Azzura


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Aëlingen Liaeär - Corsaire d'Ysino

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◈ Missives : 14

◈ Âge du Personnage : 84 ans
◈ Alignement : Chaotique neutre
◈ Race : Eleär
◈ Ethnie : Aube
◈ Origine : Desde
◈ Magie : Naturelle, tremblements de terre
◈ Fiche personnage : Aëlingen Liaeär

Héros
Aëlingen Liaeär

◈ Lun 28 Nov 2016 - 21:17

◈ Prénom :  Aëlingen
◈ Nom : Liaeär
◈ Sexe : Homme
◈ Âge : 84 ans
◈ Date de naissance : 21 ème jour de Phra de l’an 6 de l’ère des rois.
◈ Race : Elëar
◈ Ethnie : Aube
◈ Origine : Seregon / Desde
◈ Alignement : Chaotique neutre
◈ Métier : Corsaire


Magie



Magie Naturelle – Tremblement de terre

Que dire de plus de cette capacité dont le nom à lui seul défini déjà l’effet ? Aëlingen a la capacité de faire appel à la terre qui lui répond en s’agitant et tremblant, ce qui ne lui est d’aucune utilité, perdu dans les vastes étendues d’eau de Rëa. En fait, le bougre n’a même pas la moindre idée de son pouvoir. On pourrait croire que des émotions fortes l’assaillent lorsqu’il se trouve à terre mais, trop grisé par l’alcool et les femmes, il ne verrait même pas un dragon se posant à ses côtés alors... Un léger tressaillement de la croûte terrestre. Il se pose quand même quelques questions devant les effets des tremblements, chopes de bière qui s’écrasent avec fracas sur le sol, gentes dames qui trébuchent, lits qui se brisent ou murs qui se fissurent l’amènent à se questionner, mais de là à penser qu’il s’agit de lui, il y’a un monde…



Compétences, forces & faiblesses


Arts de la noblesse & de la bourgeoisie
(Métier engagé : Corsaire)
- Lecture & écriture : Maître
= L'on ne sait pourquoi, mais la mère d'Aëlingen lui a fait instruire les arts littéraires et ceux de la poésie.
- Mathématique (comptabilité, arithmétique de base) : Avancé
= Il en possède de grandes bases, par naissance et par statut.
- Subterfuge (chantage, négoce) : Expert
= Du négoce et du chantage, l'homme auparavant dans les hauts commerces de Seregon se voit désormais vendre ses qualités aux plus offrants, tout comme ce qu'il recèle de manière plus ou moins légale.
- Navigation (connaissances intellectuelles du domaine nautique ; commandement, manœuvre, etc) : Maître
= Depuis son plus jeune âge, l'Eleär a appris les manoeuvres, commençant comme mousse, puis évoluant dans les sphères de la navigation marchande.
Représentation (chant, musique, danse de salon, etc)


Arts du spectacle
Composition, oraison (jouer des rimes, tournures de phrases) : Avancé
= De prose ou de poésie, cette compétence inutile à ce qu'il est aujourd'hui fait pourtant partie de sa vie.

Compétences générales
- Linguistique : Nymeriin, Kaerd, maître / Yseï, expert
= L'Eleär a appris l'Yseï au sein de l'île d'Akuzam, dans laquelle il a vécu plus de dix ans.
- Natation : Avancé
= Il est évident que la survie en tempête ne peut être possible que grâce à quelques talents en la matière.
- Éloquence : Expert
= Fils de marchand, accoutumé à la conversation, Aëlingen reste un homme éloquent, n'hésitant pas non plus à jouer de son physique pour mieux convaincre.
- Maniement d'armes communes : Arc court,Avancé / Balato/épée : Maître
= Depuis un jeune âge, l'Eleär a appris l'archerie. Néanmoins, il ne possède pas les talents des meilleurs et garde cette activité comme secondaire. En ce qui concerne les épées, sont apprentissage fut plus rude, au coeur de l'île d'Akuzam.
- Combat particulier (Calee) : Expert
= Ce type de combat au corps à corps, pratiqué dans une île reculée, au large d'Ysino, est une arme efficace qu'il aura su apprendre après maintes décennies auprès de ses habitants.
- Esquive : Expert
= L'esquive fait partie intégrante du Calee. Aussi, par sa souplesse naturelle, propre aux Elfes, ainsi que parfois par sa couardise, Aëlingen est un expert de l'esquive sous toutes ses formes.

Aëlingen possède une vision du monde qui lui est propre, et parfaitement égocentrique. Ce manque d’intérêt pour autrui ou tout ce qui se passe sans le toucher directement peut amener certains à le croire naïf ou un peu benêt. Il n’en est rien même si effectivement il peut être facile de l’embobiner lorsque de l’argent, des femmes, ou les deux, sont en jeux.

Cela fait aussi qu’il ne sera jamais riche, même s’il s’efforce de tremper dans la majorité des combines louches qui se présentent à lui. Son argent se perd trop facilement en douce compagnie, alcool délicieux et entretien de son bâtiment pour qu’il ait la moindre chance de réellement s’enrichir. Cela ne l’empêche pas de continuer à essayer et de collectionner les sales petits secrets comme des herboristes les feuilles. Comme le dit si bien un adage Elëar : « Le savoir est pouvoir ».

Même s’il n’est pas novice en matière de combat, son ascendance - à laquelle il doit ses traits magnifique et sa silhouette de fil de fer - en font un adversaire certes rapide et agile, mais incapable de déployer la force brute d’un Vrëen au corps-à corps. Cela n’est pas réellement gênant sur un navire, la situation est bien plus problématique dans une taverne où les échanges, une fois imbibé d’alcool, sont bien plus virils. Fort heureusement il n’est pas d’un naturel belliqueux sauf lorsque l’alcool embrume ses capacités de réflexion.

Malgré ses défauts, il reste un capitaine sérieux lorsque son bâtiment vogue sur les océans ; la responsabilité de chaque vie à bords pesant sur les épaules de l’ensemble de l’équipage et relevant de sa responsabilité. Pour profiter de la vie : il faut éviter de mourir. Il a gardé de sa jeunesse un amour particulier pour la lecture et les livres en général, même s’il ne peut guère en emmener beaucoup avec lui au cours de ses voyages. Il a fait un effort particulier pour se procurer des précis de navigation, des descriptions de combat naval et des cartes par l’achat ou le vol, selon l’occasion.



Physique



Il est étrange qu’une tâche pouvant sembler aussi superficielle pour les yeux se révèle d’une telle complexité lorsqu’il faut l’accomplir. Comment donc se décrire sans essayer de se tourner à son avantage ? Comment ne pas tordre ce que nous reflète notre miroir afin de ne pas voiler nos défauts ? C’est la tâche ardue qui m’attend en cet instant. J’ai donc saisi mon miroir et, l’ayant nettoyé de manière fort consciencieuse pour que ses défauts ne rejaillissent point sur ma personne je puis désormais me dire prêt à accomplir ma besogne.

Comme vous l’avez sans doute vu à mes oreilles effilées et fort bien dessinée je suis un Elëar de l’Aube à l’honorable taille de 5’7 pieds et dont la silhouette musculeuse ne saurait en aucun cas être confondue avec un fil de fer anémique, sauf si vous désirez que la lame de mon tantō ne vous déchire les entrailles. En effet, la vie en mer m’a forgé une musculature honorable et bellement dessinée, bien loin des appendices bouffis des Valduris. Mais ne nous attardons point là-dessus, concentrons-nous bien plus tôt sur la magnifique image renvoyée par le miroir entre nos doigts fins et graciles. Et ce visage, qu’en dire sinon qu’il est beau ? Les traits doucement façonnés par vent et embruns ne se révèlent point trop doux au regard, possédant juste ce qu’il faut de rudesse pour le rendre attrayant et mettre en valeur mes sourcils, à l’éclat des champs de blés, protégeant mes yeux. Ces globes aux iris d’un vert si clair qu’il pourrait en être transparent, scrutent le monde avec une assiduité qui doit, il faut le dire, tout à la nature de mon emploi : chaque détail aussi infime soit-il pouvant faire la différence entre la vie et une blessure. Il est toutefois, à la lueur de quelques fanions dans la tiédeur enténébrée d’une taverne ou de quelques établissements au renom sans pareil parmi les marins, de rencontrer ce regard empli d’une simple joie de vivre devant la beauté sans pareille de notre monde.

Saillant de ce visage, trônant même en son centre, mon auguste appendice nasal dont la forme légèrement busquée lui donne un caractère à nul autre pareil. Pour agrémenter ce visage déjà fort unique une chevelure durement entretenue face à l’iode marine afin de rester soyeuse, à la douce couleur oscillant selon le désir du soleil et des vents entre le blanc et le blond le plus clair. Souvent ils dansent dans le vent, caressant mes épaules de leurs fines pointes. Dans mon dos ? La question est fort intéressante, surtout que la chose est rare parmi les Elëar. Il s’agit d’un irezumi, un tatouage accompli par des Inoës. Ce dernier représente Tsunami, kami des catastrophes maritimes et, par conséquent, celle dont dépendent les pirates. Il s’agit de sa représentation classique sous forme de femme aux cheveux de jais, marchant sur un océan déchaîné. Portant à la main sa destructrice lame, elle est suivie par une vague gigantesque dont l’écume forme, à demi-ébauchés, les traits de créatures mythiques et dévastatrices. Son kimono aux sombres teintes bleutées semble faire partie des eaux sur lesquelles elle chemine et, son sombre regard, semble accrocher  celui de l’observateur. Il s’agit ici de la représentation classique de la kami, effectuée avec un grand art. Cette figuration ne délaisse aux codes que son galbe plus marqué. En effet, de mon humble point de vue, une kami pourrait s’offenser de voir d’elle une représentation où l’on pourrait la comparer à une limande et, nul ne souhaiterait s’attirer les foudres de la maîtresse des catastrophes maritimes : à plus forte raison encore lorsque l’on vit sur un navire.

S’il fallait compléter cette description je ne pourrai qu’ajouter qu'à mon grand dam je porte sur mon corps les marques de mon emploi. Un grand nombre de cicatrices ornant mon buste et mes bras. Pour la majorité simple égratignure sans conséquence, elles n’en restent pas moins disgracieuses. Vous voilà donc avec un portrait que j’estime fort fidèle entre les mains. Je vais donc pouvoir continuer à m’abreuver, à moins que ma présence ne soit obligatoire sur mon vaisseau et que de ma démarche légèrement chaloupée, propre aux marins, je n’aille remplir mon office.


Caractère



Nous voici maintenant face à la part la plus complexe de notre affaire, je vais devoir remiser mon miroir, fort inutile en cet instant, pour sonder mon cœur et vous le dévoiler. Il est complexe de se lancer dans cet exercice mais, en premier lieu, ce qui me tient le plus à cœur et forme la pierre angulaire de mon être est mon humilité. Celle qui n’a d’égale que ma beauté... Il pourrait parfois arriver que les apparences se montrent trompeuses et donnent à penser que je sois imbu de moi-même mais, ce n’est que le jeu malicieux de la compréhension sur mes actions. Je suis un être doux et paisible, honnête pir.. pardon marchand sillonnant les mers à la recherche de quelques richesses à acquérir pour les partager avec les démunis des quartiers rouges du monde entier.

Ce n’est pourtant, loin de là, pas mon seul trait de caractère. Mais il semble que ce soit celui qui se distingue le plus. En tant que capitaine d’un navire faisant un usage commercial de denrées obtenues par des moyens que la loi réprouve, je me dois de faire preuve d’une certaine souplesse morale dans le traitement des prisonniers et des biens acquis, même si une règle prédomine : Point de viol sur mon bâtiment. Ma pauvre mère serait capable de revenir de son trépas pour m’arracher le cœur si j’acceptais cette odieuse pratique. Les prisonnières sont donc traitées avec un certain respect. Je mentirais en affirmant que la douce chaleur de l'une d'entre elles n'a jamais suffi comme rançon, ni que, dans un élan de générosité fortement alcoolisée, aucune ne fut déposée à terre, mais l'un dans l'autre je réussis généralement à en tirer quelques pièces d'or. Au pire je vais jusqu'au plus proche marché aux esclaves pour appâter cette profession que je n’apprécie guère, mais qui dispose souvent de moyens conséquents, puis de les faire disparaître en haute mer sans témoin pour libérer les pauvres âmes qu’ils ont capturées, et rentabiliser le travail de mes prisonnières. Nous avons tous nos élans de générosité, plus ou moins guidés par la morale ou le gain.

Je m’efforce toujours de respecter un accord passé en toute bonne foi par l’ensemble des parties, mais je n’ai guère de patience vis-à-vis de la tromperie. Préférant régler les questions de duperie loin des yeux indiscrets, si possible en pleine mer au milieu d’un banc de requins affamés, mais à défaut une sombre ruelle glauque et quelques rats font l’affaire. Certains vont diront que mon courage plein de panache est plus proche de l’inconscience et de la témérité aveugle, les faits leur donnent malheureusement tort : alors que je suis toujours en vie, la majorité d’entre eux ont succombé au doux baiser du trépas.

Cet amour de la vie, je le confesse, m'emmène parfois à quelques insignifiants excès dans le domaine de la boisson ou avec de gentes compagnies. Je profite donc parfois de réveils pour le moins étranges, les yeux collés par la fatigue, le crâne douloureux que rêvent de défoncer des malandrins pointilleux sur les affaires de vertus. Je préfère donc m'éclipser dans ces moments-là afin de n'avoir à tuer personne et de ne point ternir l'image que l'on pourrait avoir de moi par quelques indignes remontées.



Inventaire




Ma première possession, celle qui est, ma foi, la plus voyante n’est autre que mon vaisseau « Le Danseur d’Écume », un brick Elëar aux lignes fines et épurées, rapace des océans taillé pour la vitesse et la course, initialement configuré par mon père pour être un vaisseau marchand. J'y fis avec le temps apporter de subtiles modifications. Les plus voyantes sont les quatre arbalètes montées sur trépieds et fixées au bastingage du navire par paire, à bâbord et tribord, à la proue et la poupe du navire.

Ce brick à la coque d’un bleu profond quelque peu défraîchi mesure la bagatelle de cinq perches et trois coudées, en prenant en compte l’espar avant et la figure de proue à l’effigie de Ryûjin. Le vaisseau dispose d’une voilure d’une surface de la taille d’un carré de soixante-deux perches et deux toises, le navire dispose d’une vitesse plus qu’honorable pouvant atteindre des pointes allant de onze à quinze nœuds. Comme pour tout vaisseau pirate, l’équipage présent à son bord excède les douze membres, normalement suffisants pour le manœuvrer, afin de parer à toute situation. Il emporte avec lui une vingtaine de matelots composés de coupe-jarrets de presque l’ensemble de la faune violente de Rëa.

Mais le plus intéressant à décrire reste bien sûr ce qui m’accompagne à chaque instant de mon existence. Parmi mes possessions, peu d’entre elles méritent pourtant l'attention, mais elles ont pour les sauver la grâce d’être pour le moins étranges entre les mains d’un Elëar. La première à citer est ma lame, une épée courte dont le métal est du meilleur acier Inoë, longue de deux pieds et qui présente un dos légèrement convexe avec un contre-tranchant de quatre pouces tirant vers l’arrière. La lame est légèrement plus fine en son centre, donnant au tranchant la forme d’un S. Vous l’aurez, je pense, reconnu : il s’agit d’un Balato. Une lame usitée par les habitants d'Akuzam pouvant tout à la fois servir d’outil et d’arme, tranchant aussi bien le cordage, le bois ou un bras. La poignée de bois finement ouvragée représente de manière stylisée la tête d’un Barghest comme il en est de coutume parmi ce peuple. Le fourreau de bois patiné par l’usage a une teinte sombre, trahie par le grelot d’argent ajouté par notre inconséquent capitaine.

Il ne s’agit pas ici de ma seule lame. Porté à l’horizontale dans mon dos, un tantō au fourreau d’un magnifique noir laqué et orné d’une fleur de pivoine d’un violet éclatant. Ma dernière et ultime arme est un arc long, toujours à bord du navire, un emprunt effectué dans la maison paternelle le jour de mon départ précipité. Il ne doit manquer à personne et j'en ai l'utilité lors des abordages même si l’usage d’un arc long sur un navire reste des plus complexes. Je graisse régulièrement la corde et se trouve avec le bois sous une toile huilée à côté du bandoir nécessaire pour pouvoir l’armer.

Mais laissons là l’aspect martial de ma personne, car ce sont là les seules armes dont je dispose. Vous trouverez toutefois, toujours proche de moi un hyotân d’un blanc rendu douteux par l’usage et constamment empli d’Umeshu comme seuls savent le faire les Inoës. Pour compléter cela, autour de mon cou vous trouverez une petite bourse emplie de feuilles de thé dont la qualité dépend grandement des jonques pillées récemment et qui peuvent rendre même l’eau délicieuse.

Il nous serait fort possible d'arrêter la description en cet endroit car, si vous deviez me croiser au petit matin, me rendant d’une démarche rapide et peu sûre au navire, poursuivi par un père, un frère, un mari, un fils ou l’ensemble de ces personnes, je ne porterai sans doute rien d’autre. En l’occurrence, la survie passe avant tout.

Mais si pour la forme vous me demandiez de rapidement compléter : j'aime à porter des chemises blanches, même si elles ont tendance à ne point le rester sur un navire, agrémentées d’un surcot bleu sans manche et de chausses sombres toujours seyantes. L’ensemble complété d’une paire de bottes dont la qualité et la beauté varient du dernier malandrin que j'ai occis et sur lequel j'ai pris ma part de butin, elles ne leur sont en effet d’aucune utilité et il est difficile de trouver une bonne paire de bottes de nos jours.


Histoire




Je naquis en l’an six de l’ère des rois, au vingt-septième jour du mois de Phra en la ville de Vyre au royaume de Desde sur le continent de Seregon. Mon père était le plus gros marchand d’épices de la capitale et, cela, dans tous les sens du terme, envoyant des navires jusqu’à Radjyn ou en Ordanie pour participer aux échanges, même si la majorité d’entre eux se faisait au nord avec Usha et Ysino. Avec le recul je pense que ma mère appréciait bien plus sa richesse que son mari : ce dernier étant souvent absent et ayant surtout besoin d’une femme magnifique à présenter en société passa donc rapidement sur les préférences de son épouse. Je naquis donc dans cette famille, loin d’être parfaite, mais qui m’a assuré une enfance relativement confortable et où mes besoins physiques, pour le moins, étaient comblés. Les choses changèrent lorsque d’un voyage père ramena un petit frère au sang mêlé et dont l’ascendance Inoë était clairement inscrite sur les traits. A l'époque, on m'expliqua que le pauvre n'avait plus de maman et que mon père ne pouvait l'abandonner à un sort funeste. J'acceptais à l'époque avec joie de partager ma maman avec ce pauvre malheureux. Ignorance de l'innocence enfantine : à partir de cet instant, beaucoup de choses changèrent. Finie la douce chaleur du foyer, l’atmosphère qui régnait évoquait tout à la fois un blizzard terrible et un orage couvant perpétuellement. Je me souviens que la vaisselle fut régulièrement changée à l'époque et que mère n'avait plus le droit de se rendre aux cuisines, mais cela remonte à une époque lointaine et il est fort possible que la majeure partie des événements se soient effacés de ma mémoire, trop éloignés de ce qu'un enfant peut comprendre et accepter.

Pour ma part je fus plutôt heureux d’avoir un camarade de jeu avec lequel partager le plaisir de la connaissance et l’amusement des jeux d’enfants, toutefois, mère, voyant tout cela d’un mauvais œil, essaya de m’interdire tout contact avec ce petit frère nouvellement arrivé. La tâche se révéla rapidement trop ardue face à notre enfantine malice et elle se résigna à faire compléter mon instruction pour m’occuper afin de faire de moi un homme de lettres et un poète. L’enfant que je fus préférait de loin s’amuser avec mon frère et, trop souvent, j’ai fui mes responsabilités pour voler quelques instants en sa compagnie et pour partager une part de son apprentissage. Là où on s’efforçait de cultiver en moi le goût de la poésie et des belles phrases, lui se penchait sur le son incomparable de la corde d’un arc et des beaux enchaînements d’une lame dans la lueur de l’astre solaire. Les choses continuèrent un temps ainsi, bon gré mal gré, les années avançant à leur rythme. Ce qui modifia réellement ma vie fut un stupide accident, un jour de printemps alors que je venais d’avoir à peine quinze ans. Nous jouions, mon frère et moi-même, avec des arcs, armes magnifiques fraîchement acquises par mon père, choisissant des cibles dans le jardin pour tester notre habileté lorsque dans un moment d’inattention, une flèche ricochant sur une pierre, le trait lâché par mon frère m’effleura l’oreille. La blessure, peu sérieuse, commença de suite à saigner abondamment. Aussitôt ce fut à travers tout le domaine, cris, hurlements et vociférations, accusations et condamnations, tant et si bien que, malgré sa défense appuyée de mes propos, mon frère fut consigné en sa chambre. Ce fut la dernière fois que je le vis... Le surlendemain j’embarquais en tant que mousse sur un des bâtiments de mon père à destination d’Ysino.

La vie à bord d’un navire marchand était strictement régie par les quarts et le seul et unique mousse, en l’occurrence moi, était pour ainsi dire corvéable à loisir. Je ne me souviens plus combien de fois j’ai fini par astiquer le pont sous le regard moqueur des marins vacants à leurs occupations. J’eus de la chance, en tant que fils de l’armateur, de pouvoir échapper à la morsure du fouet lorsque les vents refusaient de souffler dans nos voiles. Le seul aspect réellement plaisant de cette vie errante fut l’apprentissage du combat, enseignement rendu obligatoire sur ses navires par mon père pour protéger ses cargaisons des pirates. D’un autre côté, un jeune Elëar armé d’un épissoir a presque autant de chances d’arrêter un pirate qu’un homme d’arrêter une éruption en urinant dans la gueule d’un volcan. Mais cela restait franchement agréable. Ma famille me manquait et, en même temps, j’étais heureux d’être libéré de l’atmosphère pesante régnant à la maison. L’équipage formait pour ainsi dire une deuxième famille, m’apprenant les subtilités de la vie en mer, à lire les courants et les vents pour nous mener à bon port. La vie n’était pas facile, mais elle était bien remplie, une existence où chaque action compte aussi bien pour soi que pour les autres.

Je n’ai pour ainsi dire plus jamais vu ma famille. Les escales à Vyre étaient rares et ne duraient guère longtemps, mon père n’hésitant pas à m’envoyer d’un bâtiment à l’autre pour que je puisse apprendre à connaître mes futurs employés, parfaire mes compétences auprès de différents capitaines et, surtout, pour éviter que je sois à la maison. Je n’ai eu des nouvelles que par bribes arrachées aux uns ou aux autres, avant de devoir appareiller avec le bâtiment suivant et de partir vers le lointain. Cela me permit toutefois de suivre la majorité des routes commerciales, usitées par les navires marchands entre l’Ordanie et Seregon et, en particulier, le long de la côte est de Seregon depuis Desde jusqu’à Ysino. J’ai rencontré toutes sortes de gens fascinants, survécu à quelques échauffourées avec les pirates, même si la majorité des capitaines arrivaient à les semer à la faveur d’un coup de vent, grâce aux avantages que leur donnaient les bricks dans la navigation. Les années passèrent ainsi et je pus gagner en compétences jusqu’à recevoir mon premier commandement. Enfin, commandement est un bien grand mot. Je venais d’être nommé second sur un navire en partance de Vyre en direction de Ysino. Tout s’était déroulé à merveille jusqu’à notre escale à Usha.

Nous étions alors en l’an 39 de l’ère des rois. Le temps prévoyait d’être clément lors de notre traversée en direction d'Ysino et, c’est au jour de Sheal que nous avons levé l’ancre au petit matin : certains déjà voulaient faire demi-tour devant les croassements incessants des corbeaux. Après concertation entre les officiers et le capitaine, il fut décidé de continuer notre route. Nous avons été stupides en refusant d’écouter la sagesse séculaire des anciens et leurs avertissements. Nous avons subi le grain le plus puissant de mon existence de marin et foncé droit dans une tempête des plus terribles. Je revois encore les vagues s’abattant sur le pont du navire et les hommes emportés par les flots impétueux, rattachés à la vie par leur unique ligne, tandis que les murs sombres de l’océan se redressaient déjà autour de nous pour frapper à nouveau. Le vent hurlait de telle manière qu’il nous était impossible de communiquer, ses bourrasques ponctuées du claquement de nos voiles déchirées. Je ne saurais dire combien de temps nous avons lutté ainsi pour notre survie, quelques minutes, quelques heures, quelques jours ? Chaque vague venait remplacer la précédente, et les cieux couverts ne s’illuminaient brièvement que sous la lueur d’un éclair. Le temps n’avait aucune importance, concentrés que nous étions pour sauver nos vies. Avec le recul je puis affirmer que nous avons dérivé de plusieurs lieues marines vers l’ouest. Sur le moment, perdu que nous étions, sans point de repère, impossible de savoir ce qui nous attendait jusqu’au moment où le matelot à l’avant nous fit de grands signes des bras. Et à ce moment-là nous la virent, apparaissant dans la clarté d’un éclair, s’imprimant sur nos rétines avec force : une île. Puis un fracas, le vaisseau malmené dont la coque se pourfend, dressé sur des récifs, le craquement du bois brisé surpassant la tempête et la noirceur de l’inconscience.

À mon réveil fort inattendu, je me trouvais dans une masure. Enfin, pour être exact, sur un matelas composé de feuilles et de copeau de bois, recouverts d’une toile et posé à même le sol. J’avais échoué sur Akuzam, une île dépendant officiellement d'Ysino, mais assez loin de cet empire pour être presque indépendante. Elle reste d’une taille respectable d’environ quinze lieues de large pour une trentaine de lieues pour ses plus grands côtés mais, son éloignement des routes commerciales et les récifs au large de sa côte Est en font un lieu relativement difficile d’accès. La population y vivant est composée principalement de petites tribus aux origines clairement Inoës, bien que certains métissages puisse être retrouvés. La population est pauvre et farouche, survivant grâce à la pêche, la chasse et un peu d’agriculture, malgré les raids occasionnels entre tribus ou des pirates de passages. Y ayant vécu, je puis vous affirmer que les seconds doivent pointer le bout de leur nez environ toutes les deux et trois décennies, puisque je n’ai pas vu l’ombre d’une voile avant que le vaisseau me ramenant à la civilisation n’arrive. Mais je vais un peu vite en besogne, je me suis donc réveillé dans cet endroit entièrement inconnu, entouré de gens certes charmant, mais parlant l’yseï dont je ne comprenais que quelques mots. Cela s’est bien sûr amélioré avec le temps, mais, de nos difficiles échanges, je compris qu’ils m’avaient repêché sur une plage, rejeté là par la marée et m’avaient soigné puisque l’océan avait décidé que mon heure n’était point encore arrivée. Il me fallut, bien sûr, plusieurs jours pour comprendre cela, et bien plus encore avant de pouvoir me lever et marcher.

Dès que ce fut fait, je découvris une de leurs coutumes pour le moins étrange. Leur situation était telle que tous se devaient de participer aux tâches nécessaires pour la survie dans la mesure de ses moyens. Même l’invité que j’étais dû participer et cela me fut, dans un premier temps, fort pénible. Pensez donc, mon apprentissage se résumait à déclamer de la poésie, défendre chèrement ma vie et faire voguer un navire. Je n’étais pas du tout préparé au travail de la terre ou à la pêche, mais c’était cela ou se retrouver à devoir faire la cuisine avec les femmes et les vieillards. Je n’ai point beaucoup de fierté, mais elle n’aurait pas survécu à cet affront. J’ai donc trimé, m’abîmant les mains et le dos dans leurs rizières, les pieds dans l’eau et la boue. Dans ces moments-là, comme les miens me manquaient, comme mes compagnons laissaient un vide dans mon existence. Pour autant, le temps passé auprès d’eux ne fut pas que dur labeur et travail acharné. Il y avait aussi des moments forts agréables, sous la lueur des étoiles, rassemblés autour du feu. Mais pour en revenir à ma personne, j’ai dû apprendre fort rapidement leur langue pour pouvoir vivre et communiquer normalement avec eux et, cela fut pour moi une libération. Je me sens bien plus libre d’exprimer ma pensée à travers ce langage, loin des codes et des obligations de forme qui ont accompagné le reste de mon existence. Mais ce ne fut pas la seule chose que j’appris. Les habitants de cette île, perdue au milieu de nulle part, ont développé sur je ne sais quelle base une manière de se battre fort intéressante qu’ils nomment Calee et si, dans un premier temps, j’ai trouvé leurs gesticulations fort distrayantes après m’être retrouvé à manger le sable de la plage j’ai dû avouer son efficacité.

Ce n’est pas comme s’ils avaient accepté de m’apprendre de suite, non. Il m’a fallu faire preuve de patience et d’abnégation dans mes tâches quotidiennes, faire des efforts pour gagner leur confiance et me rapprocher d’eux, éviter les femmes qui semblent également apprendre certaines de leurs techniques de combat, infligeant les douleurs les plus cruelles. Étrangement ce qui me servit le plus dans cette situation, fut le peu que j’avais appris du tir à l’arc, une des disciplines favorites des Elëars. Ils disposaient de quelques arcs et j’eus l’occasion de pouvoir m’en servir et d’améliorer ma réputation grâce à un tir d’une adresse incroyable : alors que je visais un oiseau au plumage magnifique, un coup de vent froid me fit éternuer. Je décochais alors ma flèche qui embrocha deux langoustines des prés de part en part. Comment ces maudits animaux étaient arrivés jusque-là, je n’en savais rien, mais ils se révélèrent savoureux et mon exploit me permit de retourner en chasse, activité bien plus agréable que de retourner la terre.

Mais nous parlions du Calee, après de longs mois passés parmi la tribu j’ai eu le droit et l’immense privilège d’essayer l’apprentissage de cette forme de combat et je dois avouer que mes compétences au corps-à-corps, du moins dans ce domaine-là, sont en dessous de tout. Je me suis révélé incapable d’ajuster mes coups et encore moins accepter d’en prendre. Il est donc raisonnable de dire que dans cet aspect j’ai lamentablement échoué. Fort heureusement cet art martial est multiple et je pus me rattraper sur la partie armée qui demande toute à la fois vitesse et dextérité pour accomplir des blocages et enchaînements rapides  à une ou deux armes, dont le but principal est de tuer ou d’immobiliser de manière définitive l’adversaire. J’ai même reçu la splendide épée dont nous avons déjà parlé, bien que la lame était de fer à ce moment-là, je les soupçonne d’en avoir trouvé plusieurs gisements et de les garder secrets.

Tout cela ne s’est, bien sûr, pas réalisé en un jour, loin de là. En fait, je passais là-bas une dizaine d’années empli de joie et d’appréhension s’achevant dans le bonheur de voir à l’horizon une voile, certes inconnue, mais des plus réjouissantes. Si pour mes camarades cela signifiait surtout que le gouvernement d’Ysino, dans un élan de mémoire, se souvenait qu’il devait collecter des impôts sur ce caillou perdu, cela signifiait surtout pour moi la liberté. J’ai donc pris mes quelques affaires, mon arme et m’en allais avec le collecteur d’impôt en payant ma traversée comme marin. Je fis donc d’abord escale à Ysino et, cherchant un des navires paternels pour rentrer, j’eus la surprise de n’en trouver aucun. Il ne me restait donc plus qu’à travailler à nouveau pour payer ma traversée jusqu’à Vyre.

Vyre, magnifique réalisation des Elëar de l’Aube, que j’eus grand plaisir à voir s’étaler devant moi alors que notre vaisseau fendait les flots impétueux des côtes de Desde. Dès le débarquement, je courus en direction de la maison pour revoir ma famille, leur raconter ce qui m’était arrivé, les débouchés commerciaux possibles, et la stupeur me frappa. Notre demeure, autrefois si vivante, semblait abandonnée. Là où les jardins fleurissaient, ne restaient que des herbes folles se courbant sous le souffle du vent. D’un pas peu assuré, j’entrais dans la demeure lorsqu’un bruit étrange me fit aller dans la salle à manger et, quel spectacle s’étalait devant mes yeux...

J’ai rarement vu pareille scène de massacre. Les cadavres jonchaient le sol dans un enchevêtrement indescriptible. Certains, brisés, laissaient s’écouler sur le marbre les dernières gouttes de leur fluide vital, teintant le sol de leur rouge teinte. Au milieu de ce fatras de bouteilles vides, répandant sur le sol leur contenu, était assis mon père. J’eus du mal à le reconnaître avec ses traits tirés et sa peau presque jaunâtre, lui-même ne semblait pas me voir, me confondant sûrement avec quelques éthyliques visions. Je le laissais donc à son occupation et pris la direction de son bureau, dont la porte ne soutint point longtemps les assauts de ma motivation et de la clef que j’avais trouvée en effectuant d’habiles recherche. Après quelques fouilles minutieuses, je finis par trouver un livre de comptes dont le solde me laissa admiratif. Je ne pensais pas qu’il était possible d’avoir un montant négatif aussi élevé. Plusieurs lettres de créance déjà notées restant à payer pour la semaine même, en liquidités ou en bien, le cas échéant. Les liquidités étant de toute manière absentes, ce seraient les biens familiaux qui serviraient de financement, et j’y jetai par curiosité un coup d’œil. Il restait encore plusieurs navires, quelques titres de propriété, un peu d’or. En un mot comme en cent, nous étions ruinés, ou pour être plus exact : ils étaient ruinés. Puisque je devais être considéré comme mort, la part de dette ne me reviendrait donc pas et ce fut un immense soulagement.

Il me restait donc à quitter la ville avant d’être reconnu. En fouillant la liste, je trouvais un navire magnifique : un brick des plus maniables et facilement manœuvrables, même avec un équipage réduit. Ce n’était bien sûr pas son nom à ce moment-là, mais je ne vous le dirai de toute manière pas. Un rapide tour dans la collection d’armes paternelles me permit de repartir avec un arc, un carquois quelques flèches et le matériel pour entretenir tout cela, j’empruntais également un précis de commerce avant de m’en retourner au port grâce à une fenêtre du rez-de-chaussée. L’étape suivante, particulièrement complexe, serait de trouver un équipage et surtout de le payer. Un mort sans nom, avec un vaisseau emprunté risquait difficilement de trouver une cargaison à transporter, sauf à se présenter auprès des trafiquants de la capitale. Toutefois, sans équipage le problème restait entier, fort heureusement les Inoës, à nouveau, fournissaient la solution à mon problème.

Au nord, la situation entre Ysino et Usha se tendait puisque ces derniers avaient décidé de lourdement taxer les routes commerciales de sa voisine, s’estimant digne propriétaire de ces dernières. L’économie d’Ysino se trouverait rapidement déséquilibrée par le processus et cela semait l’inquiétude parmi les marchands habitués à effectuer des exportations dans la zone. Il suffit donc de me présenter à l’un des plus cupides que je puisse trouver sous un faux nom, pour lui proposer mes services de transporteur indépendant. Après d’âpres négociations, il me confia donc en toute discrétion un chargement d’armes qui ne lui appartiendrait pas en cas de problème, à destination de l’Empire insulaire et une avance sur mes frais qui me permit d’engager un équipage pour commencer le voyage. Mon plan était des plus simples, éviter les contrôles d'Usha et revendre les marchandises une fois sur place. Les marchandises n’existant pas pour notre ami en cas de problème, dans les autres cas non plus. Il me faudrait juste me débarrasser de l’équipage une fois sur place. Le voyage se révéla mouvementé, car si le temps fut relativement clément, les troupes d'Usha faisaient preuves dans leur mission d’un zèle, tout à leur honneur et, fortement agaçant. Partir depuis Eliran sans entrer dans les eaux d'Usha étant presque impossible aux vues du niveau des réserves que peut transporter un navire en sus de son chargement, nous avons pris le pari de nous ravitailler au maximum à la pointe de Rhaemond, avant de partir. Fort heureusement les forces d'Usha privilégiaient les jonques, embarcations solides mais lentes et incapables de tenir le rythme face à un forceur de blocus. Nous avons donc fini par accoster à Ysino dont l’économie vacillante les acculait à déclarer la guerre à Usha, ce qui fit bien entendu mes affaires puisque ma cargaison, sur laquelle je prélevais quelques articles, arrivant à point nommé, put se vendre à bon prix.

Comme toutes nations, se tournant vers le combat pour assurer sa survie, le gouvernent proposa à des combattants étrangers de les rejoindre dans la lutte. Notamment des mercenaires pour se battre et des corsaires disposant de navires pour semer le chaos. Je n’hésitais pas à y souscrire et à faire une tournée dans les tavernes pour trouver des braves désirant verser avec moi sang et sueurs pour ce beau pays. Si l’augmentation de la taille de mon équipage ne se fit pas par la qualité de ses recrues, elles avaient le mérite d’avoir une conviction profonde et, on a toujours besoin de personnel sacrifiable.

Je commençais ma vie de corsaire par l’attaque d’une jonque marchande. La surprise fut totale pour les pauvres hères que nous abordâmes. Outre les ressources qu’ils transportaient et leurs vies, nous les délestâmes également de leurs cartes et ramenâmes le navire auprès des autorités pour toucher notre part. Je me rappelle que cela me gêna beaucoup à l’époque. Je n’avais jamais ôté une vie de manière gratuite et avais à mon bord de possibles traîtres, sans compter les quelques pertes déjà subies. Le voyage de retour fut morne. Au final, je ne découvris jamais d’agents du marchand à mon bord. Soit il n’y en avait aucun, soit ce dernier mourut au cours des premiers affrontements. À partir de cet instant, je permis à mon équipage de se libérer de ses engagements pour rentrer aux pays pour ceux qui le désiraient. S’il y eut des désistements, ils furent moins nombreux que je le craignais. Sans doute parce que suite à mon manque d’expérience, ces braves étaient très grassement payés par rapport à ce qu’ils toucheraient auprès d’autres capitaines.

Rapidement, les forces d'Usha se déployèrent dans la zone, et la mer d'Ekio séparant Ysino d'Usha fut rougie du sang de nombreuses victimes. Bien souvent, profitant de la vitesse supérieure de nos navires, nous poussions jusqu’aux côtes mêmes d'Usha et pillions alors sans vergogne les villages. Nous emportions alors avec nous nourriture et objets de valeurs, parfois même des prisonniers. À mesure que le conflit, devant durer quelques semaines, s’enlisait dans le temps, le nombre de victimes, principalement civiles, augmentait. Avec nos équipages en surnombre, notre rayon d'action se limita rapidement et les marchands ayant majoritairement choisi des routes commerciales plus proches de Radjyn, les proies se faisaient rare.


Il nous fallut nous approcher des eaux d'Eliran et Rhaemond pour trouver des cibles faciles. L’île d'Akuzam nous servit un temps de base arrière pour lancer nos raids puis, la situation faillit basculer en 53. Les généraux d'Usha avaient rassemblé leurs forces maritimes et terrestres pour se lancer dans un débarquement en règle sur les côtes. La situation devint rapidement intenable pour les corsaires, les rares cibles passant à portée étaient généralement lourdement défendues et les navires de guerre d'Usha grouillaient sur les eaux comme les asticots sur un cadavre.

Mes souvenirs de cette période sont vifs. Je nous revois encore, les narines emplies de l’air marin, la lumière tamisée par la fumée et l’air empli des gouttelettes de sang que nous projetions à chaque mouvement, les oreilles pleines du fracas du bois se consumant, du choc des armes et des cris fusant de toutes parts. C’est à cette époque que nous avons hérité du surnom de « Fils de Tsunami », écumeurs des mers et des océans. C’est à cause de cela que nombre d’entre nous, dont moi, décidèrent  de nous marquer de ce signe, cet irezumi qui orne mon dos. Je ne fus certes pas l’un des plus connus, mais je dois être l’un des derniers à naviguer, les autres sont devenus trop vieux ou la mort les a rattrapés.

Elle faillit bien m'avoir également alors que nous venions d'essuyer une tempête de plusieurs jours et des plus terribles. Nous avions croisé la route d'un navire de patrouille d'Usha, sans doute porté en haute mer par les vents violents qui avaient soufflé. Si notre navire avait de nombreuses avaries, celui de nos adversaires ne valait guère mieux. Ils devaient être à la fin de leur patrouille et ne disposaient pas de beaucoup de munitions. Nous échangeâmes donc, dans un premier temps, des tirs sporadiques avant de nous lancer à l'abordage. Le combat qui s'engagea fut terrible, nous luttions pour notre survie, tous unis dans une macabre danse à la beauté létale. Nos lames chantaient dans l'air alors que les voiles déchirées de mon bâtiment s'embrasaient, éclairant de leur éclat ce champ de morts. Notre survie n'est dûe qu'au manque de nourriture sur leur navire, ces hommes affaiblis pensaient sans doute plus à leur estomac qu'à leur pays en nous attaquant.

L'incendie fut éteint, même si la majorité de la voilure fut sacrifiée. Il nous fallut longtemps pour revenir aux côtes d'Ysino, et la sentence tomba. Le navire était inutilisable en l'état et je ne disposais pas des fonds pour le réparer. Sa carcasse fut revendue pour un prix dérisoire et répartie entre les survivants puis, chacun mena sa propre vie. Pour ma part, je rejoignis un groupe de mercenaires sans éducation mais à l’efficacité indiscutable. Je crois bien ne m’être jamais autant entraîné au combat aussi bien à terre qu'en mer.

Le débarquement eut lieu, la résistance sur les terres insulaires fut rude et nous étions en première ligne, tenant des fortins pour essayer de circonscrire l'ennemi aux plages avant de reculer face à l'assaut constant qui nous était imposé. Lorsque l'on chercha des hommes sachant naviguer pour  perturber les lignes de ravitaillement ennemie je me portais immédiatement volontaire.

Les navires de ravitaillement se déplaçaient en convoi mais, même la disparition d’un seul navire ne pouvait qu’aider les défenseurs qui peinaient à maintenir le statut-quo. À la fin de l’an 54, en plein hiver alors que les tempêtes battaient leurs pleins, les commandants d'Ysino organiseraient un contre débarquement que nous appuyâmes par des raids sur le territoire de Usha, afin de disperser leurs forces. Bien des fois je crus ma dernière heure arrivée mais les troupes prirent finalement pied à Usha et s’emparèrent des dépôts de vivre de l’armée. Les troupes d'Usha se trouvaient séparées, une partie stationnée en plein combat à Ysino, presque sans ravitaillement, le reste à affronter les troupes d'Ysino qui avaient du ravitaillement à revendre et avançaient lentement sur leurs terres. Finalement, en 55 de l’ère des rois un accord fut trouvé et la paix se rétablit, les survivants reçurent une prime exceptionnelle qui pour ma part fut rapidement dépensée. Ma lame m’avait, au cours du conflit, bien servi. Trop même, peut-être, et je me rendais donc chez l’un des meilleurs artisans d'Eiki afin de procéder au changement de la lame, remplaçant le fer par le meilleur acier qui pouvait se trouver dans la capitale impériale.

Une fois ma lame prête, je partis découvrir le vaste monde pendant quelques années, travaillant comme matelot ou louant ma lame pour quelques pièces. Cela me permit de vivre à peu près décemment, tout en mangeant presque à ma faim et de m'entraîner aussi bien à connaître mon prochain qu'à l’occire. À mesure que le temps passait, les étendues d'eau infinies me manquaient de plus en plus et, un engagement comme matelot ne me satisfaisait pas. Mais n'ayant point les moyens de m'acheter un navire il me fallait trouver comment agir. L'occasion me vint alors que je servais sur un magnifique brick Elëar se rendant à Saan Met : je vis rarement traversée plus chaotique. Le capitaine, peu expérimenté, nous mena droit sur les pirates avant de nous envoyer dans une tempête en cherchant à les fuir. Les membres d'équipage virent leurs effectifs se réduire comme une peau de chagrin. Le navire n'avait, fort heureusement, subi aucune avarie grave, mais l’atmosphère à son bord était délétère. À mesure que la situation empirait, notre jeune capitaine se sentait forcé d'asseoir son autorité de manière parfois brutale, puis cela se produisit.

Nous étions à peine à quelques jours de navigation de notre but lorsqu'un châtiment injuste frappa l'équipage. Notre ration d'alcool se trouvait supprimée. Moins d'une heure plus tard, le pont du navire était rougi de sang. J'avais rapidement décidé de ne pas participer à cette périlleuse entreprise, aussi, quelle ne fut pas ma surprise en découvrant que les matelots disposant d'un armement certes rudimentaire avaient réussi à massacrer les officiers au prix de nombreux sacrifices. Il ne restait en fait que deux autres matelots en vie, chiffre qui diminua rapidement à un seul lorsque son camarade décida de s'en prendre à moi. Je décidais de prendre soin du dernier matelot, grièvement blessé et je jetais les autres par-dessus bord, non sans avoir emprunté sa paire de bottes à notre regretté capitaine.

Une fois arrivé à destination, non sans mal je dois l'avouer, je livrais les marchandises et en recevais le paiement avec lequel je payais les soins de mon nouveau compagnon et engageais un équipage pour me mener jusqu'à Ysino. Dès mon arrivée, j'ai proposé mes services de corsaire au gouvernement fort de mon expérience et entrais à leur service. Avec les années je suis parvenu à mettre de l'argent de côté pour modifier mon navire et en faire ce qu'il est aujourd'hui. Je suis plusieurs fois retourné à Akuzam pour y trouve des membres d'équipage, comme à chaque endroit il se trouve des jeunes rêvant de lointains horizons que je suis prêt à accueillir à mon bord. Cela me permet d'avoir des membres d'équipages fiables et entraînés au combat me permettant de continuer à m'entraîner au Calee.

Les années passèrent, jamais ennuyeuses car les complots grouillent sur Rëa comme les asticots sur de vieux cadavres, chacun voulant s’assurer de pouvoir se protéger de son voisin. Avec le temps mon équipage s’est modifié, devenant plus cosmopolite bien que quelques membres d’origine soient encore à mon bord : cela fait maintenant longtemps que nous naviguons de concert. Je passais donc de nombreuses années à me laisser vivre, évitant les patrouilles, marchandant, me battant, buvant en joyeuse compagnie et passant de fabuleuses nuits. Mais depuis plus d’un an déjà, la situation est devenue préoccupante. Un étrange sentiment ne me quittait pas, toujours à la lisière de ma conscience il me hantait de jour comme de nuit, telle une tempête qui s’annoncerait à l’horizon sans jamais éclater. C’est en Friest que je devais voir cette tempête se déverser, la nouvelle s’annonçait excellente. Depuis quelque temps déjà on nous bassinait du retour d'Azurra, cité légendaire qui serait remplie de richesses incommensurable, mais de richesses ils n’en trouvèrent point. Non à la place ils éveillèrent des pouvoirs oubliés et changeaient le fragile équilibre des pouvoirs, la cité serait habitée alors même qu’elle était tombée au rang de mythe et légendes.

Toutefois, l’avènement d’une nouvelle puissance ne pouvait que causer ruine et désolation et potentiellement m’enrichir au-delà de mes rêves les plus fous, si je survivais. Mais rien, rien ne se passait dans un premier temps, comme si le monde retenait son souffle pour ne laisser paraître ce qui grouillait sous la surface : l’agitation des profondeurs du monde. Puis cette année terrible, le temps n’ayant plus de sens, ouragan et dévastation se répandant sur les mers et les terres comme si Rëa elle-même décidait d’entrer dans la lutte que se mènent ses habitants. Prendre la mer est devenue un pari presque insensé pour qui ne se trouve pas près de Kaerdum et Azzura tant les cieux sont devenus inconstants, les terres sont régulièrement secouées de tremblement terrible lorsque nous sommes au mouillage. Cela ne nous empêche toutefois pas de prendre la mer et de continuer nos voyages, puisqu’il faut bien manger et boire, tant que les marchands ventrus continueront à envoyer leurs équipages à travers les mers nous serons là pour les accueillirent à bras ouverts…


Ambitions & Desseins



L’ambition d'Aëlingen est fort simple, vivre jusqu’à un âge avancé dans une magnifique villa, entourée de plaisantes jeunes femmes, sauf que son comportement tout à la fois outrageusement dépensier ne lui permettra sûrement jamais de l’atteindre.

Il apprécie pourtant pleinement sa vie oscillant au gré des jours entre le calme d’une mer d’huile et les activités plus mouvementé de la piraterie, même si son existence se trouve fortement chahutée par les bouleversements que subit le monde qui l’entoure. Au fond, pirate ou pas, Aëlingen reste un Elëar qui a soif de connaissance et ne supporte pas les mystères, surtout lorsqu’ils valent leurs pesants d’or.



Divers


Reconnaissez-vous être âgé d'au moins 18 ans ? : Oui, depuis trop longtemps déjà. Enfin, physiquement en tout cas.
Moultipass : Ok par Harden


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◈ Missives : 2160

◈ Âge du Personnage : 82 ans
◈ Alignement : Loyal Bon
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Sharda du Nord
◈ Origine : Al'Akhab - Siltamyr
◈ Magie : Aucune
◈ Fiche personnage : Calim

Conteur
Calim Al'Azran

◈ Ven 23 Déc 2016 - 13:52

Mon cher Aël,

Je te souhaite enfin la bienvenue parmi nous et je te remercie de ta patience et du soin que tu as apporté aux détails historiques de ta fiche.

Je t'invite dès maintenant à faire une demande de RP pour trouver des partenaires d'écriture, ainsi qu'à créer ton journal de bord, comme tout marin qui se respecte.