Azzura


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Memento Mori - Érudite

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◈ Missives : 5

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Âme Damnée
Memento Mori

◈ Ven 26 Jan 2018 - 0:23

◈ Prénom :  Memento
◈ Nom : Mori
◈ Sexe : Agenrée
◈ Âge : 404 ans
◈ Date de naissance : 7 Bremise 724 de l'ère de la Paix
◈ Race : Ordhaleron
◈ Ethnie : Vers abyssal
◈ Origine : Neya
◈ Alignement : Chaotique - Neutre
◈ Métier : Erudite.


Magie


Magie Arcanique : déformation de la matière

Memento Mori est capable de s'assimiler à n'importe quelle matière pour passer à travers, ou même s'y arrêter un moment et en ressortir plus tard. Il arrive encore qu'elle reste coincée quelques heures dans un mur ou un rocher. C'est la découverte de ce pouvoir au réveil de la magie qui lui a permis d'échapper aux Eressåe qui l'avaient capturée vingt ans plus tôt.

De manière concise, c'est un pouvoir de passe-muraille. Cela ne lui permet pas de se nourrir, puis que c'est elle qui s'assimile à la matière et pas l'inverse.

Cependant, elle peut oublier une part d'elle-même dans la matière, une part de sa mémoire. Techniquement elle pourrait la récupérer en refusionnant avec la matière où elle l'a involontairement laissée, mais pour cela il faudrait qu'elle maîtrise sa magie bien plus que ce n'est déjà le cas. Pour l'instant, tout fragment de mémoire perdu pendant la traversée est perdu pour de bon.


Forces & faiblesses


> Arts des Sages
Métier engagé : Erudite
- Lecture & écriture (Maître)
- Linguistique (Maître)
- Histoire (Réah, depuis 760 de l'ère de la Paix environ : Maître )
- Astronomie (Position des constellations selon les ans et les saisons : Maître)
- Psychologie (Maître)
=Pour une créature qui retient le moindre détail de son existence, de ce qu'elle lit, de ce qu'elle entend, de ce qu'elle voit, certaines choses sont très faciles. L'histoire, les langues, ou même savoir si quelqu'un se comporte comme tous les autres quelqu'un qui ont déjà menti avant iel. Alors retenir la position des constellations et se repérer par rapport à elle est presque un jeu.

> Compétences libres
- Géographie (Réah : Maître)
=Memento Mori se souvient précisément de chaque lieu où elle est passée, ce qui constitue une carte mentale précise de tout Réa, qu'elle met à jour au fur et à mesure qu'elle retourne là où elle est déjà passée. Elle est parfaitement capable de la dessiner précisément et de l'enseigner à autrui, comme tout ce qu'elle retient.
- Natation (Génie)
=Taillée pour la vitesse sous-marine, Memento est un bolide dans l'eau. Lente sur terre, elle compense largement par ses pointe de vitesse qui fendent littéralement les flots quand elle se déplace dans son élément. Entre la densité de son être, la résistance de sa carapace et sa vitesse, elle peut traverser un navire de guerre de part en part sans ralentir, ou presque, si elle est lancée à pleine vitesse.
- Survie en milieu sauvage (Expert)
=Vivre toute sa vie du fruit de sa chasse et de sa compétence à échapper à ses prédateurs ou leur résister, fait de Memento un modèle de survie, tous milieux confondus puisqu'elle parcours la surface depuis plusieurs siècles maintenant.
- Connaissance générales (Génie)
=Memento sait une somme incommensurable de choses. Sur un nombre incommensurables de sujets. Et elle n'oublie jamais rien. C'est même pour cela qu'elle sait autant de choses. C'est le propre de sa race, se souvenir et apprendre. Encore et toujours.
- Intimidation
="Ecoutez, si vous tenez absolument à aller lui dire non, faites. Je vous en prie. Moi je vous regarderait, de loin. Sans doute depuis la selle du cheval qui m'a m'emmener très loin d'elle. Voilà. Allez, bonne journée à vous, même si elle doit se finir rapidement."


Forces :

- Dans l'eau, Memento Mori est la créature la plus rapide de Rëa, c'est dans ses gènes, elle est typée pour la vitesse aquatique. Aucune créature, autre qu'une de ses semblables, ne peut songer à la rattraper.

- Sa capacité à tout assimiler lui permet d'être immunisée à la quasi-totalité des poisons et maladies qui existent. Elle peut tout digérer avec assez de temps, sauf les acides, le feu et tout ce qui pourrait l'agresser de l'intérieur.

- Ses écailles sont la somme de tout ce qu'il y a de plus résistant dans sa nourriture. Elle se nourrit d'ailleurs de roches et de métaux pour cette raison. Ainsi, il est très compliqué de traverser sa cuirasse naturelle, qui lui permet de conserver toute sa latitude de mouvement tout en étant parfaitement protégée.

- Sa mémoire est eidétique et absolue. Son système nerveux non centralisé retient tout et enregistre tout ce que ses sens captent.

- Toute partie tranchée de son anatomie peut repousser, puisqu'elle conserve partout dans son organisme des cellules de production de cellules-souches, comme certains reptiles.

- Elle n'a pas besoin de sommeil, ce qui constitue un avantage certain sur ses prédateurs éventuels.

Faiblesses :

- Memento Mori est irrémédiablement lente en dehors de l'eau. Impossible pour elle, de doubler un humain qui marche, même si elle court. Sa masse est tout simplement trop importante pour que ses muscles puissent la propulser plus vite que cela.

- Elle est tout particulièrement effrayante et provoque une peur atavique chez tout individu normalement constitué, non ordhaleron-prédateur et insuffisamment imbibé d'alcool. En gros, si vous n'êtes pas ordha et que vous êtes sobre, elle vous dérangera au moins un peu, dans le meilleur des cas.

- Si elle perd une partie de son anatomie, elle perd une partie de ses souvenirs. Sa mémoire est stockée partout dans son corps, elle n'a pas de système nerveux centralisé.

- Toute exposition de sa peau non-protégée (sans écailles donc) à la lumière du soleil lui cause une douleur extrême, des hallucinations conséquentes, un cancer de la peau en une heure, métastasé en deux. La mort en une journée. Une zone de la taille d'un timbre poste exposé en pleine lumière suffit.

- Elle n'oublie RIEN. En conséquence, toute plongée dans sa propre mémoire peut l'emmener à s'y perdre pendant plusieurs heures avant de finalement émerger de ses souvenirs en ayant l'impression de les avoir vécus une seconde fois. Y compris pour les pires moments, de douleur, de torture, de peine.

- Elle est incapable de se repérer dans le temps. Lui donner rendez-vous dans une heure est le meilleur moyen de la voir arriver soit cinq minutes après, soit cinq jours plus tard. Elle ne dispose plus d'une horloge biologique depuis la perte de ses organes génitaux et l'inutilité pour elle de surveiller un cycle de reproduction éclosion quelconque. Son appétit vient aussi de manière irrégulière. Bref, elle est perdue dans le temps.

- Elle ne dort pas, ce qui signifie qu'elle n'a pas de période dédiée au traitement des informations et à leur classement. Sa mémoire est comme une longue bande vidéo, elle doit prendre sur son temps d'éveil pour en sortir et en classer certaines informations (comme sa carte mentale). Sinon il faut qu'elle navigue dedans depuis le point présent vers le point désiré. De plus, quand elle s'absorbe dans sa mémoire pour élaborer son palais mental, outre le fait de la revivre, elle se coupe complètement du monde extérieur et de ses perceptions.


Physique


Grande d'une toise un quart environ, longue du double si on prend sa queue en compte. Sa queue peut servir d'appui ou de balancier quand elle se redresse ou quand elle "court". De fait, il faut imaginer Memento Mori comme un reptile pour le placement des pattes quand elle est sur ses quatre appuis. Redressée, imaginez une salamandre assise.

Dans le détail, c'est un mollusque cousin de l'escargot, sans coquille séparée du corps et système nerveux centralisé. Elle est dotée d'une double valve qui lui permet d'aspirer l'eau (ou le sable) et de le projeter derrière elle pour filer à toute vitesse. Ses branchies peuvent se replier (pour ne pas être endommagées par le sable) mais restent son système respiratoire primaire et nécessitent d'être en mouvement pour être utilisées. Ses valves contiennent aussi des fanons, qu'elle peut déplier au besoin, qui permettent de filtrer le krill et le plancton dans l'eau qui passe.

Elle a perdu son appareil reproducteur aux alentours de cinquante ans.

Son système secondaire, pulmonaire comme digestif, est groupé dans son "torse". Elle ne rejette pas de matière fécale et assimile la totalité de ce qu'elle ingurgite pour compenser le renouvellement fréquent de ses cellules dermiques et sa dépense d'énergie constante. Sa mâchoire lui permet de croquer de la roche ou du métal. Dénuée de narines, elle respire par les évents situés dans son dos quand elle est à l'air libre.

En cas de besoin, elle peut nager en surface et aspirer de l'air par ses évents en plus de l'eau par ses valves pour expulser le tout par ces dernières et augmenter sa vitesse de propulsion.

Memento Mori ne dort pas.

Sa peau est constituée de milliers d'écailles indépendantes et mobiles les unes par rapport aux autres et dont la couleur dépend de son alimentation. C'est là que se concentrent tous les matériaux les plus solides de ce qu'elle mange : roche, métal, os. La peau sous ces écailles est extrêmement sensible et, depuis la perte de son système reproducteur, une heure passée au soleil sans la protection de ses écailles devrait la tuer en lui faisant développer un cancer de la peau. Elle doit donc se nourrir d'autant plus régulièrement à la surface en matières dures et protectrices.

Son statut de créature marine la plus rapide et la plus résistante est compensé par son extrême lenteur sur le sol et sa sensibilité à la lumière du soleil si ses écailles venaient à être endommagées ce qui peut arriver au contact d'une explosion forte, ou interne.

En dehors de cela, elle peut assimiler, consommer ou résister à la plupart des désagréments que Rëa a à proposer. La plupart. L'écrasement par un projectile de trébuchet en tir direct risque de la ralentir sévèrement le temps que ses organes internes se régénèrent.



Caractère


Memento Mori est pétrie de colère et de haine à l'encontre de tout ce qui menace la pérennité et la liberté de son espèce, en général, et à l'égard des Eressåe en particulier.

Elle considère comme normal de planifier, pour d'ici un siècle ou deux, le génocide d'une espèce puisque celle-ci se révèle nocive pour les autres.

De même, l'empire Ordhaleron est dans sa ligne de mire, à long terme également.

Memento Mori ne pense qu'à long terme. Elle ne s'emporte presque pas, écoute toujours avec une patience infinie et ne juge personne de manière hâtive. Presque personne.

Placide de nature, ce sont les vingt dernières années qui ont causé l'émergence d'émotions aussi fortes chez elle. Mais elle travaille dur à canaliser cette instabilité pour en faire quelque chose de productif.

Elle est définie par sa mémoire. C'est tout ce qu'elle est. Donc elle considère TOUT au travers de la lentille de cette mémoire absolue et eidétique. Rien de ce qu'elle a vu, entendu, senti ou ressenti ne peut être oublié, sauf si elle perd une partie physique d'elle-même.

Ce qui implique qu'elle n'oublie jamais rien, ni personne. Elle se rappelle avec autant d'acuité votre date d'anniversaire que la crasse que vous lui avez faite dans le temps. Elle est à la fois capable de prendre énormément de recul et d'être extrêmement rancunière.

La mesure du temps qui passe en heures, minutes et secondes, en années et en mois, n'a aucun sens pour elle, puisque chaque instant, chaque jour, chaque nuit, diffère par un milliard de détails du précédent ou du suivant. Donc elle n'a aucune perception du temps qui passe et tout ce qui est calendriers et assimilé lui est d'usage inconnu. Elle a une vague notion des siècles qui s'accumulent, sans plus.

Même chose pour le jour de la semaine ou du mois. Ou même l'heure. Elle comprend, à la limite, qu'on compare entre elles les saisons d'une année à l'autre. A la limite. Mais trouve que c'est de la paresse intellectuelle.

De même, l'usage des noms la dépasse. Elle s'en rappelle sans mal mais ne voit pas en quoi ils peuvent être pertinents. Pour elle, résumer un individu à son nom est un crime de lèse-mémoire. Chacun est bien plus qu'un simple mot, aussi singulier soit-il censé être.


Inventaire


Rien.


Histoire


Hiver

Ils se ressemblent tous.

Non.

J’ai appris à les différencier.

Guy s’en est assuré. Ils ont des cheveux différents. Ils peuvent ajuster leur longueur dans une certaine mesure. Ils ont des formes de visages, des manières de communiquer, qui diffèrent. Leurs carapaces sont amovibles. Souples pour la plupart. En couches successives. C’est d’une inefficience consommée. Soit trop souple pour être solide. Soit trop rigide pour être pratique. Bref, ce n’est pas naturel. Peut-être que s’ils vivaient plus vieux. Mais ce n’est pas le cas. Guy me dit qu’il est déjà vieux à seulement trente ans. Que c’est plus ou moins la moitié de sa vie qui est déjà passée.

A trente ans j’étais encore capable de me reproduire, c’est dire comme j’étais jeune. Je revois les profondeurs ténébreuses et rassurantes. Je ressens l’eau sur ma peau encore non protégée, la vitesse grisante quand je fuis les prédateurs. Chaque instant est gravé dans ma mémoire. Chaque motif de chaque bête des profondeurs. Elles chassent toujours de la même manière. Chacune la leur. Je m’en souviens. J’ai déjà écrit tout ça. Mais ça reste en moi. J’ai laissé des traces gravées partout où j’ai pu. Des copies dans les cavernes, nids. J’ai raconté. J’ai transmis.

Pourtant ce n’est pas terminé.

Je m’égare.

J’ai appris à me cacher. J’ai appris à mentir. J’ai appris à combattre. J’ai voyagé. Je me suis perdue. Dans ma mémoire. Encore. Il n’y a qu’un seul moyen d’en sortir. Recommencer.

C’est le risque.

Devoir réussir. Tout refaire. Encore une fois.

Vivre. Encore une fois.

C’est l’hiver et il fait froid.

*
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* * *
* *
*

Eau

Nous sommes des milliers. Une éclosion simultanée. Un nuage de vie qui s’anime, mû par un instinct incompréhensible pour moi. Se cacher.

Je refuse.

Je pars dans la direction opposée.

L’eau est partout. Je suis partout chez moi. Je suis la plus rapide. Je sens mes poursuivants plus que je ne les vois. Il faut filer vers les profondeurs. Se faufiler là où ils ne peuvent pas me repérer, pas m’attraper. Pas me suivre.

Au passage, je happe des minéraux en suspension. L’eau qui passe à toute vitesse dans mes branchies me permet de me nourrir, de respirer et de me propulser. Mon appareil respiratoire est une turbine imbattable. C’est mon atout et je le sais déjà. Je vais plus vite qu’eux. Eux tous.

La pression ne peut pas m’écraser parce que je suis d’un seul tenant. Ils abandonnent plutôt que de mourir. Les monstres laissent tomber pour cette nuit. Je sombre plus profond encore. Pas par peur, mais parce que je n’ai plus la force de rester à niveau. Je suis épuisée. Je coule.

J’aurais pu mourir une infinité de fois mais j’ai chaque fois été plus rapide. Foncer face au danger plutôt que se cacher à son opposé. Voilà ce qui m’a permis de sortir de l’encerclement. Les autres se sont cachés là où les monstres voulaient qu’ils aillent. Ils sont déjà morts. Je ne dois pas me soucier d’eux. Ni des suivants. Mes milliers de frères et de sœurs sont abandonnés à leur sort, entre les mains des monstres. Je ne les sauverai pas. Je ne m’en veux pas.

Pas de culpabilité. Pas de sacrifice.

Merci Guy, je ne m’en veux plus.

Nager. Manger. Ce serait monotone si je pouvais m’en rendre compte. Mais je me rappelle tant et si bien de chaque détail que chaque jour est forcément différent du précédent. J’ai tellement de place pour ces souvenirs que je peux les examiner à loisir. Je grossis. Vite. Bien. Je mange, je nage. Je nage, je mange. Les prédateurs ne supportent pas le claquement caractéristique de mes démarrages. L’eau se referme là où j’étais. Je suis plus rapide, toujours plus rapide. Jusqu’à ce que j’atteigne l’âge de donner la vie.

Je ralentis. On ne se reproduit pas en allant plus vite que l’autre. Nous devons être trois. Je répands mes phéromones comme le commande l’instinct. Je rencontre d’autres. Nous sommes trois. Chacune peut ensemencer les autres. Collées, nous nageons de concert pendant longtemps. Nous mangeons, nageons, dérivons ensemble. Nous sommes vulnérables. Trois fois plus grosses. Trois fois plus lentes. Obligées de bouger pour manger et respirer.

Nous nous séparons avec le sentiment de plénitude de l’instinct assouvi. Je suis pleine de leur semence. Elles sont pleines de la mienne. Nos œufs seront forts. Je choisis de cacher mes enfants en haute mer. Un paquet à la dérive pendant plusieurs jours. Une proie facile que j’entoure d’une épaisse couche de mucus nourricier. Il faut que cela suffise. L’instinct me pousse à tourner autour de mes enfants pour écarter les proies. J’ai des dents et des griffes. Je suis moins rapide mais plus féroce.

Ils écloront. Ainsi que les suivants. Avec leurs mères, nous finirons par rester ensemble pour procréer tout le temps que nous le pouvons. A trois, nous protégeons mieux nos œufs. Leur éclosion est chaque fois plus belle. Leur survie, chaque fois plus sûre. Ma faim change. J’ai conscience que l’âge vient.

L’âge de la fin. L’âge de la faim.

Ma bouche est nouvelle pour moi. J’ingurgite mon premier rocher le jour où mes organes génitaux partent à la dérive pour être dévorés par mes compagnes. Je ferai de même pour elle, puis nous nous sépareront pour de bon. Plus rien ne nous tient ensemble puisque nous ne pouvons plus donner la vie. Ni l’une, ni les autres.

Mon estomac a mis longtemps à se mettre en place mais désormais je peux digérer et assimiler une infinité de choses. Je commence à me rappeler plus consciemment que par instinct. A analyser plus qu’à pressentir. Ma première carapace est belle. lisse et mate, elle épouse mes formes. Trop souple. Trop sensible à la pression. Je la change rapidement pour des écailles. Plus modelables. Plus résistantes. Moins gênantes. Chacune est une pointe séparée du reste, qui peut bouger par rapport au reste. Dans les Abysses, je les sépare ce qu’il faut pour que chacune résiste à sa propre pression seulement, tandis que mon corps ne la craint pas.

Mes turbines s’améliorent. Se perfectionnent. Je dois toujours bouger pour respirer, mais je peux maintenant retenir mon souffle. Attendre. Dormir. Je découvre les rêves à cette occasion. J’ai soif d’apprendre plus de choses. La faim devient plus forte. Même les cheminées sous-marines et leurs substances qui me rendent brillante et métallique ne suffisent plus. J’ai fait le tour du fond des océans. Ma carte mentale me dit que les zones de vide qui restent sont ces montagnes qui surgissent de l’eau. La nature n’aime pas le vide. Moi non plus.

La douleur est une chose que je connais. La douleur des œufs qui sortent par milliers de mon corps. La douleur de mes organes perdus. La douleur de ma première digestion. Chaque nouvelle sensation a été douloureuse. Certaines le sont restées. D’autres… et bien je m’y suis habituée, aux autres. Respirer, je m’y suis faite. Mais la première fois que j’ai aspiré de l’air par ma bouche, que mes poumons se sont décollés, j’ai hurlé. Et utiliser ma voix m’a fait mal aussi. Terriblement mal. Je parle peu. C’est désagréable.

*
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Air

J'ai attendu longtemps avant de sortir de l'eau. Je respire par le dos, j'ai des évents de part et d'autre de ma crête dorsale. Un prédateur a tenté de m'avoir en me brisant la crête. Les écailles ont coulissé, mon dos s'est plié, j'ai fermé mes évents et je l'ai attaqué comme s'il était venu sur côté du ventre. Faire croire que j'ai un os dorsal est décidément une bonne idée.

Je suis lente hors de l’eau. Je me traîne. Mais quand je cesse de bouger, on me confond facilement avec des rochers. Je me replie sur moi-même et je me confonds avec le paysage. La roche a un autre goût ici. Je prends facilement la couleur de ce que je mange. La lumière est une chose à laquelle je suis peu habituée. Elle me rend malade quand elle touche ma peau nue. Je dois masquer ma chair sous mes écailles pour ne pas souffrir.

Je troque volontiers la vitesse contre l’invulnérabilité. Ici, rien ne semble pouvoir m’atteindre. En bas, dans les abysses, je ne suis pas la plus grosse à nager. Il y a des créatures dans les ténèbres qui n’ont pas d’yeux et qui mangent ce qu’elles sentent. Je souhaite qu’elles ne remontent jamais jusqu’ici, car les monstres qui vivent au-dessus de l’eau sont bien faibles en comparaison de ceux qui vivent dessous. La mort de tous ces bipèdes parlant serait une perte de connaissance inacceptable. Je dois les écouter pour apprendre leur langue. Est-ce qu’ils écrivent ? Ont-ils une sorte d’alphabet primitif ? Pourquoi cessent-ils presque toute activité la nuit ? Sont-ils à ce point inadaptés à ce qui constitue pourtant la moitié de leur environnement lumineux ?

Comment de si frêles et chétives créatures peuvent-elles survivre ?

Pas de carapace, pas de griffes, pas de crocs. Leurs mâchoires ont l'air faibles. Leur peau est fine. Ils sont aussi différents les uns les autres que les poissons d'un même banc. De loin ils ont l'air tous semblables. De près, ils sont tous différents, excités par leurs hormones comme des larves pubères. Les anciens sont rares parmi eux. Cela ne m'étonne guère, une race aussi faible ne peut pas vivre bien vieille.

Leurs langues changent d'une île à l'autre. Ceux des grandes îles ont l'air moins débrouillards vis-à-vis de la mer que ceux des petites. Certains ont l'air de ne même pas savoir nager. Ils vivent pourtant près de l'eau. Ces êtres négligent-ils donc sans cesse la moitié de leur environnement ? Peu vivent la nuit. Aucun ne vit sous l'eau. Ni même à moitié dedans. Ils reste au-dessus, ils naviguent dans de frêles coquilles de bois.

Je me rappelle ce jour où, au nord, ils ont pris un banc de baleines en chasse. Un gros navire, rapide sous le vent mais lourdeau par ailleurs. J'aime les baleines. Leurs chants sont la plus belle chose qui m'ait été donné d'entendre. Je leur réponds, parfois. Nous parlons.

Quand le baleinier est arrivé au niveau du banc, ce dernier a plongé dans les profondeurs. Ils ont attendu qu'ils remontent. Logique. J'étais en train d'échanger, avec ces baleines ! J'ai percuté leur coque en démarrant. J'ai entendu leur exclamation, ils pensent que je suis une baleine qui n'a pas plongé ? Bien, bien, bien. Je vais leur apprendre à manger des êtres dotés de conscience et de sensibilité.

Un coup de valve, je libère de l'air par mes évents et je file à la vitesse d'un baleineau vers l'opposé du banc. Je file en faisant de l'écume, comme si j'étais affolée, pour troubler ma silhouette. Je ne fais même pas la taille d'un baleineau à la naissance. Ils le suivent, les fous. Il est temps de leur faire passer le goût de la chasse.

Je les mène entre les icebergs, je file sous la glace fine, je ressors de lieu en lieu pour respirer, jusqu'à ce qu'ils se rendent compte qu'ils vont se bloquer. Là ils s'arrêtent et songent à faire demi-tour. C'est maintenant.

Leur coque est de bois. Ma carapace est faite de la roche de toutes les îles et du métal des abysses. Je percute leur queue de bois, je la fausse, l’abîme. Je referme ma mâchoire dessus comme si c'était de la roche. Ça n'en est pas. Le claquement de mes crocs pulvérise le gouvernail. Ils ne peuvent plus faire demi-tour.

Je prends de la distance, de l'élan. Juste sous la surface, juste sous la glace. Alignée vers leur flanc.

C'est plus que le claquement de mon départ. C'est le roulement de tonnerre du vide qui se remplit dans mon dos, qui aspire la glace et l'eau. La surface est marquée par mon passage. Les profondeurs résonnent du fracas du bois pulvérisé par mon contact. J'ai traversé la coque de part en part. Sans ralentir je tourne au large, revient, frappe. Encore.
Encore.
Encore.

Ils sont rentrés à pieds, par la glace.

Je sais qu'ils feront des représailles. Je sens leur peur et leur colère. Très bien. Faisons ça. Des représailles.

*
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* * *
* *
*

Sang

C'est à partir de cette époque que j'ai cherché mes enfants. Les plus vieilles de mes descendantes viennent de perdre leurs organes reproducteurs. Je dois les trouver. Je dois remporter la lutte que j'ai démarrée.

Pour ça, il faut les trouver. Dispersées dans l'océan. Il n'y a qu'un moyen et j'ai mal rien que d'y penser. Je sais maintenant quelle douleur c'est. J'étais à des lieues d'imaginer jusqu'où cela irait quand j'ai songé à le faire. J'ai lancé un appel dans les profondeurs. Un long chant, inscrit dans les profondeurs de la mémoire inconsciente de mon être. Je n'ai cessé que lorsque le goût du sang s'est fait plus fort que celui de l'eau salée dans la bouche.

Après ça, j'ai attendu. J'ai coulé un deuxième navire, le lendemain. Un troisième, le jour d'après. Puis ils en ont envoyé deux d'un coup, aussi gros que le troisième, qui était plus gros que les deux autres réunis. J'ai coulé ces bipèdes irrévérencieux devant la grandeur de ce qu'ils sont incapables de saisir. Cette fois-ci il y a eu des morts dans leurs rangs. Non seulement ils ne respirent pas sous l'eau, mais ils sont incapables de résister à la fraîcheur de l'eau du lieu où ils se sont installés. Tsk...

Mes deux ex-compagnes ont assisté à ça. Au massacre des deux navires. Elles avaient fait leurs propres expériences de leur côté. Nous ne pensions pas nous réunir encore. Pourtant, nous avions une raison de nous unir. L'appel du sang. Ces monstres de bois prétendent dominer les flots. Je sais ce qu'ils disent de leurs flottes, de leurs navires. Ils pensent que l'océan leur appartient parce qu'ils arrivent, tant mal que mal, à rester à sa surface sans se noyer dans ses profondeurs. Bien, s'ils sont convaincus que le sommet de leur adaptation à leur environnement revient à rester à sa surface, il est temps que quelqu'un leur rappelle qu'ils sont faibles, inadaptés et ignorants de la réalité des flots.

Après avoir perdu deux navires d'un coup, ils ont arrêté d'en envoyer. Nous sommes reparties dans les profondeurs, rassembler notre progéniture. Quelques mois suffisent pour former des écailles assez efficaces pour se protéger des rayons du soleil. Quelques mois suffisent pour apprendre à filer sous la glace flottante et à crever des coques de bois. Lorsque les baleines sont revenues de leur migration nous étions là pour les escorter. Les navires des bipèdes étaient réunis en flotte. Coques renforcées, harpons durcis, filets pour essayer de nous capturer. Nous avons passé les deux mois qui ont précédé leur saison de chasse à écouter leurs préparatifs. Nous étions préparées.

Ils ont été tués par douzaines cette saison-là. L'un de leurs champions est même venu sur la glace solide, à pieds, nous défier de nous montrer. Fin saoul, fou de rage, en armure de la tête aux pieds, deux grandes haches à la main. J'ai fait honneur à son défi. J'ai surgi de la glace à trois longueurs de lui, alors qu'il pensait que la couche était assez épaisse pour être à l'abri. Je me suis redressée. Je n'étais pas beaucoup plus grande que lui, mais bien plus large. Dressée sur mes pattes arrières, épaules carrées, ruisselante d'eau glacée, ma longue queue en balancier dans mon dos.

Il se fige. Je me suis nourrie de roches claires toute l'année. Je suis aussi blanche que la glace que nous foulons. Ainsi, le soleil n'a aucune chance de m'atteindre. Alors je lui parle. Dans sa langue. Sans accent. Nous nous sommes entraînées pour cela. Je lui dis que si lui et les siens désirent se nourrir, ils doivent cesser de chasser les baleines. Je lui ai dit que les océans regorgeaient de poissons stupides dénués de conversation et d'autre chose qu'un instinct de proie. Je lui ai aussi dit que désormais, la mort serait tout ce que trouveraient ceux et celles qui s'aventureraient à la chasse à la baleine.

Il m'a attaquée.

Je lui ai mis un coup de tête dans le torse. Il aura mal en respirant pour le restant de ses jours. Le temps qu'il reprenne son souffle, je suis partie.

Nous avons répandu le sang pendant plusieurs saisons de chasse. En échange, les baleines nous ont appris à chanter sans nous faire mal. Nos enfants ont creusé des cavernes sous la glace et dans la roche, sous l'eau, pour s'installer. Nos griffes gravent des messages dans la roche et dessinent dans la glace. Les hommes des glaces nous appellent "démons" maintenant. Ils pensent que nous sommes des enfants de la mer mécontents, envoyés par une quelconque divinité primitive pour leur rappeler les limites à ne pas dépasser. Tant qu'ils continueront à parler aux rochers, nous aurons une longueur d'avance sur eux.

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Terre

Je digresse.

Chaque souvenir est une histoire.

Chaque histoire est un présent qui s'accumule aux autres.

Guy a toujours du mal avec ça. Je ne perçois pas le passage du temps comme lui. Ma mémoire est parfaite, je suis incapable d'oublier. Chaque jour est aussi net pour moi que celui que je suis en train de vivre.

Il y a... environ trois siècles ? Bien longtemps déjà après qu'une partie de mes filles ait élu domicile sous les glaces, je ressors de l'eau. Nuit après nuit, j'avance, je me déplace discrètement, je ronge une paroi pour m'y cacher, immobile. Je traverse ainsi presque toutes les terres émergées qu'il soit possible d'explorer.

Rapidement, les seuls vides dans la carte sont cette île étrange et infréquentable, terre des Eressåe, que même depuis les Abysses on évite et, plus étrange encore, la terre des Ordhaleron. Je ne parlerai ni des uns ni des autres plus que nécessaire. L'envie de meurtre est encore trop forte en moi pour que ce soit sage. Une nouvelle dérive dans ces souvenirs-là sera déjà bien assez douloureuse ainsi.

Mon environnement de surface préféré est le désert. Cette petite étendue de sable ponctuée de roches et d'eau est un plaisir à explorer. On peut nager dans le sable ! J'adore ça. Puis les bipèdes du désert, s'ils sont méfiants des dangers que recèle leur environnement - enfin un peu de bon sens - sont respectueux de la vie, de leurs ancêtres et de ce qui les dépasse.

Pour moi, la découverte la plus intéressante est celle des nains. J'aime la roche, ce qui implique que j'en mange. Ils aiment vivre dedans, ce qui implique qu'ils y creusent. Je vis avec eux quelques décennies, je les aide à creuser, en échange de quoi ils m'instruisent de ce qu'ils savent et me laissent consommer un peu du minerai que nous trouvons.

Finalement, avec leur complicité, nous avons creusé un long tunnel jusqu'à la côte, entre un lac souterrain d'eau douce et la mer. Ils mettent en place tout un système de déversoir pour éviter que le lac d'eau douce ne se sale, puis je vais chercher quelques unes de mes jeunes petites-filles et ses compagnes, pour que leur prochaine ponte soit faite là, dans ce lac.

Dans les profondeurs rocheuses du désert, l'eau est bien moins rare qu'en surface. Un lieu idéal pour naître et grandir. Des canaux cachés, loin de la lumière. Les nains sont d'excellent conseil pour élaborer des plans et l'architecture de nos lieux de vie. Leur cité au bord du lac souterrain a désormais un miroir dans les profondeurs.

Bien sûr, le poisson a fui les environs, donc nous allons pêcher en mer pour commercer avec les nains. Ils nous enseignent, nous les nourrissons. C'est une relation mutuellement profitable. Les oasis de la région sont stabilisées et entretenues, nous avons des lieux pour que nos œufs croissent et éclosent en paix. Les jeunes partent toujours en banc au large, mais ils ont un lieu où revenir se reproduire. Un de plus.

Je perds du temps.

Ma progéniture est sauve.

Je dois arriver jusqu'à Guy.

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Guy

Je suis couverte de sang.

Pas le mien, je n'en ai pas.

Le sang rouge des hommes. Il fume sur mes écailles, dans le froid de l'hiver.

Je me lèche. Je bois celui que je trouve encore dans les corps mourants qui m'entourent. J'apprécie les organes riches en graisses des hommes du nord.

Le froid est sec, j'ai besoin de ce gras. Il est commode qu'ils m'aient attaquée.

Je dévore les armes et les armures aussi. Ce métal purifié renforce mes protections.

Mes écailles, cette année-là, sont d'acier rouge et luisant. Beaucoup d'hommes se sont interposés entre moi et ma quête de connaissances. Je veux parcourir l'entièreté des montagnes par moi-même. Je veux voir le monde du plus haut des sommets. Encore. J'ai soif de ces images grandioses. On ne voit pas si loin que cela sous l'eau. Les hommes sont tellement faibles. Tellement ignorants de la chance qu'ils ont de vivre ici. Tellement inadaptés.

Leurs scaldes sont les seuls dignes de ce nom. Ils ont beaucoup d'histoire à raconter. J'aime ça. J'aime entendre des histoires.

La brume vient. Je ne m'affole pas. La brume signifie que les hommes sortent moins et que j'ai plus le champ libre pour vagabonder.

Puis je le sens. Lui. Pour la première fois. L'odeur de la terre fraîchement retournée et du vieux cuir. Le son d'un manche de bois planté régulièrement dans le sol, au rythme de l'avancée de bottes. Une silhouette dans le flou qui m'entoure.

Puis il est là. D'un coup. Devant moi.

Il a l'air aussi étonné que moi.

Je m'assieds. Je les laisse toujours parler avant de décider si je les tue ou pas.

Il me regarde, un sourcil haussé. Sourit. Puis éclate de rire.

"Par la Dame et le Dragon, tu as la tête de ma mère quand je revenais couvert de boue. J'ai presque cru que c'était elle, à un moment donné. Mais tu as bien plus de charme, si ça peut te rassurer !"

Je suis assise sur mon séant, les pattes postérieures repliées comme si j'étais accroupie. Ma queue me stabilise, ce qui me permet d'avoir le buste droit et donc de pouvoir parler. Ma tête se penche sur le côté. Je suis interloquée.

"Tu m'as prise pour ta mère ?
- Un peu, oui. Tu avais le même air réprobateur il y a un instant.
- Mais tu es humain. Je ne pourrais pas être ta mère.
- Chancre, tu n'as pas beaucoup de second degré, pas vrai ?"

Ma tête penche de l'autre côté désormais. Je hausse même une arcade écailleuse, perplexe.

"Je m'appelle Guy. A qui ai-je le plaisir, gueule d'amour ?
- Je m'appelle..."

Mon nom ne se prononce pas dans sa langue. Ni dans aucune langue. Je ne m'appelle pas. Je suis la somme des souvenirs des miens et de ma propre mémoire. Mon nom devrait être toute mon histoire, du début à la fin, plus tout ce que les autres perçoivent de moi. Nous ne nous appelons pas. Nous ne nous désignons pas. Je ne sais pas comment ils font pour se résumer à un nom simple porté par ces centaines d'autres. Peut-être qu'ils ne sont pas différents les uns des autres, à l'intérieur ?

"Et bien ?
- Je n'ai pas de nom. Je n'en ai jamais utilisé.
- Ah, vraiment ?
- Oui."

Il regarde les cadavres autour de moi, la brume se dissipe.

"Tu as attaqué ces hommes ?
- Non.
- Tu les as tués ?"

J'apprécie son sens de la nuance.

"Oui.
- Ils n'apprendront donc jamais à respecter la différence. Ni ici, ni ailleurs.
- Ce n'est pas une question ?
- Non ! Ahah, je ne me fais aucune illusion sur le cas des humains, tu sais ?
- C'est... rafraîchissant.
- C'est le mot ! Bon, tu m'as l'air d'être à la fois censée et douée de parole. Tu connais un coin tranquille où s'asseoir pour discuter un moment ?
- Suis-moi."

C'est mon plus long dialogue à ce jour. Je n'aime pas parler.

Il me suit sans rechigner jusqu'au sommet proche. Nous marchons six heures sans nous arrêter. Il ne se plaint pas. Il n'a pas l'air de fatiguer. Il ne frissonne ni ne râle. Il sait même quand se taire puisqu'il ne prononce pas un mot jusqu'à notre arrivée. J'aime ce bipède, plein de cohérence. Je me demande juste pourquoi il s'aide d'une pelle-bêche pour marcher alors qu'il est en armure de cuir de combattant. Encore que je n'ai jamais vu d'armure coupée comme la sienne.

Au sommet, je me redresse debout pleinement et je contemple ce qui m'entoure. L'horizon s'étale à perte de vue. Ma carte mentale se précise un peu plus. Les rivières, les villages. Les forêts. Les autres montagnes. Il s'assied à côté de moi quand j'ai fini de tourner. Il sourit. Il n'a même pas l'air essoufflé.

"C'est ce que j'appelle un coin tranquille. Tu visites ?
- Ma carte mentale est encore incomplète. Monter au sommet des montagnes est encore le plus rapide pour couvrir de grandes zones d'un coup.
- Et tu explores comme ça partout ?
- Depuis ma naissance, oui. D'abord les abysses, maintenant la surface. Les tiens sont très répandus, sous de nombreuses formes et couleurs, mais si peu adaptés dans leur immense majorité."

Il éclate de rire, il a l'air d'aimer ça. Rire.

"Tu m'en diras tant. Peau blanche, peau noire, peau brune ?
- Oui. Les oreilles pointues ou rondes.
- Ah, les oreilles pointues vivent aussi peu longtemps que les rondes ?
- Non, mais elles sont tout aussi frêles, sinon plus.
- Alors les oreilles pointues sont des elfes, pas des humains. Tu devrais réussir à mieux nouer le dialogue avec, dans la durée.
- Tu crois ? Tout ce qui ne rentre pas dans leurs moules bipèdes a l'air honni.
- A ce point ?
- Je crois que c'est leur faute."

Je pointe la griffe dans la direction de la terre de l'Empire des Ordhaleron. Ils ne m'ont pas plus différenciée d'un rocher que les autres.

"Une nation d'êtres tous différents, très brutale, conquérante. Je crois qu'ils ont massacré beaucoup d'Elëar, c'est le nom des oreilles pointues je crois. Du coup je comprends pourquoi les oreilles rondes ont des noms différents. Tsk.
- Voilà qui peut expliquer beaucoup de choses en effet. Tu ne me parles que de ta naissance. Ma question va te sembler stupide, mais tu n'es donc pas morte ?
- Non.
- Bien. Alors rappelle-toi de m'appeler de tes pensées le jour où ça t'arrivera.
- Je n'oublie jamais rien.
- Jamais ?
- Jamais.
- Rien du tout ?
- Non.
- Alors si tu me racontais ce que tu sais de ce monde ? Je suis curieux d'avoir ton point de vue."

Nous parlons toute la semaine.

Guy devient le fil conducteur de mon existence.

De ma mémoire.

Il me donne un nom. Plus tard.

Bien plus tard.

Des éons plus tard.

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Ailes-Brumes

"Faites donner les tambours. Qu'ils pensent que nous sommes dix fois plus nombreux.
- Bien mon capitaine.
- Eyris, emmène tes Faucheurs sur le flanc droit.
- A tes ordres, Guy.
- Naira, prends le flanc gauche avec tes Pourfendeurs.
- Oui.
- Cypries, tes Protecteurs au centre, ta ligne servira de repère aux Ailes.
- Entendu.
- Kata, contourne, profite de la brume. Leurs fuyards doivent tomber entre les mâchoires de vos bêtes et les cordes de vos arcs.
- Compte sur nous.
- Avec moi, mon amie. Allons faire peur aux fous qui ont défié les Ailes-Brumes !"

Je ne réponds pas. Il grimpe déjà sur le dos de Cassius et je le suis au cœur de la mêlée. Le cheval de guerre est mon meilleur ami après Guy. Je l'ai élevé après que sa mère soit tombée sous les coups des maquignons. Guy l'a adopté tout de suite. La réciproque a pris beaucoup plus longtemps.

Tout ce qui est humanoïde est un meurtrier en puissance. Ce cheval l'a compris. Les autres en doutent, s'en défendent. Ils sont des meurtriers mais ne cessent, même Guy, de prétendre que tous ne sont pas comme eux. Cassius sait. Je sais.

Cassius tue. Je tue.

Ainsi, nous avons notre place ici.

Les Ailes-Brumes sont une compagnie qui protège et qui défend. Cet hiver, le village où nous sommes est assailli de centaines de bandits réunis pour survivre à la saison morte.

Cet hiver est leur dernier.

A force de dévorer les os de nos adversaires en plus du métal de leurs armures et de boire souvent de leur sang, mes écailles sont un mélange de tout cela. Métal, os, matière vivante. Je suis rouge depuis bien avant notre fondation. D'ailleurs, tout le monde m'appelle Rouge. Comme c'est ce que je suis, pour l'instant, cela me convient.

Quand il faut aller parler à des nobles, Guy fait croire que je suis une bête de guerre dressée. Faire croire que je suis son familier, c'est rusé. J'aime la ruse. C'est utiliser la connaissance à son avantage. J'excelle à ça. C'est Guy qui annonce les plans mais souvent il m'en parle avant, quand on a le temps.

Mon rôle favori dans la bataille, c'est le cœur de la mêlée.

Tout le monde s'acharne en main sur ma peau de métal, d'os et de pierre. Puis je fouette l'air de ma queue et je prends des yeux et des nez.

Tout le monde me frappe de son métal aiguisé. Puis je me redresse, j'écarte les bras et je plante mes griffes sous des côtes avant de soulever mes proies.

Tout le monde recule parce que je fais plus de six pieds sans compter ma queue. Puis je rugis et leurs oreilles saignent.

Les Ailes-Brumes combattent avec des bouchons d'oreilles. Sachez-le.

Je suis Rouge. Leur mascotte, leur bête de guerre.

L'amie de la plupart d'entre eux.

J'aime être ici, avec eux. J'aime vivre et apprendre à leurs côtés. Ils aiment me parler, surtout depuis qu'ils savent que rien ne sera oublié.

Guy appelle ça des chroniques, confier les événements à quelqu'un pour qu'ils ne soient pas oubliés.

Je sais écrire une douzaine d'alphabets et de langues, maintenant. J'ai juste du mal à tenir les mines et les plumes. Mes pattes sont trop grosses.

Quand on hiverne, je prends le temps de graver une partie de nos chroniques dans les parois des montagnes. C'est un support qui ne craint pas le feu. Pas comme leur papier ou leur parchemin. Tsk.

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Mort

Tout se finit.

Tout.

Trahis une fois de trop par un mauvais payeur qui a profité de notre force pour se protéger de ses détracteurs.

Il ne reste guère que Guy, Cassius et moi. Les autres ont passé, depuis longtemps. Nous seuls n'avons pas changé depuis tout ce temps.

Il veut s'installer comme fossoyeur. Son premier métier, qu'il dit. Il veut se reposer. Je comprends. Il n'est pas inépuisable non plus. Il reste un humain.

"Tu te rappelleras, Rouge, de m'appeler le jour de ta mort ?
- Tu sais que je n'oublie pas.
- Même ceux qui sont morts. Tous ces noms, toutes ces années ?"

Je commence à lui réciter les dates, les noms, les façons, les lieux. Il m'arrête.

"Tu vas changer de couleur.
- Si je change de régime alimentaire, oui.
- Alors il te faut un vrai nom.
- Tu sais que...
- Je sais. Mais un nom pour ceux qui ne savent pas.
- Tu as une nouvelle idée, après tout ce temps ?"

Il m'a proposé cent-vingt-sept idées de noms, au fil du temps. En vain.

"Memento, Mori."

Chancre, comme il dit si bien.

"Tu en penses quoi ?"

Je soupire profondément. Je ne réponds toujours pas. Il a l'air déçu.

"Je suis d'accord.
- Vraiment ?
- Cent-vingt-sept essais infructueux pour arriver à une idée pertinente.
- Oui, bon, voilà hein.
- Je plains Cassius qui va faire le garde vieux.
- Va te faire foutre, gueule d'amour.
- Tu me manqueras aussi, tête de pioche.
- Tu vas aller où ? On a fait le tour là, non ?
- J'ai même réussi à avoir les terres des Ordhas, oui. Mais il me manque encore un coin, en fait.
- Tu vas pas remettre ça, si ?
- La nature a horreur du vide.
- Tu sais ce qui risque d'arriver si les Eressåe te chopent ?
- Il n'y a pas de raisons que je ne leur échappe pas encore, si ?"

Il ne répond pas. Il soupire à son tour. J'espère que je le reverrai avant la sienne ou la mienne, de mort.

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Hiver

Je refuse de repasser par la douleur et la folie de mon séjour dans les geôles Eressåe. Ces détraqués psychopathes sont désormais voués à mourir s'ils me rencontrent.

Il fait froid, sur cette plage pluvieuse, au cœur de l'hiver. Je suis maigre, je suis faible, je suis malade, mais je suis libre. Je dois encore comprendre comment j'ai réussi à m'échapper, mais plus jamais, avec cette... magie ? C'est le mot qu'ils ont utilisé. Plus jamais je ne serai prisonnière de quoi que ce soit.

Guy.

Je dois retrouver Guy.

Cela fait vingt ans. Faites qu'il soit encore en vie.

Mais d'abord, à manger. Cet éperon rocheux m'a regardé de travers. J'en suis convaincue. Tant pis pour lui.

Je suis libre.

Je suis Memento Mori. Je n'oublie rien.

Eressåe, le temps vous est compté. Car ma descendance n'oubliera jamais non plus.

Même si je meurs, ils mangeront mon corps et ma mémoire leur sera transmise. Alors, la haine que j'ai pour vous passera à l'infini à travers les générations et vous ne connaîtrez jamais le repos.




Ambitions & Desseins


Perpétuer sa race, instruire sa descendance (déjà existante) des méfaits commis par les Eressåe et de la réalité du monde de la surface, puis organiser le génocide des Eressåe pour dans quelques générations.



Divers


Reconnaissez-vous être âgé d'au moins 18 ans ? : Oui
Moultipass : MDP validé par pépé

Merci Khadija pour le nom ! =D



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◈ Missives : 2250

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◈ Fiche personnage : Calim
◈ Crédit Avatar : Old man with a cane By Igor Babailov

Conteur
Calim Al'Azran

◈ Ven 26 Jan 2018 - 15:22

Et le 3ème compte est validé =p