Azzura

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Léontine Wilforth, Dame d'Anauroch

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◈ Missives : 6

◈ Âge du Personnage : 27
◈ Alignement : Neutre
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Vreën
◈ Origine : Kaerdum : Un petit village du nom d'Ysgard
◈ Localisation sur Rëa : Raiendal
◈ Lié : Adhémar de Dévera
◈ Fiche personnage : [url=][/url]

Héros
Léontine Wilforth

◈ Jeu 16 Fév 2017 - 1:21

◈ Prénom :  Léontine, dite "Dame d'Anauroch", "La cantatrice", " La bourgeoise", "Belle-de-jour".
◈ Nom : Wilforth, née Leenard
◈ Sexe : Femme
◈ Âge : 27 ans
◈ Date de naissance : Septième jour de Drema de l'An 63 de l’Ère des rois.
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Vreën
◈ Origine : Kaerdum - Ysgard

◈ Alignement : Neutre
◈ Métier : Membre de la Cour Royale de Raiendal, Épouse de Chevalier. Elle occupe son temps en fréquentant et organisant des banquets mondains réservés à la cour royale et aux puissantes familles de Kaerdum.

Magie


Aucun don, si ce n'est celui de l'éloquence.


Compétences, forces & faiblesses


> Arts de la noblesse & de la bourgeoisie
(Métier engagé : Membre de la Cour de Kaerdum, épouse de Chevalier)
- Lecture & écriture : Maître
= Léontine a été élevée dans le creuset des Arts Littéraires. Elle manie des mots comme toute créature de la mer sait y nager. Ses talents rhétoriques sont sus et connus et difficiles à troubler.
- Mathématique (comptabilité, arithmétique de base) : Avancé
= Toute épouse d'un Chevalier se doit de savoir gérer son domaine. La gestion de sa dot, de ses propres finances, sont des apprentissages naturels. Par ailleurs, se voir confier l'organisation de banquets de la Cour ne s'est pas fait sans quelques talents en la matière.
- Étiquette (toute Cour Vreën / Kaerdum) : Avancé
= Léontine n'est pas née de la Haute Noblesse. Si pour les plus rustres des nobles, elle sait faire illusion, les plus grands sentiront bien qu'il ne s'agit que d'une très bonne copie de leurs savoir-être. Voilà aussi pourquoi certains la moquent : elle n'est pas de leur monde et, ne le sera jamais.
- Politique : Intermédiaire
= Sans être politicienne, toute dame de Cour sait se faire ombre des puissants et entendre les murmures et les bruits. Aussi, les jeux de la politique ne lui sont pas étrangers. Si elle y évolue avec aise, elle ne saurait faire face à un politicien expérimenté.
- Équitation : Avancé
= L'équitation est un art de la noblesse, appris souvent dès un jeune âge. Par ailleurs, son mari étant chevalier, il a certainement dû lui prodiguer des enseignements, notamment pour qu'elle puisse participer aux chasses royales sans perdre la face.
- Diplomatie (Kaerdum) : Intermédiaire
= Elle possède tout attribut de la noblesse mais son caractère sanguin lui a fait commettre quelques impairs.
- Subterfuge (chantage, mensonge, manipulation, etc) : Maître
= Voilà où Léontine sait se démarquer de ses pairs. Elle sait ce qu'elle vaut, ce qu'elle veut et ne laissera personne entraver ses desseins ni lui barrer la route : elle saura trouver les failles d'un adversaire pour mieux le faire chanter, séduire ses proches pour mieux les manipuler.
- Broderie & Représentation (danse) : Novice
= Ces arts de bonne épouse et dame évoluant dans une Cour sont une torture pour elle. Si elle y a été initiée, elle n'est certainement pas la plus calée sur le sujet.

> Compétences libres
- Religion (Vreën) : Avancé
= Comme toute Dame, elle aura suivi les enseignements des sermonnaires des temples d'Alvar qui sont le fondement des règles familiales en son royaume.
- Histoire (Kaerdum, ère des Rois) : Intermédiaire
= L'histoire de Kaerdum, ses guerres, son glorieux passé et surtout, l'Histoire de sa royauté et des liens entre familles lui sont nécessaires pour évoluer en la Cour.
- Éloquence : Expert
= Malgré sa jeunesse, Léontine sait user des mots comme un guerrier sait user de sa lame. Sa langue sait se faire douce ou acerbe, ses mots emplis de miel ou crachant tantôt un subtil venin.
- Charme : Avancé
= Sans avoir appris, parce qu'elle est une Dame de bonne famille, les arts de la séduction la plus insidieuse, elle sait charmer par ce qu'elle est : son physique est attrayant et son esprit affûté en font un grand objet de convoitise.

FORCES


Léontine est une jeune fille brillante, douée pour les arts et les mots. Elle est pleine d’esprit et sait se faire bien voir des personnes qui l’entourent.

Elle a été éduquée dans un environnement prônant les arts et la culture. Elle est donc très créative et jouit d’une imagination fertile. La jeune femme est d’ailleurs naturellement douée pour les arts, compétence qu’elle tient sûrement d’une grande ouverture d’esprit et d’une curiosité sans égal. Si ce dernier trait de caractère peut être un défaut quand il est poussé à l’extrême, il représente chez elle un véritable atout qui l’amène à se lancer dans divers apprentissages. Elle fait d’ailleurs preuve d’une grande rigueur, ce qui lui a valu les félicitations de nombreux de ses précepteurs. Ces derniers la considéraient comme une élève modèle, et fort agréable.
Léontine use d’une syntaxe particulièrement impeccable lorsqu’elle s’exprime à l’oral, ce qui en fait une oratrice raffinée et appréciée. Elle n’est pas de ceux qui se voient pris de sueurs froides lorsqu’il s’agit d’user de ses talents d’oratrice en public. Elle sait pertinemment feindre les émotions, ce qui aurait pu en faire une comédienne hors pair. Assurément son don le plus remarquable et remarqué, elle use de belles figures de styles et d’un vocabulaire recherché. Sa répartie est surprenante pour son jeune âge. Couplé à sa grande beauté, ce don lui confère un grand charisme et un pouvoir de séduction naturel et puissant.
Elle possède une grande culture, et peut s’entretenir avec beaucoup de personnes, sur beaucoup de sujets. Elle a un avis sur tout, et semble naturellement douée pour expliquer son propre point de vue. Cependant, elle est quelques fois maladroite, et s’emporte facilement quand le sujet lui tient trop à cœur.
Léontine a grandi tout en alimentant le fantasme de devenir une grande dame influente. Elle a donc toujours œuvré en ce sens, afin de définitivement s’accomplir. Cette finalité n’est pas négociable, c’est pourquoi elle sera prête à tout pour garantir son ascension. Elle n’aura de cesse de toujours revoir ses ambitions à la hausse. « Assez » doit être un des seuls mots complètement étrangers à son vocabulaire.
Sa grande détermination lui a permis de développer une solide force de caractère. Les rumeurs ne la touchent pas, les menaces ne lui font pas peur, et elle reste persuadée de toujours trouver une manière de se débarrasser de ses détracteurs.
L’échec lui serait insupportable et l’idée même de perdre tout ce qu’elle possède lui fait perdre pied. Pour éviter cette terrible situation, elle use de ses charmes et de la manipulation pour conquérir son entourage grâce à ses talents oratoires. Elle n’hésite plus à manipuler ses semblables pour obtenir ce qu’elle convoite, et sait user de la persuasion et du chantage de manière rusée si elle s’y trouve obligée, et ce le plus naturellement du monde.
Pour finir, elle est extrêmement riche, de par son mariage avec un héritier bourgeois tout d’abord, mais aussi grâce à son tuteur, lui aussi richissime, qui ne lui refuse rien. Elle possède depuis peu une légitimité sociale auprès de quelques familles nobles influentes, notamment auprès des De Norvah, ce qui la rend extrêmement intéressante aux yeux de certains dignes courtisans.




FAIBLESSES

Si elle encaisse facilement les calomnies, elle fait preuve d’une faiblesse physique incontestable. Malgré sa taille élancée, Léontine n’est absolument pas musclée et ne jouit d’aucune puissance physique. Préférant pratiquer les arts et la sociabilité, elle se dépense peu et ne pourrait faire le poids face à une personne entraînée. Elle serait parfaitement incapable de se défendre.
Elle est très consciente de sa faiblesse, ce qui en fait une femme méfiante et peu courageuse dans les situations de crise. Elle préférera fuir ou compter sur plus fort et agile qu’elle si la peur ne la fige pas totalement. Fort égoïste, elle ne comprend pas le sens du sacrifice.
Si la rhétorique et la musique sont des domaines dans lesquels elle excelle, elle est extrêmement malhabile dans toutes les activités manuelles telles que la broderie et la danse, ce qui représente pourtant des passe-temps très communs chez les nobles gens. En général, elle travaille beaucoup pour cacher sa maladresse. Sa démarche pourtant gracile se fait au prix de beaucoup d’efforts. La broderie est une véritable torture pour elle. Si elle est obligée de s’y plonger pour respecter les coutumes, elle compte chaque seconde de son carcan.

L'ambition peut-être une grande qualité. Pourtant, celle de Léontine représente un défaut colossal. Tout ce qu’elle veut, elle tente de l’obtenir par n’importe quel moyen, ce qui peut la plonger pieds joints dans des situations délicates. Jusqu’à maintenant, la chance a toujours été de son côté, mais pour combien de temps encore la fortune restera-t-elle clémente ?
Complètement obstinée par sa propre réussite, et accessoirement celle de sa famille, elle est capable de négliger le bien-être de son entourage, comme celui de son époux ou d’autres courtisans, ce qui, souvent, nuit à sa réputation. Elle est si sûre d’elle qu’elle ne se doute pas une seule seconde de ce qui pourrait advenir de sa petite personne suite à la moindre erreur. De plus, Léontine est à mille lieues de se préoccuper du petit peuple. Sa réalité est entièrement devenue la Cour.
Elle a été initiée au noble jeu depuis peu, mais malgré son tempérament manichéen prononcé, il arrive qu’elle tombe face à beaucoup plus malin qu’elle. Ces déceptions la heurtent dans son orgueil démesuré, et chaque leçon se solde par une promesse intérieure de ne plus s’y laisser prendre.

Enfin, son amour pour le Prince Adhémar représente sa plus grande faiblesse, et celle-ci grignote son cœur, insidieusement, de jour en jour. Jamais encore une telle tornade n’avait ravagé et hanté son esprit. Elle reste néanmoins lucide quant aux sentiments du Sénéchal à son égard, et si elle semble pleinement se contenter de cette amitié, elle souffre en silence, quelquefois à s’en rendre physiquement malade. Elle se remet sur pieds en se faisant violence, et surtout pour ne pas mettre à nue ses faiblesses aux yeux de potentiels détracteurs, mais cette idylle impossible ne cesse de l’affaiblir à petit feu. Elle boit les moments passés en sa compagnie comme un élixir et se satisfait de la moindre goutte. Elle ne saurait se passer de son influence, quelle qu’elle soit. Péché d’orgueil ou amour véritable ?





Physique



Cheveux : Noirs
Yeux : Bleus pâles
Taille : 5 pieds, 3 pouces et demi , soit 1 m et 70 cm environ

Léontine grimaça alors que la lumière du soleil entra brusquement dans sa chambre. Ses yeux dont la couleur rappelait l’azurine ternie se plissèrent pour progressivement accoutumer sa vue à ce changement si soudain. Sa femme de chambre venait de tirer les rideaux. Elle s’approcha rapidement du lit et s’inclina.
Léontine se redressa difficilement, l’esprit encore légèrement embrumé, à moitié prisonnière des bras de Morphée. Ses cheveux noirs de jais tombaient en cascade le long de ses épaules.

-  Adhélaïde...  Se faire réveiller ainsi est fort désagréable.

La domestique s’inclina poliment. Elle tendit à sa maîtresse un plateau sur lequel reposait une missive sertie d’armoiries familières.

- Veuillez m’excuser, mais je me disais que vous seriez heureuse de lire ceci…

Léontine afficha un léger sourire avant de sortir de son lit. Elle prit l’enveloppe dans ses mains, et observa l’écriture soignée de son époux.

- Fais vite ma toilette… Il me tarde de lire cette lettre. 

Adhélaïde s’empressa d’exécuter les ordres. Elle trempa une étamine dans un seau d’eau savonneuse et commença à nettoyer la peau au teint marmoréen de Léontine. La domestique frotta son dos légèrement cambré, et passa aux épaules qu’elle avait très étroites. Étant de grande taille, les bras fins et les mains délicates de Léontine étaient bien plus simples à frictionner.
Adhélaïde se saisit d’une chemise de soie et la passa à Léontine qui ne l’assistait guère, trop occupée à lever le seau de cire qui gardait le précieux message. La jeune servante noua comme tous les matins, un bandeau de toile autour de sa poitrine peu généreuse avant de protéger ses longues jambes par de courtes chausses blanches, tenues par une jarretelle de tissu brodé. Ainsi prête, elle put passer sa longue robe au tissu fluide et bleuté dont les nuances d’émeraldine changeaient selon la lumière.
Léontine n’attendit pas qu’Adhélaïde eût fini de nouer son corset autour de sa taille gracile avant de s’asseoir. Elle commença sa lecture à voix haute, alors que la domestique s’apprêtait à brosser sa longue chevelure ondulée.

- Mon amour,
Les jours passent et ma profonde passion pour toi ne cesse de grandir. Quand je ferme les yeux, je vois ton visage d’un ovale parfait… Ton nez parfaitement bien formé, ta bouche charmante et pulpeuse, tes dents très belles, ton sourire délicieux, tes joues et tes pommettes saillantes naturellement rosées… Et cette peau…La plus belle du monde, douce, chaude et si délicate.
Le son de ta voix douce me manque, et plus particulièrement les chansons que tu m’interprètes parfois. Nos discussions aussi me manquent, et je n’ai encore croisé personne ici aussi prolixe que toi.
Dans mes songes, je me surprends toujours à m’imaginer passer ma main sur ta nuque, et sur tes hanches étroites. Je me vois t’embrasser dans mes plus belles échappées, et je sens même le goût de ta peau sucrée sur mes lèvres.

Je prie tous les jours Alvar pour que tu sois heureuse, et pour que ta vie à la Cour te soit des plus agréables. Il me tarde de rentrer t’apporter mon soutien. Il me serait maintenant impossible de vivre sans être aimé de toi, et cesser de te voir me condamne à une mort lente, mais inévitable.

Je t’aime à jamais,
Josec, ton mari.


Léontine enroula délicatement le parchemin afin de le ranger dans une boîte en bois. Elle esquissait un petit sourire et regarda Adhélaide dans le miroir, alors qu’elle s’apprêtait à monter une tresse en énorme chignon.

- Le seigneur Wilforth vous aime tellement… On semblerait entendre un poème… 
- Oui
, répondit la jeune femme, l’air pleinement satisfait. C’est très beau, je te l'accorde. 

Elle attendit que la servante eût terminé son ouvrage avant de choisir une paire de pendants perlés pour orner son oreille.

- Adhelaïde, va me chercher la parure de pierres bleues dans ma boîte à bijoux. 
- Celle que vous ne portez que pour les grandes occasions ?


Elle passa un doigt sur ses minces sourcils, puis se retourna vers son interlocutrice.
-Oui ma chère… Je vais rencontrer le Prince aujourd’hui… 



Caractère



Le fracas de ses talons hauts résonnait dans les grands couloirs du palais de Raiendal alors que Léontine marchait d’un pas rapide et décidé. Son visage d’ordinaire si paisible et souriant était crispé, ses sourcils froncés formaient de légères fossettes et sa mâchoire serrée rendait son expression extrêmement dure. Son regard bleu était glacial, et fixait intensément la lourde double porte en bois massif située quelques pieds devant elle, au bout du corridor. Une noble dame la salua, mais elle ne daigna pas répondre, les yeux rivés sur sa destination finale. Elle ne ralentit point son allure, et poussa la porte avec rage, sans même annoncer son arrivée.


- Bien le bonjour! dit-elle en une somptueuse révérence. Sa voix était claire et son ton enjoué, mais ceux qui la connaissaient personnellement comprirent très bien que ce matin, la belle Dame était contrariée.
Un homme d’un certain âge s'était retourné. Il s’agissait du Comte de Volanti, un homme respecté et patriarche d’une des plus vieilles familles de la noblesse de Kaerdum. Il ne semblait pas étonné d'une telle entrée. Il força un sourire aussi faux que son postiche, et se leva pour accueillir son invitée de dernière minute.

- Dame d'Anauroch, bienvenue dans ce salon privé. Puis-je savoir ce qui vous amène en cette douce matinée ?


Léontine ne put retenir un léger rictus. Elle trouvait extrêmement cocasse que l'homme insiste sur le caractère privé des lieux alors qu'elle y était entrée sans y avoir été conviée. Elle adopta une posture détendue et avança doucement en inspectant les alentours. Elle n’avait jamais été invitée dans ces quartiers, et elle reconnut qu’ils ne manquaient pas de charme. Elle finit enfin par regarder le Comte, et lui adressa un de ses plus beaux sourires.

- Qu’une bâtarde de catin
À la cour se voit avancée,
Que dans l’amour et dans le vin
Le Prince cherche une gloire aisée,
Ah! Le voilà, ah! le voici,
celui qui n’en a nul souci.


Elle parlait d’une voix douce et posée, tout en avançant vers une assise de soie brodée. Elle se mouvait avec une certaine élégance qui contrastait avec les vers qu’elle venait de prononcer. Le comte, lui, la regardait posément, presque amusé, et prit place sur le divan qui se tenait juste en face.

- Lui en vouloir serait ardu
Sa cuisse est blanche est légère
Il retrouve les joies perdues
Dans une liaison adultère
Ah ! La voici, ah ! La voilà
celle qui ne durera pas.


Léontine leva les yeux vers le comte. Celui-ci ne disait rien, et semblait patiemment attendre des explications.

- Très impressionnant Monsieur le Comte… J’ignorais que vous étiez si doué pour l’écriture…
- Vous êtes trop bonne ma chère... Il est vrai que j'ai de nombreuses cordes à mon arc...
susurra l’homme qui ne broncha pas. - Vous avez du cran de venir me confronter... Je ne vous pensais pas si digne...

Léontine ne quittait pas son sourire insolent alors que la colère ravageait son cœur et son esprit. Comment ce vieux rat avait-il eu vent de la liaison adultère qu'elle s'était évertuée à dissimuler? Et comment avait-il osé ne serait-ce que penser à l'intimider? Il était inconcevable qu'elle perde tout ce qu'elle avait eu tant de mal à construite jusqu'à maintenant.

- Blesser une catin passe encore
Insulter un prince beaucoup moins,
Ce qu’il ignorait alors
C’est qu’un témoin n’était pas loin…
Ah, le voici, qu’on le salue.
Le corbeau ne volera plus.


Le comte sembla se décomposer devant la jeune femme qui se redressa et se rapprochait dangereusement.

- Je vous ai vu glisser votre doux poème sous ma porte Monsieur le comte… Une noble dame m’accompagnait alors et pourra témoigner en ma faveur… Qui pensez-vous que le Prince écoutera ?  Une fidèle amie ou un vieil envieux se plaisant à calomnier la famille royale ?

L’homme sembla balbutier quelques secondes.  Il fixait le sol avec effroi. L’homme faillit s’effondrer quand Léontine fit retentir un grand rire cristallin. La situation l’amusait maintenant de manière évidente.

- Ne vous en faites pas… Je ne dirai rien…


Elle se leva, tourna les talons et rejoignit la porte d’entrée avec une démarche tout aussi gracile qu’à son arrivée. Le vieil homme se rua derrière elle et posa sa main sur la poignée d’argent.

- Vous… Vous ne direz rien ??? balbutia le comte, fixant la jeune femme d’un œil vitreux.

Léontine lança à son interlocuteur de son regard glacial. Pour la première fois depuis le début de leurs échauffourées, son sourire évanoui laissait place à une expression des plus sévères.

- Rancunière, elle ne l’est point
Les secrets, elle sait les garder
Cependant elle n’oubliera rien
Le corbeau devra l’adopter
Ah ! Les voilà, ah ! les voici,
La catin est son nouvel ami…


Le patriarche la fixa quelques secondes avant d’ouvrir la porte pour laisser passer la jeune Dame.

- Au plaisir de vous revoir Ma Dame…


C’est avec un sourire aussi coupant qu’une lame de poignard qu’elle quitta la pièce. Les bruits sourds de ses talons retentirent à nouveau dans le couloir et s’évanouirent enfin. Ces fracas incessants ne cessèrent cependant pas de résonner dans la tête du comte.




Le domaine d'Anauroch





Domaine laissé à l’abandon au début des années 60 de l’Ere des Rois, le château d’Anauroch a pendant des années servi de de cave à farine pour les exploitants après avoir été saccagé lors de multiples batailles. Réhabilité par la famille Wilforth après avoir été offert par le Roi lui-même, la bâtisse est désormais flamboyante.
Non loin de la capitale, le domaine se situe dans une zone humide et douce, légèrement battue par les vents nordiques. On trouve sur le territoire des champs d’arbres fruitiers et des lieues de vignes entretenus par les agriculteurs. Une bonne partie des récoltes est vendue à Raiendal, et sert à la confection de vins et de liqueurs. L’exploitation est gérée par le jeune Telvan Leenard, le frère de Léontine, qui s’occupe de tous les aspects financiers du domaine. Il y vit d’ailleurs toute l’année, et quelques rumeurs parlent d’un défilé de maitresses en tous genres.
Totalement rénové, le château séduit par sa modernité et devient un lieu prisé depuis que Léontine y organise de nombreux banquets.


Inventaire


Léontine est souvent vêtue de robes fluides qu’elle préfère composées d’étoffes légères et agréables au toucher. Elle aime la dentelle et les sertis, et ne fait jamais dans la simplicité.  Ses décolletés ne sont pas trop échancrés, mais laissent largement de quoi arborer de sublimes colliers de pierres en tous genres, assortis à de grandes boucles d’oreilles. Elle possède énormément de bijoux, et choisir lequel porter fait partie de ses rituels du matin. Elle possède également une magnifique harpe, plaquée d'or et de bois d'ébène.
Son annulaire gauche porte son alliance, faite d’un alliage d’or blanc rendu légèrement bleuté.

Histoire


« Ma fille, tu as le sourire d’une reine… »

Avant même la déclaration d’amour d’une mère à son enfant, la richesse et la grandeur furent promises à Léontine à l’instant même de son premier cri. Née au sein d’une famille roturière au sud de la capitale, elle n’était pourtant pas promise à un tel destin.

Avold Leenard, son père, nouveau bourgeois et lui-même fils de fermier, était prêt à tout pour offrir à sa femme la vie dont elle avait toujours rêvé. Étant enfin parvenu à faire prospérer sa famille après de dures saisons de labeur, ils quittèrent la modeste chaumière qui était la leur pour une petite maison de village. Léontine n’était qu’un nouveau-né lors de leur arrivée à Ysgard, mais c’est dans ces lieux que ses plus lointains souvenirs font place.
Troquer le travail aux champs pour la vie citadine ne fut pas de tout repos. La revente de son exploitation à de riches notables avait permis à Avold d’acquérir une petite entreprise de livraison de vivres. Les débuts de l’activité furent difficiles, si bien que les soupes du soir finirent par manquer de consistance, au grand dam de son épouse, qui espérait de grands changements de qualité de vie. Après de nombreux voyages et de longues nuits sans sommeil, la chance vint leur sourire, au travers des événements les plus sombres.
En l’an 65 de l’Ère des Rois, le royaume de Kaerdum fut attaqué par Valdrek et Heisenk. À l’abri de la chaîne des pics d’Ébène, Ysgard ne fut que très peu atteinte par les saccages et pillages qui ébranlaient le pays entier. Dès lors, Avold put enfin se rendre pleinement utile. Il parcourut Kaerdum de long en large afin de ravitailler en vivres des camps, des villages, mais aussi de grandes et riches maisonnées à la demande de la noblesse. Bien vite, le conducteur se fit remarquer en ces temps de disette, car s’il n’était évidemment pas le seul homme à approvisionner ce monde meurtri, il fut tout de même un des seuls à tirer profit de cette malheureuse situation. Les riches bourgeois et nantis commencèrent à plus largement payer les services de livraison de vivres, afin de garantir à leur entourage les meilleures miches de pain et les meilleures pièces de viande séchées. Les étrennes affluant, Avold ne put s’empêcher d’ignorer la route menant au plus miséreux de ses semblables, pour succomber à l’appel enivrant de l’or.
La petite entreprise familiale parvint à se faire un nom dans les environs de Raiendal, notamment auprès des frères Wilforth, riches fermiers généraux et financiers de Kaerdum.
Les soupes clairettes, dont les effluves n’inspiraient guère, quittèrent la table du foyer pour laisser enfin place aux rôtis, gigots, et autres jouissances du palais. Telvan, deuxième de la fratrie, naquit en ces jours bienheureux.
L’or coulait dorénavant à flots, et Léontine put alors suivre une éducation de qualité quand l’âge le lui permit. Lecture et musique devinrent son quotidien à l’âge de six ans. Elle commença a apprendre la harpe, un instrument qui la passionna malgré la rigueur de la discipline. Sa mère, quant à elle se délectait de l’essor majestueux que connaissait sa famille. Ces nouvelles habitudes et les fréquentations de plus en plus fortunées la comblaient plus qu’elle ne l’eût espéré.

Cependant, la corde du mensonge est courte...
Accusé de trafic et de vente frauduleuse par la haute instance d’un état recouvrant peu à peu sa puissance d’avant-guerre, Avold n’eut d’autre choix que de s’enfuir du pays, abandonnant avec ses rêves, sa femme et ses deux enfants. Il tenta de s’exiler vers Lyria, mais la milice l’arrêta à peine embarqué sur une bélandre de fortune. Si seul le père de famille fut arrêté, puis exécuté en l’an 71 de l’Ère des Rois, le reste de la famille Leenard fut laissé libre. Leur maison fut saisie par les autorités.
Peiné par cette décadence soudaine, Brenan Wilforth, aîné de la riche famille financière, entreprit d’aider à son tour les proches de celui qui lui avait rendu bien des services en ces temps difficiles. Il décida d’employer la veuve en cuisine, et confia Léontine au Temple d’Alvar, dans lequel elle suivit une éducation religieuse soignée, digne des plus grandes familles bourgeoises. Néanmoins, l’absence de son père et de ses proches fut pénible à supporter, si bien qu’elle se jura d’éviter la solitude tout le reste de sa vie.
Fort heureusement, lorsqu’elle eut quinze ans, sa mère la reprit à ses côtés lors de la fin de son éducation.
En effet, après la mort de son époux, la veuve fut prise pour maîtresse par le riche bourgeois qui avait sauvé sa famille de la rue : Brenan Wilforth en personne. Celui-ci, célibataire et riche homme mondain, éleva les enfants comme les siens, tout en veillant à ce que leurs douces têtes blondes s’imprègnent de disciplines nobles telles que les arts et l’esprit. C’est dans ce cercle que Léontine toucha du doigt les subtilités de la conversation et les valeurs de la culture : Elle apprit le chant, l’écriture et la broderie fine. Lors de son apprentissage, elle se découvrit une grande passion pour la lecture de récits épiques et d'amour courtois. Son petit frère Telvan fut initié à l’art des finances.
Néanmoins, l’attention toute particulière et soudaine pour cette petite famille roturière poussa les bourgeois d’Ysgard à échafauder les esclandres les plus fous. La cuisse légère de la veuve fit naître la rumeur d’une possible liaison antérieure avec le riche financier, rumeur poussant les plus curieux à se questionner sur l’identité du géniteur de Telvan… et pour les esprits les plus féconds, de Léontine elle-même.
C’est néanmoins en tant que tuteur légal que se positionna Wilforth. Fier de sa pupille et vantant sans cesse sa beauté et son intelligence, il décida de la marier au fils de son frère cadet. Beaucoup virent en ce geste un aveu de paternité, car c’est seulement en donnant la main de la jeune fille à son seul héritier qu’il pouvait s’assurer de lui léguer sa fortune.
C’est un beau jour de Siralon que Léontine Leenard devint Léontine Wilforth, en prenant pour époux Josec Wilforth, de quelques cycles solaires son aîné.
Le jeune homme, officier de l’armée d’Alvar, lui fut présenté la veille de leurs noces. Si elle fut tout d’abord profondément frustrée de ne pas avoir pu vivre les émois de la naissance de l'amour véritable, elle fut soulagée lorsqu’elle admira le visage doux et bienveillant du bellâtre pour la première fois. Ce dernier, devenu richissime à la mort de son père, était le parti rêvé de toutes les modestes familles.
Après une belle cérémonie, c’est dans la couche que Léontine découvrit de nouvelles joies. Bien qu’elle fût naturellement transportée par les spasmes de plaisir qui parcouraient son corps innocent pour la première fois, elle fut principalement émerveillée de constater l’état d’exaltation dans lequel elle venait de plonger son partenaire. Cette première nuit d’amour resta à jamais gravée en sa mémoire. Les plaisirs de la chair furent, certes, une somptueuse révélation… Mais rien… Rien n’égalerait jamais la sensation de pouvoir et de domination qu’elle venait de ressentir.

Progressivement, Léontine apprit à connaître son mari. C’était un homme sérieux et charismatique, qui dans l’intimité, redoublait de tendresse. Il était empreint d’une gravité inquiétante qui s’évanouissait instantanément lorsqu’il se décidait à sourire. Elle n’eut aucun mal à jouer son rôle d’épouse aimante. Josec, naturellement doux et fol amoureux, la comblait plus qu’elle ne l’eût espéré, mais, si l’attachement naissait peu à peu, il ne faisait pas battre son cœur aussi fort que dans ses songes.
Léontine devait à présent endosser les responsabilités d’une femme mariée, et en tant qu'épouse d’un éminent officier, elle dut bien vite découvrir le milieu mondain de Raiendal. Le milieu bourgeois, pourtant fort prétentieux, vit rapidement sa popularité augmenter tant sa personnalité plaisait au tout-venant.
Elle finit par se contenter de cette vie pour le moins captivante, dans laquelle nouvelles rencontres et brillantes conversations devenaient activités journalières.

La beauté et l’esprit de Léontine la firent connaître, et elle devint alors l’hôtesse de nombreux banquets dans sa grande demeure d’Ysgard, où les plus riches maltôtiers, mais aussi bon nombre de hauts gradés et de bourgeois vinrent dépenser leur temps en mondanités. Très apprécié, le couple se vit convié à d'autres banquets auxquelles de nombreuses familles fortunées étaient habituées.

En l'an 81, un nouvel événement vint complétement refondre la vie mouvementée du couple. Léontine donna naissance à Asilys, une petite fille née quelques temps avant le terme annoncé. Malheureusement, la grossesse fut aussi difficile que l'accouchement, et la toute jeune mère fut alitée des semaines après de longs jours de travail. Elle resta fort faible de longues lunes durant et ne put assumer comme il se devait son nouveau rôle de mère. Alors que Josec, inquiet, prit en charge comme il le pouvait la nouvelle venue en ce bas monde pour soulager son aimée, Léontine elle, maudissait Alvar de lui avoir volé sa vitalité... ses entrailles, sa condition de femme, mais aussi et surtout son instinct maternel... Ne rien ressentir pour le seul enfant qu'elle n'aurait jamais était aussi frustrant que culpabilisant. Elle qui se faisait une joie de devenir mère incarnait la tristesse et l'amertume. Épaulée par sa famille et son mari, la jeune femme finit par se rependre, préférant confier l’éducation de sa progéniture à une ribambelle de gouvernantes.
N'étant présente que pour les meilleurs moments, elle finit par enfin éprouver le plaisir d'être maman... mais seulement quelques heures par jour... Elle préférait s’évader lors des réunions culturelles entre bourgeois qu'elle organisât plus souvent encore.

Les atrocités résultant des tensions géopolitiques vinrent alors arracher le couple à l’agréable quiétude qui constituait leur quotidien. En l’an 82, l’Empereur de Neya frappa Kaerdum dans le but d’intimider le trône.
Dépêchés d’urgence à la capitale, Josec et son bataillon furent surpris par une attaque des soldats de Zeran Rheff. Léontine ne fut pas informée de tous les détails de la bataille, mais elle connut l’impitoyable bouleversement que provoque la panique quand une lettre, oblitérée du sceau royal, lui parvint un matin. Si elle avait manqué de s’effondrer de chagrin, persuadée que cette lettre l’informait de son nouveau statut de veuve, elle ne put rester debout une fois l’imbroglio dissipé. Cette lettre était une lettre d’anoblissement, accordée par Sa Majesté le roi, en gage de sa gratitude. Visiblement, Josec, devenu Chevalier, avait remarquablement fait preuve d’une attitude héroïque, en défendant d’importantes positions lors des assauts Ordhalerons. Cela n’avait pas suffi à empêcher tous ces massacres, mais cet acte brave ajouté à sa carrière exemplaire, avait été gracieusement récompensé.

"Je prie Alvar pour que ce titre de Noblesse te permette de rester en sécurité. Je suis persuadé que tes charmes séduiront la Cour plus vite encore que tu m’as séduit. Prends soin de toi.
Avec tout mon amour,
Ton époux. "


C’est donc en tant que Dame d’Anauroch que Léontine rejoignit son fief. Avec le noble titre de banneret, Josec s’était vu octroyer un domaine de quelques lieues à l’ouest de la capitale. La jeune femme avait investi ses quartiers dans le vieux château d’Anauroch, demeure qu’elle trouva grandiose lors de son arrivée. Elle fit bien vite la connaissance de ses gens et assuma les responsabilités qui lui incombaient, les unes après les autres, en attendant le retour de son époux. Telvan, son frère, vint lui apporter son aide, fier de pouvoir mettre à profit ses compétences de financier fraîchement acquises. Sa mère vint s'occuper de la petite Asilys dont la santé se réveillait faible. Léontine aménagea l’intérieur des murs à son goût, mais, très vite lassée par cette longue accalmie, prit la décision d’organiser à nouveau des réceptions.

C’est lors de sa présentation à la Cour de Raiendal que Léontine rencontra Madame de Norvah, une dame de la cour issue d’une des plus vieilles et riches familles aristocratiques du pays. Si celle-ci ne vit pas d’un très bon œil l’arrivée de cette roturière aux manières bourgeoises, elle accepta sa présence en tant qu’épouse d’un éminent chevalier. Elle fut tout de même touchée par l’attitude discrète et humble de Léontine qui, consciente de son statut délicat, n’osait pas s’imposer en ce monde si différent de tout ce qu’elle avait connu jusqu’alors. Finalement conquise par la beauté et l’esprit vif de la jeune femme, la noble dame vint à sa rencontre de nombreuses fois. Léontine se laissa entendre que celle-ci voyait en elle ce qu’aurait pu devenir sa fille Elizabeth, qui, paraissait-il, avait choisi la voie de la dévotion et de la protection. Noble sacrifice pour certains, beauté gâchée pour d’autres, la mère restait silencieuse sur le sujet et prit la nouvelle venue sous son aile. Elle ne se fit pas avare en conseils de bienséance et Léontine lui en témoignait jour après jour sa plus grande gratitude. Satisfaite de la bonne influence qu’elle semblait lui apporter, la dame la présenta à son entourage et à de nombreuses riches et nobles familles aux noms à rallonge et aux titres les plus flamboyants. Les origines roturières de Léontine ne l’aidèrent évidemment pas à faire l’unanimité au sein de ce milieu sévère, mais quelques-uns de ses nouveaux amis l’encouragèrent à ne pas prêter attention aux bourdonnements de cette ruche bien trop agitée. Oubliant complétement ses obligations de mère, elle finit par prendre peu à peu ses aises, et sa popularité se fit de plus en plus croissante sans qu’elle ne l’eût vraiment cherché. Douée pour les arts grâce à son éducation pointilleuse, certains la nommèrent « La cantatrice » pour rendre honneur à sa loquacité et sa voix cristallise. Pour d’autres, elle n’était que « La petite bourgeoise », ignorée des plus fiers et envieux aristocrates.

Admise à suivre les équipages de chasse de la Cour, Léontine croisa de nombreux hommes influents, dont un qui attira plus farouchement son attention.

Ce fut comme une apparition : il était assis sur une monture majestueuse, seul ; ou du moins il ne semblait distinguer personne dans l’éblouissement d’un soleil rougeoyant. Alors qu’il passait près d’elle, elle fléchit la tête et ne comprit pas tout de suite que les personnes qui l’entouraient s’étaient inclinées en signe de révérence. Il sembla la fixer quelques secondes, puis reprit son chemin vers ses compagnons.
Il portait une cotte courte aux reflets cuivrés, et un manteau brodé d’ornements raffinés qui palpitait au vent derrière lui. Ses cheveux châtains noués en catogan descendaient très bas et semblaient presser amoureusement l’ovale de sa figure. Il gratifia son cheval d’une caresse franche et brève avant de quitter sa selle en un habile mouvement. Son nez droit, son menton, toute sa personne se découpait sur le fond de l’air bleu.
Jamais encore elle n’avait remarqué une allure semblable, pas même ici, à la Cour. Elle considérait ses gestes avec ébahissement, comme une chose extraordinaire. Quels étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé ? Elle souhaitait connaître ses habitudes, le son de sa voix ; et le désir de la possession physique même disparaissait sous une envie plus profonde, dans une curiosité douloureuse qui n’avait pas de limites.

- Fermez donc la bouche mon enfant. En voilà de rustres manières. 

Léontine sortit instantanément de ses rêveries et reprit aussitôt une posture digne. Elle arrangea sa coiffe d’un geste maladroit avant de se retourner vers Madame de Norvah, qui la lorgnait d’un regard pour le moins accusateur. La jeune femme s’inclina respectueusement en signe d’excuses.

- Qui est ce jeune homme?
 se risqua la jeune femme, avant de bien vite regreter sa question.

- Ma chère!, intima-t-elle à l’oreille de sa protégée, C'est bien entendu sa Majesté le prince Adhémar. 
Le sang de Léontine ne fit qu’un tour. Elle qui s’était pourtant préparée à l’éventualité de rencontrer de grands dirigeants ne put contenir son émoi.

Ayant maintenant un pied à la Cour du Roi, Léontine était devenue l’unique occasion de se placer, elle et sa famille, auprès des plus grandes personnalités du royaume. Bien vite, Brenan Wilforth vint rendre visite à sa douce pupille afin de s’entretenir avec elle et lui exposer ses desseins.

- Mais, mon oncle… Et Josec ?  demanda Léontine avec un air décontenancé. Devait-elle réellement ignorer le serment qu’elle avait prononcé le jour de leur union ? Wilforth posa ses grandes mains sur les épaules frêles de sa nièce et rapprocha son visage du sien en affichant un doux sourire attendri.

-  Ma fille, Josec n'est pas obligé de savoir… Il ne s’agit plus de lui, mais de la grandeur que notre famille pourrait atteindre si d’aventure tu parvenais à te faire un nom à la Cour. 
- Mais je suis déjà présentée à la Cour... 
- Tu n’en fais pas réellement partie. Tu n’es qu’une étrangère pour les gens de ce milieu… Tu dois obtenir leurs faveurs. Tu es belle comme un oiseau. Tous les hommes doivent rêver de passer un moment avec toi… Ton charme et ton intelligence font de l’ombre aux femmes les plus élevées. Je suis sûr que tu sauras mettre à profit tes atouts. 


Léontine ne bougea pas d’un cil alors que Wilforth caressait sa joue d’une main tendre et paternelle. Elle qui jusqu’alors avait été une épouse dévouée et fidèle n’avait jamais songé à précipiter ainsi son mari dans la honte et le déshonneur. Désormais consciente d’être devenue le produit des machinations de la famille, elle refusa catégoriquement de se rendre complice de tels stratagèmes.
Elle pensa longuement à Josec les jours qui suivirent, essayant vainement de chasser cette folle idée de son esprit. C’était un homme doux, attentionné, beau garçon, amoureux… Il était tout ce dont elle avait rêvé étant enfant. Elle l’aimait, son époux… Du moins en était-elle sûre ?
Le doute s’empara de la jeune femme comme le serpent s’empare de sa proie : lentement, sans relâche, des jours durant... Son oncle avait-il raison ? Peut-être que côtoyer les hommes les plus influents lui permettrait de vivre l'amour véritable... Et la grandeur de la famille...
C’est en rejoignant ses amis de haut rang qu’elle remarqua enfin les regards portés sur elle. Sa gaieté, ses talents et son bon cœur faisaient parler d’elle, elle le savait, mais elle n’avait jamais envisagé sa popularité sous cet angle nouveau. Les hommes aimaient à n’en pas douter sa compagnie, et c’est en allant plus encore à leur rencontre qu’elle attira à elle, bonnes comme mauvaises, les fougues de la Cour. Ses belles paroles et son joli minois en fascinaient plus d’un, et c’est tout naturellement que de nombreux nobles se mirent à lui faire la cour. Elle qui était issue d’une des classes sociales des plus abhorrées, jamais encore elle n’avait reçu tant de compliments de la part de personnes appartenant à un milieu si rupin. Cependant, si les éloges semblaient constituer le quotidien de la jolie Dame, les ragots à son sujet pullulaient comme champignons sous pluie. Se rapprocher de certains hauts dignitaires semblait ne pas plaire à tout le monde. C’est alors qu’elle entendit qu’en coulisses, certains envieux la nommaient « Belle-de-jour » pour se moquer de son attitude charmeuse.
Léontine ne tarda pas à comprendre comment cet univers si fermé fonctionnait : Compliments déguisés et sourires trompeurs étaient le lot de ceux qui osaient empiéter sur les plates-bandes des plus populaires, et pour la première fois, elle touchait du doigt cette rivalité et cette convoitise palpables qui animaient une large partie de la noblesse.

Mais, contre toute attente, cette comédie l’amusait, et intimement, elle se jura de passer maître en fourberie et duplicité. Dès lors, Léontine prit fort goût à cette popularité si partagée. Le sentiment d’être une marionnette guidée par la main des Wilforth s’en était allé… Si elle devait se faire une place au sein de cette fourmilière agitée, elle se ferait La place de choix.
Prétextant l’envie d’une promenade à cheval, Léontine entreprit de provoquer la chance. Elle prépara son cheval, et partit se promener en compagnie du Marquis de Sargues, représentant d’une des familles les plus connues de Kaerdum, et aussi prétendant de la jeune Dame. Lui qui connaissait bien les terres de chasses n’aurait aucun mal à la ramener sur le chemin des clairons. Après quelques compliments bien placés et un soupçon de flatterie, celui-ci finit par l’emmener sur les sentiers habituellement empruntés par le Prince de Kaerdum.
C’est ce jour-là que Léontine fut présentée au Sénéchal. Le vent soufflait une brise légère, mais des plus glaciales. Son cœur battait si fort qu’elle ne prêtait plus attention à l’encolure en hermine qui frôlait ses joues rougies par le froid. Lui, vêtu d’une de ses plus belles armures, semblait se rendre au tournoi qui devait prendre place dans quelques heures.
Il avait poliment baisé sa main au travers de son gant, et ses salutations semblèrent résonner indéfiniment, occultant la voix du Marquis de Sargues qui s’évertuait à présenter la jeune femme de la plus délicieuse des façons.
La jeune femme plongea ses yeux bleus dans le sombre regard jade du Prince. Elle lui adressa son plus beau sourire, tout en priant faire impression. Elle rejoignit le château en sa compagnie.

Les quelques jours suivants, Léontine chercha à croiser le prince de toutes les façons, en vain. En ces temps de bataille, le Sénéchal était plus qu’occupé. Peut-être même était-il parti en campagne ?

Songeant quelques instants à abandonner cette quête insensée, elle se rapprocha d’un garde-corps tout en contemplant les alentours pluvieux. Elle s’appuya à une colonne de marbre, tenant d’une main les rubans de sa coiffure battus par les brises, et elle put regarder à l’aise, quelques chevaliers rentrer d'un tournoi. C’est là qu’elle l’aperçut enfin. Non loin des escaliers qui menaient à son étage, le Sénéchal s’était assis à l’abri des trombes d’eau. Lui aussi la regardait. Il répondait à ses compagnons, puis posait doucement ses yeux mordorés sur elle. Elle lui adressa un sourire, puis s’éloigna d’une démarche affirmée.
Un grand silence régnait dans les couloirs. On entendait que les remous causés par la forte pluie. Soudain une rafale glacée vint rappeler l’hiver à Léontine qui enserra ses propres bras. Ou était-ce un violent frisson ?

Ils ne cessèrent de se croiser les cycles lunaires qui suivirent. Bien entendu, cela n’était que rarement par hasard, mais ce jeu du chat et de la souris éreintait considérablement les nerfs pourtant endurants de Léontine. Durant des mois, elle crut devenir folle. Si jusque-là son charme envoûtait tous les hommes, le prince demeurait inaccessible...  Il était devenu une véritable obsession... Un rêve qui s'évanouissait au réveil...
Enfin, un soir béni d'Alvar, lors d'un banquet, il était venu à sa rencontre. Léontine s’inclina poliment, comme elle avait coutume de le faire quand qu’elle le rencontrait, et elle ne put retenir un large sourire lorsqu’il engagea la conversation. Alors qu’ils discutaient à la lueur des candélabres, elle avait eu très près du sien son visage enchanteur. Il avait un peu bu et sentait légèrement le vin, mais elle occultât ce léger détail. Elle avait regardé ce profil si imposant, de tous ses yeux, sans jamais cligner. Maintenir un discours cohérent devenait presque impossible, mais elle usa de tout son charme pour paraître aussi brillante qu’à l’accoutumée.

Ce soir-là, Léontine devint pour quelques heures l’amante du Prince. Elle continua les temps qui suivirent, à entretenir avec lui de très bonnes relations, mais très vite, elle comprit que leurs ébats ne se reproduiraient pas... Elle se convint alors elle-même que son charme œuvrerait à nouveau...

Si elle aimait beaucoup la compagnie du Prince et leurs grandes conversations, elle ne put retenir longtemps cette passion qui embrasait son être tout entier. Elle se surprit à espérer et désespérer qu’il ne tombe amoureux d’elle, mais c’est avec résignation et résilience qu’elle accepta finalement ce qu'il avait à lui offrir : le Prince voyait certainement en elle une amie sincère et une confidente avec qui il aimait passer du temps... Mais cela lui suffirait-il?

Le Sénéchal quitta Raiendal pendant des mois. Léontine manqua de se laisser aller dans le chagrin, mais elle ne devait montrer aucune faiblesse face aux requins qui rodaient non loin. En effet, l’intérêt que lui portait le prince avait de quoi intéresser les plus grands. Propulsée au rang des femmes les plus intéressantes de Raiendal, elle put s'entourer de nombreux amis. Si elle n'avait pas réussi à avoir le Prince, elle réussirait à gravir les marches de l'influence.

En très peu de temps, elle devint une personne aussi respectée que haïe, notamment à cause de ses origines roturières. La peur que sa liaison furtive avec le prince ne fût révélée la hantât quelque temps, mais très vite, elle sut trouver les bons arguments pour garantir le silence des moins discrets. Elle n’avait pas dit son dernier mot. Elle avait gagné une partie, mais le noble jeu était loin d’être fini.




Ambitions & Desseins


Léontine a pris goût aux jeux de pouvoir. Étant parvenue à se placer dans les petits papiers d'Adhémar, elle jouit maintenant d’une autorité naturelle qu’elle n’aurait pu avoir seule, même en ayant déployé tous les efforts du monde.
Amoureuse, mais absolument consciente de n’être qu’une bonne amie pour Adhémar, elle fait tout ce qui est en son pouvoir pour garder une place de choix auprès de lui. Cependant, cet amour impossible la hante jour après jour, et ne cesse de lui rappeler son échec.
Quand le prince n’est pas là, elle mène une vie de femme de chevalier des plus mouvementés, ponctuée de banquets et de sorties lors desquelles elle s’applique à bien se faire remarquer des plus riches et puissantes familles. Elle cherche avant tout à apporter honneur à son nom, pour son Oncle, sa mère et son frère. Tout de mème attachée à son mari, elle se pavane souvent à son noble bras, mais ne peut s’empêcher de chercher des yeux la silhouette grave de celui qui l'obsède.





Divers


Reconnaissez-vous être âgé d’au moins 18 ans ? : * jette un œil à sa collection de Pikachus* Heu… Oui ? *_*
Moultipass :Oki par Baltou

Un grand Sowy pour le temps qu’a mis ce PAVE à voir le jour >.< . Et d'avance pardon pour les éventuelles coquilles... A force de me relire, je ne les vois plus ^^'



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◈ Missives : 2135

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◈ Magie : Aucune
◈ Fiche personnage : Calim

Conteur
Calim Al'Azran

◈ Ven 21 Avr 2017 - 16:16

Et ben enfin !

Félicitations, te voici (enfin) validée ! Wink

Je t'invite à créer ton Journal de Bord partie Parchemin des Héros, mais aussi à faire une demande de RP pour trouver des compagnons de voyage en partie Antichambre !

Je te souhaite la bienvenue ici chère Léontine !