Azzura

Vous n'êtes pas connecté. Connectez-vous ou enregistrez-vous

Sohvi Strand - Reine de Valdrek

avatar
◈ Missives : 3

◈ Âge du Personnage : 40 ans.
◈ Alignement : Loyal Neutre.
◈ Race : Valduris.
◈ Ethnie : Alsdern.
◈ Origine : Valdrek.
◈ Localisation sur Rëa : Wargarth.
◈ Magie : Sans.
◈ Fiche personnage : Lien.

Héros
Sohvi Strand

◈ Ven 16 Sep 2016 - 18:56

◈ Prénom :  Sohvi.
◈ Nom : Strand.
◈ Sexe : Féminin.
◈ Âge : 40 ans.
◈ Date de naissance : 12 d’Eldra de l’An 50 de l’Ère des Rois.
◈ Race : Valduris.
◈ Ethnie : Alsdern.
◈ Origine : Valdrek.
◈ Alignement : Loyal Neutre.
◈ Métier : Reine de Valdrek.


Magie


Aucun.


Compétences, forces & faiblesses


> Arts de la noblesse & de la bourgeoisie
(Métier engagé : Reine)
- Lecture & écriture (Valdra / Kaerd) : Maître
= Femme de goût et de lettre détonnant dans le coeur du peuple Alsdern, elle sait entretenir lecture et écriture.
- Mathématique (comptabilité, arithmétique de base) : Avancé
= L'on forma Sohvi aux savoirs de la noblesse dès le plus jeune âge.
- Étiquette : Maître
= Assurément, dans sa droiture et sa vision de devenir femme parfaite, elle peut posséder l'étiquette propre aux Vreën, mais sait tout autant s'exprimer à la rudesse alsdern.
- Politique : Avancé
= Ombre de son mari, elle sait écouter ce qui se dit et participer avec réserve sans se mettre en avant. Elle pourrait atteindre l'excellence si elle n'était pas femme.
- Diplomatie : Expert
= Bien sous tous rapports, elle sait s'exprimer avec déférence et à qui, ne pas froisser les hommes de son

> Compétences générales
- Folklore : Vreën, intermédiaire / Valdra, expert
= Initiée par ses lectures, Sohvi connaît les moeurs Vreën quoi qu'imparfaitement.
- Religion : avancé
= Sohvi est parfaitement intégrée aux croyances de son peuple.
- Histoire (Valdrek) : avancé
= Connaissant par ses lectures l'histoire des guerres et les contours de son royaume, elle peut s'intégrer aisément à des conversations à propos.


• FORCES :
Son éducation et sa culture font de Sohvi une personne qui ne semble pas démériter son titre de Reine ; elle sait où est sa place et ne cherche pas à la transcender. Dans sa réserve et dans sa droiture, on l'imagine rarement aussi capable qu'elle ne l'est réellement.
Elle sait se montrer autoritaire sans jamais outrepasser les limites du respect, fait preuve d'affabilité sans laisser l'opportunité à l'incorrect, sait faire passer son intransigeance pour le besoin du bien commun ; manipulatrice, sans doute, mais sans jamais se compromettre dans la manœuvre.

• FAIBLESSES :
Son besoin obsessionnel de propreté et sa phobie de la crasse sont une des rares choses capables de déstabiliser Sohvi, et c'est un fait assez reconnu pour pouvoir être utilisé à son encontre même de manière innocente. Mais plus encore, sa famille est son plus grand point faible ; elle a bâti sa vie autour d'eux et mourait sans l'ombre d'une hésitation pour ses enfants ou son mari.
Très pieuse, elle porte les Dieux en très haute estime et s'il est difficile de lui faire perdre de vue ses objectifs, il est néanmoins possible de l'influencer à force d'ésotérisme religieux.
Sohvi a besoin d'avoir tout sous son contrôle, ou à défaut la sensation que c'est le cas ; dans le cas contraire, elle tentera tout ce qui est en son pouvoir pour reprendre les rennes, d'une manière ou d'une autre.


Physique


Il est des femmes d'une beauté à couper le souffle, portée par les grâces des Dieux, bercée d'une naissance providentielle ; des femmes sur lesquelles les regards se portent, que ce soit du coin de l'œil ou avec insistance, parce que les belles choses aspirent à être admirées et qu'elles en sont encore le meilleur exemple.
Et puis il est des femmes d'une beauté plus subtile, dont le charme compense la banalité, dont l'aura magnifie les défauts, qu'il est impossible d'apprécier parfaitement si on ne se donne pas la peine de creuser un peu.
Sohvi est de celles-ci.

Le port altier et la garde-robe distinguée, Sohvi fut élevée pour devenir une dame et, à bien des égards, elle dépassa de loin les expectations qui pesaient sur ses épaules. Désormais, seule une cascade de cheveux châtain clair y trône ; crinière capricieuse, les suivantes de Sohvi ont appris à la dompter selon les désirs de la Reine et se fier à la simplicité apparente de ses coiffures serait sous-estimer l'estime que celle-ci porte à son apparence. Si elle se plaît à transparaître dans la sobriété, c'est encore - toujours - une raison d'éducation ; paraître propre sur soi, certes, mais sans jamais trop se mettre en avant. De ce fait, toute cette ambivalence se trahit dans le moindre de ses choix physiques.

De son regard ambré, qui ne se permet jamais de regarder plus hautainement qu'elle n'est supposée le faire, jusqu'à ses lèvres pleines qu'elle entretient quotidiennement contre les gerçures impitoyables du froid de Valdrek, son visage est exempt de maquillage superflu et ce naturel souligne un visage carré qui sait lui donner un air sévère lorsque le temps s'y prête.
Là où son frère jumeau s'est sculpté, elle s'est affinée ; si Soren utilise sa grande taille pour impressionner autrui, Sohvi se sert de ses 5.3 pieds pour ajouter à sa prestance, toujours droite, toujours distinguée.

Bien sûr, Sohvi ne laisse pas la place au reprochable. De ses habitudes vestimentaires à sa manière de se tenir, sa démarche est dictée par la bienséance et on ne la verra jamais courir, pas même se presser, sans qu'une situation critique ne l'exige. Ses névroses hygiéniques lui font multiplier les bains - et ceux de ses proches - et il est maladivement impensable pour elle de se placer dans une situation qui pourrait ternir à cette propreté, quand bien même cela se limiterait à embrasser sa fille ou son mari revenant de campagne.


Caractère


Elle ne s'était jamais caractérisée que par peu de choses ; Sohvi est une femme distinguée, une noble de pure souche, l'éducation précieuse au bout des ongles.
Cette éducation, certes, était la première justification - la plus facile, la plus logique également - mais Sohvi, en vérité, ne devait la plupart de ses psychoses qu'à elle-même.
Il n'avait jamais été question d'hygiène, lorsqu'elle était enfant. Pas autant, jamais aussi maladivement. On lui avait inculqué la propreté, la tenue, la présentation. Elle s'était imposée l'obsession, la privation, le besoin incurable et la dualité, également, lorsqu'elle aurait préféré être cette épouse capable de s'offrir à son mari sans arrière-pensées, davantage bouleversée par son retour de guerre que l'insalubrité des vêtements qu'il portait. Ce n'était pas faute de le penser - de le ressentir - pourtant. Elle aimait Terkel, bien plus encore que quiconque pouvait se l'imaginer, et il était des instincts qu'elle ne saurait ignorer.
Le retour de Terkel d'une bataille, si futile fut-elle, était toujours source de sentiments paradoxes pour Sohvi. Son mari était une partie d'elle-même, celle qui, sans doute, avait le plus d'importance, celle qui prenait le plus de place, celle qu'elle chérissait lorsqu'il n'y avait plus rien à apprécier chez elle.
Celle, aussi, dont les fluctuations la bouleversaient, creusaient sa sensibilité à fleur de peau, modelaient ses peurs et insinuaient ses cauchemars.
Bien sûr, son amour pour ses enfants la transcendait et bien sûr également l'un n'était pas comparable à l'autre.
Quel choix pouvait être raisonnable lorsque le dilemme départageait son cœur et ses poumons ? Terkel l'avait fait vibrer lorsque les conventions exigeaient sa retenue, il l'avait fait rire aux éclats lorsqu'elle se devait d'être placide, il l'avait tolérée, acceptée, comprise lorsqu'il aurait pu tout lui imposer. Terkel avait été son premier amour et c'était cette évidence, encore, qu'elle retrouvait en regardant ses enfants.

Sa famille, pourtant, faisait figure d'exception, car Sohvi est une dame de la cour modelée par la retenue et son cercle privé est seul témoin privilégié de cette profondeur d'âme qui pourrait à bien des occasions se transformer en faiblesse.
C'est la réserve, avant tout, qui la caractérise aux yeux du Monde. Elle s'en voile comme d'un apparat indispensable, envisageant autrui avec la froideur polie qu'on réserve aux inconnus et qu'on soit allié ou rival, elle s'accorde à ne jamais trop en dévoiler. Toujours irréprochable, mais toujours alerte également : qu'elle rive les intérêts sur son sourire de circonstance permet à son regard de se balader impunément et qu'elle soit douée pour relever ses propres imperfections sous-entend qu'elle se montre plus intransigeante encore envers autrui.
Les détails lui parlent davantage que les discours les plus équivoques et si ses élucubrations peuvent s'avérer frivoles aux premiers abords, Sohvi sait y discerner des vérités inéluctables : elle répondra aux mensonges avec la candeur du dupé mais ne manquera jamais de s'en rappeler - et de le rappeler au concerné également au moment le plus adéquat.
C'était quelque chose d'instinctif, pourtant, un mécanisme bien mal acquis davantage qu'un plaisir coupable. Sohvi méprise les esclandres, abhorre les scandales, prône la pudeur et la décence ; se complaire dans les rixes était le privilège des sauvages.

D'une manière ou d'une autre, tout se rapporte au besoin de perfection de Sohvi. Que ce soit son besoin maniaque d'hygiène, sa manie de toujours vouloir avoir le contrôle sur les choses les plus minimes de son quotidien, sa tendance à honorer religieusement ses responsabilités - elle ne laisse jamais rien au hasard.
Même pour les choses les plus anodines : on la pense naturellement douée avec les instruments, mais Sohvi ne doit son habilité musicales que grâce à l'obstination qu'elle a mise à les apprendre.
Peu de choses sont laissées à l'imprévu, entre les mains de Sohvi, pour le meilleur comme pour le pire. Son manque de naturel l'empêche bien souvent de savourer les choses simples de la vie, mais la sophistication lui permet de se hisser à une paix morale et une sérénité intérieure dont elle a incontestablement besoin pour rester saine d'esprit.

Son amour du beau ne se cantonne pas à sa propre personne : mélomane, certes, mais pas seulement. Poète dans l'âme, elle  apprécie la sculpture, savoure les jeux d'esprit, cultive son savoir à force de lecture et de théâtre. C'est une grande mécène, et avant même d'être Reine elle s'approchait déjà de personnes plus douées qu'elle pour s'entourer de créations qu'il était rare de se procurer autrement. Si elle déplore la rareté des amateurs de la chose dans son pays d'origine, elle n'est pourtant pas de ceux qui se laissent influencer par leurs pairs : désormais connue comme une bienfaitrice auprès des artistes, c'est eux qui viennent bien souvent à elle et la décoration de la demeure du Roi est savamment orchestrée par son épouse qui ne cesse jamais de rajouter de nouveaux éléments au fur et à mesure de ses trouvailles.

Ce n'est pas toujours une chose bien vue, parmi les Alsderns, et cette influence lui provient de ces sudistes dont elle s'est prise d'admiration, à force de lire et d'entendre parler à leur sujet. Rien ne saurait la détourner de l'amour qu'elle porte à sa patrie, ni de l'allégeance qu'elle voue aux siens, mais elle est née plus précieuse que le commun des Alsderns et elle se retrouve, dans les frivolités cultivées par les Vreën.


Inventaire


La garde-robe de Sohvi est sans doute sa possession dont elle est la plus fière ; sophistiquée, colorée et assez diversifiée pour lui permettre de ne jamais être prise au dépourvu, Sohvi aime les beaux habits et le bon goût dont elle fait preuve pour les choisir.
De la même manière, ses bijoux - qu'elle porte toujours avec discrétion - sont savamment choisis toujours accordés avec le reste de sa tenue. Seule son alliance ne la quitte jamais réellement.


Histoire



Les Jansson règnent sur le Njörd, région située au Nord de Valdrek, péninsule dont la pérennité repose essentiellement sur la pêche et l’artisanat naval. Leur montée au pouvoir remonte à il y a bien longtemps, et si certains détails furent oubliés, beaucoup s’accordent à dire qu’ils ne doivent cette ascension qu’à une relation de cause à effets hasardeuse – et s’ils ne sont plus remis en doute, ils gardent encore à l’heure actuelle cette image d’opportunistes que talents politique et diplomatique ont sus préserver des échecs. Cette image, par ailleurs, fut renforcée par le mariage de Sohvi à Terkel, bien que ce dernier ne fût pas même proche d’être Roi au moment de leur union.
Évidemment, ces rumeurs sont plus souvent répétées et usitées par leurs rivaux sinon ennemis et les gens de Njörd n’en ont cure, pour la plupart.
De nos jours, Soren Jansson en est le Jarl et son allégeance indéfectible à son beau-frère font du Njörd une région ouvertement partisane du pouvoir en place.


**********


Le choix du Roi ; et bien que Morten Jansson ne soit que Jarl, les festivités qui suivirent la naissance Sohvi et Soren furent mémorables – royales. Paire de jumeaux aînés d’une fratrie qui comptera six enfants au total, l’histoire se rappellera de Soren comme le premier né, faisant de lui l’héritier légitime et incontestable. Dès leur naissance, il semblerait que les rôles du frère et de la sœur furent clairement définis : si les Dieux leur avaient offert une paire de progénitures, c’était incontestablement pour faire d’eux des parangons, chacun dans les responsabilités relatives à leur sexe. Soren deviendrait Jarl à son tour, aussi doué à la guerre qu’en politique, un Alsdern comme en contait les légendes lorsque Sohvi serait une dame, une fille à marier, le maillon indispensable pour faire des Jansson une famille plus puissante encore en l’offrant aux plus dignes.
Bien sûr, pareil concept n’était pas immédiatement à la portée de la compréhension des deux concernés mais la providence semblait sourire à Morten, car l’un comme l’autre furent naturellement enclins à occuper les places respectives qu’il leur avait réservées.

L’éducation de Sohvi fut exemplaire ; lorsqu’elle ne participait pas aux tâches de subsistance aux côtés de son frère, elle apprenait à se comporter comme la parfaite promise. On lui imposa une culture qu’elle ne rechignait pas, curieuse d’apprendre et avide de s’enrichir ; elle apprit l’écriture, la lecture, les mathématiques – un peu plus qu'il n'était nécessaire pour lui permettre de se distinguer tout à fait d'une enfant lambda. Si on ne lui plaça jamais une arme entre les mains, on aiguisa son esprit juste assez pour lui permettre de s'enrichir intellectuellement par elle-même, et la jeune fille se prit de passion pour la culture Vreën à travers des récits : ces faux-semblants, ces illusions éphémères que la haute société projetait le temps d’une soirée, d’un bal, d’une rencontre. Elle n’était pas d’un naturel mesquin, ni même particulièrement portée sur le mensonge – mais c’était une mimique de théâtre, s’incarner soi-même mais en mieux, le paraître avant l’être. Sohvi n’avait jamais été expansive, car ce qu’on lui inculquait lui imposait une réserve qu’elle avait faite sienne avec le temps, mais c'était là un concept qui lui parlait particulièrement et elle se l'appropria, à sa manière, de façon plus fantasmée.

Le départ de Soren à leurs douze ans la marqua d’une légère mélancolie, mais surtout d’un sens des responsabilités qu’elle prit ridiculement à cœur : désormais seule progéniture à éduquer, elle se fit un devoir d’être irréprochable, et si la pression qui pesait sur ses épaules n’était pas seulement issue de son imagination elle en fit un poids bien plus lourd à porter qu’il ne l’était réellement, plus intransigeante envers elle-même que ne le furent jamais ses précepteurs.
Lorsqu’on lui parla pour la première fois de Terkel Strand, deux ans plus tard, elle comprit que toutes ces années de droiture la menaient à ce moment : elle n’avait jamais espéré un mariage d’amour et n’avait eu jamais l’audace de prier un promis idéal, car ses propres velléités n’importaient pas. Néanmoins, prétendre qu’elle n’avait pas appréhendé sa rencontre serait un terrible mensonge. Sohvi avait eu vent de Terkel, évidemment ; le pays entier connaissait Terkel et savait ses hauts-faits, et si l’ambition de Morten n’était un secret pour personne, sa fille considéra son choix comme présomptueux. Bien évidemment, elle s’y plia, mais son appréhension la rendit malade des jours durant.

Elle s’attendait à un ours, et à bien des égards sa rencontre avec Terkel confirma qu’il en était un ; mais elle ne s’était jamais préparée à faire face à cette douceur, cette tendresse relative qu’il lui réserva et du haut de sa maturité adolescente, elle en tomba éperdument amoureuse. Un amour, au demeurant, qui ne devrait rien aux circonstances et qu’elle ne cessera plus jamais de lui porter ; si son avis n’importait toujours pas dans ces négociations, elle se prit pourtant à convoiter ardemment cet homme et, à l’abri du regard sévère de son père, se permit une offense aux desseins qu’elle devait servir : abaissant le masque de jeune fille modèle qu’elle avait toujours porté, elle lui offrit sa personne, son naturel et sa sincérité. Elle ignora si cela servit la complicité qu’ils se mirent à développer l’un l’autre, mais à la fin de son séjour, elle était fiancée à Terkel et pour la première fois de sa vie, se sentit libérée.

Elle avait le corps d'une adolescente mais déjà la maturité d'une femme et son adaptation à sa nouvelle vie, à ses nouvelles responsabilité se fit avec un naturel désarçonnant. Sohvi semblait même être empreinte d'une aise incroyable, comme si cette destinée était évidente, que les desseins de tous les Dieux l'avaient précisément menée à cette fin. Soren et elle s'écrivaient régulièrement, et bien qu'ils aient toujours partagé une complicité certaine, ils avaient toujours tout mis en œuvre pour se mettre en désaccord ; lorsqu'il apprit la nouvelle, néanmoins, ses boutades se transformèrent en inquiétude, ses mots mutins en démonstrations d'affection maladroites - et la promesse, surtout, de bouleverser les accords d'alliance de son père pour saigner cette brute s'il lui manquait de respect.
Sohvi ne s'en était jamais inquiétée ; elle savait que son devoir était d'endurer en silence si son promis se révélait moins idéal qu'elle ne se l'était rêvé. Le temps, néanmoins, donnerait tort à Soren, et l'ironie voudrait que les deux hommes deviennent frères bien avant que Sohvi ne parvienne à se sentir épouse.

Malgré son naturel nerveux, Sohvi parvint à survivre la période qui couvrit ses fiançailles en étant perpétuellement occupée ; ce fut sans doute l'année la plus longue de sa vie, et si ce n'était l'intensité de ses sentiments, l'incroyable puissance des premiers émois, la mélancolie l'aurait dévorée toute entière tant les traits de Terkel, qu'elle n'avait vu qu'une unique fois et que le temps avait rongé, s'étaient estompés de son esprit. Elle en oubliait les drames, elle en oubliait la guerre ; aveuglée par ses préoccupations futiles, elle, qui s'était toujours bercée de la conviction d'être davantage qu'une jeune fille stupide dont le seul intérêt reposait sur une union, devint exactement cela : une ingénue fragile isolée de la réalité.
Rétrospectivement, elle mépriserait la frivolité insouciante qui aura bercé son jeune âge.
Rétrospectivement, elle se damnerait sur l'autel de la culpabilité de ne pas avoir pu offrir cette vie facile à sa propre fille.

Svanhilde. Svanhilde était beauté, Svanhilde était magnificence, Svanhilde était perfection.
Il ne s'était pas passé un jour, depuis son mariage, où Sohvi ne s'était pas demandée si elle allait pouvoir offrir à Terkel l'héritier qu'elle lui devait. La réussite de leur noce s'était estompée au profit d'une attente interminable, des doutes et de la remise en question ; l'ataraxie parfaite ressentie le jour où elle s'était agenouillée devant le temple d'Elysae n'était plus qu'un lointain souvenir, réminiscence étrange d'une vie qui ne semblait plus être la sienne, écrasée par le poids de ses inquiétudes. Son propre jugement, le jugement de son époux - et les rumeurs, Dieux, les rumeurs insoutenables, les murmures aux arrière-goûts d'évidence : Terkel n'était pas en faute, Terkel ne pouvait pas être en faute. C'était elle, le problème, d'elle dont provenait cette absence interminable de progéniture ; les mois passaient, une année s'écoulait, et son ventre restait désespérément plat.
Terkel ne lui en dit jamais rien, mais cela n'empêchait pas Sohvi de l'entendre. Elle percevait les reproches, dans son silence ; elle ressentait l'abandon, dans sa distance ; elle contemplait son échec, dans ses absences. Dans son isolement, Sohvi sombra dans une dépression latente et s'imaginait les autres femmes, les bâtards, les scandales, les humiliations. Dans sa fierté, dans sa droiture, elle n'en montra jamais rien à personne si ce n'était son miroir ; mais elle se trahit auprès des plus perspicaces, évidemment, dans les bains qu'elle multipliait, l'intransigeance hygiénique qu'elle imposa aux autres autant qu'à elle-même, aux caprices auxquels elle soumettait Terkel s'il désirait son affection. Elle se méprisa au point de se punir physiquement et si elle réapprit à s'apprivoiser, cette monomanie de la propreté restera une cicatrice que même sa grossesse inespérée ne sut apaiser - mais c'était un bien mince prix à payer pour un enfant. Son enfant.

Il est des femmes qui n'existent que pour l'art martial. Certaines ne vivent que pour voyager, d'autres encore ne se retrouvent que dans l'artisanat, la satisfaction de créer quelque chose de leurs mains.
Sohvi réalisa bien vite qu'elle était faite pour être mère. L'épouse de Soren, qui était déjà père, lui avait confié qu'il était normal de ne rien ressentir pour sa progéniture dans les premiers temps, et sa propre mère l'avait encouragé à laisser ses gens s'occuper du bambin à sa place le temps de se remettre de l'accouchement. Si Sohvi avait pu honnêtement considérer leurs conseils, elle n'entendit plus rien à la seconde même où son regard croisa celui de Svanhilde. Il lui fallut une seconde pour en tomber amoureuse, et des semaines avant qu'elle n'accepte que qui que ce soit sinon Terkel et elle-même ne s'y consacre.

À bien des égards, Sohvi ne sut se montrer aussi parfaite qu'elle n'aurait dû l'être ; pire encore, elle fut reprochable, faillible, à de nombreuses reprises, tant dans ses devoirs qu'envers sa propre personne. Mais jamais, Ô grand jamais, ne manqua-t-elle d'aimer sa fille inconditionnellement, et des rares fois où Sohvi osa tenir tête à son époux, la discorde qui les opposa au sujet de Svanhilde fut la plus violente. Terkel voulait une guerrière ; c'était son aînée, son héritière, la seule qu'on lui offrirait jamais - il s'était fait à l'idée et, quelque part, elle aussi, quand bien même l'obstination qu'elle mettait à se persuader du contraire - et il était hors de question, bien sûr, qu'elle ne suive pas la digne destinée de son père. Sohvi l'entendait ; plus encore, Sohvi lui donnait raison. Mais avait-il besoin d'être aussi intransigeant ? Ne pouvait-elle pas espérer avoir une image plus chaleureuse de son père ? Ne méritait-elle pas d'être traitée comme l'enfant miracle qu'elle était incontestablement ?
Là où Terkel fut sévérité, Sohvi se fit douceur. Elle mélangeait sa tendresse à l'austérité, son affection à la froideur, et si elle n'obtint jamais la complicité féminine qu'elle avait espéré partager avec elle, elle fit de son mieux pour contrebalancer la froideur de Terkel auprès de leur fille sans influencer les desseins désirés par ce dernier, trop sensible, trop empathique pour ne pas intervenir à sa façon.

L'impression grandissante de se voir voler sa fille bien trop tôt amena avec elle une vague d'amertume qui sembla entraîner une seconde grossesse. Leur difficulté à concevoir ne les rendait pas moins fertiles, et Sohvi accueillit la chose avec une sérénité absolue, persuadée d'y voir là la réponse des Dieux à sa détresse. Ce n'était pas un remplacement : à aucun moment, pas une seule seconde Sohvi ne songea qu'il s'agissait d'une substitution à Svanhilde. Tout au contraire, elle s'imaginait déjà offrir un fils à Terkel, apaiser son mari tout autant que soulager le poids qui pesait sur les épaules de sa fille. C'était le chaînon manquant, l'évidence, la récompense après toutes les épreuves, l'espoir, aussi, non seulement pour elle, mais pour sa famille entière.
Rien ne semblait pouvoir éclabousser son épanouissement.
Rien, sinon les douleurs terribles qui l'handicapèrent au bout de quelques mois ; rien, sinon les inquiétantes pertes de sang inhabituelles ; rien, sinon la peur au ventre, l'incompréhension, l'impuissance, et la souffrance - une telle souffrance, que Serelynn puisse la pardonner un jour, qu'elle souhaita en finir.
Cela allait bien au-delà des considérations physiques. Quelque chose se brisa en Sohvi, ce jour-là, entre les pleurs et les hurlements, les plaintes à crever le cœur et les supplications interminables. Une partie d'elle-même mourut en même temps que son enfant, alors qu'elle s'époumonait à appeler son mari au secours, sacrifiant son souffle dans l'espoir absurde de le voir revenir, lui qui était alors si loin - et la nuit fut blanche, pour les âmes qui hantaient la demeure du Jarl.

Jamais ne s'était-elle autant investie dans son paraître avant cet événement. Elle perfectionna son sourire de circonstance, aiguisa son goût pour les apparences, teinta sa réserve d'une froideur distante. Elle trahit Svanhilde, dans ses absences récurrentes, incapable de lui imposer l'être brisé qu'elle était devenue, insensible aussi aux risques encourus régulièrement par Terkel, pour qui elle n'avait précédemment jamais manqué de se ronger les sangs. Elle s'égara, longtemps ; ombre aux contours indistincts, souvenir de la jeune femme qu'elle avait été, elle n'avait pas la force de caractère de son mari, n'arrivait pas à se faire à l'idée qu'il s'agissait là d'un schéma inévitable et qu'elle devait l'accepter aveuglément.
Malgré cela, elle ne parvint pas à perdre la foi. Tout au contraire, ce fut sans doute ce qui la sauva tout à fait. Déjà fervente croyante, elle devint particulièrement pieuse et trouva un réconfort dans la prière, apaisant peu à peu ses blessures, cicatrisant ses plaies à défaut de les lui faire oublier. De sa déchéance, elle se fit une leçon ; de son impuissance, elle s'en fit une force.
Elle connut une sagesse tardive, mais de cette expérience elle construisit une maturité qui éclipsa définitivement sa sensibilité rêveuse.

Sa passivité s'éclipsa tandis qu'elle s'intéressait aux politiques, son manque de conviction se corrigea au fil des mots dont elle s'abreuvait auprès de son mari et des hommes qui lui étaient partisans. Elle apprit à ne plus craindre sa mort ; elle réalisa sa sottise, d'avoir pu douter de lui, et s'extirpa de sa condition d'épouse obéissante pour devenir une conseillère lorsqu'il le nécessitait, un pilier à part entière, une poutre essentielle à son bien-être, pas seulement en existant, mais en agissant.
Elle reprit sa place auprès de Svanhilde, plus philosophe, plus apaisante désormais qu'elle fut en paix avec elle-même et avec le Monde. Sa révolte avait disparue, la culpabilité n'était plus aussi cuisante - sans jamais disparaître tout à fait - et plutôt que de lui faire ressentir ses regrets, elle se fit encourageante, mère et confidente tout à la fois.

Alors seulement lui accorda-t-on Vriek. La naissance de son fils fut compliquée, bien plus que celle de Svanhilde, et la panique latente qu'elle avait inlassablement ravalée ces derniers mois lui avait éclatée au visage, rendant la tâche plus compliquée qu'elle n'aurait dû l'être. Contrairement à lors de sa fausse-couche, Terkel était présent ; Svanhilde également, et Sohvi était résolue à lui offrir autre chose que les cris déchirants qui avaient conclus sa grossesse précédente. À la place, elle lui présenta son petit-frère : Terkel y voyait déjà d'innombrables réponses à ses attentes et elle avait espéré qu'il ravisse sa sœur aînée de la même manière. À la place, Sohvi crut lire l'inquiétude dans les yeux de son enfant, l'appréhension de l'inconnu, le doute quant à l'avenir.
Elle ne sut comment y réagir. Ses phantasmes de famille parfaite ne l'avait pas préparée à cette réaction, et elle se promit d'avoir une conversation à cœur ouvert avec Svanhilde à ce sujet, dés qu'elle aurait la maturité nécessaire pour s'exprimer.
Cet échange n'eut jamais lieu.
Un an plus tard, Terkel Strand devenait Roi.

Vriek lui demandait du temps et pas uniquement à cause de son handicap, lui qui était né aveugle de naissance et qui lui avait valu son prénom en hommage au Dieu : il était beaucoup plus capricieux que Svanhilde et la réclamait constamment. Sohvi était une mère dévouée et n'avait jamais remis en question les besoins de ses enfants, prête à s'y résoudre comme elle s'offrait à Terkel lorsqu'il la nécessitait. En conséquence, son statut de Reine ne changea rien ou prou dans sa vie ; elle restait l'épouse et la mère avant quoi que ce soit d'autre. Son mal du pays la rattachait au Njörd et non pas à Tveit et les seuls souvenirs qu'elle chérissait de l'endroit concernaient son mariage et les décors qui avaient vu Svanhilde grandir. Elle s'adapta à la capitale et à sa nouvelle vie sans que la transition ne soit bouleversante, plus inquiète des effets que pouvaient avoir ce changement sur la désormais princesse de Valdrek.
Le temps semblait néanmoins réduire le temps qu'elles étaient appelées à passer ensemble et l'adolescence rude de sa fille ne lui permit pas d'avoir une place de choix dans son quotidien. Si Sohvi s'obstina à se rendre disponible et à savourer les moments complices, elle était assez lucide pour ne pas empiéter sur les responsabilités de sa fille, se contentant de la couvrir d'un regard bienveillant et de lui écrire régulièrement lors de ses absences, sachant ne jamais se faire totalement oublier.

Au final, c'était la seule chose qui lui restait à faire. Lorsque son mari, son jumeau et sa fille se destinaient à la guerre, de plus en plus grondante, elle était cette femme de la ville, qui n'avait jamais touché une arme de sa vie et dont l'influence officieuse ne lui permettait pas de s'assurer une pérennité paisible au risque d'aller à l'encontre des siens.
Mais Sohvi n'avait plus peur ; les ambitions de son mari étaient les siennes, le bien-être de ses enfants outrepassaient le sien, et si elle était la raison essentielle pour que l'un s'harmonise avec l'autre, peu importait que le Monde s'écroule ce faisant. Il était des fondations inébranlables que les forces les plus puissantes ne sauraient briser.


Ambitions & Desseins


Sohvi ne désire que le bien-être des siens ; aussi étonnant que cela puisse paraître, compte tenu sa finesse d’esprit, elle n’aspire à rien de plus que ce qu’elle possède déjà. Ce qu’il ne faut pas perdre de vue, néanmoins, c’est qu’elle serait prête à tout pour que les choses restent ainsi : ses enfants sont la prunelle de ses yeux et elle a dévoué sa vie à Terkel il y a bien des années déjà ; sous-estimer les recours qu’elle pourrait engager si malheur devait arriver serait une terrible erreur, car on l’a enseigné aux rudiments des manigances politiques sa vie durant et elle fut une excellente élève.



Divers


Reconnaissez-vous être âgé de 18 ans ? : Oui.
Si vous prenez un personnage important et que vous disparaissez, nous autorisez-vous à nous inspirer de votre personnage pour créer un nouveau prédéfini ? : Oui.
Moultipass : mdp validé par pépé


avatar
◈ Missives : 2107

◈ Âge du Personnage : 82 ans
◈ Alignement : Loyal Bon
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Sharda du Nord
◈ Origine : Al'Akhab - Siltamyr
◈ Magie : Aucune
◈ Fiche personnage : Calim

Conteur
Calim Al'Azran

◈ Sam 17 Sep 2016 - 18:38

Chère Sohvi,

Je suis heureux de t'informer de ta validation. Quoi que bien différente de ses pairs à bien des égards, cette nuance d'imparfait qui tente d'être parfait est absolument rafraîchissante.
Ta fiche est d'une lecture plus qu'agréable. Nous espérons que son goût pour les codes Vreën ne viendra pas trop froisser le Conseil du Roi.

Je t'invite donc désormais à créer ton journal de bord en partie Parchemin des Héros, et à faire ici tes premiers pas. Je me doute que tu saches déjà avec qui commencer tes rp !

Encore toutes mes félicitations !