Azzura


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Elladrielle Gartred, Princesse de Rhaemond

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◈ Missives : 1

◈ Âge du Personnage : 17 ans
◈ Alignement : Loyal Neutre
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Vreën
◈ Origine : Rhaemond
◈ Localisation sur Rëa : En direction pour Kaerdum
◈ Magie : Magie arcanique - autocombustion
◈ Lié : Elund Gartred (père)
◈ Fiche personnage : [url=][/url]

Aventurier
Elladrielle Gartred

◈ Mer 14 Juin 2017 - 1:29

◈ Prénom :  Elladrielle Adelaïde
◈ Nom : Gartred
◈ Sexe : Femme
◈ Âge : 17 ans
◈ Date de naissance : Astar, le 9e du mois d’Elye, de l'an 73 de l'Ère des Rois
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Vreën
◈ Origine : Seregon, Rhaemond
◈ Alignement : Loyal Neutre
◈ Métier : Princesse de Rhaemond


Magie


Magie ardente - Autocombustion

Il détruit. Il divise. Il dévore. Le feu la consume toute entière comme il le ferait d’un condamné au bûcher. Elladrielle est en proie à des crises magiques d’une violence rare. Des souffrances terribles s’emparent de son corps. Elle se tord de douleur, ses jambes lâchent, sa respiration devient difficile et elle en arrive parfois à vomir. Ces crises la laissent vidée de toute énergie et dans l’incapacité d’en retrouver : le sommeil lui échappe, la nourriture prend le goût des cendres, elle voit le monde autour d’elle en proie aux flammes.

Elladrielle vit cette magie comme une malédiction d’Alvar, un feu purificateur venu la punir pour quelques offenses qu’elle n’a pas réalisé avoir commis. Ayant d’abord cherché la rédemption auprès de son Dieu, la princesse est désormais intimement convaincue que sa magie doit sortir. Elle n’a évidemment aucun contrôle dessus et est bien incapable de l’extérioriser en créant des flammes ou de la chaleur — les rares occasions où elle a produit quelque chose de ressemblant, cela s’apparentait plus à une légère fièvre qu’à autre chose.

La jeune femme a découvert accidentellement que faire couler son sang atténuait ses douleurs et raccourcissait ses crises. De là à conclure qu’Alvar exige des sacrifices de sa part, il y a tout de même une marche, même si elle la gravit sans difficulté aucune. Il est probable que les saignées auxquelles elle se livrait ne fassent que l’affaiblir suffisamment pour diminuer sa production magique, ou plus encore qu’il s’agissait pour elle d’un moyen d'accueillir sa magie au lieu de la combattre corps et âme. Depuis un funeste incident, elle ne peut plus recourir à ces pratiques. Il ne reste plus qu’à espérer que l’aide qu’elle vient chercher en Ordanie lui soit procurée, et sous une forme moins extrême.


Compétences, forces & faiblesses


De la célèbre fable, Iric incarne le chêne et Elladrielle le roseau. Contrairement à son frère, toute la force de la princesse réside dans son habileté à rester debout tout en se pliant face aux forces dans sa vie qui soufflent des vents contraires. Armée de son esprit vif et de son plus joli sourire, elle saura désamorcer les situations difficiles et tourner le jeu à son avantage. Elladrielle est une personne foncièrement attachante, intéressée et intéressante, qui attire, réchauffe et rassemble autour d’elle à la manière d’un foyer en hiver.

La pire faiblesse d’Elladrielle est sans doute d’avoir été élevée par de nobles guerriers, et non pour eux. Malgré tous les efforts de Brunissende, la suivante draconienne qui suit Elladrielle comme son ombre, la petite princesse est encore loin d’être une Dame. A vrai dire, elle n’aspire pas non plus vraiment à une devenir une, en ce qu’elle prend un peu plus conscience chaque jour qu’elle ne se satisfera jamais d’une vie d’épouse et de mère aimante… Elle ne désire pas plus marcher sur les traces de sa mère et dédier son existence à l’amélioration des vies des autres. Malgré son très jeune âge, d’ailleurs assurément une autre faiblesse, ce futur se rapproche bien vite. Une cage dorée reste une cage, et y enfermer Elladrielle est rendu d’autant plus critique de par ses tendances claustrophobes.

Quelque part, voilà bien un domaine où ses pouvoirs pourraient peut-être être bénéfiques, à lui donner une troisième voie plus émancipatrice à arpenter. Pour l’instant, sa magie, qui se limite à l’autocombustion, doit néanmoins être tout à fait considérée comme une faiblesse. Non seulement elle frappe aléatoirement et laisse Elladrielle dans un piteux état physique et mental, mais elle la pousse aussi à agir dangereusement et impulsivement, à se mettre en danger. L’épreuve est rendue d’autant plus difficile que c’est quelque chose qu’Elladrielle doit affronter seule or la petite princesse est une créature très sociale, qui supporte fort mal la solitude, tout comme l’indifférence et le rejet.


Physique


Que cela plaise ou non à son père, Elladrielle n’est plus une enfant. Son corps autrefois longiligne s’est doté de quelques courbes flatteuses. Son buste plat aux épaules larges a accueilli une petite poitrine ronde, arrogante et ferme, bien que loin des voluptés affriolantes appréciées des chevaliers. Ses hanches se sont arrondies pour la maternité mais le changement reste subtil du fait de sa grande taille. Si le regard vagabonde sous son joli minois, ce sont ses jambes interminables qui attirent le plus l’attention, même entièrement dissimulées sous ses jupons. C’est d’ailleurs là même qu’elle cache son terrible secret : une série de marques blanches, certaines à peine cicatrisées, sur ses deux cuisses, le fruit d’une scarification auquelle elle se livrait quand sa magie devenait trop à supporter.

Nul ne pourrait nier la paternité du Roi de Rhaemond tant ils partagent indubitablement un air de famille. Outre sa grande taille et le coloris de ses cheveux d’or, la princesse a hérité de son père du même front large, des mêmes oreilles, du même nez droit de sa jeunesse, de la même bouche, bien que ses lèvres soient peut-être un peu plus fournies, avec cette minuscule fossette qui se creuse quand elle sourit …

Elladrielle a reçu de la Reine son teint de pêche, la coloration rosée de ses joues et lèvres, ses sourcils bien dessinés, mais surtout ses grands yeux de biche aux cils immenses. Son regard très expressif est gris perle, perdu entre le gris ardoise de son père et le bleu azuréen de sa mère.

Le visage de la princesse est auréolé d’une longue chevelure dorée qui vient lui caresser la chute des reins. Elle adorerait laisser ses cheveux libres, les sentir voler au vent et fouetter son dos quand elle chevauche, mais on lui a suffisamment répété que ce n’était pas digne d’une femme de son rang pour qu’elle accepte de les emprisonner dans des tresses et autres chignons serrés et fasse de son mieux pour ne pas les triturer en permanence. Ses coiffures sont raffinées mais restent souvent simples, ses épis ayant ébranlé même la volonté de ses femmes de chambre les plus ambitieuses.

Elladrielle n’est pas très à l’aise dans ce corps nouveau de femme qu’elle a à peine vu se transformer. On dira d’elle qu’elle est un peu trop grande, un peu trop plate et un peu trop famélique, de par son appétit perdu suite aux épisodes magiques, mais la princesse commence à recevoir quelques regards masculins, appuyés et avides, dont elle ne sait que faire. La jeune femme participant activement à la création de sa garde robe, sa réponse a été de se dissimuler toute entière, couvrant le moindre point de peau depuis la nuque sous mille etoffes riches. La princesse ignore manifestement que ce que l’on laisse à l’imagination, sous les froissements de tissues, attise parfois plus de désir que ce qui est laissé à l’oeil libre. Son choix est d’autant plus paradoxal que ses tenues riches sont largement inspirées par la mode eleär, qui appelle à des tenues plus proches du corps et moins amples que ne le veut la mode Vreën.


Caractère


Princesse, fille, soeur, élève, amie, confidente… Tant de rôles qui relèguent toujours Elladrielle au second plan et ne font que la définir strictement au travers de sa relation avec les hommes de sa vie.

D’avoir grandi sur les genoux de son père, la princesse a acquis des capacités de réflexion et d’analyse aiguisées, ainsi évidemment qu’un goût tout particulier pour les problèmes cornéliens. Le Roi, et les lectures assidues de récits épiques trouvés dans sa bibliothèque, ont également transmis à Elladrielle quelques nobles valeurs chevaleresques : la mesure et la loyauté bien sûr, mais aussi la franchise, l’humilité et le courage. Elladrielle ne fuit pas devant l’adversité et il brûle en elle une force irrésistible qui la tient debout et la pousse continuellement à avancer.

Le retour à Cealcis après deux ans à la cour d’Aiseth a néanmoins entraîné un changement de paradigme et créé une certaine ambivalence dans son caractère. Désormais jeune femme, et malgré sa position privilégiée, elle s’est vu fermer des portes autrefois ouvertes, interdire des choses que ses frères avaient encore tout le loisir de faire, et son futur semble déjà tout écrit. Bien qu’elle ait tout à fait intériorisé ses devoirs de noble dame, il est un rôle qu’Elladrielle n’est pas pressée de tenir : épouse. Jamais ne la laissera-t-on oublier qu’à son âge,  la Reine était déjà mariée et enceinte ; et peut-être est-ce justement d’avoir toujours vu sa mère portant un enfant après l’autre au détriment de sa santé qui la pousse à espérer tellement plus que cette vie maritale. Elle ne peut contenir un profond sentiment d’injustice que d’être femme et un désir brûlant mais inavoué de se libérer de ce terrible carcan. La Comtesse de Blain, visiblement bien au fait de sa frustration rampante, lui fit un jour une confidence précieuse qui resta avec la princesse : une femme de son rang ne pouvait atteindre la liberté qu’en se rendant tout à fait indispensable. C’est ainsi que la princesse, qui avait dû concilier sa vie durant les caractères et les égos des puissants qui l’entouraient et l’aimaient, se mit à se jouer d’eux pour développer des relations mutuellement bénéfiques lui permettant d’obtenir ce qu’elle désirait.

La menace perpétuelle de la magie qui pèse sur sa tête n’a fait qu’approfondir cette ambivalence. Elladrielle s’est convaincue qu’il s’agissait d’un châtiment divin, un feu purificateur infligé par Alvar, mais elle peine bien à en déterminer la cause. D’une part, la princesse déjà très pieuse s'est attaché plus encore à suivre les préceptes de sa religion. De l'autre, le face à face avec sa mortalité a déclenché chez elle une certaine urgence de vivre.


Inventaire


Médaillon : Il s’agit d’un petit médaillon d’or dont la princesse se sépare rarement, l’enroulant autour de son poignet si elle ne peut le porter au cou. Le travail de joaillerie est remarquable et vous y trouverez nombre de symboles, notamment les armoiries de la famille Gartred et deux chevaux se cabrant. Le bijou est néanmoins plus que cela, en ce qu’il a un jumeau et agit en lien entre ses porteurs.

Arc et flèches : Cadeau de Rhys Torë Elënuil, son maître et ami, l’arc court eleär en bois d’if pourra sembler bien simple en comparaison aux arcs d’apparat inoës que portait autrefois la princesse. Les fioritures ont été laissées de côté pour plus de légèreté, un meilleur équilibre et une plus grande précision — un pertinent rappel qu’il s’agit avant tout d’une arme.

Carnet à dessin : Elladrielle porte en permanence un petit carnet où elle immortalise tout ce qui attire son attention, même parfois sans en avoir pleinement conscience. A peine plus grand qu’une main d’homme, le carnet n’est en réalité rien de plus qu’un amoncellement de feuilles de papier au grain très fin de fabrication inoës reliées ensemble par un fil et coincées dans une reliure de cuir rouge où l’on trouve aussi une réserve de cinq crayons à mine de plomb. Ce système a été mis en place pour que la princesse puisse facilement ajouter de nouvelles feuilles ou en retirer le cas échéant lors de ses envois d’illustrations à son cousin Tommen De Lenlay.


Histoire


Chapitre I : Elund

"Elund !"

Le prénom s'était échappé dans un souffle, dont le niveau sonore était bien insuffisant pour surpasser le tumulte de la fête qui battait son plein, mais il y avait une telle urgence dans le ton de la jeune reine que tous les regards s'étaient soudain posés sur elle. Dans ses yeux écarquillés, on lisait la surprise, une pointe de panique peut-être, mais son corps tout entier était tendu par la douleur. Ses carpes agrippaient la table jusqu'à blanchir et le doute n'était plus permis. Erin pouvait clamer autant qu'elle voulait qu'il lui restait plusieurs semaines avant le jour J, le travail venait indubitablement de commencer.

Un cortège pressé escorta tant bien que mal la suzeraine jusqu'aux quartiers que le Duc d'Ether avait eu le bon goût de faire aménager pour elle au rez-de chaussée, et Elund se vit fermer la porte au nez. Derrière les lourds panneaux de bois se cachait un monde de femmes où l'on gardait jalousement le secret de la vie... Les hommes, les pères, y étaient interdits. C'était l'ordre des choses mais diantre, comme il avait envie d’user de son autorité de Roi pour cette là. Cette naissance rendait le monarque terriblement inquiet. Il ne voulait pas de l'enfant à naître et n'avait d'ailleurs pas caché son mécontentement face à la grossesse de la Reine. Bien sûr, c'était le signe d'un mariage heureux, la fécondité de la Reine était une bénédiction d'Alvar, et il avait toujours voulu une ribambelle d'enfants, mais pas tout de suite, pas comme cela. A peine deux ans s'étaient passés depuis leur union, et voilà qu'ils accueillaient encore un autre petit. Son épouse, qui avait à peine dix-neuf ans révolus, était bien trop jeune pour tout cela. Puis, il avait déjà un fils, deux en comptant le petit Tommen, l'enfant de feu son meilleur ami Peter de Lenlay et le neveu de la reine, que le couple royal avait presque tout à fait adopté. Elund n'avait pas besoin d'un troisième bambin dans l'immédiat. Pas que Dame nature lui ait laissé le choix, bien évidemment.

Le banquet continuait, animé d'une flamme nouvelle à l'idée que le Roi, que l'on célébrait ce soir-là, reçoive de son épouse le plus beau des présents, un joyau de plus pour sa couronne, un autre petit héritier à la couronne. On dansait jusqu’à l'essoufflement, on se régalait des mets les plus fins et le vin coulait à flot, mais le Roi préoccupé n’avait pas le coeur à la fête, aussi ne tarda-t-il pas à s’isoler avec ses amis dans un petit salon autrement plus intime. Le Duc de Séverac, qui avait fait le déplacement pour célébrer l’anniversaire de son ami et les fructueuses relations commerciales entre Révelant et Ambeorn, tentait tant bien que mal d’apporter quelques éclaircies à ce front soucieux, mais l’appréhension du Roi était palpable. Erin allait mourir. Il en était intimement convaincu. Son épouse ne survivrait pas le jour, et l’idée d’être responsable de la décimation de tous les héritiers De Lenlay le rendait malade.

Il était deux heures passées quand la lourde porte s’ouvrit sur Adelaïde de Séverac. A peine Elund l’eut-il entrevue du coin de l’oeil qu’il était debout. Erin ? La duchesse le rassura d’un hochement de tête et d’un sourire chaleureux. Elle mieux que quiconque savait apaiser les coeurs tourmentés, et un regard suffit à détendre tout à fait le monarque. Les mots qu’elle allait prononcer ensuite changeraient sa vie.

“Sir… Votre fille.”


Il ne l’avait même pas vue au premier abord. Adelaïde tenait contre son sein un tout petit bébé, habillé d’une longue robe de dentelle blanche et tout enveloppé dans une chaude couverture de laine. Elund s’approcha lentement, muet. Il se saisit de la nouvelle née avec toute la délicatesse du monde et, déjà, il ne pouvait plus en détacher les yeux. Elle lui semblait minuscule, à tenir ainsi entière dans son avant bras, et ses grands yeux tout ouverts qui ne manquaient pas une miette de ce nouveau monde qui s’offrait à elle. Qu’Alvar soit témoin, il lui montrerait tout ! Il gravirait des montagnes, il tuerait des dragons, il combattrait mille armées pour elle, pour juste un sourire. Le coeur d’Elund s’était mis à battre la chamade et soudain, alors que l’enfant serrait son doigt dans sa petite main délicate avec une force qui le laissa au dépourvu, le monde autour d’eux disparut totalement. Tout hypnotisé qu’il était, il n’entendait plus rien des félicitations de ses amis ou du discours passionné de Renaud. La petite s’était imposée dans sa vie, et voilà qu’elle s’imposait maintenant dans son coeur. Etait-ce cela, l’Amour ?

"Elladrielle... C'est ainsi qu'Erin voudra l'appeler. Et si vous m'y autorisez Duchesse, j'y accolerais volontiers votre nom. Que vous la gardiez dans votre coeur. Que vous la guidiez comme vous l'avez fait sa mère. Que vous l'entouriez de toute votre intelligence et douceur.” Il n’avait toujours pas relevé les yeux de sa fille et sa voix était toute chargée d’émotion. Les mots suivants n’étaient qu’un murmure. “Elladrielle Adélaïde Gartred. Voilà qui est bien…”

Rarement l’on vit père plus dévoué qu’Elund envers Elladrielle. Il ne semblait pouvoir s’en détacher. Ses pas le menaient systématiquement à la nurserie, il la prenait dans ses bras chaque fois qu’elle pleurait et avait toujours le plus grand mal à la rendre à ses nourrices. Scène bien incongrue que de voir ce grand homme faire les cent pas dans la Salle du conseil pour bercer la petite, tout en donnant des ordres concernant la situation sensible du marquisat d’Iken, devant les yeux médusés de son gouvernement. Mais on lui pardonna cette excentricité. A vrai dire, on finit même par l’encourager… Il ne fallut pas longtemps aux conseillers du Roi pour se rendre compte que celui-ci se montrait moins intransigeant, plus magnanime et même presque conciliant quand il tenait sa fille ou qu’on lui avait aménagé du temps à passer avec elle. C’est ainsi qu’Elladrielle grandit sur les genoux de son père.

Toute une organisation s’était arrangée autour de cet amour paternel irrationnel : quand la petite princesse n’était pas dans la pièce, elle n’était jamais loin, et devait pouvoir être mobilisée à tout instant. Et comme il l’avait promis devant Alvar, Elund montra le monde à sa fille. Il y avait toujours un cheval prêt dans les écuries, équipé d’une double selle que le Roi avait fait concevoir sur mesure pour les accommoder tous les deux dans la plus entière sécurité. Père et fille s’évadaient régulièrement quelques heures de Cealcis, dans les bois et montagnes environnantes. Ces chevauchées improvisées développèrent chez Elladrielle un goût pour les grands espaces et les paysages magnifiques, sans compter qu’elles firent de la princesse une cavalière de génie. Pour ses dix ans, et contre l’avis de la Reine inquiète, Elund offrit à sa fille une magnifique jument moreau, et constata sans surprise et avec une fierté non dissimulée qu’elle était déjà tout à fait autonome sur la bête majestueuse. Cela jouait par ailleurs fort bien dans la légende : Elladrielle était Lenlay par sa mère, du sang de cheval sauvage coulait dans les veines de sa lignée. Nul destrier ne pouvait résister un Lenlay, et jamais ils ne tombaient de cheval.

Bien sûr, la petite était de tous les déplacements du Roi où l’on pouvait garantir sa sécurité. De par cette visibilité accrue, on connaissait son nom et l’on chantait partout les louanges d’Elladrielle, la princesse rhaedar aux cheveux d’or. Au son des odes et des ballades, et sous le coup d’un plan de communication fort bien pensé, Elladrielle ne tarda néanmoins pas à transcender son rôle de princesse et fut érigée en égérie des bonnes relations entre les eleär et les vreën. On se servit de la popularité de la Reine, aussi surnommée l’Amie des Elfes après l’épisode de la forteresse d’Erac, comme d’un piédestal pour la princesse et on y ajouta les formes : la petite avait été nommée directement après une noble guérisseuse eleär, on ne manqua pas de noter comme la joliesse de ses traits rappelait la beauté et le charisme des créatures de l’aube, sa garde robe fut adaptée à la mode eleär aérienne, des leçons de tir à l’arc court lui furent donné et on créa quelques interactions avec le Beau Peuple pour faire briller encore la princesse. On alla même jusqu’à dire que c’était Elladrielle elle-même qui apprenait les rudiments du nymeriin au Roi. Les eleär bien sûr, eux qui vénéraient religieusement leurs anciens, n’avaient que faire de cette nouvelle-née, mais cette politique eut un bel impact sur les vreën qui, eux, célébraient les naissances et la vie. Elund se servit de sa fille pour conjurer un coeur à la fois les comportements hostiles et discriminatoires envers les eleär. Ce ne fut évidemment pas suffisant pour pacifier totalement les relations, notamment insuffisant pour faire rouvrir les frontières de Desde à la Coalition des Trois, et nombre d’incidents étaient encore à déplorer, mais c’était un pas dans la bonne direction.

Le départ d’Elladrielle pour la cour d’Allsyria en Aiseth, en l’an 85 de l'Ère des Rois, ne fit qu’ajouter encore du poids à cette narration. Elund se sépara de sa fille le coeur lourd, alors qu’elle accompagnait sa mère très mal en point pour du repos chez les eleär et les soins avisés de son amie guérisseuse, l’Elladrielle originelle après laquelle la princesse avait été nommée. Quand bien même la Reine rentra à Cealcis après huit mois de convalescence, la princesse resta en tout et pour tout deux ans et demi à la Cour d’Allsyria.

A son retour à Cealcis, à la fin de l’an 88 de l’Ère des Rois, c’était devenu une femme et sa situation était bien différente. Bien qu’Elladrielle bénéficie encore d’une position privilégiée de favorite, le Roi ne pouvait plus se permettre les même largesses et on attendait maintenant d’elle qu’elle se comporte comme une dame de son rang. Le choc fut brutal. Elund et Elladrielle étaient tout de même plus complices que jamais et parvinrent à préserver un peu de la douceur qui était la leur. Ils passaient des heures entières à converser dans le bureau du Roi, à l’abri des regards et des oreilles indiscrètes, et à jouer à leur nouveau jeu préféré du “Que feriez-vous ?” où Elund soumettait à sa fille certaines doléances et problématiques du royaume à résoudre. Très vite, la Cour se rendit compte de l’influence qu’Elladrielle exerçait une fois de plus sur le monarque, et on choisit de l’utiliser pour atteindre le Roi, pour négocier quelques faveurs et faire passer des messages. Le père comme la fille avaient parfaitement conscience de ces manigances et exécutaient parfaitement leurs rôles dans cette danse, en ce que cela signifiait plus de temps à passer ensemble et plus de sujets pour leurs jeux stimulants. Elund était fasciné et pas peu fier devant l’ingéniosité dont faisait preuve sa fille et il voyait déjà en elle le potentiel d’une grande stratège et diplomate. Quelle extraordinaire suzeraine, quelle reine glorieuse elle aurait fait pour Rhaemond…

Chapitre II : Tommen

“Ella, je le distrais et vous prenez le drapeau ?”
“Oui. Faîtes le tour des rosiers et je passerai par les hortensias pour arriver derrière lui !”
 

Il y avait une grande solennité dans ces stratégies de jeux d’enfants. Sans doute agissait-on à la manière des aînés, que l’on voyait prendre des décisions de vie et de mort tous les jours. Tommen hocha de la tête avant de s’élancer en courant. Elladrielle s'avança tout doucement, écartant une branche du buisson pour observer son frère aux abois qui tournait autour de l’objet à conquérir comme les gardes faisant inlassablement le guet des remparts du château. Iric ! Tommen était en place, et tout prêt à attirer son cousin loin de la cible. C’était le moment ! Mais voilà qu’alors qu’elle s’élançait, son bliaut s'agrippa dans les branches de l’arbuste et la voilà tout à fait bloquée, à essayer de se dégager dans de grands bruits de feuillages. C’était injuste, ces robes ! Tous ces tissus qui l'engonçaient, l'étouffaient, la restraignaient….

“Vous croyez que je ne vous ai pas vu, cher soeur ?! Vous êtes aussi discrète qu’un Pendek !”

Et voilà comment un si joli plan tombait à l’eau. Ce n’était pas un échec total, en ce que le prince héritier était si satisfait d’avoir découvert sa jeune soeur et tellement occupé à la dénigrer qu’il avait tout à fait oublié Tommen, qui se glissait maintenant derrière lui pour dérober le drapeau. Elladrielle était tout sourire.

“Peut-être, mais vous, vous en avez l’idiotie ! Ne vous a-t-on point appris à toujours garder l’oeil sur la cible ?”

La princesse se mit à rire en voyant la mine déconfite de son frère qui se rendait soudain compte de sa bêtise et se précipitait derrière son cousin. Elladrielle emboîta le pas aux deux garçons, et on finit par oublier tout à fait pourquoi l’on courait, grisé par la poursuite dans les somptueux jardins du palais royal…

“Tommen ! Nous partons.”


Il y avait plus de sens dans ces quelques mots que tout ce que les enfançons brusquement interrompus auraient bien pu imaginer. C’était la voix de Myrine, la mère de Tommen, bien qu’elle n’en ait en réalité que le titre, s’étant contentée sa vie durant de lui donner naissance et de le réprimander froidement de temps à autre.

Il n’y a malheureusement pas beaucoup de lumière dans l’histoire du jeune Tommen de Lenlay. Il naquit, dans de très sombres circonstances dans la tristement célèbre forteresse d’Erac, du mariage pourtant heureux de Peter de Lenlay, héritier du duc de Lenlay, et de Myrine de Lachet, issue de la haute noblesse kaerd. Il ne rencontrerait jamais son père, mort dans d’atroces souffrances juste avant sa naissance devant les murs mêmes de la forteresse assiégée. Sa mère se laissa entièrement dépérir suite à cela. C’était déjà une bénédiction en soi qu’elle ait trouvé la force de donner naissance, et même si la jeune femme survécut à l’accouchement, elle se détacha totalement de son nouveau né dès le cordon coupé, refusant ne serait-ce que de le voir et de le nommer… Tommen fut recueilli et chéri par sa jeune tante et la future Reine de Rhaemond, Erin de Lenlay, la seule de la famille à avoir encore la force de se tenir debout et la tête haute après les tragédies que la guerre avait fait subir aux siens. Le couple royal était plein d’affection pour lui, notamment le Roi qui voyait en lui la chair de la chair de son meilleur ami perdu, et ils l’aimèrent comme leurs propres enfants.

Tommen fut élevé avec le prince héritier, Iric, et la joyeuse princesse Elladrielle, qu’il avait pris l’habitude d’appeler affectueusement Ella, en ce qu’il avait eu bien du mal dans le passé à prononcer les sonorités en r, et ne voyait de toute façon pas l’utilité d’un prénom si long... Les années d’enfance qu’il passait là, à courir au milieu des hortensias avec les héritiers de la couronne, resteraient sans nul doute les plus douces de sa vie, surtout en ce que maintenant il partait. Il ne partait pas dans ses quartiers au château, ou se faire prodiguer une leçon, non, il partait partait. Myrine, désormais sans attache en Seregon et très lasse de voir partout le souvenir de son époux perdu, avait décidé de plier bagage. Voilà qu’elle emmenait maintenant ses enfants pour vivre sous la protection de son père au delà de la Mer des Shalkes, loin de Cealcis et jusqu’au coeur de l’Ordanie.

La séparation fut difficile et cruelle, et il fallut littéralement arracher Elladrielle à l’étreinte de Tommen. Avec Iric, ils partageaient tous trois une complicité si profonde que s’en était presque criminel que de les séparer, mais Myrine n’avait rien voulu savoir et, après tout, c’était son fils. Funeste décision que de s’en retourner en Kaerdum, en ce que l’an était 84 de l'Ère des Rois et qu’ils ne vécurent à Lachet que quelques mois avant que leur campagne ne soit brûlée, ravagée, décimée par la Légion Rouge. La mère et la soeur de Tommen perdirent la vie dans une violence sans nom. Les résistances courageuses du jeune Tommen avaient été soufflées comme le vent, et il fut laissé pour mort avec de nombreuses blessures. Le Roi de Rhaemond remua ciel et terre dès qu’il eut vent de l’attaque pour retrouver et rapatrier son fils adoptif, mais les premières nouvelles de Tommen lui parviendraient par Elladrielle. Les jeunes amis s’étaient fait la promesse solennelle de s’écrire, de maintenir le lien, et c’est donc tout naturellement qu’il se tourna vers elle dès que le miraculé d’Alvar fut en mesure de tenir une plume.

Il est néanmoins une autre promesse d’enfant qu’il ne tiendrait pas : celle de se retrouver aussi vite que possible. Le coeur du jeune adolescent était empli de rage et de la volonté de vaincre, et malgré les suppliques de sa cousine et les ordres directs de son Roi, Tommen s’engagea dans l’armée avec l’ambition de devenir un meilleur stratège que son père et un protecteur pour les mères et les soeurs des autres. Très vite, on sonna la guerre et l’armée kaerd, à laquelle appartenait maintenant Tommen, se mit en marche afin de défaire ceux qui remettaient en question le règne de Thorleif.

Autant que faire se peut en ces temps de guerre, Elladrielle et Tommen entretenaient précieusement leur relation épistolaire. Tommen déchargeait sur le papier son coeur lourd des atrocités vécues et Elladrielle lui racontait la vie besogneuse de Cealcis, sans compter les plaines ensoleillées et les forêts ombragés. C’est parce qu’il lui avoua ne plus se souvenir de tout cela que la princesse apprit à dessiner. Elladrielle avait toujours fait sens des courbes et des lignes et devinait aisément quelques paysages magnifiques dans un entrelas de gribouillis, mais elle se devait maintenant d’apprendre à produire du contenu intelligible pour son cousin. Elle en avait fait sa mission que de lui remémorer ses landes originelles et, de fil en aiguille, elle se mit à dessiner tout ce qui attirait son attention. Les esquisses et les croquis demeuraient souvent inachevés, et au grand jamais n’eut-elle la patience et le goût d’en faire des toiles ; la technique venait également parfois à manquer car, si elle avait un vrai talent pour les paysage et les visages, elle ne s’aventurait guère à dessiner précisément les corps, les mains, les pieds… Quoi qu’il en soit, cela importait peu, en ce que tout ce qu’elle produisait était destiné à Tommen. Ce dernier s’accrochait aux illustrations que lui envoyait sa cousine comme on s’agrippe à son épée sur le champ de bataille…

Jamais on ne dit mot, et surtout pas au principal intéressé, mais dans l’esprit de tous, Elladrielle et Tommen finiraient un jour ou l’autre par être unis devant Alvar. C’était d’ailleurs sans nul doute un des rares hommes au monde auquel Elund pourrait bien consentir la main de sa fille bien aimée. Outre le fait que ce soit son fils adoptif et le portrait craché de son ami d’enfance, Tommen était un homme loyal, bon, généreux, qui aimait déjà Elladrielle du fond du coeur, et par dessus tout un très bon militaire qui se démarquait déjà dans l’armée kaerd par sa valeur et son ingéniosité.

Le Roi avait besoin d’un tel homme à sa Cour, surtout au vu de la montée des tensions avec Desde et des évolutions technologiques en cours de l’armement, et son fils héritier aurait bien besoin d’avoir un ami dans son entourage et quelqu’un de sa génération qui avait déjà connu la guerre. Le Roi savait qu’il pourrait aussi compter sur Elladrielle pour conseiller et réfréner son frère sur la diplomatie. Quoi de mieux que de les marier pour les avoir tous les deux à Lenlay, à seulement quelques centaines de lieues de la capitale ?

Encore fallait-il réussir à faire revenir Tommen en Rhaemond. Il avait l’air fort satisfait de sa vie en Ordanie et n’avait pas remis les pieds en Seregon depuis qu’on l’y avait arraché, surtout en ce qu’il savait très bien que tout retour serait définitif. Son grand père était mort en l’an 87 et Tommen était devenu Duc par succession, mais il avait jusque là tout à fait esquivé son devoir en restant dans l’armée kaerd. Peut-être Elladrielle, désormais en route pour Kaerdum, réussirait-elle à l’enjôler suffisamment pour le faire rentrer à la maison. C’était un espoir qu’Elund nourrissait secrètement, et le retour du fils prodigue une des raisons pour lesquelles il lui donnerait la main de sa fille sans hésitation aucune.

Chapitre III : Rhys

Le vacarme d’une respiration rapide, accompagnée de petits sanglots étouffés, venait perturber le silence religieux de la grande bibliothèque d’Allsyria. Qui donc osait importuner ainsi les livres ? Rhys ne tarda pas à trouver l’origine du raffut : une petite chose adossée à une grande étagère qui tourna vers lui de grands yeux gris humides. Non loin, deux gardes royaux rhaedar dans leurs armures noires, totalement immobiles comme à l’image des pions d’un jeu d’échec, et visiblement impassibles face à la détresse de leur jeune protégée.

Il n’y avait pas beaucoup de vreën à la Cour d’Allsyria en l’an 85 de l'Ère des Rois, aussi était-il aisé de deviner qu’il s’agissait de la petite princesse Elladrielle, arrivée avec sa mère malade une semaine plus tôt. La Reine de Rhaemond, aussi surnommée l’Amie des Elfes, avait été invitée à séjourner quelques mois à Allsyria pour venir y retrouver la santé et bénéficier des soins de ses amis guérisseurs. Rhys, qui connaissait bien la Reine Erin, était sincèrement désolé de la voir dans cet état. Elle venait de survivre à une grossesse compliqué, un accouchement cauchemardesque et la mort de son nouveau né après quelques semaines. Son corps était en mauvais état et son coeur était plus malade encore. Que sa fille l'accompagnât fut néanmoins une surprise pour tous. On devinait aisément qu’il avait été impossible de séparer l’enfançon de sa mère, si terrorisée qu’elle devait être de la voir si faible et à l’idée de la perdre, et si la nouvelle de son arrivée avait été donnée, elle s’était perdue dans le cadre des préparatifs de l’arrivée royale. La Reine Erin était un parangon de tout ce qu’il pouvait y avoir de bon chez les vreën mais il y avait encore beaucoup de méfiance et d’animosité envers le peuple qui leur avait tant pris, si bien que l’on ne se pressait pas pour s’occuper de la petite princesse rhaedar en perdition et c’est ainsi qu’elle se retrouvait seule et isolée dans la bibliothèque, à regarder les illustrations d’un livre de récit de bataille épiques.

Pris d’un élan de bon coeur, l’eleär alla s’asseoir près de l’enfant et commença à lui conter, d’une voix douce et comme si de rien n’était, l’histoire des vaillants combattants illustrés. Il ne fallut pas longtemps pour que la petite se cale contre lui et s’endorme à la manière d’un chat, à la grande surprise de l’ancien. Rhys Torë Elënuil n’était pas un tendre très prompt aux démonstrations d’émotions, et il n’était habitué ni à donner ni à recevoir de l’affection. Il avait passé presque la moitié d’un millénaire à guerroyer ou à s’y préparer. Bien que né de la Haute Famille Torë Elënuil d’Aiseth, on l’avait sélectionné très jeune pour rejoindre l’armée du fait de son physique fantastique : il était déjà d’une taille si remarquable, avec des épaules tellement larges, que l’on disait de lui qu’il éclipsait les astres en passant. Il fut d’abord formé pour rejoindre les archers de la cavalerie légère, passa Champion pour une centaine d’années, avant d’être d’intégré dans la cavalerie moyenne pour répondre aux besoins des nations eleär pendant l'Ère de la paix, qui n’en avait d’ailleurs vraiment que le nom. Mais Rhys était las. Il avait été lavé par le temps, par la vie, par le sang, la violence et la boue. Il avait vu bien trop d’horreurs et bien trop peu de la beauté que renfermait parfois Rëa, et il se retrouvait plus  à errer sans but et à attendre le passage du temps qu’à vivre pleinement.

Elladrielle n’avait pas l’intention d’en rester là avec le vieil elfe. Déjà, c’était son seul ami à Allsyria — du moins le considérait-elle ainsi — et, qui plus est, il avait des histoires à raconter. Elladrielle avait toujours été avide de récits, surtout les histoires des combattants valeureux et des batailles perdues. Un mois durant, elle s’attacha à le suivre autant que possible et partout. Un seul geste de gentillesse et voilà que l’eleär ne pouvait maintenant s’en dépêtrer, mais il n’en avait pas vraiment envie non plus. Il prenait exprès des chemins plus longs mais avec les plus beaux points de vue quand elle le suivait dans le palais, et cédait fort aisément à ses suppliques pour de nouveaux contes. La petite blondinette lui semblait être une bouffée d’air frais. Elladrielle était animée d’une détermination, d’une soif d’apprendre et d’une mémoire agile qui laissait le guerrier pantois.

Comme Elund avant lui, Rhys vit également en Elladrielle la possibilité d’un lien entre les deux peuples. Des siècles durant, Rhys avait combattu contre mais aussi avec les vreën, il connaissait bien leurs us et restait majoritairement convaincu que les eleär avaient intérêt à développer et entretenir des relations avec leurs voisins valduris. Il aspirait à démystifier et réhabiliter un peu les vreën auprès de ses jeunes, et Elladrielle était parfaite dans ce rôle en ce que c’était encore un canva blanc, non souillée des violences et des laideurs des hommes, et au coeur très pur. D’autre part, donner une bonne expérience d’Aiseth à la princesse chérie du Roi de Rhaemond tisserait des liens forts entre les Cours des royaumes voisins, et il ne doutait point qu’elle rapporterait ses apprentissages à la Cour et créérait quelques nouvelles modes enclin au rapprochement des peuples. Le guerrier se fit un devoir d’intégrer Elladrielle dans la communauté, et notamment de la faire participer aux leçons qu’il donnait hebdomadairement aux jeunes de la Cour.

A peine deux mois après leur première rencontre, il se déclarait officiellement son maître, et entreprit tout de son éducation. La Reine, remise de ses tourments, s’en retourna bien vite à Cealcis, mais elle laissa Elladrielle sous la tutelle de l’éternel pendant plus de deux ans. Il lui donna promulgua quelques enseignements de base, comme le perfectionnement de la lecture et de l’écriture des langues, les mathématiques, l’histoire et la géographie, mais il s’adaptait également largement aux demandes plus singulières de la princesse. Ainsi, ils étudièrent beaucoup ensemble la cartographie. Elund l’y avait initiée mais Elladrielle voulait absolument en savoir plus, et surtout apprendre à se repérer dans les terres changeantes d’Aiseth. La princesse déploya également beaucoup d’énergie à l’apprentissage des plantes, des remèdes et guérisons, mais c’était plus pour s’inscrire dans la suite de sa mère que par passion personnelle.

Et le tir à l’arc. Ah, le tir à l’arc ! Voilà bien un sujet sur lequel Elladrielle eut à revenir à la charge un nombre incalculable de fois. Il était coutume dans la lignée royale que les héritières apprennent le maniement d’une arme, en tant que filles et femmes de commandants guerriers, et c’est ainsi par exemple que la Reine d’Eliran Catriona avait appris l’escrime et que sa tante la princesse Lyson avait étudié les armes de jet. Le choix de l’arc court s’était fait tout naturellement étant donné qu’Elladrielle était devenue l’égérie des relations pacifiques entre vreën et eleär, mais jusqu’à son arrivée à Allsyria, cet apprentissage était resté très limité : elle savait tenir son arc, comment le bander, et à peu près comment toucher une cible à condition qu’elle soit bien large et bien proche. Rhys ne voyait pas l’intérêt de former la petite, malgré son insistance. Il fallait plus d’une vie valdur pour maîtriser son art vénérable. La princesse l’eut à l’usure, mais trouva en lui un maître autrement plus intransigeant et sévère. Même sa technique devenue presque irréprochable, c’était tout de même trop lent, trop faible, trop peu adapté à son environnement… Qu’importe. Elladrielle était très heureuse de cette pratique.

Il fallut néanmoins partir au bout d’un moment. Elund se faisait impatient de retrouver la prunelle de ses yeux et, peu importe que la princesse ait passé deux ans et demi à Allsyria, cela restait bien et seulement une visite sous le signe de l'hospitalité de la Reine Nerÿs. Elladrielle et Rhys n’eurent néanmoins jamais vraiment le temps de se manquer, en ce qu’en l’an 90, c’est le guerrier qui faisait le voyage jusqu’à la Cour de Cealcis. La Reine Erin se confiait à lui et il prit l’initiative de venir en apprenant d’une part qu’Elladrielle était victime d’une magie terrible, que sa flamme vacillait ; et d’autre part combien la mère et la fille ne parvenaient plus à communiquer. La suzeraine était tout entière consacrée au Devoir et se réalisait dans le soin apporté aux autres, alors que la princesse voulait vivre. Rhys envisageait d’user d’un peu de l’influence positive qu’il avait sur Elladrielle pour la faire rentrer dans le rang, mais il la trouva dans un bien piètre état.

Quand vint le moment d’aller chercher de l’aide par delà la Mer des Shalkes, Rhys offrit d’accompagner la princesse dans son périple en Ordanie, et ce faisant de la protéger et de continuer à l’éduquer. A cinq-cent-dix-sept ans, l’éternel était largement libre de ses mouvements, et c’était l’occasion d’en apprendre plus sur cette mystérieuse Azzura qui s’était réveillée. Assurément un savoir précieux que ses homologues voudraient obtenir. Il y avait aussi cette histoire d’une dette d’honneur qu’il aurait envers la Reine Erin, bien que nul n’ait jamais pu obtenir plus de détails sur la question. Mais pour dire vrai, Elladrielle était simplement devenue son amie et il avait bien envie de prendre quelques années pour voir ce que ce petit bout de jeune femme allait devenir et quelle marque elle laisserait dans l’histoire, si jamais elle en laissait une.


Chapitre IV : Iric

Une atmosphère de veillée mortuaire reignait dans la chambre de la princesse. Tout avait été rangé. Tout avait été nettoyé. Les docteurs avaient emporté leurs instruments. Les servantes avaient frotté la trace de sang sur le parquet avec toute la détermination du monde. En vain. Le bois était imbibé, aussi l’avait-on recouverte au mieux d’un joli tapis coloré. La princesse aimait les couleurs, n’est-ce pas ? Toutes les traces des évènements de la veille avaient été soigneusement dissimulées, comme pour effacer la douleur, comme pour mieux alléger les mémoires du terrible combat qui s’y menait encore.  

Mais Elund n’oubliait pas, il savait que cette tâche était encore là, et il savait pourquoi. L’Amour de sa vie gisait, allongée sur ce grand lit, recouverte de mille fourrures et courtepointes. Seul son bras frêle en sortait, et il tenait sa main dans la sienne, comme on s'agrippe à son épée sur le champ de bataille. La robe blanche en soie brodée dont il apercevait la manche et le col lui faisait de plus en plus l’effet d’un suaire.

Elund ne pouvait pas détacher ses yeux de sa fille, de son joli visage auréolé d’une cascade de mèches dorées, lesquelles semblaient scintiller dans la lumière naissante de l’aube qui baignait la pièce. Elladrielle était pâle comme un linge, mais semblait apaisée et sereine. On pouvait presque deviner l’ombre d’un sourire satisfait sur ses lèvres entrouvertes, qui laissaient passer à interval régulier sa respiration condensée en vapeur d’air. Il y faisait bien froid, dans cette pièce, mais l’âtre demeurait vide. De ce que l’on savait, et c’était fort peu, la magie d’Elladrielle était liée aux flammes d’une manière ou d’une autre. Bien qu’aucune causalité n’ait été établie entre les crises et la présence d’un foyer, on avait tout de même préféré couvrir la princesse plutôt que d’allumer un feu, de peur de provoquer un nouvel épisode qui scellerait assurément son sort. Même les bougies, les chandeliers et les torches étaient restées éteintes cette nuit-là.

Voilà maintenant presque un an jour pour jour que la douce Elladrielle avait subi la malédiction d’Alvar. Son don magique s’était déclaré en elle à la manière d’un feu de forêt en plein été. Soudain. Irrésistible. Terriblement destructeur. Elund se souvenait bien de la toute première fois où il avait retrouvé sa fille adorée prostrée au sol, pleurant toutes les larmes de son corps sur ce même parquet désormais recouvert, et le suppliant d’une voix brisée par la douleur d’éteindre l’incendie qui la consumait de l’intérieur. Ni le Roi ni le père qu’il était n’avaient pu agir cette nuit là. Impuissant, Elund s’était contenté de la serrer dans ses bras, de la bercer, de caresser ses cheveux d’or et d’embrasser son front en lui chantant d’une voix douce les berceuses de son enfance. Elle avait fini par s’endormir d’épuisement tout contre lui, mais même alors, il l’avait tenue encore longtemps dans son étreinte protectrice. C’était les gémissements et les suppliques des condamnés sur le bûcher qu’il entendait d’elle. Quelle était la signification de tout cela ? Qu’avait-elle bien pu faire pour mériter tel châtiment, elle qui avait grandi pour devenir une jeune femme douce, attentive et généreuse ? Ou bien était-ce lui ? Alvar cherchait-il à le punir pour quelques crimes horribles, en terrassant ce qu’il avait de plus cher au monde ?

Il y avait eu de nombreux autres épisodes. La magie avait frappé encore et encore, de plus en plus souvent, avec toujours une intensité accrue, jusqu’à confiner totalement la princesse. Quand elle n’était pas recluse dans sa chambre en convalescence, elle passait tout son temps à prier Alvar au sanctuaire. Ses crises la laissaient vidée de toute énergie et dans l’incapacité d’en retrouver. La nourriture prenait le goût de la cendre. Le sommeil lui échappait. Même son apparence physique semblait lavée par cette torture, son regard vif maintenant hagard et triste, sa peau rosée devenant diaphane, si bien que même ses cheveux semblaient plus pâles. Un corps ne pouvait supporter qu’une quantité mesurée de douleur avant de se briser, et la flamme d’Elladrielle vacillait. Les docteurs l’avaient dit plus tôt, il n’y avait rien d’autre à faire que d’attendre maintenant, attendre qu’elle se réveille ou s’endorme définitivement, attendre qu’Elladrielle choisisse en son âme et conscience entre la vie et la mort. Et pour l’amour d’Alvar, Elund ne pouvait point trouver une seule bonne raison pour laquelle elle pourrait vouloir revenir. Il voyait bien combien elle détestait sa vie actuelle à Cealcis, et comme elle était déjà tout à fait inadaptée au futur que son statut avait dessiné pour elle.

“De grâce, restez à mes côtés…” murmura Elund d’une voix brisée et les yeux humides.

Il y avait eu le choc, puis le déni, et Elund oscillait maintenant entre une tristesse extrême et une colère intense. Que d’émotions exacerbées dont il n’avait pas l’habitude, et que seule Elladrielle pouvait faire émerger en lui. La tristesse, c’était la voir ainsi et la peur qu’elle ne lui échappe complètement. Mais la colère, la colère était toute entière dirigée vers Iric. C’était de sa faute. A quel point, Elund ne le savait pas encore, mais il le tenait déjà entièrement responsable de cette débâcle. Il y avait déjà eu une altercation un peu plus tôt, mais Erin, Gaucelm et Rhys avaient tous trois fait barrage de leurs corps et paroles apaisantes et il n’avait pas obtenu les réponses qu’il attendait.

D’après la version officielle, Elladrielle avait été prise d’un épisode magique d’une grande intensité, Iric avait tenté de mener sa jeune soeur jusqu’à son lit mais elle s’était écroulée là sur le parquet, s’était saisie de la dague de son frère et s’était poignardée. Mais Elund ne pouvait croire qu’Elladrielle ait tenté de mettre fin à ses jours. Il y avait plus à cette histoire, il y avait une autre intention derrière son geste, un secret que les deux héritiers partageaient et qui lui était interdit. Aux yeux d’Elund, Iric était a minima coupable de s’être laissé désarmé et d’avoir été trop lent pour arrêter sa soeur. L’était-il plus que cela ?

Le Roi voyait dans son fils le portrait craché du prince chatoyant qu’il avait été autrefois, avant la guerre, et il s’était toujours montré terriblement dur avec ce reflet de sa propre jeunesse, de ses propres faiblesses, de ses propres erreurs. Elladrielle avait beaucoup arrondi les angles de cette relation houleuse, en chantant les louanges d’Iric auprès d’Elund et en pansant les blessures de son frère de sa douceur et de son amour. A son retour d’Allsyria, Elladrielle ne put que constater combien leur relation s’était dégradée en son absence. Le monarque voulait préparer Iric au mieux à prendre sa succession et il en attendait toujours beaucoup trop, si bien que le jeune prince, excellant pourtant dans tout ce qu’il entreprenait et très à la recherche de l’approbation du père, ne semblait recevoir que les marques de son insuffisance. De plus, Iric était beaucoup moins calculé et bien plus fougueux et mû par ses passions que son père, et cela n’arrangeait rien.

Quant à eux, Iric et Elladrielle avaient toujours été intrinsèquement connectés d’un lien presque gémellaire, malgré l’année qui avait séparé leurs naissances respectives. Ils étaient les deux faces d’une même pièce. La lune et le soleil. L’ombre et la lumière. La brutalité et la douceur… Iric était bien sûr jaloux de la relation fusionnelle qu’Elladrielle entretenait avec leur père, et souffrait de la tendance qu’elle avait à l’éclipser totalement devant le monarque. La princesse le poussait néanmoins toujours à repousser les limites, à se surpasser, et elle compensait un peu de l’absence du père par son enthousiasme débordant.

Leur relation évolua à son retour d’Allsyria. Iric prit à sa charge de libérer sa jeune soeur devenue femme face aux nouvelles contraintes qui lui étaient imposées. On craignait le prince héritier, de par sa nature rancunière et prompt à la violence, si bien que personne n’osait vraiment trouver à redire s’il décidait de la soustraire à une de ses leçons, de la faire pratiquer le tir à l’arc ou de l’emmener à la chasse avec lui. Le monarque se montrait coulant sur ce point, il ne pouvait qu’apprécier les efforts de son fils pour alléger le coeur tourmenté de sa fille. Avec l’arrivée de la magie, Iric s’inscrivit plus encore dans un rôle de protecteur, de preux chevalier courant au secours de sa dame, à tenter de la délivrer du mal qui la rongeait. Il passait tout son temps libre avec elle, lui tenait compagnie autant que faire se peut, et la veillait parfois. Les retrouver au petit matin innocemment lovés dans les bras l’un de l’autre était devenu courant pour la domesticité.

Cela semblait faire du bien à Elladrielle, et ces derniers mois, malgré des attaques de plus en plus fréquentes, elle avait l’air… mieux. Moins instable. Plus vivante. On pensa qu’elle était en train d’apprivoiser sa magie, et c’était à la fois vrai et faux. Le frère et la soeur avaient découvert par hasard un moyen d’atténuer ses crises, mais ils ne pouvaient le dévoiler au grand jour. Elladrielle en avait besoin, mais leur entourage ne comprendrait pas, ou pire, le lui refuserait. Un jour, elle avait accidentellement brisé un miroir pendant un de ses épisodes. Le verre brisé avait coupé sa peau, fait couler le sang, et étrangement, presque interrompu la crise en cours… Elle réessaya la fois d’après, et c’était confirmé : le sang amenuisait l’intensité des crises. Etait-ce un sacrifice à Alvar ? Ou la magie avait-elle simplement besoin de sortir ? Il est d’autres explications, comme peut-être que cela l’affaiblissait suffisamment pour ne plus produire autant de magie, qu’elle remplaçait une douleur par une autre, ou très simplement qu’en se trouvant une parade elle acceptait enfin ses pouvoirs et arrêtait de se battre…

Toujours est-il qu’elle en voulait plus, et que si un accident était possible, elle attirerait indubitablement l’attention avec des blessures trop récurrentes. Iric voyait bien combien sa soeur souffrait, et l’état de fébrilité dans lequel elle était pendant ses crises. Il fallait trouver une solution, parce que maintenant qu’elle savait comment atténuer ses douleurs, elle ne reculerait devant rien et finirait par se faire mal… Iric non plus n’avait aucun désir de la voir souffrir inutilement. Et après tout, d’avoir une mère guérisseuse, les héritiers savaient comment soigner une plaie et pourraient donc garder ce secret. On choisit d’entailler bien haut sur ses cuisses, là où nul n’irait voir. C’était toujours Iric qui perçait la peau tendre de sa dague, s’assurant que les plaies étaient superficielles, et juste ce qui était nécessaire pour apaiser sa soeur.

Mais ce jour là, Iric avait refusé d’accomoder sa soeur. Il commençait à y avoir beaucoup de marques, certaine peinaient à cicatriser et, à ce rythme, ils ne pourraient plus cacher leurs manigances très longtemps. Elladrielle, toute traversée par cette douleur insupportable qu’elle ne supportait plus, n’écouta pas raison et décida de faire par elle-même ce que son frère rechignait à faire, mais ses gestes étaient trop vifs, trop brusques, trop profonds et d’un coup d’un seul, elle se retrouvait à se vider de son sang devant son frère paniqué et impuissant.

Iric et Elladrielle ne se reverraient pas. C’était la goutte d’eau qui faisait déborder le vase et le Roi se décida enfin à exiler toute sa famille loin de la capitale, dans la sécurité et l’isolement du château rural de Fonleau. On fit affréter une frégate royale, l’Arlett, et la princesse quitta Seregon la première semaine d’Auldera de l’an 90 de l'Ère des Rois. Par vents et marées, par delà la mer des Shalkes et, avec un peu de chance, jusqu’en Kaerdum pour y trouver de l’aide.  


Ambitions & Desseins


Elladrielle aspire plus que tout au monde à se libérer de la malédiction qu’Alvar a jeté sur elle. Dans l’idéal, elle aimerait se débarrasser totalement de cette magie qui l'opprime, mais elle accueillera bien volontier toute solution intermédiaire, tant que cela la garde d’être toute entière consumée par le feu dévastateur. C’est pour trouver l’aide dont elle a si désespérément besoin qu’elle voyage actuellement en Ordanie.

La jeune princesse ne désire pas grand chose d’autre, après tout son avenir est tout écrit, mais sans nul doute tentera-t-elle autant que faire se peut de retarder ce futur inéluctable d’épouse et de mère, de vivre un peu et de profiter des bonheurs simples de la vie pendant cet intermède en Ordanie.



Divers


Reconnaissez-vous être âgé d'au moins 18 ans ? : Yep.  
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Voilà. Ella est là. Elle existe.