Azzura


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Léandre d'Aldras

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◈ Missives : 7

◈ Âge du Personnage : 30 ans
◈ Alignement : Chaotique Bon
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Vréen
◈ Origine : Kaerdum : Aldras
◈ Localisation sur Rëa : Kaerdum
◈ Magie : Magie arcanique : lévitation
◈ Fiche personnage : Allez clique ici!

Héros
Léandre d'Aldras

◈ Dim 18 Fév 2018 - 19:32


◈ Prénom : Léandre
◈ Nom : d'Aldras
◈ Sexe : Homme
◈ Âge : 30 ans
◈ Date de naissance : Sheal, le 7ème jour du mois d'Elye de l'an 60 de l'ère des rois
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Vréen
◈ Origine : Kaerdum, Aldras
◈ Alignement : Chaotique bon
◈ Métier : Ermite & Chevalier de la prophétie

Magie


Expédition vers Azzura, aux alentours du vingtième jour, dans une cellule froide et humide...

Nous sommes enfermés depuis hier, on a à peine de quoi s'étendre, on mange peu et mal, le moral est en berne chez tout le monde. Je crois qu'on est en train de devenir fous... Adhémar voit des flammes, je me réveille en sursaut avec la tête qui cogne...
   
Deuxième jour de captivité

Quelque chose ne tourne pas rond ici, il se passe des choses étranges. Pendant que je dormais, quelque chose à violemment frappé sous ma cellule, comme un gigantesque marteau nain. J'ai ressenti un grand choc dans tout mon corps, de la tête au pied. Et les flammes d'Adhémar semblent bien réelles tandis que la gamelle d'Aldric entend ses pensées. L'air est chargé de quelques chose, une excitation, je ne sais pas trop... Ou alors on est vraiment en train de sombrer dans la folie.

Troisième jour

J'ai de nouveau fait le même rêve. Depuis trois jours je plane au-dessus des toits d'Azzura, tel un aigle du Nosfel, je glisse doucement entre ses hautes tours. Je découvre la ville d'en haut, ses places, ses ruelles, ses fontaines... Soudain tout s'effondre, moi surtout, le vertige m'emporte et je plonge vers les pavés de la cité. Comme à chaque fois, le marteau nain me réveille juste avant l'impact.
Je... C'est insensé. Encore ce rêve, cette chute... Le vertige m'a réveillé avant le marteau nain. Il n'y a pas de marteau nain d'ailleurs, c'est moi qui m'écrase, qui tombe... de nulle part. C'est moi qui tombe de là, juste au-dessus de là où je devrais être... Je ne sais pas, ça n'a aucun sens... Mon frère, si un jour l'on se revoie, je crains de ne plus te reconnaître...

Nous avons été libérés ! Il s'agissait d'un "malentendu" .... ! Je t'en foutrai du malentendu moi... ! On nous prépare un festin, je n'ai pas bien compris pourquoi mais je meurs de faim.

   
Deuxième jour de liberté

Grande nouvelle : nous ne sommes pas fous ! C'est le monde qui est fou... Les mythes, les légendes, aucune des histoires que nous avons pu inventer ne sont à la hauteur d'Azzura. Ici, la magie vibre librement, naturellement... Le monde que j'ai toujours connu, avec ses évidences sur qui est possible et impossible, ce monde s'effondre. De ce que j'en perçois pour l'instant, rien ne sera plus comme avant...
   
Troisième jour de liberté

Je suis un mage arcanique « capable » de lévitation… Deneth, je vais voler !!! Bon, je te l’accorde, il y a encore du travail… Pour l’instant j’arrive à tenir quelques secondes légèrement au-dessus du sol, puis je perds le contrôle. Au mieux je retombe aussi sec, au pire, je continue de prendre de la hauteur... Ce matin je me suis retrouvé plaqué au toit de ma chambre, j’ai dû « nager » jusqu’aux poutres afin de ne pas m’écraser quand l’effet se dissiperai… Je sens que ça ne vas pas être pratique…


Forces & faiblesses


> Arts de la noblesse & de la bourgeoisie
(Métier engagé : Fils de Duc)
- Lecture & écriture (maître)
- Mathématique (comptabilité, arithmétique de base : avancé)
= Fils de Duc, Léandre a appris à lire et à écrire, ainsi qu'à compter.
- Étiquette (Ordanie : intermédiaire)
- Politique (Ordanie : intermédiaire)
- Diplomatie (Ordanie : intermédiaire)
= Si ce n'est pas par passion, Léandre a acquis des compétences évasives, mal retenues, de la Politique et de l'Etiquette de son royaume et de son Duché.
- Équitation (maître)
= L'un des principaux talents de Léandre, est cette exceptionnelle capacité à diriger un cheval, à le faire suivre ses volontés.
- Escrime (enseignement par une école d’arme, connaissance de l’éthique des duels : maître)
= Léandre est extrêmement doué dans le maniement des épées. Cela fait partie des rares enseignements qu'il retint réellement.

> Compétences libres
- Religion (Vreën : expert)
- Histoire (Kaerdum, Azzura (mythes) : avancé, Ordanie : intermédiaire)
= Léandre a reçu ses enseignements de nombreux précepteurs, qui lui contèrent jadis l'histoire de son royaume, de son duché. Mais aussi, il fut pris d'une passion pour les très rares récits qui sont parvenus d'Azzura. Son duché étant frontalier, les histoires n'ont pas tari avec le temps.
- Géographie (Duché d'Aldras, Monts Nosfels : expert)
= L'héritier déchu est un homme d'extérieur. Depuis sa prime enfance, il a parcouru les monts et les plaines, les forêts du Nord de Kaerdum.
- Natation (avancé)
= Il semble naturel pour un noble d'avoir appris à nager.
- Survie en milieu sauvage (Ordanie : expert)
- Pistage de la faune (avancé)
- Connaissance de la flore & de la faune (avancé)
= Depuis ses plus jeunes années, Léandre a appris le contour des montagnes, celui des forêts du Nord de Kaerdum. Plus encore, lors de son exil, il fut recueilli par de véritables survivants du Nord. Ceux-ci lui apprirent à marcher, à respirer efficacement pour économiser ses forces. Ils lui apprirent à trouver de quoi se nourrir, de quoi se vêtir, fabriquer des pièges, survivre.


"Léandre ? Ha… si vous me demandez de décrire mon frère en quelques mots je vous dirai ‘aller de l’avant, toujours’. Physiquement d’abord, il a toujours été doté d’une énergie inépuisable. Moi je trouvais cela extraordinaire, je l’admirai, mais nos précepteurs, eux, juraient par tous les diables ! Depuis ses années passées là-haut, cette énergie s’est transformée en un élan infini, il est capable de marcher pendant des jours dans les pires conditions sans s’arrêter… Mais dans son cœur aussi, il ira toujours de l’avant. Il a une fâcheuse tendance à voir toujours le bon côté des choses, c’est parfois très énervant… mais c’est aussi ce qui fait son charme ! Charme dont il n’est pas dépourvu d’ailleurs, tout le monde l’apprécie, surtout les femmes et ceux qui n’attendent rien de lui…
   
Oui parce qu’il faut aussi préciser qu’il est un peu… ailleurs... On a parfois du mal à le saisir. Dans son monde à lui, les choses n’ont pas la même importance que chez vous et moi. Et s’il a décidé que ce qui est important pour vous ne l’est pas pour lui, mon pauvre ami, n’attendez rien de lui ! Et ne vous étonnez pas s’il n’est pas au courant de l’assassinat d’un roi, comme je vous l’ai dit, des évènements essentiels n’ont parfois pour lui aucune importance. Chez lui, l’étiquette n’est pas non plus en vigueur, mais alors pas du tout… Un monarque, un mendiant, un prêtre, c’est du pareil et au même ; il a beau être de noble sang, il ne s’intègrera jamais complètement dans notre aristocratie…
   
Oui, je crois si l’on peut résumer un homme en quelques mots, c’est là un descriptif assez fidèle au personnage. Bien que… mais il a beaucoup changé. Non ce n’est rien, simplement qu’enfant, il était parfois sujet à de vive colère, passagère mais brutales, envers le monde, envers lui-même, envers Alvar… Tout le monde y est passé. Mais de ce côté-là, le Nosfel a eu un effet absolu chez lui, je ne l’ai pas vu s’emporter une seule fois depuis mon couronnement…"



Physique



Il se regardait dans le miroir, son visage exprimait difficilement son âge. Sous certains angles, il avait l’air encore assez jeune, mais il avait la peau rêche, tannée par de longues marches dans le blizzard. Ses cheveux comme ses yeux s’était éclaircis dans cet univers blanc, brulés par le froid et la lumière cru d’un soleil reflété mille fois par la neige. Ils avaient la couleur d’une toison de vieillard, mais la vigueur d’une fourrure d’ours. Ses cheveux en bataille et une courte barbe  lui tenaient chaud, l’enveloppaient, et mettait un peu de distance avec les regards extérieurs. Quant à lui, on fond de son regard gris, on trouvait une part de sagesse animée par une étincelle enfantine.
   
Son corps avait également été sculpté par ces années d’exil. Il était sec, endurant, pas de poids inutile, pas de muscles brutaux, juste le nécessaire. De quoi marcher des journées entières dans un manteau de neige poudreuse sans ressentir la fatigue, de quoi tenir une épée d’une main ferme. Il mesurait environ 6 pieds pour un quintal et demi. Assez agile, assez filiforme, ses longue jambes lui avait permis d’escalader facilement les falaises du Nosfel.


Caractère



Enfant, il dépensait une énergie considérable dans la poursuite de toutes les aventures qui se présentaient à lui. Lunatique, il était prompt à l’enthousiasme comme à la colère, mais cela ne durait jamais bien longtemps : une nouvelle idée attirait rapidement son attention. A l’aube de devenir un homme, son éducation se fit plus intense, mais ses précepteurs lui reprochaient toujours son manque de concentration, tandis que lui faisait tout pour échapper à ces interminables heures de leçon… Plutôt que de rester enfermé dans les salles austères dont les rayonnages pliaient sous le poids des livres et de la connaissance, il préférerait ces instants volés où il s’échappait, trouvait une faille dans la surveillance du Duc et courait au dehors de la cité.
   
Enfin ! Enfin il retrouve un peu d’espace, un peu de répit ! L’air froid emplit ses poumons et rougit son visage, le neige crisse sous ses pas et reflète un soleil aveuglant. Il se sent bien, cette nouvelle sortie est une trêve lumineuse dans ces semaines apathiques, écrasées du poids des attentes de son père et de toute la noblesse d’Aldras. L’hiver est bien installé, l’épais manteau blanc qui recouvre les paysages rend sa progression plus difficile mais il se plait à avancer, à pousser le rythme jusqu’à sentir le feu dans les muscles de ses jambes. Sa respiration haletante forme une vapeur dense devant son visage illuminé, son corps engourdi tourne enfin à plein régime ! Quelle joie de se sentir vivant ! Le soir venu, il s’installe un abri de peaux de bêtes, quelques branches de pins feront office de tapis pour la nuit. En retardant son retour au lendemain, il sait quelle colère et quels reproches il devra affronter… Mais c’est pour demain, pour l’instant, le ciel constellé d’étoiles est magnifique…
   
Son exil d’Aldras et ses années passées sur le Nosfel l’ont poussé à gagner en constance, en tempérance. Plus question de virevolter aux quatre vents, pour survivre à cet enfer blanc il fut nécessaire d’apprendre à persévérer, à accepter la douleur et à l’endurer. Sa démarche s’était particulièrement transformée : gambades aériennes avaient laissée place à de lentes foulées régulières, toujours légères, mais bien ancrées dans le sol.
   
Le temps de se lever la tête vérifier son cap, les cristaux de glace lui déchirent le visage. Il s’incline à nouveau pour protéger son visage. Ils sont dans la bonne direction, encore quelques heures et ils seront de retour au camp. Chaque année après la période de l’envol, les plus agiles des réfugiés partent en colonne vers les falaises des grands aigles des neiges. En quittant le nid, les aiglons laissent derrière eux leur précieux duvet, celui qui leur a permis de survivre quand ils n’étaient que des oiselets fragiles. Si les prédateurs qu’ils sont devenus n’en n’ont plus besoin, les hommes, eux, font bon profit de ce plumage unique et si rare. Doublé ainsi, une simple plaque de cuir devenait une armure contre les vents et le froid. Cinq jours qu’ils étaient partis, cinq jours à s’enfoncer dans une neige profonde, à lutter contre les rafales, un pas après l’autre. Au milieu, le grand moment : l’escalade de la falaise. Les doigts gelés crispés sur la roche, le vent qui vous plaque contre la paroi. Attraper d’une main tendue une prise au-dessus, contrôler sa peur, monter la jambe, tenir malgré le froid, malgré les muscles tétanisés, tenir pour survivre. Le chemin du retour, la même neige qui vous freine et vous retient au sol, le même blizzard qui vous agresse et vous siffle constamment dans les oreilles, mais avec la fatigue en plus. Le corps ankylosé, l’estomac vide, il faut avancer encore, un pas, puis un autre, puis un autre… S’appuyer sur sa respiration pour trouver l’énergie d’un pas de plus, à chaque fois. Ils étaient bientôt arrivés, plus que quelques heures à endurer et alors ils célèbreraient leur victoire et leur butin.
   
Oui, indéniablement, la montagne l’avait profondément changé. Et si par son calme, par sa peau tannée par les vents, Léandre donnait parfois l’image d’un être sage, il n’en avait pas moins conservé son âme d’enfant, et cet insatiable appétit de vie. Simplement, plutôt que de laisser toute cette énergie le balloter dans tous les sens, il avait appris à la canaliser, à composer avec elle plutôt qu’à la subir.


Inventaire


   


Il faisait beau, un peu frais, mais rien de comparable à ce qu'il avait dû affronter sur les pentes du Nosfel. Quelques jours dehors lui feraient le plus grand bien. Il enfila son pantalon et son plastron de cuir. Une armure légère qui fournissait une bonne protection tout en lui laissant une liberté de mouvement totale. Plusieurs couches de cuir et de toile s’entrecroisaient pour former une protection efficace contre le froid et les griffes. Les seules parties métalliques étaient le trou de cou et la brassière qui lui recouvrait le bras gauche jusqu’à l’épaule. La dernière couche de cuir s’arrimait à l’épaulière, l’ensemble était bien tenu. Souple mais près du corps. Pas de mouvement parasite, de tunique qui traine ou de breloque qui gigote. Il avait voulu son équipement avant tout pratique, efficace, et un tantinet élégant.
Il accrocha ses armes à sa bandoulière de cuir. Il avait reçu cette lame Inoes des années plus auparavant, en cadeau d’anniversaire. La lame avait fini par s’émousser certes, mais peu, et les filins de la hampe étaient intacts. Le manche d’ivoire d’un blanc pur et mat sertissait une lame d’un métal si sombre qu’il était presque noir. La garde en or scintillait sous la lumière et conférait au sabre une élégance d’une extrême finesse. C’était une arme princière, mais légère et solide, une lame faite pour combattre, pas une lame d’apparat. Le poignard était plus brut, forgé dans les forges du château, c’était la première arme qu’il avait tenu dès qu’il avait su aligner trois pas, à l’époque où son père fondait de grands espoirs en lui. Une simple lame d’acier brut dans un fourreau un cuir, mais dont il ne s’était jamais séparé.
   
Il rangea ses quelques ustensiles, des pierres à feu et à aiguiser, un peu de graisse pour les torches et les gerçures, deux brins de corde et quelques appeaux. Il sortit le sac sur l'épaule, le pas léger.


Histoire



1. Le cœur au chaud


   



Au commencement était la douceur, une chaleur bienveillante qui vous accompagne nuit et jour. Un sentiment de sécurité, la certitude que demain serait aussi agréable qu’aujourd’hui. Les deux enfants grandissaient auprès de leur mère, tantôt lovés dans ses bras bienveillants, tantôt gambadant sous son regard affectueux. La duchesse était une femme aimante et généreuse, à l’opposé de son époux. Le duc d’Aldras, l'un des commandant des armées d'Alvar, était au contraire un homme froid, sévère, forgé par son devoir religieux et ses responsabilités politiques.
   
Vers ses trois ans le plus grand montrait déjà une curiosité intarissable. L’étonnante vigueur dont il faisait preuve l’aidait dans son exploration du monde environnant. Depuis qu’il marchait, il allait partout : le jardin, les cuisines, les écuries ; il découvrait, il observait, il grimpait. Sa mère le regardait vivre avec des yeux chargés d’émotion. Son cadet n’avait que neuf mois, mais appréciait à grands éclats de rire la présence de son grand-frère.
   
   
2. Tromper l’ennui
   

En grandissant la curiosité de Léandre s’était mue en un penchant exaspérant pour toutes les escapades interdites, voire dangereuses. Au-dessus de toutes les aventures imaginables, les récits qu’on lui avait contés sur la légendaire Azzura attisaient ses rêves et sa curiosité. Des tours hautes comme le ciel, des hommes et des femmes doués de pouvoirs extraordinaires et des créatures volantes fantastiques, voilà enfin une aventure à la hauteur de son imagination ! Deneth, son cadet, se contentait plus simplement. Il aimait lire, écouter l’histoire des peuples d’Ordanie et avait un net penchant pour la bonne cuisine et la pâtisserie. Il ne bravait pas les interdits comme son frère, mais il riait allègrement à ses bêtises, tel un spectateur complice. En grandissant, les différences entre les deux frères se firent plus évidentes. Léandre passait ses journées dehors, devint rapidement excellent une épée à la main et révéla un don exceptionnel pour monter à cheval, tandis que Deneth étudiait l’histoire, la religion, et montrait un talent certain à tenir la conversation des courtisans d’abord amusés puis admiratifs. Bien qu’opposés, leur complicité perdurait et ils se rejoignaient souvent le soir, et partageaient joyeusement leurs journées près du crépitement de la cheminée. Invariablement, la discussion se terminait par le rêve partagé de ce qu’avait dû être la merveilleuse Azzura.
   
Le duché d’Aldras est voisin de l’antique civilisation, imbriqué entre la mer des cents glaces et le Lac Intérieur. La frontière avec Azzura est marquée par le mont Nosfel, un immense pic gelé, couvert de neiges éternelles, du haut duquel on pourrait apercevoir la cité mythique, paraît-il… Ses pentes sont raides et piégeuses, fouettées violemment par le blizzard. Il n’y a là rien d’autre qu’une pierre coupante, aride, et ce vent violent qui entraine avec lui des cristaux de glace bien aiguisés. Par beau temps cependant, le sommet de glace scintille magnifiquement, et projette sa lumière sur de longues lieues, tel un phare divin bâti sur un colosse de pierre.
   
Plutôt que de passer ses journées auprès de ses précepteurs ou du hiérophante au château, Léandre passait régulièrement en douce aux écuries et s’improvisait une escapade dans la nature environnante. Le Duc ne tolérait pas ces accès de liberté et le châtiait durement à chaque échappée. Le jeune héritier avait fini par détester son père et continuait ses sorties avec une désinvolture insolente. Vers ses seize ans, un jour qu’il revenait d’une magnifique excursion, l’atmosphère pesante et les regards peinés des courtisans lui donnent une idée de l’étendue de la colère de son père… En revanche, le visage désolé et compatissant de son grand-père était plutôt inquiétant, en pareilles circonstance, celui-ci arborait d’habitude un sourire narquois un brin carnassier.
   
       - Tu as mal choisi ton moment pour aller conter fleurette Léandre…

   

Le vioque avait l’air sincèrement désolé, toujours sévère mais presque ému. Là, ça devenait carrément terrifiant…
   
       - Alvar a rappelé ta mère dans la nuit.
       - Comment ça ?
       - Ta mère est morte Léandre…
       


Il resta immobile quelques instants, n’arrivant pas vraiment à attraper le sens des mots qui venaient d’être prononcés. Il y eut d’abord une légère sensation de chaleur dans la poitrine. Puis ce fut l’incendie, la tête lui tournait, il avait chaud, il manquait d’air. Un sifflement assourdissant lui envahissait les tympans. Pendant qu’il courait vers la chambre de sa mère, il essayait d’intégrer ce qu’il se passait, sa douleur, la chaleur, les mots inconcevables de son grand-père… Il ouvrit la porte de la chambre sans réfléchir. L’air de la pièce était chargé de l’odeur de la cannelle que l’on utilisait contre les grands froids. Le médecin échangeait quelques mots avec un domestique. Il vit son frère pleurer sur un fauteuil. Agenouillé près du lit de la Duchesse, son père pleurait sa femme en silence. Il fit quelques pas, sans voir les regards qui se tournaient vers lui. Il ne voyait que sa mère, si pâle et si belle à la fois au milieu de son lit parsemé de fleurs et de feuilles de sauge. Elle paraissait sereine, un léger sourire pinçait ses lèvres. Ses longs cheveux démêlés auréolaient son visage soudain si froid. Léandre restait figé tandis que la réalité tentait de se frayer un chemin dans son cerveau embrumé.
   
       - Tiens.

   

Il tourna lentement la tête vers son père. Le duc d’Aldras avait toujours les yeux fixés sur celle qui avait été la femme de sa vie, le regard emplit de larmes et de colère. Il lui tendait une lettre décachetée.
   
       « Mon très cher Léandre, enfant adoré.
       Les hommes sont des animaux qui se nourrissent de liberté, si tu veux vivre, sois libre !
       Je t’embrasse fort et resterai à jamais à tes côtés,
       
       Ta tendre mère. »

   

Léandre sortit en titubant, la lettre serrée au creux de son poing. Petit à petit, il comprenait ce que voulait lui signifier toute cette mascarade, mais ce n’était pas possible, elle ne pouvait pas être partie, ça ne pouvait pas s’arrêter comme ça, brutalement, pour rien, sans raison. Il rejoignit ses appartements, il devait aller se coucher pour se réveiller, et elle serait de nouveau là, rayonnante de joie, et il pourrait alors respirer à nouveau. Il trouva sur son lit une autre lettre, portant le cachet encore intact de sa mère. Son cœur s’emballa, il allait savoir ce qu’il se passait, elle allait lui dire où elle était. Il déchira l’enveloppe précipitamment et lut :
   

        « Mon fils, mon très cher fils.
       Je dois partir en te laissant seul. Pardonne-moi. Je sais qu’ils se montreront durs avec toi, mais je sais aussi qu’ils ne t’atteindront pas. Leur monde n’est pas fait pour toi, et tu n’es pas de ce monde : tu n’es pas le fils du Duc d’Aldras… Pardon. Personne ne le sait. Libre à toi de brûler cette lettre, d’en oublier le contenu, ou de révéler mes péchés... Je ne sais trop si ce sera un choc ou une libération, mais dans mes fautes, je te dois cette vérité.
       Je t’aime mon fils, pardonne moi encore. Je te laisse seul choisir celui que tu souhaites être.
       Adieu, je veillerai sur toi. »
       



Dans un vertige le sol prit brusquement de la hauteur, puis il s’écroula dans son lit.
       
       
3. Contenir la colère
       
Les abysses de la douleur se refermèrent lentement. Chaque jour passé éloignait les souvenirs lumineux du temps d’avant, une époque joyeuse qu’il avait crue infinie, mais qui était désormais révolue. Léandre restait cloitré dans ses appartements, se faisait monter ses repas. Les larmes se tarirent, laissant derrière elles un cœur desséché, aride. Son frère, dont la relation avec la duchesse avait toujours était plus distante, se remettait plus rapidement. Il prit temporairement la place de son ainé lors des conseils et des audiences, pour le plus grand bonheur des courtisans. La noblesse d’Aldras n’avait pas une haute estime du jeune héritier fougueux, prompt aux escapades et aux aventures. En revanche, son cadet plus poli, plus respectueux des règles et de l’étiquette, avait conquis l’aristocratie qui voyait en lui en futur Duc bien plus digne, et peut-être plus manipulable aussi…
       
Le manège durait depuis plus d’un mois, le Duc d’Aldras vint à la rencontre de Léandre afin de remettre de l’ordre dans sa dynastie.
   
   
       - Léandre, cesse ton cirque et reprends immédiatement la place qui est la tienne. Ta mère est morte, ton devoir reste.
       Il parlait avec dureté, l’ordre était donné pour qu’on lui obéisse sur le champ. Que dire… ? Que dire à cet homme qui n’était pas son père, qui lui parlait d’un devoir qui n’était pas le sien ? Cet homme aride, insensible…
       - Vous ne comprenez pas… vous ne pouvez pas comprendre… Mère…
       - Cesse de pleurer ta mère, c’est indigne de toi ! Tu seras un jour le Duc de ce duché, le commandant de ces armées ! Crois-tu pouvoir te cacher dans ta chambre et pleurnicher quand les Alsderns seront à tes portes ? Crois-tu pouvoir t’enfuir dans une de tes cavalcades quand le Roi t’imposera de partir en guerre ? Quand le grand temple te sommera de partir en croisade ?



   
Que faire face cet homme en colère qu’il détestait tant ? Pouvait-il se taire et endurer le mensonge, les responsabilités, la vie que l’on attendait de lui ? Quel autre choix avait-il ? Aucun sans doute… Mais le voulait-il ? Le pouvait-il ?
   

       - Je ne veux pas de cette vie… Je ne suis pas votre pantin, vous n’avez pas le droit de décider pour moi de celui que je dois être !
       - Mais ce n’est pas moi qui décide Léandre ! Tu n’as pas le choix ! C’est ton rang ! C’est ton sang !


   
Non, s’en était trop… Ce sang qui n’était même pas le sien ne pouvait pas lui imposer sa loi, l’emprisonner à vie. Il fallait trouver autre chose, une issue. Le Duc avait le regard féroce, décidé à obtenir ce qu’il avait exigé de cet enfant capricieux et pleurnichard. Il arma son bras, résolu à faire entendre raison à son fils par la force. Léandre ne cilla pas devant la menace. Il regarda l’homme droit dans les yeux et lui dit froidement :
   

       - Je ne suis pas votre fils…



Il tendit la seconde lettre de sa mère que le duc prit de sa main gauche, la droite toujours figée en l’air, pétrifiée.
 
 
       - Demain. Tu pars demain. Je ne donnerai aucune explication à personne, et tu ne reviendras pas.



Attiré par le tapage, Deneth eut juste le temps d’entendre les derniers mots du Duc. Puis il le vit s’en aller vers ses appartements, tremblant violemment de rage et de désespoir à la fois. A travers la porte, on entendait Léandre se déchainer sur tout ce qui lui passait sous la main. Deneth fit demi-tour, pleurant silencieusement sans comprendre.
       
4. L’exil

Aux premières lueurs du jour, Léandre prit quelques affaires et les fourra dans son sac. Les lettres de sa mère, le médaillon en argent et quelques vêtements chauds. Sur le pas de la porte de sa chambre, un garde en armure aux armoiries personnelles du Duc.
       

       - Mon prince, votre Père m’a demandé de vous escorter directement jusqu’aux portes de la ville.
       - Trop aimable… Suivez-moi, on va faire un détour par l’armurerie et les écuries, et les cuisines aussi.
       - Excusez-moi, mais je crains que votre  Père ait spécifié le contraire. Il a bien insisté sur le « directement »…
           - Que... ? Comment ça ?


       
Aux portes de la ville, sans chevaux et sans armes… Plus qu’un exil, Il s’agissait d’une condamnation à mort. L’hiver était à son plus froid, les rivières étaient gelées et le vent raclait la neige bien dure. Le paysage était magnifique, s’il faisait beau, cela promettait une journée magnifique… à cheval et avec un lit chaud. Autrement, il ne survivrait pas à plus de quelques nuits dehors.
       

           - Dépêchons-nous…


       
Léandre traversait les couloirs du château dans lequel il avait toujours vécu. Il voyait défiler les blasons violets marqués de la montagne blanche, les portraits de ceux qui avaient été ses ancêtres pendant toutes ces années. Dans le grand hall désert où résonnaient leurs pas, il apercevait le trône massif, fait d’un bois clair finement sculpté et dans lequel on avait enchâssé de lourdes plaques d’or. De part et d’autres de la salle, de hautes colonnades délimitaient des bas-côtés dans lesquels on priait les statues du dieu Alvar. Tout cela, il ne le reverrait plus. Ils ouvrirent les lourdes portes du palais qui gémirentf dans le petit matin. A l’image du trône, il s’agissait de deux belles pièces de bois aux ferrures d’or, mais le bois, clair à l’origine, était devenu noir comme du charbon sous l’effet conjugué du froid et de la lumière. Le soleil n’était pas encore levé mais il éclairait déjà faiblement le ciel. Ce serait une belle journée. Les marches du château, où se presseraient bientôt la foule des doléances quotidiennes, les jongleurs et les messagers, étaient encore vides. Ils traversèrent la grande place bordée de belles et hautes demeures de pierre, d'étals aux pancartes alléchantes. A mesure qu’ils avançaient dans la ville, les constructions de pierre laissaient places à de petites maisons à colombages, puis à des huttes sans étages. Et enfin, les portes de la ville. Deux grandes tours de basalte encadraient deux portes massives. Le reste des remparts était fait d’une haute palissade de bois et de tours de guet maçonnées. Ils saluèrent les veilleurs, et Léandre franchi les portes, seul. Derrière lui le garde s’était arrêté et le regardait fixement. Il resterait aux portes jusqu’à ce qu’il fut sûr que Léandre fût loin, tels étaient certainement ses ordres. Léandre fit quelques pas, abasourdi par la brutalité avec laquelle tout avait basculé. Sa colère bouillonnait encore contre ce Duc incapable d’aimer autre chose que la sévérité de son devoir. Pour autant, la douleur béante dont avait fait preuve le vieil homme et sa propre situation présente, peu encourageante, venaient ternir un peu la vengeance qu’il croyait tenir la veille. La tristesse, la colère, et maintenant la solitude, tout cela était nouveau pour lui, déroutant. Il peinait à accepter la mort de sa mère, sa chaleur lui paraissait encore si proche… Si elle avait été encore là, elle l’aurait protégé, ou l’aurait au moins guidé. Mais il était seul, si frêle face à l’immensité de la plaine enneigée qui s’ouvrait devant lui, si faible face aux émotions qui s’agitaient en lui.
       
Et maintenant ? Il se retourna vers les portes de la ville, son escorte était partie sans attendre de le voir s’éloigner, le froid avait eu raison de sa loyauté. Léandre pouvait faire demi-tour, se fondre dans la masse des habitants poisseux des quartiers périphériques et attendre des jours meilleurs. Trop fier, le jeune homme prit la direction de Nosfel, la montagne gardienne du duché d’Aldras. Les bois qui couvraient le bas de ses pentes lui fourniraient un abri sommaire pour la nuit, et il pourrait y trouver un peu de gibier à faire sécher pour alimenter ses provisions. Dans cet environnement hostile, ses chances de survie étaient minces, mais il croyait en lui. La nature n’était pas son ennemie : elle lui avait bien souvent permis de s’évader des mains de fer du Duc d’Aldras.
       
La plaine qui entourait le château était lisse comme un tapis blanc brossé avec soin. Le vent ne s’était pas encore levé et les quelques arbres qui bordaient le chemin exposaient leur squelette immobile aux premiers rayons du soleil. Le manteau blanc scintillait jusqu’aux plages de la mer de glaces. Léandre s’arrêta pour écouter le craquèlement de la neige, les bruissements d’ailes des premiers oiseaux, le galop d’un cavalier au loin. Il serait bien resté là, à regarder le soleil se lever sur la plaine étincelante, mais s’il n’avançait pas ses pieds seraient vite congelés. Alors il se remit en marche, face au soleil levant. Le son du cavalier s’intensifiait. Il se retourna pour observer une monture de belle taille et un cavalier encapuchonné, bien protégé, qui filait droit vers lui. Il semblait venir de la ville ou de la forêt. Ami ou ennemi ? De toutes façons, il n’y avait nulle part où fuir ou se cacher, et le cavalier serait là d’une minute à l’autre. Léandre s’assit sur une pierre gelée et l’attendit jusqu’à ce qu’il ralentisse à sa hauteur.
       

           - Léandre !


       
Deneth, qu’est-ce qu’il foutait là ? Si les deux frères jouaient gaiement dans leurs jeunes années, l’adolescence les avait séparés. Là où Léandre explorait ce que la vie avait à offrir, au mépris des injonctions du Duc sur ses devoirs d’héritier, Deneth, lui, prenait son rôle très au sérieux. Pour autant, il gardait pour Léandre une certaine affection fraternelle. Depuis la mort de leur mère, il avait tenté de renouer leurs liens qui s’étiraient avec le temps, mais Léandre l’avait assimilé comme le lieutenant de son père, et son mépris le gardait à bonne distance. Depuis, les deux garçons qui jouaient autrefois sur les hélices des moulins ne s’adressait plus la parole. Alors qu’est-ce qu’il foutait là ?
   

           - Léandre, qu’est qu’il se passe ? Que se passe-t-il avec Père ? Je vous ai entendus hier soir, je l’ai entendu gémir comme s’il avait perdu Mère une seconde fois… Que lui as- tu fais ?



Sa voix était à la fois inquiète et tendue. Deneth ne comprenait rien des évènements qui se déroulaient sous ses yeux, mais il sentait les émotions qui ravageaient son père comme son frère. Léandre ne répondit pas. Qu’est-ce qu’il avait fait au Duc ? Il lui avait asséné la vérité froidement, comme une vengeance. Il avait appuyé fort là où il savait que ça ferait mal, et la riposte avait été à la hauteur de l’attaque : le bannissement. Il eut dut s’en douter, un homme si sévère n’aurait aucune pitié, aucun état d’âme à abandonner son enfant à la morsure de l’hiver. Mais Léandre n’était même pas son enfant, et il n’avait pas pu s’empêcher, pas su se contrôler, l’occasion de faire mal était trop belle. Alors comment expliquer toute cette rancœur à son cadet ? A cet enfant qui se tenait là, fier de ses pas dans les traces de son père et ignorant de la réalité de cette demi-fraternité ?
       

       - Laisse tomber, je m’en vais, c’est tout ce qu’il y a à retenir. Plus loin je serai, mieux se portera le trône d’Aldras… N’est-ce pas frangin ? Le grand frère indiscipliné s’écarte de ta voie vers la couronne, sortez le vin de messe !
       Le ton sarcastique et le regard rancunier de Léandre éveillèrent chez son frère les premiers remous du volcan.
       - Fais attention Léandre, tu ne sais rien de moi. La perte de Mère t’a plus affectée que moi, c’est évident et j’en conviens. Mais ne vas pas croire que je ne pleure pas son absence chaque jour, ne vas pas croire que je me réjouisse de la place que tu me laisses auprès de Père.
       - Le grincheux et toi semblez pourtant bien vous entendre…
       - Arrête ! C’est toi l’héritier, c’est à toi de devenir Duc ! Et toi, qu’est-ce que tu fais ? Tu t’enfermes, tu te retires dans ton monde, sans te soucier de ceux qui assument tes responsabilités au château… Et aujourd’hui, tu t’en vas sans donner la moindre raison. Tu t’enfuis, les courtisans du château te surnomment déjà « le lâche »… Je ne te vois pas comme ça, je sais ta douleur, je sais que la politique te fais horreur, mais si tu choisis la liberté, qui reste-t-il à part moi pour assumer le devoir de notre famille ? Crois-tu vraiment que je me réjouisse de ton départ ? De ton abandon ? »


   
Léandre connaissait bien les colères de son frère, aussi rares qu’explosives. On en n’était qu’aux prémices. Il retint donc sa mauvaise foi et ses remarques sarcastiques et encaissa en silence les remarques de son frère. Devant le mutisme de Léandre, Deneth se calma peu à peu.
   

       - Sais-tu seulement où tu vas ?
       - Me trouver un abri pour la nuit…
       - Tu parles d’un plan !
       - Lâche-moi tu veux ! Non, je n’ai pas d’idée brillante, non je n’ai pas de projet ! Au cas où tu l’aurais oublié, hier matin je vivais dans un château pas loin d’ici… Alors je vais errer quelques jours, me trouver un village où l’on voudra bien de moi, et ce sera déjà pas mal.


       
Deneth sentait son impuissance, il ne pouvait rien faire pour changer la situation. A chacune de ses tentatives il se trouvait face à un mur invisible qui le ramenait au point de départ. Léandre lui refusait la vérité et restait inatteignable derrière sa rancœur. Alors il descendit de cheval.
   

       - Tiens, tu en auras plus besoin que moi…


       
Il tendit les rennes à son ainé, et fit basculer son sac de cuir par-dessus son épaule pour le déposer entre eux deux.
     
 
       - Tu as de la viande séchée, quelques collets, un peu d’alcool, de la graisse et des pierres pour le feu. Je t’ai mis une petite couverture, elle est légère mais c’est mieux que rien.

       
Deneth ouvrit le sac et en sorti un rouleau de toile qu’il déplia sur le tapis de neige.
       
       - Ton épée et ton poignard, je ne sais pas ce qu’il te prend de partir seul comme ça, et encore moins les mains vides… Et si tu pars, je ne vois pas qui est en droit de les réclamer, alors autant qu’elles te servent.


       
Dans la tête de Léandre, quelque chose semblait atténuer sa colère. Etait-ce cet équipement inespéré qui le rendait optimiste et plus léger ? Ou bien le réconfort de voir que malgré leur distance, son frère était présent à ses côtés aujourd’hui, quand il avait le plus besoin de quelqu’un ? Le silence et l’œil interrogateur de Léandre incitèrent Deneth à s’expliquer.
       

       - J’ai écouté votre conversation hier soir, je n’ai rien compris. Ni la détresse de Père, ni le marché que vous avez passé et qui te pousse à partir comme ça, seul et les mains vides. J’ai essayé de comprendre toute la nuit mais ça n’a aucun sens. Mais quand je t’ai vu partir comme un banni ce matin, j’ai abandonné tout espoir de comprendre. Et je crois que c’est mieux ainsi, je ne préfère pas savoir. Mais il n’est pas question que je t’abandonne à l’hiver avec un manteau de peau comme seule défense contre le froid et la faim.
       - Je ne comprends pas bien pourquoi tu fais ça, mais je te remercie.
       - Parce que contrairement à ce que tu sembles croire, je ne te déteste pas… Je n’ai pas oublié notre enfance, ce temps où nous pouvions rire ensemble librement. Même si aujourd’hui nous faisons des choix différents, cela ne change pas le passé.
       - Mais ce passé est révolu. Et les choix que nous faisons nous définissent. Je ne suis pas d’accord avec les tiens, je ne les comprends pas, mais… je te remercie d’être venu aujourd’hui.
        


Après une profonde inspiration, Léandre baissa les yeux. Il voulait sourire pour étayer ses propos et montrer sa gratitude, mais il n’y parvint pas. Trop compliqué, trop mélangé. Son frère reprit la parole avec douceur.

           
       - J’aurais aimé que tu me comprennes, que l’on puisse être frères tout en étant différents. Mais ce n’est pas grave, vis ta vie comme tu l’entends… Je prendrai la place que tu me laisses auprès de Père, je m’occuperai du Duché. En échange, je te demande de devenir celui que tu dois être, de sortir de cette retraite solitaire dans laquelle tu t’enfermes pour briller de nouveau. Et alors, peut-être que tu pourras venir me raconter la vie du monde, que l’on pourra veiller tard près de la cheminée de la grande salle en buvant une bonne bouteille de la cave de Père, comme les deux frères que nous aurions dû être.


       
Léandre regardait son frère fixement, essayant vainement de saisir le plein sens de ses paroles. Deneth le prit soudain dans ses bras dans une accolade courte mais sincère. Léandre demeurait immobile tandis que Deneth le regardait une dernière fois. Il lui sourit, puis fit demi-tour, son capuchon de cuir sur la tête pour se protéger des vents qui se levaient, et repartit à pied vers la cité. Léandre le regarda un moment, sans rien dire ni penser, puis se mit en selle, secoué.
       
 
***
   


Cela faisait trois jours qu’il errait dehors. Ce n’était pas la vie au château, ce n’était pas non plus la nature dans laquelle il pouvait se sentir libre, c’était un monde à part. Le monde de ses pensées, de ses souvenirs et de ses colères. Il laissait maintenant la forêt derrière lui, s’aventurant toujours plus haut sur les pentes du Nosfel. La montagne qui veillait sur Aldras semblait le guider jusqu’à elle. Il était sorti de la forêt, là où les arbres ne poussaient plus à cause de l’altitude. Il avait laissé pendre la bride de son cheval, mais au lieu de brouter tranquillement quelques touffes entre les plaques de neige ou de rentrer, l’animal idiot l’avait suivi le long des versants couverts de neige. Depuis qu’ils avaient passé les portes de la ville, le vent s’était levé, soufflant chaque jour plus fort que la veille. Des pentes gelées de la montagne s’arrachaient maintenant des cristaux de glace qui venaient écorcher la peau de l’homme et le cuir de sa monture. Durant ces quelques jours, Léandre avait pleuré sa mère, détesté le Duc, lui avait pardonné pour lui en vouloir encore plus ensuite. Son véritable père restait une énigme, et plus encore ce qu’il ressentait à son égard. Devait-il se réjouir d’avoir un nouveau père, plus généreux et plus vivant que le premier ? Ou devait-il haïr un lâche qui les avait abandonnés sa mère et lui ? Il n’y avait aucune réponse à ses questions, aucun apaisement à sa douleur, à sa colère. Alors il avait mis toute la distance qu’il pouvait avec elles, pour ne plus rien ressentir. Il ne restait que la morsure du froid qui engourdissait ses jambes et rendait sa progression difficile. Ses pieds s’enfonçaient dans la neige, la tempête déséquilibrait son corps ankylosé de fatigue. Pourquoi continuer ? Retiré dans ses songes, il restait indifférent aux cris de son corps meurtri. Une violente rafale souleva des aiguilles de glaces tranchantes comme des épées qui lui entaillèrent le visage. Il ressenti une vive sensation de brûlure qui la ramena un instant à la réalité. Qu’est-ce qu’il faisait là ? Qu’espérait-il ? Il ne se faisait pas d’illusions, ses chances de survie étaient maigres, et quelle importance ? Ce monde l’avait déçu. Il lui avait fait miroiter une vie chaleureuse, faite d’aventures et de découvertes, pour ne lui laisser au dernier instant qu’une solitude glaciale. Alors à quoi bon ? Il tomba à genoux dans la neige et son corps s’effondra dans la poudreuse. La neige dans ses oreilles calmait les hurlements du vent. Toujours plus de distance. Tout s’en allait… Il ne sentait plus son corps. Il allait mourir seul dans cette tempête, et s’en serait fini des souffrances et des questions sans réponse. La neige le recouvrait petit à petit, il la sentait sur ses lèvres entrouvertes. La lumière se faisait plus diffuse, puis ce fut le noir, puis ce fut la mort, enfin.
       
       
5. S’accorder à l’éternel
       

La mort est douce. Après tant de supplices, l’absence de sensation apparait comme une pommade délicate sur la peau. La mort était là, près de lui. Il ne la voyait pas, mais il sentait sa présence, accueillante, bienveillante.
       
           - Bah te revlà !
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Surprenant… Ce n’est pas comme ça qu’il imaginait sa rencontre avec la faucheuse… Ça manquait un peu de dignité.
           
           - Putain, n’y croyait plus ! Trois jours que tu pionces, qu’on se demandait s’tu respirais encore !

           

Ouvrir les yeux. Il mit du temps à retrouver le contact avec ses paupières engourdies, puis perçut peu à peu de la lumière. Une construction exiguë, des murs sans ouverture, l’un taillé à même la roche de la montagne et les autres maçonnés. Un empilement plutôt grossier de pierres taillées rejoignait le toit en bois pour former une cheminée au-dessus de l’âtre où crépitait un petit feu. Assis aux côtés du lit, un homme à l’embonpoint généreux lui tendait un bol de soupe tiède…
Le gros Bill lui expliqua tout, comment son cheval s’était allongé autour de lui, le protégeant des vents, et comment l’animal avait henni dans la tempête jusqu’à ce qu’on vienne les chercher. Il lui fit remarquer qu’il avait de la chance d’avoir un cheval comme ça, et qu’il avait eu du bol que le chef soit avec les gars du bois ce jour-là, parce que sans lui, eux ils auraient pas fait le détour juste pour un cheval. Léandre ne comprenait pas tout mais apprit néanmoins qu’il se trouvait toujours sur le Nosfel…
       
           - Bill…

       

Léandre n’avait pas vu la porte s’ouvrir ni entendu l’homme rentrer. Il n’avait prononcé qu’un mot, mais c’est comme si le temps s’était arrêté. Léandre s’était redressé sur sa couche et Bill était sorti, simplement. L’homme s’assit sur le rondin de bois que Bill venait de libérer, ses yeux rivés dans ceux du jeune survivant. Dans le silence qui régnait, Léandre pouvait sentir l’intensité de la présence de l’homme, une présence immense, bienveillante, qui fermait les bouches et ouvrait les oreilles.
     
 
           - Finalement, tu as choisi de vivre…

       

De ses yeux calmes l’homme observait Léandre, l’interrogeait. Il ne semblait ni heureux ni déçu que le jeune homme ait survécu, il semblait l’accepter simplement et le scrutait maintenant en profondeur.
       

           - Qu’est-ce que tu cherches ici ?

       

Surpris de la question, Léandre écarquilla les yeux. Qui pouvait bien venir chercher quoique ce soit dans ce désert de glace ? Mais dans ce silence que seul venait troubler le crépitement du feu, l’homme attendait sa réponse. Léandre réfléchit, que cherchait-il ? Il s’était cru mort, l’avait accepté, et maintenant qu’il vivait de nouveau, il se sentait un peu hagard, mais de manière surprenante, profondément en paix. Comme si sa colère avait disparu, limée par les glaces de la tempête, et à travers le calme qui régnait en lui il pouvait observer son passé sous un nouveau jour. Il revoyait l’enfant fragile, terrassé par la mort de sa mère, par l’absence d’un père. Il se voyait se réfugier dans la colère, pour tenir encore debout. Il avait été incapable de supporter cette souffrance, elle l’avait renversé aussi facilement qu’une tempête renverse la barque du pêcheur. Cet enfant anéanti et illégitime n’avait pas pu porter sur ses frêles épaules les attentes du Duc et de sa cour, les attentes d’un peuple. Si le présent était insupportable, son futur rôle à la tête du Duché lui avait donné le vertige. C’est son frère qui avait raison, il ne cherchait rien, il fuyait. Il répondit d’une voix claire :
       

           - J’ai fui pour survivre à ce qui allait m’arriver.
           - Hmm… Et qu’est-ce qui allait t’arriver de si atroce qu’une furieuse tempête de glace t’est apparue un refuge fiable ?

       

Evidemment, dit comme ça, cela avait moins sens… Ses idées qu’il avait crues claires l’instant d’avant étaient de nouveau enfumées. Il resta égaré quelques instants avant que l’homme ne reprenne :
       

           - La peur est une folie. Un mal caché qui te pousse à courir éperdument pour échapper à ce qui te poursuit, mais lorsque tu te retournes, tu ne vois rien. C’est parce que la peur ne te poursuit pas, elle est à l’intérieur de toi. Ta peur, c’est toi. Et en regardant par-dessus ton épaule pendant que tu t’enfuis, tu ne regardes pas devant toi, et tu finis par trébucher, comme tu t’es effondré dans cette neige. Mais toi, la montagne te donne une seconde chance. Ne passe pas à côté cette fois-ci.

       
L’homme le jaugea une dernière fois, puis ayant visiblement pris sa décision :
       
           - Tu peux rester ici si tu le souhaites. Si cette vie-là te convient mieux, nous partagerons avec toi notre pain et notre expérience.

   
   
La question tranchée, l’homme se leva et quitta l’abri, laissant Léandre seul, et fatigué.
Pendant de longs mois qui devinrent quelques années, il vécut dans ce refuge niché au creux de la montagne, où quelques bâtiments tentaient vaillamment de protéger leurs occupants de la morsure du gel. La sente qui longeait la falaise s’élargissait soudain pour former une large place encastrée dans la montagne, une sorte de petit cirque à l’abri du vent qui avait suffi à ces hommes pour bâtir leurs abris contre la roche. Ces habitations à demi-troglodytes, dont les pierres semblaient soigneusement taillées, n’avaient qu’une unique ouverture : une porte protégée en bois épais, basse et étroite, qui imposait de se contorsionner pour pénétrer à l’intérieur. Tout était pensé pour limiter au mieux l’impact du froid. A l’Intérieur, on trouvait souvent des peaux de bêtes accrochées aux murs ou recouvrant le dallage en pierre, ainsi que sur les lits. Une indispensable cheminée permettait de réchauffer et d’éclairer ces espaces exigus et simples. Dehors, l’esplanade offrait un espace ample, protégé des rafales, qui permettait le travail du bois, la taille de la pierre et quelques veillées nocturnes auprès de l’important foyer qui trônait au milieu de la place.
Malgré la protection qu’offrait ce refuge, la vie dans cet enfer blanc se méritait chaque jour. Ils partaient souvent plusieurs jours durant pour aller récolter un peu de bois ou chasser les renards et les loups. Il y avait aussi quelques pièges à relever, quelques nids perchés sur la falaise où un homme agile pouvait récupérer un ou deux œufs. Léandre dut tout réapprendre : marcher plus lentement, plus précisément, en économisant ses muscles et son souffle, s’habiller plus minutieusement, veiller à ce que les jointures de ses vêtements soient bien recouvertes afin que le froid ne s’y engouffre pas. Pour survivre ici,  il fallait être plus patient, plus attentif et plus précis. Tous les matins, la journée commençait par la même prière commune. Tous se regroupaient sur l’esplanade et, portés par les psalmodies du Hiérophante, priaient Alvar.
       

   Ô Alvar, esprit de vie qui porte en lui l’amour comme la haine,
   Entend nos prières et permet-nous de venir à toi.
   Nous t’écoutons dans le chant du loup et dans le souffle du vent,
   Et te ressentons dans la dureté de la pierre et la morsure du froid.
   Nous t’écoutons dans les cris de joie de nos camarades et dans leurs pleurs,
   Et te ressentons dans la chaleur de leurs bras.
   Nous t’écoutons dans les battements de nos cœurs et notre souffle,
   Et te ressentons dans nos joies et nos peurs.
   Entends nos prières et permets-nous de venir à toi,
   Ô esprit éternel, nous accordons nos vies à ta présence,
   Et par toi nous survivrons encore pour voir le soleil se lever demain.
       

       

Ensuite, ils restaient là un long moment, immobiles dans le froid, sous les premiers rayons du soleil ou sous les premiers flocons. Nathmar, le chef du village que Léandre avait rencontré le jour de son réveil, prenait ensuite le relai du religieux.
 
     
           Ecoutez… Ecoutez la voix du vent, écoutez le murmure de la montagne. Ne négligez pas un battement d’ailes au loin, soyez attentifs au plus infime glissement de neige. Mieux, n’écoutez pas, ressentez ! Ressentez la force du vent, sa direction, ressentez en vous le grondement de la montagne, faites corps avec elle. Ce n’est qu’en portant votre attention à tout ce qui vous entoure, en ressentant les plus subtiles variations de votre corps et de votre environnement, que vous pourrez, peut-être, survivre un jour de plus.

       

Nathmar était un homme calme, respecté pour sa bienveillance et sa sagesse. L’Hiérophante du village quant à lui, était un homme d’une grande foi, mais n’avait jamais vraiment eu toute sa tête. Sans aucune mémoire, parfois incohérent dans ses propos voire un peu fou, il était à la fois moqué par la plupart mais respecté de tous : dans ces montagnes où la vie est si fragile, Alvar, qui est en tout lieu et en toute chose, était pieusement vénéré. Le jeune prince déchu avait eu de nombreuses conversations avec l’homme d’église. A la mort de sa mère, son opinion sur la croyance en Alvar avait été promptement révisée pour n’être plus que mépris et dédain. Mais dans ce désert, comment ne pas voir un miracle à chaque apparition de la vie ? Les rongeurs qui creusent des galeries sous la neige, les aigles majestueux qui planent lentement avant d’atteindre leurs nids dans les falaises, et même eux, êtres humains chétifs mais toujours le cœur battant. Tous sont des survivants, une précieuse étincelle de vie inespérée dans ce désert gelé.
       
Durant ces longues années Léandre avait entretenu une correspondance régulière avec son frère, profitant des quelques expéditions de ravitaillement que le village organisait parfois vers la vallée. Il lui racontait la vie dans ces montagnes, comment il avait appris à confectionner toutes sortes de pièges, à allumer un feu à partir de bois humide et de feuilles mortes trempées. En échange, Deneth lui donnait des nouvelles du duché, du Duc vieillissant et de toute la noblesse du Kaerdum. C’est ainsi qu’il apprit que Zeran Rheff avait pillé et saccagé de nombreux villages dans un raid éclair sur la côte ouest de l’Ordanie avant de retirer précipitamment ses troupes. Un an plus tard, c’était au tour des Alsderns de remettre en cause la paix fragile qui peinait à s’installer sur le continent, mais Deneth lui confirmait que les alliances forgées par le Duc avant le sacre de Thorleif tenaient, et que l’atmosphère du duché, bien que tendue, restait paisible. En ces temps troublés, Léandre se portait fréquemment volontaire pour ces expéditions dans la vallée qui lui apportaient des nouvelles de son frère. Le soir, debout sur l’esplanade, il contemplait Aldras, les lumières qui scintillaient au travers des fenêtres des maisons de la grand-place, les feux d’huiles du chemin de ronde, la torche du veilleur qui se déplaçait lentement... Sous les étoiles, il priait pour la paix de ces terres, de ces gens, de son passé. Un matin, Nathmar vint le voir à la fin de la prière et s’adressa à lui avec gravité :
       

       - Qu’as-tu ressenti ce matin ?
       - Je ne sais pas bien… le vent est très irrégulier, chargé d’un bourdonnement que je ne reconnais pas…
       - C’est juste… Je l’ai perçu moi aussi. Les oiseaux quittent les arbres dans lesquels ils nichent depuis des décennies, d’autres reviennent, le vent ne sait plus dans quelle direction souffler, et j’ai parfois l’impression que la montagne elle-même gronde sourdement… Le cours de ce qui a toujours été se modifie, et dans ces changements, c’est Alvar, dieu en toutes choses, qui est en pleine mutation. J’ai le sentiment que le monde de demain ne sera plus celui que nous avons toujours connu…

       

Quelques jours plus tard, le monde changeait en effet encore un peu plus, quand dans une lettre Deneth lui annonçait la mort du Duc.
     
 
   La maladie a emporté notre Père, Alvar veillera sur lui. Et qu’il veille aussi sur moi... Ton départ n’a jamais été expliqué, Père en avait fait un tabou. Mais puisque personne n’a entendu parler de toi depuis bientôt 10 ans, je succède à père et suis désormais le nouveau Duc d’Aldras. Nous organisons la cérémonie des allégeances le premier Sheal de Rhan. Si bien sûr je suis encore en vie à cet instant… On trame dans le château, certains courtisans profitent de ton absence pour semer le doute sur ma succession, remettant en cause ma légitimité d’héritier. D’autres me jugent trop faible, incapable de tenir la région en ces temps de guerre avec l’Heisenk, et déjà certain Jarls parlent de réviser les conditions des alliances de Père. Chacun cherche profiter de l’opportunité pour s’ouvrir un chemin vers le pouvoir.
   Tu me dis prier souvent là-haut, alors je t’en conjure, prie pour moi.
           
   Bien affectueusement, ton frère.

     
 
Son frère, Deneth, Duc d’Aldras… Cette idée le fit sourire, il le méritait. De surcroît, il ferait un excellent souverain. Attentionné et généreux, mais fin diplomate, il finirait par obtenir de solides alliances tout en offrant à son peuple des conditions de vie décentes. Une rafale de vent lui apporta de nouvelles odeurs, inconnue elles-aussi. Sa mine s’assombrit. Tous ces incidents, toutes ces nouveautés, étaient-ils annonciateurs de chaos ? Fallait-il s’en inquiéter ? Vraisemblablement pas, le monde pouvait changer, la neige continuerait de tomber et les oiseaux de voler, la politique des hommes ne concerne que les hommes. Pour qui vit avec la nature et avec Alvar, la guerre et la diplomatie sont de futiles distractions… Mais des distractions aux conséquences dramatiques : depuis trois ans, les vents apportaient sur les hauteurs du Nosfel une odeur de mort, de sang et de chair calcinée. Demain, ce sera peut-être Deneth qui partira en fumée. Non, ce n’était pas acceptable. Il partirait demain pour quelques mois, juste le temps d’aider son frère à installer son pouvoir.
     
 
       - Toi ? Tu t’en va faire de la politique ? Tu es libre bien sûr, mais...
       - Nathmar, il s’agit de mon frère. Je… Je crois que je lui dois bien ça.
       - Oui, oui… ton frère. Il n’y a vraiment que ça ?

       

Nathmar souriait, l’œil malicieux, il semblait s’amuser. Au fond de lui, Léandre savait où il venait en venir. Il n’y avait pas que ça. Cela faisait dix ans qu’il vivait sur cette montagne, il avait appris à survivre dans cet environnement hostile, à vivre quoiqu’il en coûte, et aujourd’hui le monde s’agitait, frémissait. Cela l’excitait. Au fond de lui bouillonnaient de nouveau ces rêves d’enfants, ces aventures riches de découvertes et de rencontres surprenantes.
     
 
       - Tu n’es pas comme nous autres Léandre, ta place n’a jamais été d’être en marge du monde. La montagne t’a recueilli, t’a enseigné tout ce que tu devais apprendre, mais j’ai toujours su que tu n’étais que de passage. Il est temps pour toi de vivre à nouveau parmi les vivants…

     
 
Léandre souriait, les pièces s’assemblaient avec douceur. Il lui avait fui le monde, incapable d’y trouver sa place, pour apprendre à être lui-même ici, dans cet exil blanc. Désormais, il allait se mêler à la foule grouillante de vie de l’humanité, faire partie du monde tout en étant lui-même. Il se sentait léger, et profondément serein.
       
       
6. Par-delà le dôme
     
       - Vous avez fait du bon travail ton frère et toi. Ta présence à ses côtés et ton soutien ont été décisifs dans la reconnaissance de son pouvoir par les vassaux du duché. Il est maintenant Duc depuis deux ans et Aldras se porte à merveille.
       - Je vous remercie.
       - Et toi ? Le titre de Duc t’était destiné, mais tu disparais, tu réapparais. D’autres auraient réclamé le duché pour eux-mêmes…
       Aldric de Rémat semblait sincèrement curieux ou étonné, Léandre riait doucement.
       - De nous deux, Deneth est clairement le plus apte à gouverner. Quant à moi, je crois que je suis trop… libre, pour ce genre de fonctions.

       
Le haut-commandant le regardait pensivement sans rien dire.
       
       - Mon frère m’a indiqué que vous cherchiez des volontaires pour une expédition spéciale…

   
Deneth l’avait envoyé à Raiendal rencontrer le Haut-Commandant avec une excitation toute particulière, peu habituelle chez lui d’ailleurs…
   
       - Mais dis-moi ce qu’il se passe enfin, pourquoi tiens-tu à ce qu’on discute avec De Remat ?
       - Commence déjà par l’appeler Haut-Commandant, ensuite… ensuite tu ne seras pas déçu, crois-moi !

       
L’effervescence et les cachoteries dont avait fait preuve Deneth avait retenu l’attention de Léandre, qui conservait malgré tout un brin de scepticisme.
       
       - Une expédition spéciale dis-tu ? En effet… As-tu déjà entendu parler d’Azzura ?

       
Léandre resta bouche bée, incapable de parler, les oreilles grandes ouvertes… Azzura...


Ambitions & Desseins



Léandre veut mieux comprendre sa magie et la magie en général, mais il n’est pas homme à lire des grimoires et souhaite trop parcourir le monde pour rester cloitré à Azzura. Le premier vecteur d’apprentissage, c’est l’expérimentation. Cependant, il est conscient que des voyages réguliers à Azzura lui permettront de mieux avancer dans cette quête.
   
Le monde change violemment, et il souhaite être au cœur de ces bouleversements, les observer et le vivre au plus près.
   
Le duché d’aldras est aux portes des territoires Heisenk, et les relations avec les nordiques s’enveniment. Le pouvoir installé par son frère est encore fragile, si le sens du devoir et le patriotisme ne sont pas ses points forts, il tient à son frère et ne peux fermer les yeux sur les difficultés qui s’annoncent pour lui.

Divers


Reconnaissez-vous être âgé d'au moins 18 ans ? : Promis !
Moultipass : Validé par Harden



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◈ Missives : 2250

◈ Âge du Personnage : 82 ans
◈ Alignement : Loyal Bon
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Sharda du Nord
◈ Origine : Al'Akhab - Siltamyr
◈ Magie : Aucune
◈ Fiche personnage : Calim
◈ Crédit Avatar : Old man with a cane By Igor Babailov

Conteur
Calim Al'Azran

◈ Lun 5 Mar 2018 - 13:06

Félicitations cher Léandre et bienvenue ici officiellement !

Tu fais désormais partie d’Azzura. Merci pour cette agréable fiche !

Tu peux désormais faire tes demandes de rp ou contacter des joueurs qui en ont proposé en partie Antichambre !
Je t'invite également à créer ton Journal de Bord.

Je te souhaite de bonnes aventures !