Azzura

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Kathaleen Callahan - Princesse de Lavern

◈ Missives : 113

◈ Âge du Personnage : 25 ans
◈ Alignement : Neutre bon
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Vreën
◈ Origine : Lavern
◈ Localisation sur Rëa : Cachée dans un endroit sûr
◈ Magie : Magie arcanique : télékinésie
◈ Fiche personnage : Kathaleen Princesse de Lavern

Héros
Kathaleen Callahan

◈ Mar 23 Sep 2014 - 0:18

◈ Prénom :  Kathaleen
◈ Nom :  Callahan
◈ Sexe : Femme
◈ Âge : 25 ans
◈ Date de naissance : 16ème jour d'Élye, an 65 de l'Ère des Rois
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Vreën
◈ Origine : Lavern
◈ Alignement : Neutre bon
◈ Métier : Princesse de Lavern
◈ Liens : Rhys Tegfedd, garde personnel.


Magie


Message de Calim : Suite à un gain après une participation à notre jeu de Pâques, Kathaleen a déclenché un pouvoir de magie arcanique / télékinésie très puissant.


Compétences, forces & faiblesses


> Arts de la noblesse & de la bourgeoisie
(Métier engagé : Princesse)
- Lecture & écriture : Maître
- Mathématique (comptabilité, arithmétique de base) : Avancé
= Lui ont été appris les savoirs nécessaires.
- Étiquette : Maître
= Acquis depuis l'enfance, le protocole et la bienséance des Rois ont été inculqués à la Princesse qui sait se tenir à la perfection, en toute occasion.
- Politique : Intermédiaire
= La Princesse n'était point préparée à vivre ce complot, ni ne possède en ses mains encore les arcanes des Politiciens. Elle a pourtant appris de solides bases à propos, par naissance et par lignée.
- Équitation : Expert
= De l'art de monter comme une grande Dame, et de prendre soin de sa monture, un apprentissage nobiliaire nécessaire pour tout héritier royal.
- Diplomatie : Expert
= De son maintien, son Altesse saura converser, convaincre à propos de son Royaume avec habileté, rencontrer les hommes d'un rang égal ou supérieur et les gratifier de mots policés.
- Héraldique (Royaumes Vreën d'Ordanie) : Intermédiaire
= Par volonté, elle apprit la généalogie de ses pairs, royautés ou noblesse aux lignes complexes ainsi que leurs représentations.
- Représentation (chant, musique, danse de salon) : Experte
= Passion exercée, liée à ce qu'est d'être fille Princière, elle sait user du chant avec beauté, de la harpe et de la danse mondaine afin de se démarquer.

> Compétences générales
- Religion : Expert
= Très pieuse, elle aura suivi les enseignements des Hiérophantes et écouté avec passion les récits d'Alvar.
- Folklore (Lavern) : Avancé
= La jeune femme a baigné depuis l'enfance dans un royaume aux coutumes spécifiques qu'elle dû apprendre par volonté. Etre proche de son peuple était son désir.
Religion

- Histoire : Mystères et légendes : Avancé, Royaumes Unis d'Ordanie : Expert.
= Ayant lu avec avidité un grand nombre de contes, la Princesse en connaît les histoires. Elle a également été formée à l'Histoire de cette puissance du coeur de l'Ordanie.
- Géographie (Ordanie) : Avancé
= Elle connaît les royaumes, leurs capitales et leurs villes principales, les rouages des routes commerciales, des monts et des fleuves...
- Linguistique (Lavernois, Kaerd) : Maître
- Éloquence : Avancé
= Du savoir manier les mots avec l'aisance d'un héritier, elle forme la rhétorique de ses phrases par sa contenance, sa mesure et son étiquette parfaite. Sait être écoutée et convaincre son entourage.
- Maniement d'armes communes (dagues) : Intermédiaire
= Suivie par la mort de près, l'on a appris à la Princesse les bases de la défense avec une arme.



FORCES

Bonne oratrice
Cultivée
Très habile pour lier des alliances
Extrêmement déterminée


FAIBLESSES

Trop déterminée...
Sa condition de femme
N'y connait pas grand chose en magie
N'est vraiment pas habile dans le maniement des armes et ne possède pour ainsi dire aucune force


Physique


Yeux : Vert gris
Cheveux : Noirs, longs et bouclés
Taille : Cinq pieds, deux pouces environs, 1,68 mètres.

La dernière fois que les gens avaient pu voir la Princesse, elle n'était pas bien différente de d'habitude. Toujours aussi bien habillée, avec de longues robes qui cachent ses jambes fuselées et des corsets qui enserrent sa taille de guêpe. Ce jour-là, comme souvent lors des belles saisons, elle avait piqué des fleurs dans ses cheveux nattés, d'où s'échappaient quelques mèches aussi bouclées qu'elles n'étaient rebelles. Sa longue tresse tombait le long du dos et majorait sa courbe joliment cambrée.
Elle adressait à tous un regard chaleureux, comme à l'ordinaire. Ses yeux gris, teintés de nuances de vert, étaient sublimés par un maquillage discret, de même que ses lèvres pulpeuses et sensuelles. Le teint assez pâle, elle possédait quelques grains de beauté, mais aucune tâche de rousseur. Elle n'était pas du genre à se poudrer, si à s'ajouter des mouches en taffetas noirs. Quelques traits de khôl sous les yeux suffisaient déjà à rehausser son regard.

Très propre sur elle, elle ne s'encombrait pas de parfums forts enivrants comme certaines. Cette fois-ci, elle n'avait toutefois pas résisté à l'idée de se placer sur la gorge quelques goûtes de fleur d'oranger. Cela lui arrivait parfois, mais elle n'usait que de parfums fleuris et aux notes un poil sucré.

Contrairement à la majorité des femmes à la Cour, elle ne possédait pas de poitrine extravagante. On pourrait même dire qu'il s'agissait même du contraire. Trop petite pour être mise réellement en valeur, Kathaleen ne se laissait pour autant pas aller au complexe. Elle n'était pas encore mère après tout et il n'était pas dans son but d’appâter les gentilshommes avec ce genre d'arguments.

Sa couronne, sertie de quelques pierres précieuses et d'argent, reposait dignement au sommet de sa personne, attestant que oui, c'était bien elle la Princesse de ce palais. Mais ce que les gens ne savaient pas, c'est bien que le port de cette couronne n'était désormais plus dans ses habitudes. Depuis sa fuite et sa disparition aux yeux du monde, elle ne la porte plus.

Elle s'est par ailleurs peint sur le visage quatre triangles noirs, trois sur son front, le dernier sur son menton. S'ils ont une signification, personne parmi ses alliés n'a encore osé lui poser la question. Ils disparaîtront un jour, elle le sait bien. C'est juste une manière pour elle de graver temporairement ses intentions.

Ce n'est pas la première fois qu'elle se peint le visage de la sorte, cela est déjà arrivé, comme pour bien d'autres gens de Lavern, du plus petit peuple à la haute noblesse. C'est le cas lors de fêtes particulièrement réjouissantes par exemple, où la Princesse avait déjà fait l'objet d'un ensemble de symboles entrelacés sur le visage et les bras. Personne en Lavern n'est choqué par ce genre de pratique. Les étrangers par contre...


Caractère


Tout comme sa mère avant elle, Kathaleen a l'apparence d'une femme douce et courageuse. Effectivement, la belle fait preuve d'une grande tolérance, d'une bonté égale à celle de ses parents et use d'une voix affectueuse pour rehausser le tout. Cependant, sous ses airs de Princesse innocente se cache un être d'une grande détermination.

Le masque tombé, Kathaleen est une femme endurcie par les morts qu'elle a pu voir depuis son enfance, ceux tombées sous les coups de son grand-père, mais aussi ceux de sa famille. Elle sait ce que les gens pensent savoir d'elle : qu'elle n'est qu'une Princesse, une femme, qui est incapable de gouverner. Elle a présidé au Conseil pendant de nombreuses années, auprès de son père et sa mère. Elle sait donc à quoi s'attendre en matière de politique. Intelligente, extrêmement cultivée, la douce ne se laisse pas aller lorsqu'il s'agit de pouvoir. Droite et juste, elle n'hésite pas à prendre des décisions difficiles. Elle sait s'entourer de personnes de confiance et sait également comment les utiliser au mieux. Elle est également une grande passionnée d'Histoire, sachant de ce fait comment les anciens Rois sont tombés, quelles erreurs ils ont commises pour ainsi être destitués.

Elle est également une grande amatrice de légendes. Elle est intriguée par ces histoires autour d'Azzura et de magie, mais de là où elle est, ne peut guère en savoir plus. Elle n'est pas du genre à fuir, mais l'a pourtant fait. Elle sait que c'était la décision la plus sage. Elle aime son peuple, est prête à tout pour lui et n'hésitera pas à revenir pour. S'il s'avérait que quelqu'un reprenne son trône pour nuire à son peuple, elle ne le supporterait pas.


Inventaire


Elle porte quelques bagues aux doigts, ainsi qu'un médaillon autour du cou, qui se perd dans le peu de poitrine qu'elle possède. Ce sont des bijoux dont elle ne se sépare jamais, si ce n'est peut-être pour prendre un bain. Des bijoux assez particuliers en réalité. Ils possèdent tous une cavité sous le joyau qui les orne et qui ne se découvre que selon une certaine manipulation. Les bagues sont toutes conçues pour contenir quelques grammes d'antidotes à divers poisons différents. Son médaillon quant à lui contient un poison qui commence à agir après quelques minutes. Bien entendu, elle possède l'antidote à celui-ci dans l'une de ses bagues.

Si ce n'est ces « armes féminines », elle garde souvent une petite dague à ses côtés. Son emplacement sur elle dépend de la tenue du jour. Car étant Princesse, elle se doit de porter des tenues qui vont de pair avec son rang. Elle ne se charge pas trop d'autres accessoires inutiles, mais il lui arrive de porter quelques coiffes ou même de piquer quelques fleurs dans ses cheveux.


Histoire


On dit bien souvent que ceux qui naissent de nobles lignées ont de plus grandes perspectives d'avenir et une plus longue longévité que le bas peuple. Kathaleen l'a toujours cru, tant on le lui avait rappelé. Elle sait aujourd'hui qu'il n'en est rien.


Petite première du couple princier de Lavern, Kathaleen ne pouvait naître dans plus avantageuse famille. Sa mère, Niamh  Brennan  n'était autre que la fille unique du roi actuel, Aengus Brennan, et son mari, Aifric Callahan, le prochain destiné à monter sur le trône. Sa naissance en tant que fille ne fut mal vue par personne, sa mère ayant bien le temps encore de donner vie à d'autres enfants. Son arrivée fut donc célébrée dignement, en ce premier jour de printemps.

Kathaleen aurait peut-être pu vivre une vie innocente et particulièrement heureuse, mais ce n'était pas réellement le cas lorsque l'on vit auprès du Roi Aengus. Toujours adepte de territoire à conquérir et de puissance à étaler, le royaume de Lavern était souvent sujet à bien des guerres : qu'elles soient inters-royaumes ou civiles. C'était effectivement un Roi dur, qui n'acceptait pas des choses comme la faiblesse ou la trahison. Les lois qu'il imposait et les taxes qu'il exigeait appauvrissaient son peuple, pourtant déjà blessé par les conflits qui se dressaient les uns après les autres. Nombre de fois l'unique enfant royale voyait son grand-père dans de furieux instants de rage. Il lui arrivait de s'emporter sur son entourage, qu'il soit domestique ou familial, mais par de son jeune âge, elle n'en comprenait pas vraiment les raisons.

Malgré ses moments particulièrement sombres pour l'enfant, elle n’eut pas trop à se plaindre. Couvée comme une enfant gâtée, elle avait tout ce qu'elle désirait. Éduquée selon l'étiquette, elle ne faisait pour autant aucun caprice, restant particulièrement docile. Elle se comportait toujours de manière douce et son sourire innocent ne la quittait qu'en de rares occasions. Cette même innocence qui était l'une des seules choses qui amadouaient son grand-père maternel. Aussi rude soit-il, il n'avait jamais haussé le ton devant elle. Elle était son unique petite-enfant et lui rappelait sans cesse sa propre fille. Il lui expliquait régulièrement à quel point un royaume était dur à gérer, mais qu'il faisait tout ça pour leur famille et leur peuple, que tout cela était nécessaire. Les guerres, il les remporterait toutes. Les révoltes, il les écraserait. Il savait qu'il ne se faisait pas que des amis, mais il s'assurait au moins qu'aucuns ennemis ne s'approchent de son entourage.

Kathaleen n'avait que cinq ans lorsqu'elle assista, de force et à la demande de Aengus, à sa première exécution : celle de quelques « espions ». Si ses parents étaient entièrement contre, ils leur étaient pour autant impossible de dire non à leur Roi. Elle sut donc très jeune ce qu'étaient la trahison, la suprématie du pouvoir royal et la mort. Si elle fut horrifiée par cet événement, Aengus lui expliqua longuement à quel point il était important de sévir et que, le cas éminent, elle aurait également ce devoir si elle voulait garder son royaume. Son incompréhension se changea peu à peu en acceptation, puis en banalisation totale et innocente. Car par la suite, elle du assister à d'autres manifestations de ce genre. Le Roi voulait montrer à tous comment il châtiait ceux qui leur feraient du tort. La présence de cette enfant avait pour principe de faire comprendre au peuple que la famille royale, de lui jusqu'à sa plus petite descendance, ne plierait jamais face à l'adversité.

Outre cet enseignement rustre, elle avait la chance d'avoir une éducation que beaucoup en Lavern auraient sans aucun doute jalousée. Si ce n'est l'apprentissage de l'écriture, de la lecture et des calculs, on lui imposa également celui de l'histoire de l'Ordanie toute entière, ainsi que l'ancienne langue de Lavern. À côté de ça, ses principales activités étaient dédiées à l'équitation, la danse, le chant et le solfège. On lui présenta par ailleurs de bien nombreux instruments, dans le but de lui instruire la maîtrise de l'un d'eux, pour que plus tard elle soit distrayante aux yeux de son aimé ou d'une cérémonie. Si certains professeurs auraient aimé qu'elle se satisfasse du psaltérion ou du luth, ce fut la harpe qui trouva grâce à ses yeux. Lorsqu'elle fut assez douée pour cela, elle s'improvisait de petites séances avec son grand-père, son père ainsi que sa mère, où elle leur faisait la démonstration de sa voix accompagnée du tintement des cordes pincées.

Les années passant, sa mère la baigna peu à peu dans les intrigues politiques. De mère à fille, elle lui expliquait à quel point son futur rôle d'épouse serait important. Plus qu'un soutien pour le prochain roi, elle devait devenir sa plus fidèle conseillère. Être ses yeux et oreilles quand lui serait sa voix et son bras armé. Peut-être encore trop jeune pour comprendre toute la subtilité de la chose, elle en saisit cependant l'essentiel et s’enhardit au cœur de ses études. Curieuse de tout, sa soif de connaissances finit par dépasser son père, qui fit alors venir des érudits plus éloignés de leur royaume. Si elle appréciait apprendre, ce qu'elle adorait par-dessus tout était l'histoire, et pas seulement celle de l'Ordanie. Elle voulait toujours en savoir plus, revenir plus loin encore dans les cycles précédents. Son père, fier d'elle, lui expliquait qu'elle serait certainement une très bonne alliée pour son époux. En se conseillant sur les anciennes dynasties, elle découvrait au fil des écritures et récits ce qui avait souvent finit par conduire certains royaumes à dépérir et les têtes couronnées à tomber. Ne pas reproduire les mêmes erreurs était l'un de ses souhaits. Ne laisser personne, pas même son futur mari, faire de même, son principal objectif.

Les légendes étaient elles aussi très prisée de l'enfant, qui les dévorait toutes, quelles que fussent leurs origines et les Âges auxquels elles appartenaient. Des mystères entourant l'Île des Mirages à la légendaire civilisation Atlante, tout était bon pour transporter la jeune princesse. Celle d'Azzura restait pour autant sa préférée entre toutes. Mais malgré ses efforts, elle n'eut jamais plus d'informations dessus que ce que l'on en disait déjà.

Avec l'aide de sa mère et de quelques professeurs, elle apprit également peu à peu à connaître les différentes lignées de la noblesse d'Ordanie. Pour les autres continents, on le lui fit retenir que les plus grandes figures de la royauté pour commencer, pensant qu'elle aurait tout le loisir d'en apprendre davantage plus tard. Et il faut dire que tous ces noms, rien que pour Lavern, furent suffisants pour lui faire subir l'effet d'une douche glaciale. Il y avait tant à savoir et retenir ! Les noms du passé étaient bien moins compliqués, car les mêmes revenaient sans cesse. Sa mère lui fit dessiner des arbres généalogiques afin de mieux mémoriser, auxquels elle annotait personnellement quelques commentaires sur ce qu'elle connaissait d'eux. Certains noms étaient déjà familiers à Kathaleen, car il s'agissait d'amis proches ou de personnes régulièrement invitées à la Cour. Elle se jura de faire bien plus attention lors des prochaines rencontres, en n'omettant pas les petites notes de sa mère.

En grandissant, elle se mit à vouloir découvrir davantage son peuple, se sentir plus proche d'eux, apprendre un peu de leur quotidien. Ce fut à sa mère qu'elle en parla, pensant qu'il était plus sage de passer par elle. Ce fut bien sa chance, il faut bien l'avouer. Niamh lui avoua qu'elle se rendait quelques fois en ville, afin d'aider financièrement quelques organismes. Tout cela devait bien entendu demeurer un secret. Si Aifric était déjà informé de ce passe-temps, il ne fallait éveiller aucun soupçon auprès du Roi lui-même.
Sa mère ne tarda pas à la prendre à ses côtés lors de ses « promenades », tout en veillant avec l'aide de quelques serviteurs que leur sortie ne soit pas ébruitée. C'est de cette manière, encapuchonnées et entourées de quelques gardes également déguisés, que Kathaleen pu voir pour la première fois son peuple au plus près. C'était tellement étrange pour elle de voir les habitations de plain-pied, et non plus du haut des nombreux balcons du palais. Elle put également assister de loin à quelques représentations de troubadours, presque aussi doués que ceux qui se présentaient lors de leurs repas au château, aux étals de quelques marchands, aussi bruyants qu'amicaux pour certains, ou encore aux enfants chahuteurs après qui couraient quelques fois leurs parents ou aînés.

La petite troupe se rendit dans un bâtiment tout de pierre et fut accueillie à bras ouverts. Elle apprit qu'il s'agissait d'un orphelinat, où les principaux recueillis avaient perdu leurs parents lors des guerres ou des diverses rébellions contre le Roi. Kathaleen fut très vite mise au courant que si son grand-père était haï du peuple, ce n'était pas du tout le cas pour le reste de la famille. Niamh était par ailleurs très appréciée ! Elle venait souvent se rendre utile auprès des gens d'ici, offrant de son or ou de son temps. Il lui arrivait même de participer à la petite vie de ces enfants que le destin avait privés de famille. Elle leur racontait quelques histoires, amenant la chose comme étant la dernière fable que sa fille Kathaleen avait apprécié dernièrement. La Princesse comprit soudainement à quel point sa Mère, qu'elle avait toujours sincèrement aimée, était bonne pour son peuple, proche de lui et tellement, tellement différente du Roi actuel. Comment Niamh, qui était pourtant la fille de Aengus, pouvait-elle être autant l'opposée de son propre père ? Kathaleen n'arrivait pas à le comprendre. Mais elle éprouva un très profond respect pour sa mère, qui faisait tout cela par pure générosité et non pas par intérêt.

Lorsque la troupe rentra au palais, le Roi et son gendre, Aifric, étaient encore à la chasse avec quelques nobles et serviteurs. Niamh et sa fille purent ainsi discuter entre elles de cette journée assez hors du commun pour la jeune Princesse. Sans se décontenancer, Kathaleen lui demanda si elle pourrait continuer à accompagner sa mère et voir les gens qu'elles avaient rencontrés aujourd'hui. Avec un sourire d'une infinie douceur, Niamh accepta sa requête, à condition, encore une fois, qu'elle n'en parle jamais. Ce fut le début pour elles deux de « fugues » silencieuses, sous la couverture des serviteurs et soldats dans le secret.


Quelque temps après les sept ans de la jeune héritière, une troupe originaire de Kaerdum fut signalée au-delà de leurs frontières. Si cela ne semblait aucunement intimider Aengus, ce n'était pas le cas de ses conseillers. Quelques rumeurs se murmuraient dans les couloirs déserts, sans que jamais le Roi n'y prêtât la moindre attention, persuadé qu'ils étaient là par un quelconque danger à la lisière des deux territoires et dont il n'avait pas encore reçu l'information.
Le quotidien du Roi ne changeant en rien, il assistait ce jour-là, comme tous les mois, à une énième représentation musicale de Kathaleen. Les sonorités qu'elle donnait à sa voix s'harmonisaient parfaitement avec les cordes pincées et chantantes de sa harpe. Si sa mère était absente cette fois-ci, ayant accouché dernièrement d'un fils nommé Emrys, son père et son grand-père assistaient à l’événement, tous deux appréciateurs de ses progrès dans le domaine. Certes elle était loin de la perfection, mais ses efforts et sa passion portaient bien leurs fruits. Elle ferait assurément une bonne compagne, il s'agissait des mots que le Roi murmurait régulièrement à l'attention d'Aifric depuis quelques années.

Alors que Kathaleen était en pleine performance, de nombreux sons et voix se firent entendre à travers la porte. Irrité, le Roi Aengus demanda à un domestique d'aller voir qui étaient les inopportuns faisant régner pareil chaos. À peine la porte fut-elle ouverte que quelques individus armés pénétrèrent dans la salle, à leur suite quelques membres du Conseil outragés. Ce fut l'un d'eux qui s'exprima en premier, le souffle court comme s'il avait longtemps couru et juré derrière ces intrus :
« Votre majesté, je vous assure que j'ai tout fait pour les retenir. Mais comprenez bien qu'ils ne m'en ont pas...
- Abrège veux-tu ? Quelle est donc cette mise en scène ? N'ai-je pas explicitement demandé à n'être dérangé sous aucun prétexte, sauf cas d'urgence ?
- C'est que... commença-t-il avant d'être coupé par l'un des hommes en armure
- Roi Aengus Brennan ? »
L’interpellé fit claquer sa langue d'agacement :
« Qui êtes-vous pour ainsi vous imposer chez moi ?!
- Je suis Aldric de Rémat, Commandant aux armées du Kaerdum. Pardonnez notre témérité, mais j'ai là un rapport qui me demande de vous conduire d’extrême urgence auprès de notre Majesté le Roi Harden.
- Plaît-il ? Fit le Aengus, se levant soudainement, Donnez-moi une seule raison de vous suivre et de laisser mon royaume à l'abandon ainsi.
- Aengus Brennan, votre alliance avec feu le Roi Ivar a été apprise. Cette trahison envers l'ensemble des Royaumes Unis d'Ordanie ne peut rester impunie. Comprenez bien par là que votre place en tant que Roi de ce royaume est compromise. Je crains pour vous et votre Conseil que le choix ne vous appartienne plus et vous demande de me suivre docilement. »

Tout le long de cette révélation, l'ambiance de la salle s'était glacée, le visage des Lavernois pris de stupeur. Celui d'Aengus était pour autant celui d'un homme tiraillé par la haine et l’incompréhension. Ivar était mort depuis longtemps maintenant, comment une information si troublante avait-elle pu survenir après toutes ces années ? L'un des membres du Conseil demanda une preuve à ce qu’avançait le Commandant et, bien qu'il n'ait pas plus de détails, il déroula l'acte d'arrestation qui lui donnait l'autorisation d’opérer.
Les yeux du Roi se posèrent sur tous, ces Kaerds impassibles, les membres de son Conseil tous plus stupéfaits les uns que les autres, son gendre profondément écœuré, puis sur sa petite-fille, Kathaleen. Elle avait beau connaître les histoires politiques qui entouraient le règne du Roi Ivar, elle ne comprenait pas ce que son grand-père avait fait, son rôle, ses actes. Est-ce que... c'était aussi grave que ça paraissait l'être ?

Inspirant profondément, Aengus détourna douloureusement son regard de la jeune Princesse et s'approcha, résolu, vers la troupe :
« Je vous suis, après avoir discuté avec ma fille. Comprenez bien que c'est plus qu'un royaume que je laisse derrière moi. »
Aldric approuva lentement et concéda à une ultime discussion entre le patriarche et Niamh. Il ne lui fallut que quelques minutes avant de quitter la pièce où ils s'étaient cloîtrés tous les deux. Lorsqu'il ouvrit la porte, sa fille le suivi jusqu'aux Kaerds. Si ses yeux avaient, semble-t-il rougis, elle gardait un visage déterminé qui prônait l'admiration des siens. Lorsqu'ils furent en face de la troupe, Aengus retira sa couronne, la remettant à son gendre Aifric, avec lequel il eut un échange de regards silencieux. Il se tourna vers Kathaleen, posant sa main sur le dessus de la tête de l'enfant, comme jamais il ne l'avait fait avant. Puis il suivit les Kaerds, sachant déjà quel serait le funeste destin qu'on lui avait préparé.

Sa mort fut annoncée quelques jours plus tard, amenant comme convenu Aifric et Niamh au sommet du trône et faisant d'Emrys et Kathaleen les prochains héritiers en lice.
Si tout s'était passé au mieux...


Le règne de son père commençait déjà dans d'agréables hospices, grâce notamment à l'aide du Conseil et des seigneurs qui appréciaient Aifric. Si Aengus avait été un Roi rigide et dur avec son peuple, ce ne fut pas le cas de son remplaçant. Les premières mesures qu'il mit en place furent celles de baisser les taxes demandées au peuple, d'améliorer l'état des bâtiments publics, de mettre en place quelques soupes populaires et surtout de maintenir une solidarité entre tous les seigneurs, petits ou puissants, de Lavern.
Les portes du palais étaient régulièrement ouvertes afin que chaque individu, qu'importe son statut ou sa condition, puisse demander audience au Roi. Si les visites furent nombreuses dans un premier temps, elles furent bien moindre au fil des mois, chacun plus ou moins satisfait par les mesures prises. Lorsque les plus importants besoins furent gérés, le Roi, la Reine et leurs deux enfants firent un « Tour de Lavern », accompagnés d'une troupe armée afin de garantir leur sécurité, de nombreux serviteurs et de quelques conseillers, les autres restant au palais pour sa bonne garde. Ce Tour permit au Roi de se faire connaître de tous, seigneurs comme le plus honnête des paysans. La réputation de  sa bonté et de son charisme précédait nombre de fois leur venue.

De retour au palais, le Conseil et le Roi eurent de longues et répétitives réunions, où sa femme fut bien entendue conviée. Si le Roi Aifric aurait dû être celui qui prenait les décisions, en réalité ils gouvernaient tous deux à pouvoir égal, une volonté qu'ils avaient mûrement réfléchie et ce très certainement avant la mort d'Aengus.
Alors qu'Emrys commençait peu à peu à découvrir la marche et à s'exprimer avec des mots compréhensibles, Kathaleen continuait à développer sa culture et sa maîtrise de l'étiquette de Lavern mais également des autres nations qu'elle connaissait. La naissance de son frère avait donné un tournant au destin de la jeune Princesse. Ce serait à Emrys de monter sur le trône, en tant que fils du Roi et donc Roi à son tour. Kathaleen serait donc très certainement mariée, dans des intérêts politiques, à de hautes personnalités. Difficile encore de savoir si elle resterait en Ordanie ou si son avenir la guiderait vers d'autres continents et ethnies. Malgré ses quelques doutes, elle tenait à faire honneur à sa famille et travaillait dur pour être celle qu'ils attendaient. De nombreux précepteurs furent accueillis au sein même du palais afin de l'aider à retenir l'Histoire, les manières et les modes de vie des divers peuples de Rëa.

Le palais n'avait par ailleurs jamais été aussi habité. Niamh avait recueilli sous leur protection quelques-uns des enfants sans famille qu'elle avait vu grandir et qu'elle appréciait. Les filles devenaient généralement des domestiques, les garçons de jeunes pages ou encore des écuyers. Elle leur trouvait toujours une place, s'assurant également de leur confort.
Kathaleen eut également quelques jeunes filles à ses côtés, parmi les plus méritantes et les mieux instruites, en tant que demoiselles de compagnie. Bien que sans statut de nobles, elles étaient toutes mises à l'aise par leurs plus aînées et particulièrement par la surintendante.

Tout semblait se passer au mieux. C'est du moins l'impression enfantine qu'en avait Kathaleen. En réalité, le nouveau règne de son père ne plaisait pas à tout le monde. Malgré sa popularité, parmi certaines niches de la population il était un indésirable, trop juste, trop tendre avec les plus faibles. Les dessous d'une sombre politique se mirent peu à peu à remuer.


Kathaleen était encore endormie lorsque la maison commença à s'animer. C'était Niamh que l'on avait éveillée, ainsi qu'Aifric. Tirés de leur sommeil par les coups donnés à leur porte, ils avaient à peine pris le temps de s'habiller convenablement. Une robe de chambre passée en vitesse, c'est tout ce que sa mère enfila avant de se précipiter sur la porte, qu'elle ouvrit avec précipitation. Elle se rua à l'extérieur, délaissant son mari, bien trop lent, derrière elle. Ses serviteurs n'osèrent pas la retenir et se mirent à la talonner :
« Nous ne savons pas comment c'est arrivé. Nous l'avons trouvé ainsi au petit matin... »

Niamh n'écoutait pas leurs paroles, seul le sang qui battait à ses trempes résonnait dans sa tête, brouillant les images horribles qu'elle s'imaginait déjà. Si elle avait jusqu'alors une démarche rapide, la présence de domestiques, conseillers et gardes en grand nombre rassemblaient devant la porte de chambre de son fils lui fit l'effet d'une dague effilée en plein cœur. Les larmes lui piquaient déjà les yeux, son cœur s'emballait et ses jambes se mirent à courir sur le carrelage éclatant du palais. Elle les repoussa tous, même le Grand Conseiller qui tenta, vainement, de la retenir contre lui. Enragée, elle repoussa les bras qu'il tendait vers elle, griffant avec une fureur aveugle tout ce qui tentait de l’empêcher de rejoindre son fils. Lorsqu'elle atteint enfin le lit où il s'était endormi, elle ne trouva dans les draps qu'un corps pâle et froid.

Anéantie, elle tomba à genoux, ses jambes tremblantes ne pouvant plus supporter son poids ainsi que celui de la responsabilité qui lui brûlait le ventre. Les bras tendus, elle ne parvenait pas à se décider à toucher ou non ce petit être qui s'était éteint dans son sommeil. Elle se saisit finalement de lui, caressant ses fins cheveux bruns, pleurant toute sa peine, son incompréhension et sa colère.
« Que s'est-il passé ? Demanda Aifric à peine arrivé
- Il semble qu'il se soit étouffé dans son sommeil. Ce sont des choses assez ordinaires chez des enfants en bas âges.
- Vous êtes sûrs ? Il avait tout de même près de deux ans.
- Certain. Ce sont des choses qui peuvent survenir jusqu'à douze ans chez un enfant. »

Niamh murmura soudain quelque chose à travers ses sanglots. Recroquevillée, le corps de son enfant contre sa poitrine douloureuse, elle peinait à se faire comprendre. Tous se turent, espérant comprendre mais elle s'était tue. Relevant la tête, la respiration maladroite, elle jeta à l'assemblée entière un regard assassin :
« DEHORS ! »
Certains eurent un mouvement de recul, voire un frisson. Nombreux furent ceux qui quittèrent aussitôt la pièce, les autres restèrent immobiles, regardant leur Roi, ou tentant d'approcher leur reine pour lui porter assistance :
« Hors de ma vue ! DISPARAISSEZ ! »

À contrecœur pour certains, avec instinct pour d'autres, tous sortir dans les couloirs et repartirent à leurs tâches respectives. Le Haut Conseiller s'adonna à une longue et sincère révérence avant de tourner les talons, fermant au passage les portes derrière lui et laissant le couple royal à leur intimité.

Une nouvelle fois, Kathaleen dû porter le deuil de la mort d'un membre de sa famille et avec lui le choc d'une nouvelle manière de vivre. Bien qu'il ait été établi que la mort d'Emrys était accidentelle, Niamh refusait d'y croire, persuadée que son fils, premier héritier du trône, avait fait l'objet d'un assassinat camouflé. Certains considéraient ces propos comme potentiellement véridiques, d'autres voyaient là la souffrance d'une reine mère dépassée.
Une froide détermination s'était pour autant emparée d'elle. Sa fille, redevenant par défaut l'héritière, fut gardée à ses côtés, même lors de toutes les réunions du Conseil. Niamh ne se détachait d'elle qu'en de rares occasions, notamment lorsque l'enfant, alors âgée de 8 ans, suivait ses cours. On lui attribua également une garde d'un duo de soldats qui ne devait jamais la quitter. L'un étant un homme, l'autre une femme, cette dernière pouvant se permettre de rester à ses côtés à tout moment, également lors des bains de Kathaleen, ce qui fut très vite agaçant pour elle. Certes, elle comprenait que sa mère ait eu peur pour sa vie, mais pour la jeune fille la mort d'Emrys était réellement un accident et elle ne risquait rien au sein du palais. Une surveillance aussi constante manquait de peu de la rendre folle. Il fallut cependant attendre quelques semaines avant que la paranoïa de la Reine cesse et que Kathaleen soit plus libre de ses mouvements. Elle ne manqua pas un seul Conseil cependant, restant silencieuse, mais découvrant ainsi comment se passait en interne la politique au palais. Cela lui apprit, bien mieux que n'importe quoi, à quel point la prise de décision pouvait parfois s'avérer délicate.

Niamh retomba rapidement de nouveau enceinte, une nouvelle qui fut accueillie avec énormément de bonheur au palais. Tous espéraient que ce soit un nouveau fils, qui pourrait ainsi prendre la succession du trône et garantir la sûreté du royaume. Malheureusement, personne n'eut vraiment le loisir de le découvrir. Alors que Niamh entamait son sixième mois de grossesse, elle fut prise de douleurs au ventre de plus en plus intenses. Les médecins lui demandèrent de rester au repos, assise ou couchée, jusqu'à l'accouchement ; ils craignaient un décollement du placenta. La Reine, pour la bonne santé de son futur enfant, suivit les instructions à la lettre, suivant un régime alimentaire strict afin de garantir un bon rétablissement et ne se levant et se déplaçant qu'en de rares occasions. Les jours se succédèrent, son état de santé demeurait stable jusqu'à ce qu'elle fut prise de saignements importants et de contractions douloureuses imprévues. L'enfant ne survécut pas à cet accouchement prématuré, ayant par ailleurs très certainement perdu la vie avant même le début des contractions.
La Reine, suite à cette épreuve, fut forcée au repos. Peu de personnes furent autorisées à la voir, les rares s'y essayant furent contraintes de rebrousser chemin sous ses cris hystériques et menaçants. Lorsque Kathaleen se rendait aux côtés de sa mère, cette dernière lui demandait de monter dans le lit avec elle et se mettait à la serrer dans ses bras avec douceur. L'enfant avait toujours du mal à se retirer de ses étreintes, la Reine peinant à la laisser repartir, comme si elle craignait qu'on la lui arrache pour toujours.

Il fallut attendre encore quelque temps avant que la Reine pût sortir de son isolement. Niamh reprit doucement ses activités, s’assurant du bon apprentissage de Kathaleen et des stratégies politiques de son mari, réduisant les doses d'un traitement réparateur progressivement.

Deux années supplémentaires durant leur règne se passèrent sans grand incident. Jusqu'à ce que Niamh retombe à nouveau enceinte. Kathaleen avait alors 12 ans. Une nouvelle fois on espéra un fils. Une nouvelle fois, Niamh qui prenait de plus en plus d'âge, fut contrainte au repos forcé suite à de graves complications. Elle réussit toutefois à atteindre la période propice à l'accouchement. Comme toutes les femmes ayant eu des difficultés lors de leurs fins de grossesse et leurs accouchements, elle fut soumise à un traitement au mercure, que les médecins utilisaient pour réduire ses douleurs et usaient en quantité savamment dosée. Malgré tout, Niamh se vidait de ses forces. Ses souffrances quasi continuelles ne lui laissant pas l'occasion de se reposer. L’événement fatidique allait bientôt arriver et les médecins craignaient qu'elle ne se relève jamais de cette épreuve. La Reine était usée, trop âgée pour supporter une autre grossesse et peut-être déjà trop éreintée pour survivre à cet accouchement. Ce serait son dernier enfant.

L'épreuve, car c’en fut une, ne se déroula pas au plus beau fixe. Les contractions s'annoncèrent tard dans la nuit et toute l'équipe autour de la Reine dut veiller jusqu'au petit matin. Dans la nuit, l'enfant qui avait la tête en bas, s'était retourné vers le haut. On avait tenté d’apaiser au mieux les douleurs de la femme, en la forçant à des massages dans le ventre pour retourner l'enfant. Lorsqu’enfin il sortit, son cordon ombilical lui enserrait le cou. Malgré tous les efforts des médecins, il leur fut impossible de lui rendre la vie qu'il avait perdue. Ni celle de la Reine morte après tant d'efforts, de souffrance et de haine envers elle-même.

Plus que la famille royale et ses domestiques, ce fut une grande partie du peuple qui fut endeuillée ce jour-là. Tous avaient perdu une femme d'une grande bonté, à la fois souveraine, femme et mère. Nombreux furent les seigneurs venus aux obsèques pour rendre un dernier hommage à cette reine qui avait tant fait pour eux tous. Beaucoup en profitèrent pour parler avec le Roi, de politique, de faits plus intimes et d'avenir. Certains en profitèrent pour demander ce qu'il comptait faire, Kathaleen étant sa seule enfant légitime, et de su sa seule enfant. Jamais personne n'avait entendu parler de maîtresse et d'enfant né hors mariage, qui aurait pu ainsi revendiquer le trône. On lui parla d'un possible remariage, ou bien d'envisager quelques alliances, via sa fille. Aifric, bien que très à l'écoute de leurs nombreuses propositions qui frôlaient souvent leur propre intérêt, les réfuta toutes. Étant en deuil, il se refusait à penser à tout cela pour le moment, mais promettait de se pencher sur la question lorsque l'heure viendrait.
Quelques personnalités se penchèrent également sur Kathaleen, la plaignant, lui souhaitant du courage. Beaucoup étaient mielleux à souhait et avec son jeune âge la Princesse ne fut pas capable de voir qui parmi eux étaient vraiment sincères avec elle. De par sa situation, elle était la porte ouverte au trône pour presque n'importe quel fils de seigneurs. Il allait de l'intérêt de tous de faire bonne patte avec elle. Cette désillusion lui laissa un goût amer en bouche, consciente qu'elle serait bientôt la figure que tous revendiqueraient au mariage.

Si certains laissèrent du temps au Roi, d'autres ne tardèrent pas à repartir au-devant de cette opportunité. Le soir même des obsèques, Aifric recevait de nombreuses demandes d'alliance, des lettres demandant la main de sa jeune fille. Certains argumentaient leur demande par la richesse de leur patrimoine, par leur force militaire et bien d'autre chose que Kathaleen ne sut jamais vraiment. Bien qu'assez âgée pour être promise à un mariage futur, et pleinement arrangé, Aifric refusa de marier sa fille, se laissant le droit de choisir son compagnon lui-même, dans les années à venir, afin de savoir qui parmi tous ses prétendants pourrait réellement être un bon Roi. Son intérêt était double. Il ne voulait pas laisser sa fille, son seul enfant, à un homme de caractère, capable des pires sévices une fois la porte fermée. Il voulait étudier le caractère, le cœur de ces hommes. Mais il souhaitait également savoir qui parmi eux serait assez bon, fort et digne pour siéger. Il lui fallait un homme sain, juste et loyal envers le peuple, il redoutait de laisser siéger un homme comme feu son beau-père, Aengus qui fut un Roi dur et impitoyable.
Kathaleen était au courant de ses volontés, mais elle comprenait également ce que, secrètement, il voulait également. Lui laisser le temps de voir quel était l'état du monde politique aujourd'hui. Ayant eu l'autorisation assister silencieusement au Conseil depuis quelques mois, elle se mit à suivre son père dans toutes ses affaires. Le secondant aux soirées, lors des quelques voyages diplomatiques ou encore des visites politiques, la jeune fille se fit très vite son idée sur la situation de Lavern en Ordanie. Sa maturité fit un bond suite à la mort de sa mère et cette soudaine mise en avant. Son caractère, si innocent autrefois, s'endurcit. Elle restait bien sûr cette jeune fille souriante, mielleuse et pleine de vie, car c'est ce à quoi l'on s'attendait de sa part, mais au fond d'elle-même c'était un esprit aiguisé, observateur et découvrant l'art de la manipulation qui se développait en silence.


Les années se succédèrent les unes aux autres, elle fêta ses quinze ans, ses vingt ans, ses vingt-quatre ans... Elle devenait une très belle jeune femme, aux longs cheveux noir de jais et au regard vert-gris perçant. Son sourire avait changé, il avait perdu de sa naïveté, avait gagné en charme, mais gardait encore cette once de pureté. Pure, ça elle l'était entièrement. Chaste malgré son âge, très pieuse, elle ne s'était offerte à aucun homme, malgré les nombreuses occasions qui lui avaient été offertes et la curiosité dévorante de connaître ces sensations inconnues avec un homme. Son père n'avait toujours pas choisi son futur époux, lui répétant qu'il attendait le bon, qu'il avait quelques suppositions, mais que les personnes en question n'étaient pas encore assez mûres ou prêtes à monter sur un trône. C'est pour préserver son héritage qu'elle ne s'était jamais liée, craignant de tomber enceinte d'un enfant que l'on considérerait comme un bâtard. Malgré cela, elle apprenait secrètement avec quelques-unes de ses demoiselles ce qu'était l'art du plaisir, celui de donner et de recevoir.
Elle avait su s'entourer correctement, connaissait parfaitement les noms et histoires de lignées de l'Ordanie et des autres continents, les étiquettes de chaque nation, les dessous politiques de quelques régions isolées. Les anciens orphelins que sa mère avait tant aidés étaient pour la plupart au palais, les autres sous les services d'autres seigneurs que la belle appréciait. Les demoiselles informaient toutes Kathaleen des échos, rumeurs dont elles avaient eu vent, voire des discussions qu'elles avaient entendues. Elle avait également instauré beaucoup de valeur aux femmes au sein de la Cour. Toutes, plus belles les unes que les autres, étaient des expertes dans l'art de la discussion. Aucune brusquerie émanant d'un homme, aussi noble soit-il, n'était acceptée à la Cour, Kathaleen mettait un point d'honneur à ce que cette règle soit suivie de tous, sous l'accord plus qu'approbateur de son père.

Les garçons en général avaient rejoint l'armée, et elle n'avait que peu de nouvelles d'eux, s'assurant de leur quotidien via quelques personnes toujours en contact avec ces derniers. Ceux qui étaient gardes ou pages avaient toute sa confiance, bien qu'elle ne fût pas trop démonstrative à leur égard. En grandissant, elle s’attitra d'une garde personnelle, rehaussée par le charisme et l'expertise de Lydie et Rhys, deux élites que sa mère lui avait déjà imposées par le passé et qui s'étaient endurcies davantage avec le temps. Ils lui avaient par la même occasion appris à se défendre elle-même au cas où, par mégarde, elle se trouverait seule face à un adversaire. Quelques techniques à la dague, qu'elle cachait toujours sur elle, mais qu'elle ne maîtrisait pas pleinement, malgré sa volonté de réussir.
L'un des garçons, aujourd'hui très bel homme, avait également réussi à faire partie du Conseil, un parcours atypique mais qui inspirait le respect. Très proche de la Princesse, il l'entretenait de l'avis des autres conseillers, de ce qu'ils ne disaient pas toujours en réunions. Plus que tout, il était pour la jeune femme l'une de ses pièces maîtresses. Une pièce sur l’échiquier de la politique.

Tout comme sa mère, Kathaleen continuait de s'occuper au mieux du peuple, qui l'appréciait. Elle n'avait pas spécialement besoin de se cacher pour aller en ville, la présence de sa garde personnelle suffisait à la protéger d'une potentielle attaque. Il lui arrivait cependant de s'amuser encore à ce petit jeu, forçant Rhys et Lydie à se déguiser également pour la suivre. Elle ne prenait cette apparence que lorsqu'elle voulait prendre un peu de distance avec son rôle.



Tout cela s'effondra au milieu d'un bel après-midi. Elle était partie en expédition avec son duo et était revenu sous les coups de quatre heures. À peine avaient-ils rejoint le palais que l'agitation ambiante leur inspira les pires craintes. Lorsqu'on les vit arriver, l'une des domestiques vint directement à eux et leur expliqua que le Roi avait trouvé la mort. Les yeux écarquillés, Kathaleen ne voulut pas y croire. Ses pas furent hésitants, puis soudain elle sembla se réveiller. On l'informa que le corps sans vie de son père le Roi avait été retrouvé dans son bureau personnel. Elle n’eut alors qu'à courir, suivie de près par ceux qui la suivaient.

Là, elle y trouva un rassemblement de conseillers, de personnes qu'elle connaissait depuis longtemps, d'autres depuis peu. Tous levèrent vers elle des regards accablés, perdus ou en colère. Elle vit son corps, allongé à même le sol, les yeux clos, comme s'il dormait. Le silence avait fait place nette, pas le moindre chuchotement à son approche. Elle tremblait furieusement, de chagrin, d'impuissance et d’incompréhension. Elle s’avançait vers celui qu'elle avait toujours connu, qui lui avait toujours sourit et défendu. Ses jambes ne la tenaient plus, ses larmes lui montaient déjà aux yeux.
Lydie lui tint le bras, voyant qu'elle risquait de s'écrouler, mais elle s'en dégagea, avec une douceur feinte. Se ressaisissant, elle continua d'avancer et vint s’asseoir sur les genoux près de lui. Son teint était à peine pâle, son corps encore un peu tiède. Seule sa poitrine silencieuse témoignait de sa mort. Rien d'autre ne le laissait entendre. Pas la moindre trace de coups, pas une goutte de sang. Aucun étranglement, aucune exécution, rien. Alors comment ? Le poison peut-être ? Kathaleen tourna son regard vers le Haut Conseiller, qui hocha pensivement la tête. Les experts étudieraient cette possibilité et finiraient par mettre le doigt sur ce qui lui avait fauché la vie.

Mais ils ne trouvèrent jamais. Selon eux, ce n'était pas l’œuvre du poison. Son cœur et ses poumons n'étaient pas non plus malades, aucuns maux du corps ne l'avaient emporté. Alors comment, comment ?! Mais plus que la méthode, plus que la raison, Kathaleen voulait savoir qui. Elle voulait pouvoir mettre un nom sur cet assassinat, car c'était de bien ça dont il s'agissait pour elle. Et cela ne voulait dire qu'une chose : quelqu'un en avait après le trône de Lavern, et ce depuis peut-être des années. Elle ressassa ce qu'elle avait éprouvé tout ce temps, la mort de son frère, celle de sa mère et des enfants qu'elle avait tenté de faire naître et maintenant son père. Toutes ces morts semblaient naturelles, mais s'il n'en était rien, si tout avait été prévu à l'avance ? Était-elle la prochaine cible à abattre ?

Ses doutes se confirmèrent peu après l'enterrement de son père. Comme pour sa mère, de nombreux seigneurs étaient venus aux obsèques, pour un dernier adieu. Sage avait été ce Roi, ils le reconnurent tous, même ceux qui l'avaient trop souvent trouvé clément. Les condoléances furent nombreuses, presque difficiles à supporter. Un duc, ne trouvant pas la situation assez délicate comme cela, lui demanda à qui elle allait laisser le trône. Son esprit s'éveilla aussitôt, sortant d'une torpeur dans laquelle elle avait flotté des jours durant. Elle observa l'homme avec colère :
«  Personne, bien entendu. »
L'homme la dévisagea longuement, avant de reprendre :
« Il est de mon avis, et de celui de mes semblables je le pense, que vous ne pouvez pas gouverner en tant que femme. Il est donc évident qu'il vous faut céder le trône à quelqu'un de capable. »
La fureur brûlait déjà dans les yeux de Kathaleen :
« Comment osez-vous blasphémer ainsi en présence de tous ces gens, à l'enterrement de mon père le Roi, votre Roi ? Vous n'avez donc aucune dignité ou allégeance ?
- Bien que j'aie toujours apprécié feu votre père, mon allégeance ne va pas aux morts mais aux vivants. Je parle au nom du futur et non de notre passé. Vous ne pouvez pas garder ce trône pour vous seule, il en va de la vie de tout notre peuple. Une femme n'est pas apte à gouverner. »

Avant même qu'elle ne puisse répliquer, le noble tourna les talons, la laissant blessée par ces paroles polluées par des générations de préjugés indécents. Par la suite d'autres tentèrent de poursuivre ce discours, mais elle réussit à tenir tête à tout ceux qui tentèrent de la pousser dans ses retranchements.

D'autres incidents se succédèrent. Le trône, considéré comme vacant pour la haute noblesse, était alors revendiqué par ducs, lointains cousins et autres seigneurs. D'autres tentèrent une autre approche, qui les conduirait pour autant au trône : demander la main de Kathaleen au Conseil. La jeune femme les refusait tous avec colère, consciente que seul l'intérêt et l'attrait de la couronne étaient leurs seules motivations. Tous ces gens entraient dans le palais comme s'ils étaient chez eux et la situation devenait de plus en plus tendue, malgré le Conseil qui tentait de calmer la situation à chaque fois que ces hommes allaient trop loin. La jeune femme gardait son calme, surpassait douloureusement sa colère, mais ces imposteurs ne pensaient qu'à leurs intérêts propres et non au peuple comme ils prétendaient le laisser entendre. Là où les choses devenaient terriblement embarrassantes, c'est que certains membres du Conseil étaient de son avis, les autres préféraient croire en leurs bonnes paroles.

Les rumeurs allaient également bon train dans les couloirs et les demoiselles de la Princesse rapportaient que nombreux étaient ceux qui pensaient à se débarrasser de Kathaleen pour éviter une perte de temps. Plus que jamais, la vigilance de Lydie et Rhys fut hautement nécessitée, ainsi que celle de nombreux autres gardes. La possibilité d'un assassinat, par lame, empoisonnement ou « accident » était à prendre très au sérieux. La jeune femme, n'arrivait même plus à se sentir en sûreté au sein de son propre palais, le moindre bruit la nuit la faisait se réveiller en sursaut, à la recherche de sa dague sous l’oreiller. Cette situation pénible l'épuisait, tant physiquement que psychologiquement.
Peu à peu, des incidents étranges se produire en Lavern, et d'après les dires partout dans Rëa. Quelques personnes étaient capables de faits à peine croyables. Les inquiétudes des uns se répandaient chez les autres, jusqu'à atteindre le palais.


« Kathaleen, réveille-toi, il faut partir. »
La jeune femme avait déjà les yeux grands ouverts, une main gantée l'empêchait de crier, l'autre maîtrisa aussitôt la main armée qu'elle avait tendue vers celui qui s'était glissé dans la nuit si près de son lit. Elle reconnut peu à peu les yeux et la voix de Lydie, qui étaient les uniques indices qui trompaient son identité dans ce déguisement. Entièrement couverte de noir, le visage voilé, silencieuse au possible, elle aida la Princesse à s'habiller d'une tenue identique, faite de cuir et de tissus.
Elles sortirent avec discrétion, attendues par un Rhys du même habit et d'autres individus tenant la garde aux bouts des couloirs. Parmi eux, elle reconnut quelques gardes qu'elle connaissait plus que bien. Aucune explication ne lui fut fournie, fuir était la seule revendication. Aucune affaire ne fut prise avec eux, rien de personnel, d'encombrant et de sonore ne gênait leur avancée. Ils esquivaient les tours de garde, ou se débarrassaient de ceux qu'ils ne pouvaient éviter. Ils ne les tuaient pas, leur plaquant un tissu imbibé d'alcool fort afin de les sonner un moment. Ils parvinrent enfin aux écuries.

Là, Kathaleen vit le Haut Conseiller, ainsi que quelques autres membres. Ils lui apprirent qu'ils étaient à la tête de cette opération, que tout était fait pour la sauver, la mettre à l'abri et que les murs du palais n'étaient plus assez sûrs pour elle. Elle trouverait refuge chez un seigneur à la fidélité à toute épreuve, qui pourrait la protéger le temps que le Conseil sache comment gérer ce problème de trône.
Pour eux, Kathaleen devait reprendre le trône, les hommes le désirant actuellement n'étant pas les Roi dont Lavern avait besoin.
La Princesse héritière suivit toutes leurs recommandations, de celle de ne pas quitter la demeure du seigneur, à celle de n'envoyer aucun courrier, ce qui pourrait compromettre leur plan. Elle enjamba le cheval qui avait été sellé à l'avance, ceux qui partaient avec elle faisant de même, et remercia les membres du Conseil. Puis ils partirent tous au galop, sous le croissant de lune argenté.


Divers


MDP validé par pépé Calim