lacunes par oubli et manque de pratique générale, pour autant, il connaît sur le bout des doigts chacune des familles contemporaines et de leurs membres encore vivants.
- Natation : Avancé
= Sans être le plus rapide ou le plus technique, il entretien ses muscles noués par la nage.
- Éloquence : Avancé
= L'on ne maîtrise pas l'art de galvaniser des troupes sans le charme inné propre à la rhétorique et au savoir s'exprimer. Adhémar possède une étrange aisance à se faire accepter et apprécier, tout autant qu'à captiver un auditoire.


Assurément, la force d'Adhémar réside dans son entraînement militaire et ses capacités stratégiques. Bon combattant, fort et plein d'assurance, il ne se démonte jamais. Il possède une volonté à toute épreuve qui peut parfois décroître, mais il sait aussi s'entourer de ceux qui lui insufflent le courage nécessaire pour continuer d'avancer.
Toutefois, ses tendances violentes qu'il tente de dissimuler et ses blessures psychiques peuvent le rendre incontrôlable.


Physique


Taille : 5 pieds, 7 pouces (1,83 mètre)
Yeux : vert clair
Cheveux : châtain foncé
Peau : claire

Un militaire ne peut se targuer de posséder une peau aussi lisse et douce que celle des nouveau-nés et Adhémar, édifié par les entraînements rudes et par les guerres, se voit lacéré de nombreuses cicatrices qui ne ternissent pourtant pas son charme. Ses mains possèdent la rudesse et la force des combattants dédiés à manier l'épée leur vie durant. Elles sont néanmoins souples et habiles, parfois douces... Si les veines saillantes qui ressortent sur ses bras et ses mains lui donnent un air brutal, la délicatesse de ses gestes et son maintien princier ne trompent quiconque sur sa lignée.
Son corps est robuste et façonné par ce qu'est l'armée, par la rigueur de l'apprentissage des armes et le port de l'armure. Ainsi, sa musculature est parfaitement développée. Les lignes de son dos, de son torse et de ses jambes solides sont le témoignage d'années difficiles qui l'ont conditionné à devenir un soldat d'élite, puis Sénéchal de Kaerdum.
Son visage est pourtant toujours séduisant, malgré cette légère bosse sur son nez, résultat d'une rixe sévère avec un pauvre hère qui ne s'est jamais remis de ce qu'Adhémar lui avait ensuite fait subir (et qui a sûrement dû manger de la soupe pour le restant de ses jours). Ses yeux déterminés sont d'un rare vert d'eau tâché de pépites d'or. Il laisse toujours une légère barbe souiller son élégance royale, comme un geste de désinvolture maîtrisée.


Caractère


Certains naissent dotés d'un feu sacré, brasier ardent consumant les obstacles et les doutes... Pourtant, Adhémar n'était pas de ceux-là. L'apprentissage, l'assiduité et l'entraînement furent les seuls à forger le masque de fer de cet homme, prédisposé à rien, mais ayant pourtant pu faire changer le destin de Rëa...
Né dans la soie et dans l'or, il vécut une enfance heureuse et choyée qui le conditionna quelque peu au maniérisme et à la condescendance. Adhémar est ce que l'on attend de lui, ce que l'on attend du fils d'un Roi. Très jeune, il démontra une déroutante capacité à guider ceux qui l'entouraient, à leur insuffler un courage que lui-même n'aurait pas pu démontrer ou à utiliser le leur pour pouvoir avancer. L'art de galvaniser avec subtilité est son essence, son pouvoir le plus puissant et ainsi, il est devenu ce qu'il est : un chef de guerre sérieux et fier, prêt à entraîner des milliers d'hommes à se battre pour lui, à suivre ses convictions malgré leurs réticences et leurs craintes. Car le Prince possède une aura particulière et séduisante qui lui permet de savoir s'exprimer avec force, mais aussi avec élégance. Il est esthète de la beauté et des mots, et son charisme brutal et souverain lui autorise le cynisme et une rhétorique déplaisante, mais infaillible. Doté d'un amour certain pour les plaisirs physiques, ceux de la chair et ceux de la panse, il sait aussi se révéler un bon vivant lorsqu'il délaisse ce costume royal et militaire. Pourtant, avec le temps, cette partie de lui s'est délitée au grand désarroi de ses proches, car il a vécu ce qu'aucun ne souhaiterait.

Un père ne devrait pas avoir à enterrer ses enfants.


Inventaire


Adhémar est souvent vêtu de l'armure Royale qui incombe à son rang pour parader lorsque la situation l'exige ou pendant les combats. Il lui préférera plus volontiers un lamellaire de cuir souple, incrusté de pièces de cotte de mailles et de plaques de métal afin d'être plus à l'aise dans les mouvements caractéristiques que son style de combat rapide, ou lorsqu'il se trouve en mission et en voyage. Autrement, il porte les atours dignes de son rang : des vêtements d'étoffe précieuse, souvent dans les tons gris, bleus ou verts et une cape noire à la broche de lys, symbole de son royaume. Il apprécie les vestes longues jusqu'à mi-cuisse au col remonté, ainsi que des chemises de lin clair.
Il porte toujours sur lui trois lames, deux jumelles fines et légères, sœurs adaptées au combat rapide à deux épées, ainsi qu'une autre plus lourde et plus large, qu'il accompagne ou non d'un bouclier s'il est amené à se battre.
Son annulaire droit porte le sceau royal de Kaerdum, son annulaire gauche porte toujours son alliance, même s'il est veuf depuis plusieurs années.


Histoire


« Comment avez-vous pu baisser votre garde ? Aldric, je puis vous assurer que je vous ferai mettre aux fers pour ce manque de vigilance ! Où est mon fils ? Où est-il ? »

Le Roi hurlait si fort que la tempête elle-même semblait ne pas ternir son angoisse et sa colère. Son fils avait disparu depuis plusieurs heures et l'inquiétude gagnait l'ensemble de la troupe. Aldric était paniqué et avançait difficilement dans le blizzard qui ne tarissait pas... Il n'avait rien à répondre, il n'avait aucune excuse à formuler. L'enfant demeurait introuvable et son espoir s'amenuisait à mesure que le temps passait... Si le gel n'avait pas fait effet, des larmes auraient pu couler de ses joues déjà marquées par les combats et par le temps...


Il n'était qu'un enfant, il n'avait pas plus de cinq ou six ans. Il courait, il criait, perdu dans le royaume d'Azzura envahi par les glaces éternelles. Pourtant, il ne savait pas encore ce qu'il représentait ici. Il n'avait pas conscience que son essence, la seule ayant perduré depuis des siècles et transmise à travers les âges, ferait de lui le Roi des Rois.
Le petit Adhémar tomba lourdement dans la neige et se mit à pleurer, puis à greloter. Il avait si faim, si peur, si froid... Sa tête dépassait à peine de l'épais manteau blanc dans lequel il s'enfonçait et pourtant, de désespoir, il luttait, avançait sans fin.
De là il aperçut une étrange silhouette, un gigantesque fantôme fait de fourrure et d'argent... Que pouvait-il bien être ? Un chat géant ?
L'enfant s'avança vers cet étrange mirage, mais l'animal avait disparu... Adhémar ne savait pas pourquoi il était fasciné par cette vision. Rien des contes qu'on lui lisait pour l'endormir ne ressemblait à ce qui lui faisait face à cet instant. Pourtant, d'un lointain souvenir, il se remémora un nom étrange ; Arkvald, et de l'histoire d'un guerrier de Valdrek qui montait un tigre gigantesque et était devenu invincible... Il n'en était pas certain.
Malgré la dangerosité de ce monstre qui l'hypnotisait par son étrange majesté, il laissa ses petits pieds le mener jusqu'à lui, s'élança sur ses immenses traces de pattes dans lesquelles il pouvait tenir tout entier. Le petit Prince se trouvait toujours dans le sillage de la bête qui le guidait malgré elle, comme si elle l'attendait au loin, comme si elle se doutait être le seul salut de ce fragile petit être.
L'instinct dirigeait ses membres fébriles et son souffle difficile, lui faisant alors découvrir l'entrée de ce monde inconnu et oublié, perdu dans le temps.
Avec conviction, il entra dans la grotte et se dirigea avec mal dans l'obscurité. Mais le Prince avait peur du noir, comme tous les enfants. Il se mit à sangloter de nouveau en tombant sur des pierres glissantes, il s'était écorché les genoux.

Durant de nombreuses heures, il erra là, fatigué, affamé. La seule envie qui le prenait était de s'asseoir, d'attendre le retour de son père, mais il savait au fond de lui que personne ne viendrait le chercher ni ne le trouverait ici : il était allé trop loin. Il continua d'avancer dans le noir, gravissant, puis s'effondrant, se blessant encore ; ce chemin était si long... Des larmes ruisselaient de ses yeux comme le faisaient les eaux qu'il entendait par-delà les rochers de cette caverne. Le long de ses joues rondes, rosies par le froid et l'effort, le sel se transformait en glace. Son seul désir était de rentrer chez lui, de se cacher dans les couvertures chaudes de son lit douillet, de jouer avec Théobald et de manger des confitures. Il posa une main sur le mur et renifla bruyamment, puis cria le nom de sa mère, celui de son père, celui d'Aldric, mais il était seul. Personne ne lui répondait.
De longues heures passèrent encore et, malgré son corps puéril, sa volonté le poussait à avancer toujours plus loin, à continuer sa marche sans arrêter, c'est alors qu'il vit de la lumière.
Au fond de son cœur, il sut qu'il était sauvé et, lorsqu'il sortit de ces affreuses ténèbres, une clarté aveuglante le surprit. Un étrange ciel pâle dominait une immense forêt. Épuisé, il se laissa choir près d'une grosse pierre où il trouva un framboisier aux baies rouges et mûres. Ses doigts furent vite lacérés par les épines de l'arbuste et il observa avec curiosité son sang qui coulait et faisait échos aux couleurs de ces fruits qu'il adorait.
Ses jambes le faisaient souffrir, il se sentait seul, mais il était au moins rassasié.
Portant ses yeux verts au loin, il aperçut cinq tours blanches, au-delà de cet océan de végétation. Puis il tomba d'épuisement et s'endormit, se laissant bercer par les songes.

Lorsque ses paupières s'ouvrirent, il se trouvait dans une ville, sur des marches de marbre blanc. Pendant quelques minutes il pensa encore rêver, mais il se pinça les joues si forts qu'il se fit lui-même crier. La porte qui lui faisait face était immense mais elle était ouverte. Il s'élança à l'intérieur de ce qui semblait être un château, plus beau encore que celui de son père. Il déambula dans des couloirs magnifiques qui lui rappelaient ce rêve qu'il faisait, celui où il était un chevalier qui sauvait une princesse quelconque d'un affreux dragon. Comme il n'était plus épuisé, il continua sa visite en tentant de trouver âme charitable qui aurait pu le ramener chez lui, mais il ne trouva que des hommes piégés dans de la glace, une vision horrifique qui ne manqua pas de l'effrayer. Pourtant, au fil de ses découvertes, un mystérieux sentiment de sérénité l'envahissait à mesure qu'il se perdait dans ces salles immaculées, ces escaliers surprenants dans lesquels il manquait de tomber. Cela l'amusait finalement. Retrouvant cette joie perdue depuis bien longtemps, il s'était retrouvé dans une salle aux gigantesques colonnades, aussi noire que l'onyx et baignée d'une lueur fantasmagorique. À chacun de ses pas, un motif iridescent apparaissait sur cette colossale et étrange porte qui lui faisait face. Il était si petit et si loin d'elle qu'il ne savait pas s'il arriverait un jour à l'atteindre et pourtant...
Il n'avait jamais vu cette écriture, ni ces mots, mais il réussissait à les lire. Ces derniers parlaient d'une Reine qu'il lui fallait sauver de son éternel sommeil, car il était le seul à pouvoir la libérer. Pourtant, rien ne se passa et le Prince comprit qu'il ne lui servait à rien de rester ici, il se retourna. Une invraisemblable forme bleue se trouvait en face de lui. Comme si elle l'avait regardé, sans pour autant être pourvue d'yeux, elle se mit à virevolter dans tous les sens, puis autour de lui, avant de filer à travers l'air. Intrigué et amusé, il la suivit en courant et par un fait mystérieux, il se retrouva à l'entrée de la grotte enneigée par laquelle il était arrivé...
C'est alors qu'il entendit son père hurler son nom : il l'avait retrouvé.
Adhémar en fut si bouleversé qu'il s'écroula, inconscient.


De nombreux jours s'étaient écoulés, il avait enfin ouvert les yeux. Adhémar se trouvait dans le lit qui lui avait tant manqué, mais les images semblaient s'effacer de sa tête, paraissaient se dissiper dans les volutes d'une étrange fumée. Il avait demandé où était la porte noire, où se trouvaient le chat géant et le feu follet, mais les domestiques pensaient qu'il s'agissait d'un réflexe enfantin qui dissimulait la peine que la mort de sa mère, ayant trépassé pendant son absence, lui avait infligée. Il ne semblait pas réaliser ce qu'il s'était passé, ni n'avait retenu ce que son père avait eu tant de mal à lui dire à son réveil. Puis la réalité le frappa brutalement. Il avait longtemps cherché sa mère, il avait pleuré, hurlé, avant de se rendre compte qu'il ne la reverrait plus jamais.
Les mots bleus s'étaient dissipés.

Le temps fit pourtant son office et Adhémar devint ce que l'on voulait. Il retenait parfois avec mal ses leçons, mais réussissait finalement à les intégrer. La politique, l'histoire et la géographie était ce qu'il détestait le plus mais, contraint d'apprendre le passé de chaque royaume d'Ordanie, on ne le laissa pas en paix tant qu'il ne fut pas capable de les réciter sans erreur, ce qui prit de longues années. Le roi de ci, le roi de mi, les guerres, la grandeur d'arrière-grand-papi Nardh qui avait décapité le gros méchant Arcila Rheff, l'histoire de sa propre lignée... Cela ne l'enchantait guerre de laisser tomber ses épées de bois pour se ruer dans la salle où son précepteur lui enseignait tout ce qu'un futur Roi devait apprendre, d'autant qu'il était un enfant assez agité et plutôt bagarreur.
Il revenait souvent couvert de bleus et d'écorchures, obligeant ses tuteurs à s'improviser soigneurs de petits bobos plus ou moins graves d'enfant trop excité et éparpillé.

Pourtant, le jeune Prince savait entraîner les plus sages enfants de la cour dans ses espiègleries. Cela lui valut à la fois beaucoup de remontrances, mais aussi une grande curiosité de la part d'Aldric et de son père : Adhémar était un meneur-né. Ainsi, sa voie fut toute tracée. À force de travail, de persévérance et de volonté, il devenait ce à quoi il aspirait. On l'entraina sévèrement, à se battre au sein de l'armée, à devenir un Champion de Sa Majesté. Son esprit fort et ses compétences guerrières lui firent bien vite gravir les échelons, malgré son jeune âge.
S'il avait acquis un privilège en venant au monde, c'était d'être né Prince et ainsi, malgré sa jeunesse fougueuse et rebelle, il prétendait à devenir Sénéchal. Avec le temps, il s'était assagi, avait appris de ses erreurs et surtout des coups de règle en fer sur ses doigts ou des coups de ceinturon de son père, lorsqu'il n'était pas assez assidu. Son éducation fut presque terrible, mais nécessaire. Il était un animal sauvage que l'on devait dresser avec force. Sans cela, il aurait pu devenir dangereux pour son royaume et Harden mit tous les moyens en œuvre, même les plus cruels, afin de conjurer le côté féroce et parfois violent que son fils savait trop bien démontrer.

La seule qui réussissait à l'affronter, lui résister, et même à le canaliser, était cette jeune et jolie baronne de Lyria aux yeux et aux cheveux sombres. Depuis son jeune âge, cette dernière résidait à Kaerdum, attentive à l'apprentissage digne d'une future femme de Prince. Les deux étaient destinés à se marier pour intérêts mais ils se détestaient.
Le soldat, déjà adolescent et sous le joug de furieuses colères, ne supportait pas de la voir ainsi lui tenir tête. Son joli minois, même si le Prince était déjà très enclin à courir les jupons, ne lui revenait pour ainsi dire pas du tout. Son air fier et volontaire lui renvoyait l'image de ce que lui-même était : un futur chef d'État. Il est bien connu que les opposés s'attirent, mais les miroirs se repoussent souvent furieusement.
Pourtant, l'amour est une chose étrange qui vient là où on ne l'attend pas, et la haine se transforme alors en passion terrible, ce genre de sentiment vous ronge tant que vous n'obtenez pas l'objet de votre désir, même si vous vous savez destiné à lui...
C'est ce qui arriva à Eileen et Adhémar.

Il était évident qu'ils n'avaient pas attendu le jour de leurs noces pour s'unir, tant leur amour dévorant et le désir les rongeaient. Cependant, il s'agissait d'un secret qu'ils avaient gardé entre eux jusqu'à leur mariage, ils n'avaient alors que dix-sept ans et Eileen lui donna, plusieurs mois après leur union, une fille qu'ils appelèrent Léane. Deux autres enfants suivirent, les deux garçons avaient seulement neuf mois d'écart : le dernier était issu d'un retour de couches. Le cadet s'appelait Harden, comme son grand-père et le benjamin Guillerm. Adhémar était comblé et heureux, le temps passait, les saisons se succédaient...
Si l'attaque de Neya avait été bien vite endiguée, car il avait lui-même pris part aux combats et avait dirigé nombre d'unités ; malgré la douleur du peuple et les ravages qu'ils avaient causés ou ses propres blessures, Adhémar était heureux de ce qu'il avait.

Jusqu'à ce jour-là.
Adhémar, Eileen et leurs enfants devaient rendre visite au père de Théobald qui les avait invités à séjourner quelques semaines chez lui. Le voyage n'était ni long, ni dangereux et quatre jours de voyage les séparaient de l'endroit. Néanmoins, Adhémar fut retenu par d'importantes affaires et sa femme insista pour partir en avance, afin d'excuser le retard de son époux, par pure courtoisie...
Mais ils n'arrivèrent jamais.


Aldric semblait s'être raidi lorsque le messager lui avait soufflé à l'oreille ce qu'il lui rapportait. Son teint était livide et Adhémar arrivait, prêt à partir rejoindre son épouse. Il était suivi par Théobald qui s'était imposé à la dernière minute. Le Duc ne lui en aurait pas voulu même si les relations avec son fils étaient tendues, c'était certain.
Le Haut Commandant s'approcha du Prince et lui tint fermement les bras. Il savait au fond de son cœur ce qui allait se produire. Si le chagrin l'envahissait aussi, il devait être fort pour l'épreuve à laquelle il allait confronter Adhémar... Mais personne d'autre ne pouvait lui annoncer la nouvelle. Harden était en voyage diplomatique en Lavern depuis bientôt trois semaines. Personne à part lui ne pouvait lui annoncer.
Le Sénéchal regardait le vieil homme d'un œil étrange, il était à la fois surpris et effrayé.

« Aldric... Que se passe-t-il je dois partir et rattraper Eileen et les enfants. »

Le vieil homme secoua douloureusement la tête. Son visage ne pouvait dissimuler plus longtemps les marques de la douleur et il dut lui annoncer d'une voix grave et éraillée par l'émotion.

« Adhémar... Des... »

Aldric ne réussissait pas. Théobald observait le Haut Commandant et se rapprocha d'eux, posant une main sur l'épaule de son ami avant de s'adresser à son supérieur :

« Que se passe-t-il Aldric ? »

Aldric ne put retenir ses larmes. Il avait connu Eileen depuis son enfance, l'avait presque élevée, comme il l'avait fait avec le Prince, mais les mots ne purent traverser ses lèvres contractées par la douleur.
Adhémar comprit. Il s'était mis à hurler, à se débattre furieusement.

« Que s'est-il passé Aldric ? Que s'est-il passé ?
— On ne sait pas Adhémar... Ils ont été retrouvés à l'orée de la route... Les gardes et toute la cohorte ont été éliminés... Eileen et les enfants ont été tués. »

Le Commandant avait puisé dans toutes ses forces pour réussir à prononcer cette ultime sentence pendant qu'il sentait Adhémar qui s'écroulait sous le poids de la tristesse et de l'horreur de cette nouvelle. Théobald le maintenait aussi, car le Prince s'était mis à frapper ses amis pour se dégager avant de retomber au sol...
Le jeune homme restait là, pleurant dans les bras de Théobald et de celui qui était presque son oncle. Il était pris de spasmes terribles dus à ses propres sanglots, il ne put réprimer les sentiments qui le traversaient. Pourtant, Aldric ne laissa pas le Sénéchal partir, il savait qu'il voudrait s'y rendre à tout prix, mais ce qu'on lui avait décrit était d'une indescriptible sauvagerie. Il ne pouvait pas voir le corps de ses enfants, ni celui de sa femme... Personne ne le pouvait. Ils avaient été exécutés avec une telle violence que leurs membres avaient été presque arrachés, leurs visages écrasés sous le poids de l'acharnement que les tueurs avaient démontré... Cette scène horrifiante ne pouvait être vue.
Adhémar gisait à terre, incapable de parler ou de faire autre chose que de gémir et de pleurer. Aldric tenta de lui expliquer avec les mots les plus doux qu'il ait pu trouver qu'il n'aurait pas été possible pour lui de tenir le choc de la vision de leurs corps mutilés...

Harden fit mener une longue enquête, mais rien ne fut jamais découvert. Ce meurtre odieux ne fut jamais revendiqué... Les flèches qui traversaient le corps des gardes étaient d'une fabrication inouïe et jamais vue auparavant. Aucun indice évident n'avait été laissé...

Durant des mois, Adhémar se laissa sombrer dans l'alcool, il était incapable de sortir de ses appartements et Aldric, Harden, Théobald ou même Tristan ne savaient plus comment agir avec lui tant il devenait violent, tant il était dévasté. Le Sénéchal avait perdu sa femme, ses enfants et n'avait pas pu voir leurs corps, ni leur dire adieu... Les enterrements avaient été amers et difficiles.
Pourtant, la guerre se déclarait au nord et Harden avait exprimé sa volonté d'assister Thorleif afin d'endiguer la révolution qui se déroulait alors à Serth.

Comme si un feu ardent s'était réveillé en lui, alors qu'il se laissait consumer depuis près d'un an par la mort de son épouse, de ses fils et de sa fille, il eut un brusque sursaut. Sa vie à lui, malgré la douleur, continuait. Il se devait de protéger les intérêts des alliances de son père, de préserver son patrimoine, son royaume et la douleur ne tarirait qu'avec le temps. Si leur existence à eux était terminée, il ne pouvait tomber plus bas dans la déchéance et dans la mélancolie, autant se relever. Il devait se relever, à présent. Continuer sa vie comme Eileen aurait souhaité qu'il le fasse sans elle, profiter de ce qui lui restait alors.

Se battre.

À corps perdu dans la bataille, après avoir égaré son unité dans des terres inhospitalières qu'il ne connaissait pas et pour lesquelles on lui avait donné une carte qui s'avérait obsolète, ils arrivèrent en renfort. Là-bas les attendaient déjà Harden, Aldric et plusieurs bataillons supplémentaires qui étaient partis quelques jours avant lui.
Les combats durèrent trois ans. Trois années terribles faites de blessures, de mort et de sang. Trois années de négociations, de rixes et de stratagèmes politiques afin d'endiguer la rébellion de ceux qui souhaitaient évincer Thorleif, précieux allié du Roi de Kaerdum, de son trône.
Écrasés par les forces Vreën et les alliés du Roi d'Heisenk, les Alsdern se dissipèrent et les combats se tarirent doucement. La douleur de son cœur avait été remplacée par celle de ses membres blessés.

Lorsqu'ils revinrent en Kaerdum, la saveur des plats n'était plus la même, la beauté des collines et des montagnes de son royaume le laissait indifférent. Plus rien n'avait d'autre importance que la brutalité des entraînements, tout cela, pour oublier les morts, pour oublier le sang, pour oublier Eileen, oublier ses enfants.

Durant de nombreux mois, il tenta comme il le put de se remettre sur pieds, mais il était devenu sombre, maussade. Il se perdait parfois dans l'art de la séduction ou dans le péché de gourmandise, sans jamais pourtant en retirer pleine satisfaction.


« Très bien, dans ce cas je vais destituer Adhémar et mettre Tristan sur le trône. Il accepte ces conditions. Je pourrais plus facilement lui faire accepter tout cela. Dans tous les cas Adhémar ne peut assurer la lignée désormais. Il est moins malléable que Tristan.
— Très bien votre Majesté, vous savez que si je... »

Adhémar ne put en entendre plus. Le Haut Commandant était arrivé derrière lui et l'avait presque surpris.

« Que se passe-t-il Adhémar ?
— J'ai... Je... »

Secoué par ce qu'il venait d'entendre, il était devenu blême. Le Sénéchal entraîna Aldric dans une autre pièce et lui rapporta ce qu'il avait entendu. Le Haut Commandant fronça les sourcils et resta droit, lui expliquant avec sagesse :

« Adhémar... Ton père a sûrement ses raisons, même si nous les ignorons. Nous devons lui faire confiance. Tu ne peux aller à son encontre mais sache que je serai là, toujours, pour t'aider à surmonter cela. Harden est un homme très intelligent et très sage, tu le sais mieux que moi. »

Le Sénéchal ne répondit pas et tourna la tête, son esprit était confus et hésitait entre colère et tristesse. Il se résigna, lassé par tout ce que la vie avait pu lui apporter de mauvais.

« Si tu le dis. »

Puis il disparut dans les corridors du château prêt à fracasser tout ce qui pouvait alors se trouver dans ses appartements, mais il n'en fit rien. Il s'était contrôlé pour la première fois depuis bien longtemps...


« Pourquoi cette solennité Harden ?
— Si tu es mon fils Adhémar, je te trouve aujourd'hui très familier. Je t'ai fait venir parce que tu vas devoir partir en mission. J'ai déjà fait recruter quelques hommes, une quarantaine exactement.
— Et c'est maintenant que vous me prévenez ?
— J'ai jugé bon de ne pas demander ton avis, fils. »

Adhémar grinçait des dents et serrait les poings. Le Commandant mit une main sur son épaule et fit face à Harden.

« Si Adhémar doit partir, je l'accompagne aussi.
— C'est hors de question Aldric, tu as à faire ici, je ne peux me permettre de perdre un élément aussi important que toi.
— Parce que moi je ne suis pas assez important pour vous, c'est bien cela dont il est question ? »

Adhémar avait haussé le ton et s'était apprêté à avancer, sous le coup d'une rage sévère, mais Aldric l'en empêcha et lui dit :

« Je suis sûr que ce n'est pas ce que notre Majesté souhaitait te dire. Ai-je tort Harden ?
— Pas le moins du monde. J'ai mes raisons. Viendra un jour le temps pour vous de les découvrir, mais pas maintenant. Tu vas partir Adhémar, sans Aldric, Théobald vient aussi. Il nous a donné son accord.
— Vous avez osé demander à Th... »

Aldric le retint encore une fois, plus violemment. Adhémar se tut et regarda son père d'un œil mauvais. Comment avait-il osé demander à son ami le plus proche sans qu'il l'ait auparavant concerté ? Comment Théobald avait-il pu garder le secret, ne pas l'en informer ?
Il était certain qu'il aurait quelques détails à régler avec son père, puis avec le Duc Humpfrey... Lorsque le temps viendrait.

« Votre Majesté. Je refuse de vous servir davantage si vous ne me laissez pas partir avec Adhémar. Vous savez où vous le conduisez. Azzura est un tombeau ! De ce que l'on en sait, personne n'en est jamais revenu vivant ! Si vous souhaitez m'en empêcher allez-y, mais sachez que vous pourrez vous asseoir sur mon poste, quitte à devoir, en ce qui me concerne, retourner bêcher les terres de mes aïeux. »

L'assemblée entière, celle qui entourait le Roi, s'était tue. Un lourd silence plana et Adhémar, tout comme Harden, se retrouvaient béats, bouche entrouverte, après cette menace d'Aldric. Le Haut Commandant était connu pour son caractère bourru, ronchon et excessif, mais jamais il n'avait osé manquer de respect ainsi à son Roi. Jamais personne n'avait refusé un ordre d'Harden ni ne l'avait menacé de démissionner de ses fonctions...
Harden se mit à rire nerveusement, quoique franchement :

« Soit. Si c'est ce que tu cherches. Préparez vos paquetages, vous partez dans deux jours. »

La suite de cette histoire, vous la connaissez déjà.


Cependant, un détail qu'Adhémar garda pour lui fut la façon dont il rencontra Altraga...

AL-TRA-GA.

Un nom stupide, pour une stupide bête... Immense, féroce, mais qui ne sert à rien.

C'était au moment où Adhémar et Lyssaendrel s'étaient écroulés, où tous se demandaient ce qui avait bien pu leur arriver. Ils avaient dormi des jours entiers...


« Qui es-tu ? »

Adhémar ouvrait la bouche, les mots ne semblaient plus vouloir sortir. De sa gorge s'échappait un léger gémissement, inconsistant. Il se tenait debout devant deux yeux immenses qui lui faisaient face dans une salle sans contours nimbée d'une aura blanche. La voix profonde et caverneuse de ce reptile l'avait fait trembler de tout son être. Son esprit vacillait, il peinait à garder ses paupières ouvertes ; celles-ci étaient animées de soubresauts dérangeants. La créature se redressa et le toisa de haut. Il n'était pas plus grand que l'une de ses immenses griffes. Ses écailles semblaient faites d'or.

« Hum... Si tu es là, c'est que quelque chose s'est passé en Rëa. Explique-moi donc ce que tu fous ici. »

Il put enfin se mouvoir et fit craquer ses doigts, immobiles depuis trop de temps. Cependant, il demeurait incapable de répondre. S'il n'était pas couard, il avait peur. La terreur l'envahissait, montait du creux de son ventre jusqu'à son cœur, répandant tout le long de son dos un frisson déplaisant qui contractait ses muscles involontairement. Son visage se levait jusqu'à la tête de l'immense bête : elle lui semblait presque aussi haute que le château qui avait bercé son enfance. Sa voix était suave, féminine, mais si forte qu'elle avait presque brisé ses tympans alors que ses naseaux gigantesques semblaient le renifler.

« Si tu ne daignes pas répondre je vais songer à te dévorer... Vois-tu ? »

Avant qu'il ne puisse émettre le moindre son, une mâchoire colossale vint se refermer sur lui mais il ne sentit rien. S'il avait pu, il aurait hurlé mais alors qu'il se tenait replié, les bras au-dessus de la tête, un rire strident s'éleva dans l'air et fit remuer le poitrail de l'immense animal aux ailes maintenant déployées.

« Je suis Altraga et c'est ici mon royaume. Enfin... Ma prison. Nous ne pouvons pas nous toucher ici, n'aie crainte. Je ne peux pas te manger, cela me serait d'ailleurs bien inutile, je n'ai jamais eu faim depuis les millénaires où je suis enfermée ici. Je me rappelle qu'il y a longtemps et quand nous vivions encore sur notre terre, les mâles de votre espèce étaient plus courageux que toi. C'est un temps bien révolu. Mais je t'avoue que leur brusquerie et leur esprit arriéré ne me manquent pas. Qu'est-ce qu'ils pouvaient être cons !
— Mais qu'êtes-vous ? »

Oubliant toute forme de politesse, il ne put que demander ce qu'était cette bête faite d'écailles à la stature inimaginable.

« Mais... Un dragon, pardi ! Personne ne parle plus de nous ici ? Je suis tellement déçue...
— De ? Ici ? Mais...
— Sérieusement ?... »

La dragonne laissa retomber sa lourde tête sur son poitrail, comme si elle était désespérée. Elle la secouait et faisait maintenant vibrer ses ailes membraneuses, aussi belles que des étoffes d'or pur, puis tourna le dos à ce qu'elle considérait comme une misérable créature. Faisant mine de partir, elle déplaça lourdement ses gros membres et sa queue manqua de renverser Adhémar. Elle venait pourtant de passer au travers de son corps.

« Non enfin... C'est... Ce sont des créatures qui n'existent que dans les histoires... Et c'est...
— Faux ! Que suis-je donc ? Une minable poule ? Cooooooot. »

Altraga se lançait alors dans l'imitation de la volaille, battant de ses grandes ailes et tendant le cou vers le haut. Cette ridicule posture fit hoqueter Adhémar d'un rire nerveux.

« Non vraiment. Dis-moi ton nom.
— Adhémar... Je suis le...
— Sénéchal des armées royales et prince de Kaerdum. Coooooot...
— Mais comment sav...
— D'après toi ? Pense un instant et concentre-toi sur mes yeux. Regarde-moi. »

Sa mâchoire, armée de crocs d'ivoire, se présentait à lui. Le Prince n'atteignait que le haut de ses narines, il fixait maintenant les iris verts qui le scrutaient. Sans en connaître la raison, lorsqu'il se plongea dans cet abîme, il vit, il sut. Ce qu'il comprenait sans mot était invraisemblable. Il était à l'intérieur de la tête d'Altraga, au cœur de ses souvenirs, il voyait devant lui une Rëa ancienne et très différente de celle où il avait grandi, les peuples semblaient plus primitifs et une guerre se préparait. Alors qu'il avançait à la place de ce grand dragon, auprès d'autres immenses reptiles ailés, il reprit connaissance en son corps. Cela lui arracha un sursaut.

« Nous sommes, liés. Si tu le désires nous pouvons rester ainsi ou simplement nous dire au revoir. Je chercherai quelqu'un d'autre vu que cette possibilité m'est maintenant offerte. Tu n'as pas la tête assez développée pour comprendre tout cela, mais je ne t'en veux pas. Dis-moi, penses-tu qu'il soit possible que, parfois, je puisse emprunter ton corps si tu te réveilles un jour ?
— Hein ? Que... Je n'en sais rien. De ?...
— Tu es idiot. J'essaierai. Peut-être reverrai-je mes anciens amis et ma progéniture. Si mon esprit est encore vif, je suppose et je pense supposer bien car je suis un dragon, que quelque chose de très grave se prépare. Les Dieux qui nous ont envoyés ici n'ont jamais souhaité notre retour, nous qui étions pourtant leurs plus belles créations. S'ils nous offrent d'eux-mêmes cette possibilité, car rien n'aurait pu nous faire sortir d'ici à part ces dieux-là...
— Quels Dieux ?
— Est-ce une manie chez toi que de couper la parole à un Dragon ? Tu ne ferais pas le fier si j'étais consistante. Attends un peu que ta magie soit forte et que tu réussisses à m'invoquer, je vais te faire honte plus que jamais tu n'as eu honte dans ta vie. J'imiterai la poule ou le chat pour qu'on ait pitié de toi.
— Je n'ai pas accepté que nous...
— Je sais, mais tu vas accepter. Tu es trop curieux. Donc les Dieux ce sont des... Oh... As-tu entendu parler de celui qui se fait appeler Laa'ru ? Il en fait partie. Mais de ce que je vois en toi, ils ne font pas partie des croyances populaires. C'est étrange que des Dieux se fassent volontairement oublier. Ont-ils commis quelque erreur ? Hum... Je suis perplexe et mon intellect surdéveloppé tend à ne pas trouver de réponse plus précise. Je suis très contrariée. »

Altraga partait dans une introspection à voix haute et le Sénéchal restait là, narine et lèvre relevée d'un côté, sourcils froncés et paumes vers le haut. C'était trop pour lui. Ce rêve était stupide et dénué de sens, il fallait qu'il se réveille. Il se pinça mais sentit la brûlure sur sa peau. Il se donna des gifles mais rien ne semblait l'extirper de cette étrange salle.

« Ah, attends, je sais ! Attends ici et je vais essayer quelque chose. »

Elle s'était elle-même coupée d'un élan inconnu et incompréhensible. Elle semblait se concentrer et fermer ses yeux étranges aux pupilles longues. Sans prévenir elle disparut instantanément, laissant Adhémar seul dans cet endroit qui ne semblait avoir qu'un sol. Tout autour de lui, l'atmosphère semblait emplie de brume vaporeuse. Il avançait, mais rien ne changeait jamais...
Puis elle revint.

« C'est bon, ça fonctionne ! MOUAHAHAHAHAHA !
— Que ?
— Oui, prendre ta place un instant. Je n'ai pu rester qu'une seconde, mais j'ai vu une pièce autour de toi, tu étais, enfin j'étais, enfin tu étais... Enfin j'étais...
— Non mais. C'est pas un peu fini oui ?
— ... Dans un lit ! C'est comme ça que vous appelez cela, je me trompe peut-être ?
— Quelqu'un vous a vue ? Vous êtes malade ! Cela pourrait...
— Ne t'en fais pas, tu étais tout seul !
— D'accooooord...
— Donc tu acceptes ! Parfait !
— Non je n'ai pas... »

Adhémar était exaspéré. Devait-il accepter ou refuser ? De toute manière, s'il ne s'agissait que d'un rêve, qu'est-ce que cela pouvait lui coûter ?

« Bon. Soit, mais de ce que j'en sais, l'échange doit être équitable, qu'as-tu à m'offrir ? »

Cette question laissa la dragonne gueule entrouverte, béate. Un air niais - s'il était possible de qualifier cette bête presque spectrale qui n'avait rien d'humain de niaise - s'était étalé sur son immense tête. Elle bégayait...

« Euh... Euh... Et bien c'est que... »

Elle posa son gros derrière parterre et s'entortilla les pattes, comme si elle avait été en enfant pris sur le fait.

« Rien en fait... Je porte chance et fortune. C'est bien ta veine, de ce que j'ai vu tu as beau être un Prince tu n'es pas le premier des chanceux... »

Son regard était presque triste et suppliant. Elle ouvrit alors la gueule et dévoila ses immenses dents en disant :

« S'il te plaîîîîîîîîîîîîît. »

Le Sénéchal soupira. Si les dragons étaient quelquefois décrits dans les légendes, ils avaient un côté plus épique et héroïque que cette... Altraga... Il baissa les bras et lui dit :

« Bien, mais si tu me mets dans l'embarras, je risque d'être fort fâché.
— T'en fais pas, on sera copains ! Par contre je me demandais...
— Plaît-il ?
— Il faut que tu retrouves tous les dragons maintenant. Quelque chose de sombre se prépare. Vous êtes tous en danger. Si je suis là, si les dieux nous le permettent, s'ils nous autorisent à vous parler - ce que je suppose être en lien avec le retour de la magie - c'est que...
— Comment peux-tu savoir tout cela ?
— Je suis dans ta tête, petit scarabée. Donc je disais que si les dieux nous autorisaient à vous parler, c'est que quelque chose de plus grave encore que ce qui s'est passé autrefois est arrivé. Je crains que tu n'aies à retrouver tous les futurs hôtes de mes frères. Ah et aussi, mon esprit risque de parfois déteindre sur le tien ! À la revoyure !
— Attends, c'est... »


Adhémar se réveilla dans une chambre. Aldric venait à peine d'entrer.



Divers


Bon ben... Mdp validé par moi-même, c'est ça ? =D


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◈ Fiche personnage : Calim

Conteur
Calim Al'Azran

◈ Sam 27 Sep 2014 - 15:28

Fiche auto validée.
Pavé césar again...